Je reviendrai à Montréal

Par Patrice Vergès. On ne démarre pas les 8 cylindres d’une Alfa Montréal de 1972 comme une banale voiture de 2019. Il faut d’abord chauffer les 12 litres d’huile qui circulent dans ses entrailles d’aluminium en lubrifiant ses 4 arbres à cames en tête avant que se réveille l’orchestre caché sous le capot.

Tous les Alfistes savent que l’Alfa Romeo Montréal était animée par un moteur dérivé d’un sport-prototype appelé 33 qui a également motorisé une Formule 1 en 1970. Un 8 cylindres en V de 2,5 l tout en aluminium alimenté par injection dont la puissance avait été redescendue de 300 à 200 chevaux DIN pour une utilisation touristique. De l’horlogerie mécanique qui exige certains égards avant de tirer sur les régimes. Ça y est, les aiguilles des nombreux manomètres ont décollé et son propriétaire Zouhair peut enfin lancer l’orchestre qui va nous interpréter la plus émouvante des symphonies. Un miaulement grave aux brèves notes saccadées en dessous de 4000 tr/mn pour s’envoler vers les aigus jusqu’a 8000 tours où il fait songer à un V12.

L’Alfa Romeo Montréal offre une silhouette assez fascinante qui s’inspire fortement du concept-car dévoilé à l’expo universelle de Montréal en 1967

Elle avait repris avec un nombre différent les fameuses grilles latérales et le dessin de sa partie arrière

 

A cause de sa structure empruntée à la GTV 1600, les puristes ont toujours trouvé trop haute la caisse de la Montréal dont la découpe des portières est la même que celle de la Lamborghini Miura

Une Montreal … 7 cylindres

En 1985, Zouhair était encore étudiant. Époque où il est tombé sous le charme ensorcelant de la silhouette rouge d’une Alfa Montréal de 1972 pas très fraiche. Aidé financièrement par ses parents, il achète cette voiture dont le V8 cogne en fonctionnant mal. Lorsqu’il l’apporte au garage, c’est la douche froide. Il s’est fait escroquer. Le V8 ne compte que …7 pistons ! Le 8eme piston a été carrément enlevé.

Déjà en 1985, on ne trouve plus de pièces de rechanges pour la Montréal et c’est en Allemagne qu’il doit dénicher un moteur d’occasion révisé. Il la conserve deux ans avant de la revendre pour retomber en 1990 devant une autre Montréal, cette fois de couleur orangée métallisé (arancio metallizzato). Pratiquement à l’état neuf, elle affiche seulement 34 000 kilomètres au compteur. Re-coup de foudre devant la belle mais définitif cette fois. Cet Alfiste roule avec depuis 28 ans pour sa plus grande joie avec et bien d’autres Alfa sur lesquelles POA reviendra ultérieurement notamment une surprenante 1300 SS préparée par Conrero. Zouhair a un trèfle à 4 feuilles dans le cœur !

Une destiné tragique

il n’y a pas un Alfiste au monde qui ne sait pas que ce coupé doit son nom à l’exposition universelle de Montréal de 1967 ou Bertone avait présenté un Show-Car sur une base de coupé Alfa Romeo GTV 1600. L’accueil du public fut si positif face à cette ligne signée Gandini, que le constructeur décida de la produire en petite série. Comme le 1600 4 cylindres Busso ne fut pas jugé assez puissant sous cette robe aussi évocatrice, la marque au trèfle glissa à sa place, le V8 2,5 l de son prototype 33 de course. Las, par manque de temps et de budget, la plate-forme du coupé GTV 1600 cm3 à essieu arrière rigide un peu améliorée tout de même fut conservée. (Ceux qui veulent en savoir davantage, peuvent lire  » Les Plus Belles Alfa » publié chez ETAI où un chapitre est consacré à cette magnifique voiture).

