Simca Rallye 2 :   le dragon crache toujours du feu

Par Patrice Vergès. En 1976, Alain a acheté une Simca Rallye 2 avec laquelle il a participé à de nombreux rallyes sous les couleurs du Simca Racing Team. 42 ans après, pour POA, il a ressorti sa voiture dans son « jus » d’origine qui affiche seulement 54 500 km.

Par rapport à la Rallye 1, la Rallye 2 avait vu son radiateur d’eau passer à l’avant pour améliorer son refroidissement

Lancée fin 1961, la Simca 1000 était considérée en fin de carrière au début des années 70 de par son architecture dépassée à moteur arrière. Simca eut l’idée d’en extrapoler une version sportive jugée plus amusante à piloter justement à cause de son moteur placé à l’arrière. Époque où on prétendait qu’une traction avant ne pouvait pas offrir de véritables sensations de pilotage. La Rallye 1100 cm3 forte de 53 ch vit le jour en 1970 suivie par la Rallye 1 dont le 1300 cm3 délivrait 60 ch accompagnée fin 1972 de la Rallye 2 poussé à 82 chevaux autorisant une vitesse de presque 170 km/h pas banale pour une 1300 cm3 il y a plus de 45 ans.

Le millésime 1976 se reconnaissait à son becquet arrière en composite, ses fentes d’aération, se chromes peints en noir et sa décoration différente liée à un choix accru des coloris

La voiture des apprentis-pilote

Proposée surtout à un tarif très compétitif, immédiatement, la petite Simca séduisit les jeunes sportifs et pilotes en herbes. D’autant que sous l’égide du club sportif SRT (Simca Racing Team), leurs performances étaient récompensées par des primes alléchantes dues à des sponsors (Kleber Colombes, Abex, Bardahl, Cibié) dont les stickers devaient être apposés sur sa voiture. Autocollants dont est encore décorée la Simca Rallye 2 d’Alain qui participe à son volant à des rallyes touristiques et diverses sorties retro notamment du club Simca.

Alain a commencé à courir au début des années 70 essentiellement au volant de Simca en rallyes, courses de côte et slalom qui faisaient florès à cette époque où aller vite en voiture n’est pas considéré comme un péché mais un élan de le bonheur comme le définissait l’écrivaine Françoise Sagan.

 » J’ai commencé à courir en 1969 avec une Simca 1100 puis une Simca Rallye 1 bien préparée acquise fin 1972 quand la Rallye 2 est sortie. J’avais horreur de l’unique couleur verte des premières versions. Après avoir eu une Rallye 2 d’occasion, j’ai craqué pour une neuve en avril 1976 quand Simca l’a proposée dans de nouvelles teintes, je l’ai choisie en blanc Tacoma avec le capot noir mat évidemment. Je l’ai payée 24 500 francs ».

Emprunté à la Simca 1100 TI, son moteur d’un dessin très conventionnel délivrait 86 chevaux en 1976. On regrettait que sa boîte de vitesses ne compte que 4 rapports

Le coffre situé à l’avant offrait une capacité réduite. Le pneu de secours est d’origine mais guère adhérent 40 ans après

Plus de 20 ans sous une couverture

Sous les couleurs du SRT, Alain dispute trois saisons de rallyes régionaux jusqu’en fin 1978 où de nouvelles activités professionnelles le contraignent à arrêter la compétition. Comme on lui propose une bouchée de pain de sa Simca, il préfère la conserver pendant 22 ans au chaud dans son garage, recouverte d’une couverture qui l’épargna de la corrosion. Au début des années 2000, aidé par un copain garagiste qui la lui remet en route, il reprend le volant de sa Rallye 2 lors de petits rallyes touristiques et de concentrations. Désormais considérée comme une voiture de collection, sa petite Simca attire tous les regards surtout parées de tous ses stickers d’époque, reflet roulant des compétitions automobile des seventies.

Sa voiture qui n’affiche aujourd’hui que 54 500 kilomètres est dans son jus d’origine comme on dit. Elle arbore encore tous les stigmates de la compétition ainsi que de sa préparation avec l’arceau de sécurité, le double câble d’accélérateur qui cassait souvent en compétition ou l’indispensable double bobine d’allumage.  » En la reconduisant, je retrouve toutes les sensations connues quand je faisais de la compétition et aussi pas mal de pilotes qui couraient avec à l’époque. Parfois sur petites routes serrées, je me laisse aller à aller un peu plus vite. Quel régal ! « .

