Souvenirs d’Autos (186) : La Bentley du stagiaire

Par le Commandant Chatel. 2 janvier 1984, avec François Berthelot nous créons l’agence Torpédo Productions. Malgré notre immense fortune personnelle et notre rente Pinay… nous avons un vrai souci. Comment louer des bureaux ?

 La solution vient de mon ami, Fabrice Aboulker qui me dit :

  • Va voir Patrick Villaret, il vient de monter les disques Apache avec Michel Berger, ils ont de la place et un directeur financier qui pourra s’occuper de tes statuts…

L’affaire se fait.

Patrick Villaret est un type délicieux, il nous donne un bureau, une ligne de téléphone et s’occupe de notre comptabilité. C’est comme de l’hôtellerie. Le pourcentage qu’il prenait sur notre chiffre d’affaire était un peu élevé… mais en tout cas, ça nous a permis de démarrer du jour au lendemain et de s’installer, 8 rue Marbeuf dans le 8e.

Pour notre client principal, Publicis, ça faisait sérieux.

À cette époque, les disques Apache, Michel Berger et France Gall sont en pleine ascension. Tube pour Michel, tube pour France (ou en duo avec Elton John) et tube pour Johnny Hallyday (Tennesse). Quand j’y repense, c’est dingue !!

Nous travaillons donc dans ce bureau où règne une belle effervescence. Et un jour, Patrick Villaret qui est débordé engage un stagiaire. ll s’appelle Philippe Gaillard.

J’apprendrai quelque temps plus tard que son père était Félix Gaillard, un Président du Conseil de la IVe République mort dans un accident de canot automobile. Une famille disons « aisée »…

Patrick Villaret roulait toujours dans le « haut de gamme » de chez Renault. Il avait à cette époque une Renault 30….

Un soir, alors l’auto était à la révision, Patrick déboule dans le bureau de Philippe.

  • Tu es en voiture ?
  • Euh… oui…
  • Tu pourrais me déposer à l’Étoile ? Je dois récupérer ma R30 au garage.
  • Pas de problème… répond Philippe en bredouillant.

Ils descendent dans la rue et devant le 8 rue Marbeuf est garée une somptueuse Bentley S1 bicolore.

Philippe ouvre la voiture et dit à Patrick Villaret :

  • Hum… c’était une des voiture de… de mon père… je t’expliquerai…

Voilà, c’était ça le show-biz à l’époque. Les stagiaires roulaient en Bentley !

Patrick, Philippe, France, Michel… ils sont tous partis. Et j’ai une pensée pour eux et pour cette époque où tout semblait si simple.

 

 

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.

On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…

Et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

34 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (186) : La Bentley du stagiaire »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. William

    cette anecdote me rappelle (de loin) ce qui m’est arrivé lors de mon premier emploi.
    je devais avoir 23 ans et biensûr j’étais déjà passionné d’automobile. d’ailleurs je travaillais dans un garage.
    un client se pointe dans une belle mercedes. une classe E des années 90, l’histoire se passe en 1999.
    il discute avec mon patron et le boss me dit « mets la sur le pont! »
    et la le bonhomme me regarde avec un grand sourire et me dit « ah on va mettre son derrière dans la belle Mercedes »
    mais biensûr il ne se doutait pas un instant …….que j’avais la même dans une plus belle version 🙂
    alors je ne me suis pas gêné de lui rétorquer en lui montrant le parking …….. »je préfère la mienne »
    le gars en est resté sans voix!
    je n’étais pas riche du tout mais en travaillant dans un garage j’avais fais une très bonne affaire en l’achetant.
    quel souvenir 🙂

    Répondre
  2. Fifitroiscentquatre

    C’est très émouvant cette anecdote, car au-delà de l’automobile cela évoque la chanson française des années 80 et Berger-Gall en étaient les plus brillants représentants à mon sens.
    Cette année-là, 1984, mon père roulait en VW-Porsche 914 1,7 L achetée à une hôtesse de l’air des quartiers chics parisiens, après avoir lui aussi roulé en R30 V6.
    Quant à moi, j’avais 13 ans, et une passion de plus en plus grandissante pour la « Bagnole »…

    Répondre
  3. Photobruno

    Nostalgie, cela fait longtemps que je n’avais plus entendu des anecdotes sur Patrick Villaret, parti trop tôt, trop vite ce cher « crane d’œuf » comme le surnommait ses proches.

    Répondre
    1. Commandant Chatel

      J’aimais beaucoup Patrick, car il avait de la parole.
      Il était dur en négo, mais quand on était d’accord, on topait et voilà.
      Pas besoin de « mémo deal », c’était plié.
      On pouvait passer à autre chose.

