Souvenirs d’Autos (138) : Lamborghini countach, radios libres et regrets éternels

Par le Commandant Chatel. LamboCountach_03

Mai 1981.

Je travaille à Radio-Monte-Carlo (Paris) et François Mitterrand est élu Président de la République. Tout le monde peut créer sa radio (puisque le Président socialiste a « libéré les ondes ») et un ami de mes parents me téléphone. Nous l’appellerons Monsieur C.

Il veut sa radio orientale, mais il n’y connaît rien. Il a besoin de conseils, d’émission, de techniciens… La seule chose dont il ne manque pas, c’est de l’argent. Comme je n’en ai pas, on va bien s’entendre !

Donc, au nez et à la barbe de mon employeur, je mets en place un véritable barnum… mais de nuit ! Dès 20 heures, quand le personnel quitte les locaux, nous commençons à enregistrer des émissions afin « d’occuper l’antenne ». Parallèlement, une équipe de la maintenance monte et soude un studio complet à Montmartre.

Chaque jour, vers 5 heures du matin, Monsieur C. repart avec ses disques et ses 5 ou 6 heures d’antenne enregistrées. Et chaque jour, il sort une liasse de sa poche et nous paie… Mon copain Michel, qui m’aide dans cette tache (fabriquer une radio de toute pièce !) a remarqué que Monsieur C. nous donne les billets un par un et qui si on le fixe, il arrête la distribution. Comme un jour, il le fait remarquer à Monsieur C. ce dernier le traite d’insolent ! On a bien rit.

Bref ! Monsieur C. roule à ma connaissance dans trois voitures. Une petite Jeep Suzuki (immatriculée au Luxembourg), une Rolls Royce Silver Shadow (immatriculée à Monaco) et une Lamborghini Countach (immatriculée en Italie). Il possède probablement d’autres autos, mais nous les verrons pas. Parfois, il sait quand même être discret.

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Un de ces fameux petits matins où nous discutons (comme à peu près chaque fois) le prix de notre prestation et que nous sommes en train de charger le coffre de la Rolls de disque, Monsieur C. nous dit :

  • Imaginez que la Silver Shadow, je l’ai louée pour vous impressionner…
  • Et c’est très réussi ! répond Michel en réclamant 200 Francs de plus.

J’en ris encore 35 ans plus tard…

Un jour, Monsieur C. veut vendre sa Countach. Il l’a eu neuve. Elle a 8.000 Km. Elle est impeccable… elle n’a qu’un seul défaut, elle est blanche intérieur cuir blanc. Monsieur C. la trouve très classe. Je la trouve ignoble.

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Mais une Countach, quand même, ça fait rêver (j’ai toujours adoré cette auto)… Il me propose un deal. Je lui donne 40 000 francs et des heures de travail (je ne me souviens plus combien… mais beaucoup) et la Lamborghini est à moi.

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Je sais que je dois dire : OUI ! Je sais que je dois accepter ! Je sais que je n’ai pas les moyens et que je devrais louer un box… Je me triture les méninges… Et finalement, la raison l’emporte et je dis : NON…

Quelque temps plus tard, nous ne revoyons pas Monsieur C. nous avons appris à son équipe et lui tout ce que nous savons et il peut voler de ses propres ailes. Et de plus son studio a été attaqué un dimanche à la batte de base-ball par, disons, des gens qui ne pensent pas comme lui… Un de nos techniciens qui faisait des heures supplémentaires a cru que sa dernière heure était arrivée…

L’aventure ayant duré 6 ou 7 mois, nous avons beaucoup de sommeil en retard et un peu d’argent d’avance pour offrir des tournées à l’Elysée-Matignon…

Adieu la fortune, la Countach vaut aujourd’hui 400 000 euros ! Et vive la radio !

Cette rubrique est désormais aussi la vôtre.

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

8 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (138) : Lamborghini countach, radios libres et regrets éternels »

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  1. Piat Georges

    Cela me rappelle que j’ai loupé une « pagode » (Mercedes coupé 280 SL). Pareil, pas de quoi l’abriter sans parler des révisions Mercedes ! Alors, pour le même prix à l’époque, j’ai acheté une R14 TL…

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  2. Mustang98

    La Countach, bagnole superlative est le fruit d’une époque débridée vue par un schizophrène psychotique sous LSD armé d’une serpe !
    Mais plus encore qu’une bagnole dotée d’une mécanique de légende comme d’une épure de l’espace, c’est surtout l’aboutissement du rêve automobile d’un homme épris d’absolu, pour qui le minimum était rien moins que le mieux !!!
    Pas la plus belle, ni la plus jolie, mais assurément une parmi les plus marquantes du XXème siècle !
    Merci Commandant pour ce souvenir d’auto…
    En vacances aussi ???

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    1. Commandant Chatel

      Pas encore… mais dans quelques jours, je ferai une balade en Bentley vers Monaco… (celle d’un ami).

    2. Jean-François Bertrand

      Et j’espère bien pas qu’à Monaco !

      Pour en revenir à Lamborghini et la Countach, c’est la LP400 qui a mes faveurs: la plus lisse, la plus pure, la plus sculpturale.
      Quant à l’évolution de la côte, lorsqu’en 2006 je prospectais pour acheter mon premier « Roller », il y avait sur une des revues de voitures anciennes une annonce pour une Islero 69 (bordeaux cuir biscuit) qui, pour moi, est le Graal absolu chez Lambo. Elle était affichée à un tarif légèrement supérieur au budget que je m’étais fixé.
      Je me suis longuement raté… Tu fais le pas ?… Tu ne le fais pas ?… Je ne l’ai pas fait. La peur de l’entretien du V12 carbus, bien supérieur à celui d’une Rolls déjà conséquent.
      Dix ans plus tard, une Islero vaut dix fois plus que le tarif de celle qui me faisait les « phares doux »…
      Alors, parfois je me dis où est la raison entre être raisonnable et être sûr d’avoir raison de ne pas l’être ? Zatiz ze couèchtionne…

    3. Nabuchodonosor

      Je me suis posé la même question en 81 :
      Toubib or not Toubib ?
      Finalement je n’ai jamais roulé en Lambo….
      🙂
      Nafaitcequilnabu

  3. Hugo

    Sinon en blanc elle fait encore plus aérienne et pure. Plus que belle elle est totalement originale et différente des autres voitures et c’est ça qui est cool je trouve.

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  4. Chapman

    En ce qui me concerne et, aussi curieux que cela puisse paraître sous une présidence socialiste, je ne me suis jamais fait autant de fric que durant ces années là….

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    1. Hugo

      Normal il n’y avait pas encore de totale déréglementation boursière, moins de lobbying, des lobbyings moins forts, des politiques moins en cheville avec ces derniers. Aussi, les particuliers payaient une participation à l’acheminement et l’entretient du réseau de distribution des énergies à l’état. Ce qui était logique et juste. Aujourd’hui on fait spéculer des sociétés privées. Par ailleurs, l’Europe était encore satisfaisante car les frontières et les taxes douanières étaient là. Il y avait donc moins de délocalisations entre autre… Enfin, les banques ne spéculaient pas sur l’alimentaire et leurs buts spécultatifs étaient plus pondérés avec les particuliers. On pouvait créer une entreprise avec plus de sûreté car il y avait plus de justice fiscale. Maintenant on ne peut plus parler de fiscalité mais de spoliation et plus exactement de vol. Vol de l’usufruit de notre travail.