Si la Montréal ne vit enfin le jour qu’en 1971, elle ne fut vendue réellement que l’année suivante. Soit presque 5 ans après et le soufflet de la nouveauté était un peu retombé ! La presse loua sa silhouette surprenante, ses performances élevées avec 225 km/h et 27 secondes aux 1000 mètres DA, sa mécanique fascinante, son excellent freinage, sa boîte ZF spécifique (1ere en bas) bien étagée à 5 rapports et son cachet de voiture d’exception malgré un tarif qui n’était pas supérieur à celui d’une Porsche 911 S.

En se baissant, (pompe à vide) les originales paupières libèrent 4 phares à l’éclairage puissant

Époustouflante planche de bord avec un grand volant en bois de forme tulipé Les deux énormes cadrans accueillent toute l’instrumentation ; eau, horloge, ampèremètre, huile, jauge à essence et les voyants

Grosse boîte ZF à 5 rapports spécifique à la Montréal avec la première en bas. Le radiocassette est d’origine !

3 925 exemplaires seulement

En revanche, elle critiqua son essieu rigide à l’arrière même si le résultat n’était pas aussi mauvais que cela, sa direction trop démultipliée (4,5 tours) pas assistée et son manque de praticité. Les ventes partirent bien mais la crise de l’énergie de fin 1973 qui limita la vitesse et le carburant, plomba celles-ci. Une voiture sportive aussi radicale avait bien du mal à se vendre en 1974. Touché par sa mévente et la coûteuse mise en chaîne de l’Alfasud, ce constructeur avait d’autres chats à fouetter que de perfuser sa Montréal. Elle vivota jusqu’en 1977 avec seulement 3925 exemplaires produits dont seulement 508 vendus en France. Pour vous donner une idée, immatriculée en 1972, la Montréal de Zouhair ne trouva son premier acheteur qu’en 1975.

 » J’ai parcouru avec 40 000 km depuis son achat au rythme de 3 à 4 000 par an pour les sorties du Club Alfa de France et celui du Sud Ouest avec l’Amicale Bordelaise des possesseurs d’Alfa Montréal. Je n’ai jamais eu d’ennuis avec cette voiture que je ne ménage pourtant pas. Il est vrai que je l’entretien soigneusement et fais démonter son moteur pour l’équilibrer ce qui me permet de prendre sans problème 8 000 tours en circuit. Contrairement à ce qu’on imagine, il n’est pas fragile et ne consomme qu’une douzaine de litres aux 100. Sa tenue de route est saine et bien meilleure que ce peut qu’on a pu en raconter. J’ai fais monter des pots Ansa Sport plus esthétiques qui lui donnent aussi un son encore plus sublime « 

Le 2993 cm3 V8 à 4 arbres à cames est caché par le volumineux filtre à air. Devant on remarque la fameuse injection indirecte Spica dont on disait beaucoup de mal

mais qui n’a jamais causé de problème à son propriétaire qui l’a faite réviser

Les pots de série peu esthétiques ont été remplacés par des Ansa Sport qui libèrent une sonorité mélodieuse

Sur le capot, la prise d’air de type Naca est fictive mais la maquette est vraie

Ah, la 33 Stradale !

Nous faisons le tour de la voiture où nos yeux sont arrêtés par une multitude de petits détails stylistiques. »Si esthétiquement, je la trouver un peu haute sur pate, tout me plait en elle notamment les paupières de phares, les grilles d’air latérale et la sublime découpe de portière identique à celle de la Lambo Miura » nous montre son propriétaire.

Puis, Zouhair nous fait visiter son habitacle avec sa surprenante planche de bord aux énormes cadrans cachés sous leur visière agressive, ce grand volant bois fortement tulipé et tous les nombreux détails stylistiques qui caractérisent cette voiture dans un état exceptionnel.

