Souvenirs d’Autos (167) : La 4CV de la liberté

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire et ces (magnifiques) photos m’ont été envoyées par Pierre que je remercie au passage.

 

En 1958-59, après deux ans passés sous les drapeaux mon père rentre à la maison. Il n’a pas d’argent. Le métier de mécanique générale appris au lycée professionnel de Bourg-en-Bresse lui permet rapidement de trouver un travail. Bientôt un copain d’atelier veut se séparer de sa Renault 4CV, il en informe mon père. Heureux de la proposition, confiant, il s’offre la belle Renault gris clair. Sa première voiture !

Pas peu fier au volant, chaque samedi il emmène ses amis dans les bals du pays. Un mariage et deux enfants plus tard, chaque dimanche de beau temps mon père promène notre petite famille au bord des lacs et des rivières de la région. Il est passionné de nature et de pêche à la ligne. Mais, nous ne connaitrons jamais les beaux cols des Alpes en été, ni la Nationale 7 en direction du Midi. Le petit moteur n’est jamais éprouvé plus que de raison.

À cette époque, chaque famille attache une grande valeur à l’auto de la maison, elle mérite toutes les attentions. Mon père est bon mécanicien et le moteur de la 4CV n’a pas de secret pour lui. L’entretien et la réparation sont effectués à la maison.

Les outils et accessoires dédiés à notre auto sont soigneusement rangés sur une étagère. Mon père est très soigneux. Les précieuses bouteilles d’eau de pluie distillée avec mille précautions sont alignées là. Il y a le chargeur de batterie qui parfois fonctionne jour et nuit. Avec son bruit mystérieux et ses fils électriques.

Il est recommandé de ne rien toucher, prudent, je passe au large vaguement inquiet. Pas de trousse en cuir pour les outils mais une musette rapportée de l’armée fait l’affaire, une chambre à air neuve blanche de talque, 4 bougies Bosch le tout resté dans sa boîte d’origine, sont prêts à servir.

La 4CV passe rarement chez le garagiste monsieur Gaudin réparateur toute marque à l’entrée du bourg.  La station est aux couleurs Elf les ronds rouges. L’énorme logo en façade et en bord de route, ne passe pas inaperçu. Je me rappelle encore de la publicité lancée à cette époque.

Tous les matins mon père se rend au travail avec la Renault, rentrée chaque soir au garage elle est choyée. Cette voiture populaire transportera notre famille pendant 4 ans environ. Mais mon père est grand, il a du mal à monter à bord et surtout à trouver un peu de confort pour ses longues jambes. C’est décidé, cette année 1964 il se rend à la concession Renault des Établissements Bernard à Bourg-en-Bresse pour dénicher une Auto plus pratique.

Il passe alors commande d’une Renault 4 L robe rouge clair, elle nous sera livrée plus de dix mois après !

 

Cette voiture familiale de 5 portes a de bonnes qualités routières et elle est spacieuse, « un gendarme peut y rentrer sans enlever son képi » lui avait dit le vendeur. Souple, elle peut rouler sur tout terrain, ce qui n’est pas pour déplaire à mon père quand il ira sur les chemins et traversera les champs pour se rendre sur ses meilleurs coins de pêche.Mon père est enchanté il est certain d’avoir fait le bon choix.

Trois jours déjà que la 4 L rouge est au garage, c’est bientôt l’été et dimanche nous allons inaugurer la Belle. Il n’a jamais fait aussi beau que ce jour-là, le soleil écrase la rue de ses rayons, le ciel sans nuage est d’un bleu profond. Tandis que ma mère charge les victuailles dans le coffre, mon père fait le tour de la voiture observant encore chaque détail.

Impatients, mon frère est moi sautons à l’arrière. « Attention à la barre au milieu ! » nous prévient mon père. Les sièges peu confortables sont de conception simple et en effet un tube apparent séparait nos deux places. Nous partons. Je me retourne et par la vitre arrière je voyais s’éloigner la 4CV grise garée devant notre garage, comme abandonnée. Mon père venait de tourner la page de la petite 4CV, mais il attendra quelque temps avant de la céder à un copain, je me souviens.

Cette sortie nous comble de joie mon frère et moi, l’Auto neuve file dans la campagne ensoleillée, il flotte dans l’air comme un air de vacances.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

L’avis des Petits Observateurs !

15 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (167) : La 4CV de la liberté »

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    1. Pierre_

      De bonne heure et de bonne humeur je vois.
      Heureux que ce Souvenir vous est touché.
      Cordialement

  1. Gérald

    Eh bien à mon tour d’évoquer les premières voitures de mon père, c’est facile il vient de les offrir en miniature à mon fils !
    Alors dans l’ordre, une 4cv comme celle du papa de Pierre, une simca P60 et une 2CV AZ !
    Après ma naissance je crois qu’il est passé directement à la R12 break, le grand luxe…
    J’ai des souvenirs de voyage dans le coffre de la 12, pour aller déjeuner en famille en Italie, c’était déja la fin des années 70… Je me demande encore comment on pouvait aller si loin avec autant d’insouciance…

    Répondre
    1. Pierre_

      Bonjour Gerald
      Quelle bonne idée ces miniatures.
      Beaucoup de km avec les véhicules d’alors.
      En 85 je crois, 2 planches à voile sur le toit nous descendions à Hyères en Citroën Visa.