  4. Olivier

    Une histoire comme je les aime. Une Anglaise, de la fantaisie et une époque révolue dont je n’en suis jamais réellement sorti.
    Merci Commandant Chatel.

    Répondre
  5. Pierre_

    Vos amis partis commandant, assis dans la Bentley, roulent ce soir j’en suis sûr
    ‘Vers leur bistrot préféré’
    ‘Quelque part dans les cieux’.
    ‘C’est un bistrot tranquille’.
    ‘Près de leurs amis artistes amoureux de la rime’
    ‘Ils parlent des femmes, du vin et surtout des copains’.

    René Fallet, Reiser et Frédéric Dard n’en ont jamais dit mot
    Mais à coup sûr ils étaient aussi Bagnolards.
    Vos amis ce soir devant le Bistrot y verront leur Auto.

    Un beau Souvenir Commandant.
    Pierre_

    Répondre
  6. Alain Turbé-groizart

    J’aimerais beaucoup en savoir + sur les bagnoles de M. Berger et F. Gall.
    J’ai l’impression qu’elles ne lui était pas indifférente …
    On le voit dans un reportage ou il est aux USA , certainement dans les année 70 et il fais mumuse avec les grosses américaines …

    Moi j’ai le souvenir de mon patron qui avait une superbe BMW 750 L , on part négocier des contrats en Belgique et la voiture tombe en panne à un feu rouge.
    Mon patron appelle le concessionnaire , a qui il avait acheté au moins 15 BMW haut de gamme (dont une Z1 ! ) et celui ci repond qu’il ne peut rien faire vue que la voiture est en Belgique …
    Depuis mon (ancien) patron roule en Mercedes …

    Répondre
    1. Commandant Chatel

      Bonjoue Alain,
      France, je ne sais pas ce qu’elle avait comme voiture.
      Michel, en revanche, je me souviens qu’il roulait dans une BMW série 7 (Une 730 ? Je ne sais plus trop).
      Elle était gris foncé.
      Amitiés.
      PS: je comprends votre patron.

    2. Commandant Chatel

      Bonjoue Alain,
      France, je ne sais pas ce qu’elle avait comme voiture.
      Michel, en revanche, je me souviens qu’il roulait dans une BMW série 7 (Une 730 ? Je ne sais plus trop).
      Elle était gris foncé.
      Amitiés.
      PS: je comprends votre patron.

  7. Clément

    Merci Commandant pour vos reportages et anecdotes fameuses ! C’est toujours un bonheur de vous lire.
    Permettez-moi de vous raconter une petite histoire.
    Lorsque mon père était étudiant un de ses camarades était le chauffeur d’un très riche lord anglais qui possaidait une Rolls Royce. Régulièrement, il le conduisait tantôt à un rendez-vous d’affaire mystérieux, tantôt à un cocktail, tantôt pour une escapade sur la côte d’azur. Un jour, le lord anglais est contraint de quitter la France toutes affaires cessantes ! En arrivant à l’aéroport l’ami de mon père demanda timidement : ou dois-je garer la voiture ?
    Le lord répondit : et bien je n’y ai pas pensé… Puis au bout d’un moment il lui dit : gardez les clés, elle est à vous !
    C’est ainsi que notre jeune ami hérita lui aussi d’une fameuse automobile !

    Répondre
    1. Commandant Chatel

      Clément, Clément, Clément !
      C’est une superbe histoire !
      Il fallait me l’envoyer pour SOUVENIRS D’AUTOS…
      Bon, c’est bon pour cette fois !

    2. Commissaire Juve

      Alors la, dites moi mon petit Clément, hein mon peeetit Clément…
      le Lord en question, ne s’appelait-il pas Lord Mc Rashley par hasard ?
      mmmh ? Mmmmhh ?? MMMMHHH ???

      Cette fois, je le tiens… Il ne m’échappera pas.