Sièges baquet de série, habitacle tendu de noir, petit volant moussé, instrumentation fluo. On remarque les larges passages de roue imposant une conduite décentrée

Rallye 2 avouait 1294 cm3 et était alimenté par deux carburateurs double corps Solex, ceci expliquant cela

07 L’univers du coéquipier avec un chronomètre et tripmaster pour calculer la moyenne, horloge et extincteur à gauche

Retour vers un passé émouvant

Retrouver la Rallye 2 est un également pour ma pomme un moment d’émotion. La Simca Rallye 1 est la première voiture essayée en 1976 pour un journal et en tant qu’ancien président du SRT régional, j’ai beaucoup roulé dans cette Simca à la fin des années 70. Redécouvrir son habitacle uniformément tendu de noir si exigu aujourd’hui avec ses sièges baquet de série qui tiennent bien au corps, cet épais petit volant trois branche et surtout l’aboiement si particulier de sa mécanique gavée par deux gros carburateurs double corps dont la forte sonorité provient de l’arrière, réveille de nombreux souvenirs en venant taper à la porte de ma mémoire.

La Rallye 2 était une magnifique voiture école dont le rapport déséquilibré des masses exigeait un pilotage fin en virage ainsi qu’en ligne droite car très sensible au vent latéral. En compétition, elle connut une carrière extraordinairement longue jusqu’au début des années 90 dans des versions poussées parfois à près de 140 chevaux.

Alain a même le blouson aux couleurs du SRT. Le rétroviseur en forme d’obus est d’origine.

Le dragon, logo officiel du SRT, est d’origine sur sa voiture. Il fallait le coller sur le capot de couleur noire, mode venue des pays scandinaves évitant les reflets du soleil.

 

C’est pour ma fille !

La production de la Simca 1000 cessa fin 1978 après 1,9 millions d’exemplaires. En guise d’au revoir, Simca proposa une évolution de la Rallye 2 baptisée Rallye 3 poussée à 103 chevaux et produite uniquement à 1003 exemplaires. C’est une autre histoire pour plus tard si vous le voulez bien….

Une Rallye 2 de collection s’échange autour de 25 000 euros aujourd’hui mais pour Alain, absolument pas question de s’en défaire sauf s’il se retrouvait à la rue.  » Ma fille a roulé dedans quand elle avait 3 ans et ne veux absolument pas que je la vende. C’est pour elle, quand je ne serai plus là  » avoue notre pilote en faisant ronronner le petit 1300 qui hoquète un peu à bas régimes avant de partir dans une enivrante montée en régime qui m’a fait songer, à cet instant aux propos de Française Sagan.

Lancement de la Rallye 2 1976 qui côtoie la Rallye 1 60 chevaux dont la production continua en parallèle

Les fameux Michelin XAS FF (Formule France) à gomme hyper tendre amélioraient nettement la tenue de route mais s’usaient en moins de 5 000 km si on attaquait fort ! Michelin le refabrique vendu 180 euros la pièce

L’avis des Petits Observateurs !

20 commentaires au sujet de « Simca Rallye 2 :   le dragon crache toujours du feu »

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  1. Learch

    Ah la 1000… je ne suis pas objectif, alors je n’écrirai rien… enfin si : elle est piégeuse mais pas vicelarde, elle téléphone, elle avertie, et puis ne va pas très vite (de série oeuf corse), on peut rattraper ses écarts (et ça devient grisant), contrairement à d’autres Gti des 80’s ou modernes, qui, elles, n’avertissent pas… et on se retrouve avec l’arrière qui décroche subitement à des vitesses mortelles… je ne pense pas qu’il n’y ait jamais eu beaucoup de morts dans une 1000 Rallye, par contre certaines petites sportives tractions avant qui tenaient ou qui tiennent très bien la route on fait, font, le bonheur des médecins urgentistes… dans le meilleur des cas…

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  2. Ping : Alain et sa simca 1000 Rallye II | VIEUX VOLANTS VILLENAVAIS

  3. Pierre_

    Je me suis toujours demandé comment sa forme -boîte à chaussures- a pu être validée.
    On la croirait sortie du cahier de dessin d’un enfant.
    Autre temps autres codes. Cette Petite a eu du succès, c’est bien.
    Sa cote monte, c’est dire!

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  4. Pierre_

    Je me suis toujours demandé comment cette forme de -boîte à chaussures- a pu être validée.
    On la croirait sortie du cahier de dessin d’un enfant.
    Autre temps autres codes. Cette Petite a eu un beau succès et c’est bien.
    Et aujourd’hui sa cote monte, c’est dire!

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  5. Dubby Tatiff

    Ça avait un nom, ces rétros en forme d’obus. Mais lequel déjà ?
    Un peu comme les volant Nardi ou les phares Marshall. Le nom de la marque était devenu un nom générique.