    1. Georges Piat

      Je ne me souvenais plus des ronds rouges Elf !
      Merci Pierre, ton histoire me rappelle qu’on avait tous un truc sur la tête dès qu’il faisait beau !

    2. Pierre_

      En effet Georges.
      Le médecin du village, garant de la santé dans tous les foyers, était écouté
      Pas de tête nue au soleil, pas de baignade avant 15h30, etc…
      Vaccination générale à la salle des fêtes. Pas d’absent ni fuyard.
      … et caté le jeudi !

    3. Pierre_

      La voiture est le marqueur du Progrès pour la mobilité d’aujourd’hui,
      et ce Progres peut être partagé de tous.
      Rédiger un Souvenir d’auto est agréable et il en entraîne un autre, puis encore un autre…
      Plonger dans sa memoire aidé de son imagination est un plaisir pour le travail de l’écriture.
      Alors n’hésitez pas.

  2. Thierry

    C’est une très belle histoire qui me rappelle moi aussi mes parents et grands parents.
    Mon père a commencé avec une 4CV, j’ai encore en mémoire les ficelles qui permettaient d’ouvrir les portes en tirant dessus. Mon grand père avait la Renault 4L rouge, dont j’ai déjà raconté l’anecdote du cirage sur POA. Mon père a changé sa 4cv par une Dauphine … je ne pense pas qu’il en ai été particulièrement ravi et fier, en tout cas bien moins, comme vous le dites si bien Pierre, de sa première auto neuve en 1966, l’Ami 6 Berline.

    J’adore cette rubrique du commandant Chatel ! bravo continuez à fouiller dans nos (vos) souvenirs … ça fait du bien !! et je vois qu’une erreur a été relevée, les stations Elf et les 4cv …. bof bof, ce n’était pas vraiment la même époque, ou alors sur la toute fin des 4cv (qui ont vite disparu!) c’était plus du temps des R4/Ami8/R16

    bon week-end

    Répondre
    1. Pierre_

      Merci de ce commentaire Thierry
      Souvenirs en puzzle… oui les pieces sont parfois mal assemblées.
      Mais fin 60, 2  »pilotes » du village achetaient les 4cv d’occasion pour rééquiper leur même petit bolide pour les rallyes chaque saison.
      Les ronds rouges en 67. Immanquables et inoubliables sur la route du village.
      Ce garage se voit encore sur googlehearth… mais sans les ronds.

    1. Nabuchodonosor

      Bravo Pierre pour cette histoire qui nous replonge au beau milieu des trente glorieuses et bravo également pour la précédente la semaine passée et pour laquelle je n’avais pas pris le soin de vous féliciter.

      Bien que nous n’en n’ayons jamais possédé, J’ai frotté bien des culottes courtes contre des flancs de 4CV et de 4L qui ont donc participé malgré elles à mon déniaisement automobile. Nous eûmes à la maison plusieurs 2CV, une Aronde, puis ensuite, l’ascension sociale de mes parents aidant, deux Cortina, une Granada US, dont je conserve quelques souvenirs heureux…

      J’aurai cependant aimé posséder ces exceptionnelles qualités d’ordre et de mémorisation que vous semblez avoir hérité de votre père, ce qui, je dois vous le dire, m’impressionne beaucoup.

      Il ne m’en reste malheureusement que des bribes et, suite à divers écueils et aléas de la vie, de trop rares photos. Aussi lorsqu’aujourd’hui mes enfants me demandent « Dis, comment c’était avant », ou lorsque je m’épanche sur POA, ces failles mémorielles m’obligent à broder un peu autour, beaucoup même parfois… Par voie de conséquence mes gniards ont eu tôt faits de ne plus me prendre au sérieux car je finis par me perdre et ne raconte jamais tout à fait la même chose…
      🙂
      Mes respects mon Commandant.

      Nabuau…Gaardavous

    2. Pierre_

      Merci de cet aimable retour Nabucho.
      Pas de remerciement mais un Bonjour de l’Alpe de votre part me suffit.
      Laissons travailler l’imaginaire pour lier nos séquences (ou bribes !) de souvenir.
      Cordialement.

      Amitiés aux Petits Observateurs de Souvenirs d’Auto et au Maître de la rubrique.

    3. chapman

      C’est drôle ça Nabu. mon papa a aussi commencé par une 2cv, puis deux Arondes puis une Cortina…….il est ensuite revenu à la France avec deux R16, une GS (par hasard) et plusieurs Peugeot , mais j’avais quitté la maison.
      Bon eh bien bravo, Pierre nous parle de son histoire et voilà que nous profitons de sa mémoire pour évoquer la notre. C’est ça souvenirs d’auto!

    4. Gérald

      Mon cher Nabu tu peux broder autant que tu veux je me délecte de tes anecdotes, et je pense que tu dois être sacrement brillant pour vendre n’importe quoi à n’importe qui….bref ne change rien !