  8. Pascal MOORE

    Merci mon Commandant pour ce souvenir d’Autos et cette BENTLEY S1. La précision est importante car la S2 est pratiquement identique par sa carrosserie. ( Sur la S1 un moteur 6 cylindres et sur la S2, l’arrivée du fameux 8 cylindres de 6230 cc que l’on retrouve aussi sur la Phantom V, et les premières Shadow )

    Répondre
  9. Gérald

    Ce petit souvenir me rappelle mes débuts dans ma vie active…
    Je viens de prendre un poste de dessinateur dans une très belle société de vente et décoration sur la côte d’azur.
    Tout n’est que luxe et volupté et je suis particulièrement impressionné par l’ambiance qui règne dans ces lieux.
    Le directeur roule en BMW coupé neuve, et souvent nous partons dans sa voiture pour faire des relevés chez des clients…
    Sauf qu’un jour il me demande si j’ai une voiture, car la BM est en révision.
    « Euh…oui mais comment dire c’est une vieille voiture. »
    « Elle roule ?
    oui très bien !  »
    C’est une 205 GT rouge avec presque 200 000 bornes qui est propre, mais depuis quelques jours une odeur nauséabonde ce glisse par intermittence dans l’habitacle.
    On rentre dans la 205 qui est dans le garage et l’odeur est déjà là, mais supportable.
    « j’ai acheté la voiture il y a quelques jours et, j’ai de temps en temps cette odeur désagréable, il faut que je la nettoie de fond en comble »
    « c’est pas grave, on ouvre les vitres »
    On part, c’est l’été, et on roule fenêtres ouvertes, la 205 n’a pas la clim, mais c’était encore courant dans les années 90.
    Nous arrivons chez la cliente, et une heure après avoir fait notre affaire (sic), nous remontons dans la 205 qui était garé en plein soleil, vitres fermées…
    Une odeur pestilentielle règne dans l’habitacle et confus, j’ouvre toutes les vitres pour que nous puissions rentrer à la base…
    De retour je me dis que j’ai pas marqué des points avec ma bagnole, et le soir même je me lance dans le grand nettoyage de la 205.
    Alors bizarrement on avait pas eu besoin d’ouvrir le coffre, et là surprise, à l’ouverture de celui-ci…
    Je découvre mon sac poubelle que j’avais oublié de laisser dans le container depuis plusieurs jours…

    Oui pardon mon commandant encore un SDA sauvage…
    « TIG nettoyage de l’Auverland »
    Bien mon Commandant !

    Répondre
    1. Nabuchodonosor

      Je vous laisse également mes bottes devant le paillasson… A côté du celles du Commanche.
      🙂
      2ème Pompe Nabu

  10. Chapman

    C’est vrai que cette époque était simple….. Une histoire de confiance dans le futur peut être ?
    Chouette histoire en tous cas. Et oui Thierry, on pouvait, selon les quartiers, laisser un tel bijoux dans la rue. Il faut dire que sa valeur relative était bien moindre que de nos jours, époque de grande spéculation.

    Répondre
  11. Georges Piat

    C’est vrai, les budgets sont serrés maintenant, il faut ramer féroce.
    Eh, ç’est classe la Bentley… la rue Marbeuf aussi d’ailleurs, avec les Champs d’un côté et François 1e de l’autre…

    Répondre
    1. Commandant Chatel

      Nous étions au 8. C’est à dire entre George V et François 1er.
      La partie la plus calme de la rue…

  12. Jean-François Bertrand

    Comme j’aurais bien aimé être stagiaire et rouler ainsi équipé !
    D’ailleurs une Cloud ou une S font toujours partie de mes fantasmes bagnolards.
    Un des plus beaux dessin de John Batchley à mon humble avis.

    Répondre
  13. Thierry

    C’est beau, émouvant, gentil, simple, mais il y a un truc qui me choque ……………..
    on pouvait donc laisser en ces temps une Bentley en stationnement dans la rue ?

    Répondre
    1. Commandant Chatel

      Oui. Il y avait aussi très souvent juste en face un pied noir hyper sumpa qui garait sa Silver Shadow conduite à droite.
      À ma connaissance, il n’y a ajamais eu de problème.

    1. Nabuchodonosor

      Que voulez-vous John, en ces temps de misaines il n’était déjà plus le gaillard d’avant…
      Nabugabier

  14. Gran Turisto

    Avec les SDA, on est toujours plus ou moins proche de la petite larme nostalgique…

    Intéressant toutefois de connaître une suite des voitures de la famille Gaillard…
    Donc, la grand-mère décide de partir en 1954, offrant la possibilité à son héritier de « transférer » la collection à un casseur (voir SDA 182 pour les nouveaux!): soit il a tout broyé, soit la collec’ a été « schlumpfée » (version que je préfère…)
    La Bentley S1 est, sauf erreur, sortie en 1955, soit l’année suivant le décès. Le fiston devait donc quand même apprécier les belles voitures (à moins qu’elle faisait partie du peu de modèles qui rentraient dans son budget?…) Le fameux stagiare annonce même « c’était une des voiture de… de mon père… » Une nouvelle crypto-collection existerait donc quelque part?
    Au secours Lieutenant Colombo, je vous laisse la suite de l’enquête!

    Répondre