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    1. Dubby Tatiff

      Peut-être. J’avais plutôt en mémoire un nom à sonorité latine.

      Mais bon, entre ce dont je me souviens, ce que je confusionne et puis ce que j’invente, mes souvenirs font un peu ce qu’ils veulent. Ils ont leur propre autonomie.
      🙂

    2. Nabuchodonosor

      Ne serait-ce pas Torpedo le nom que vous cherchez mon cher Dubby ?
      Je crois que ce sont ces mêmes Torpedos qui inspirèrent notre célèbre J.P Gaultier pour la confection de la non moins célèbre robe de Louise Ciccone alias Madonna qui se trémoussa lors d’une escale à Paname devant le Grand Jacques, alors Maire, avant de lui offrir, like a virgin, sa petite culotte…
      Enfin mes souvenirs de cette affaire peuvent être émoussés… Et puis cela nous éloigne de la Rallye 2…
      🙂

    3. Dubby Tatiff

      Ca y est j’ai retrouvé grâce à vos pistes et internet.

      C’était les rétros California. On avait que ce mot à la bouche à l’époque pour parler de rétros si on voulait avoir l’air du type qui s’y connaissait en compétition automobile. Dès que l’on voyait dans la rue une voiture un peu préparée, on prenait l’air entendu du connaisseur de la chose automobile en regardant les rétros et on lâchait plein de cette assurance sensée épater le béotien : des California !

      Un volant Momo et des rétros California et c’était déjà l’assurance d’être sur le podium (de la course à laquelle on ne participerait bien évidemment pas).

      … sauf qu’en fait ils ne ressemblaient pas exactement à cette forme d’obus là, celle de la Simca 1000 Rallye.

    4. patrick

      bonjour Dub’
      Non ce ne sont pas des « CALIFORNIAN ». que l’on retrouvais sur les 104 ZS 2 , d’ailleurs les californian sont en photo sur la 12G de Lionnel.
      mais je ne connais pas le nom du modèle montait sur les rallye, 1, 2 et 3.
      j’ai eu la chance de faire mais début d’apprentissage coursifique sur une rallye 1 hurlante…

  6. chapman

    Oui la description du comportement routier de la bête est un doux euphémisme pour dire qu’il fallait être fin pilote pour tirer le meilleur de ce défi aux lois de la physique ha ha !
    Nous sommes loin des sportives d’aujourd’hui….

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  7. Nabuchodonosor

    « La Rallye 2 était une magnifique voiture école dont le rapport déséquilibré des masses exigeait un pilotage fin en virage ainsi qu’en ligne droite car très sensible au vent latéral. »
    A mon humble avis c’est à cause de son aérodynamisme particulièrement poussé, qui la fît d’ailleurs contester le sobriquet de « kilo de sucre » à la R8 sa petite cousine née à Billancourt quelques mois plus tard.
    On parlait aussi de « caisse à savon » à propos de ce modèle, ce qui était dû, je crois, à sa merveilleuse tenue de route qui permettait le jardinage même par temps sec…
    Mais je ne voudrais pas passer pour un fielleux petit observateur d’autant que j’en ai vu une vachement bonne l’autre jour du côté de Narbonne, té…
    😉
    Nabu
    J’ai parfois honte de ce que j’écris…

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    1. Mat Ador

      Vous oubliez de préciser que sa parfaite symétrie à partir du pied milieu lui offrait des performances à peu près égales en marche avant comme en marche arrière !

    2. Nabuchodonosor

      Bon d’accord j’y suis peut-être allé un peu fort et la Rallye 2 mérite meilleure estime.
      Veuillez accepter Patrice et Alain mes plus sincères excuses.
      Faut r’connaître qu’en livrant ce modèle compétition client à un tarif compétitif, Simca permettait à l’amateur peu fortuné de s’initier au sport auto à vil prix.
      Il semble me souvenir à propos que le SRT avait été lancé par la firme de Poissy précisément à cet effet.
      Alors ? Sympa Simca !
      😉
      Nabu qui vient de faire un joli tête à queue…

  8. Georges Piat

    Ces puissances peuvent faire sourire aujourd’hui mais au début des années 70, on était tous, ou presque, en admiration.
    Je me souviens que la Simca 1000 qui commençait à s’ essouffler avait retrouvé une nouvelle jeunesse !

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    1. Olivier

      J’en ai reconduit une, 37 ans après avoir vendu la mienne. Une version affutée avec un 1440 cm3. Sensations intactes, c’était comme si je l’avais quittée la veille. Seuls les baquets me paraissaient plus étroits??