Il est tant d’aller lui dégourdir les jantes malgré la pluie qui menace et où je vais écouter une des plus belles symphonies jamais entendue depuis 1978, date où j’avais pu essayer une rarissime Montréal 3 litres à moteur Autodelta. Pas question de vendre cette sculpture mécanique pour Zouhair même si comme pour la majorité des possesseurs de Montréal, il rêve à la version 33 Stradale 1968. Coupé animé par la même mécanique en 2 litres et produite seulement à 18 exemplaires. Un rêve a 10 millions de dollars, prix de vente récent d’une Stradale aux USA. Mais, c’est souvent la beauté de ses rêves qui permet de mieux vivre sa vie.

Zouhair possède plusieurs Alfa que POA dévoilera au cours de l’année 2019 dont une rarissime SS Conrero

Les jantes en alliage sont des 14 pouces chaussées de 195/70 X 14

Le rêve de tous les possesseurs de Montréal avec la sublime 33 Stradale signée du génie qu’était Franco Scaglione

 

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « Je reviendrai à Montréal »

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  1. Pierre_

    Mais quel est ce fourbe qui vend un moteur incomplet.
    Une voiture magnifique, bravo pour votre obstination, votre patience et votre bon goût Zouhair.
    Une très belle Auto. Merci.

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  2. Pascal DeVillers

    Bonjour,
    Quelle belle voiture, dire que c’était à sa sortie un vilain petit canard pour les puristes .
    Si longtemps oubliée pour être redecouverte et maintenant adulée; quel destin !.
    Je salut la fidélité de Zouhaïr pour sa voiture .
    On dit souvent qu »ALFA ROMÉO vit dans l’ombre des marques de prestige italiennes que sont FERRARI et consorts, mais certains modèles ont des lignes qui n’ont rien à leur envier, voire même plus pures.
    Même aujourd’hui leurs SUV sont désirables pour un non amateur de ce type de véhicule.
    J’attends avec impatience les nouveaux modèles de la marque , surtout un coupé et un break.
    Pascal.

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  3. Grégory Lopez

    Il y a fort longtemps je devais avoir une dizaine d’années, donc vers le milieu des années 80, je me souviens, nous marchions avec mon père à Evreux derrière la mairie, quand passa une Alfa Montréal. Je ne connaissais pas cette voiture. avec mon père nous nous sommes arrêtés pour la regarder passer et un autre piéton faisant de même à côté voyant notre intérêt nous dit avec assurance : »c’est une ferrari ».
    Je n’ai rien dit par timidité mais j’avais bien remarqué le logo Alfa.

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  4. Georges Piat

    Elle me plaît toujours autant cette Alfa Roméo, On a dit tout et n’importe quoi sur cette voiture. Vraiment une auto de connaisseurs…
    Il faut se remettre dans le contexte ambiant du début 70 et je me souviens que cette voiture avait marqué les esprits. Se hisser à ce niveau était fantastique pour une.marque dont la production était bien inférieure à d’autres…

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  5. Nabuchodonosor

    Mamma-mia, ma che macchina!
    Grazie Zouhair.

    Lorsqu’il s’agit d’Alfa, j’en conviens je deviens complètement béta. Un frison m’envahit, mes poils se dressent et mon cuore sportivo s’emballe. Un bonheur n’arrivant jamais seul, j’ajoute que c’est un régal de vous lire Oncle Pat’, que vos récits sont toujours al dente au point qu’il m’arrive souvent de m’en lécher les doigts.
    A propos de cucina : Qu’elles soient longues comme des spaghettis ou courtes comme des farfalles, on sait bien qu’au pays de la pastasciutta on a tendance à les mettre à toutes les sauces. Mais pour nous dire que la hauteur de caisse est un chouia trop « haute sur pate » à votre bon goût que je ne saurai nullement mettre en doute, vous auriez pu éviter de jouer à cloche-pied avec ce mot en dévorant l’un de ses deux t avec la voracité du Biscione …
    😉
    Nabuguastafeste

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