La saga des voitures moches (11) / Citroën Axel

Moche n’est pas l’adjectif exact ni disgracieuse pas plus qu’hideuse. Pas ratée non plus et pas vraiment laide. En fait, l’Axel n’était plus de son temps en fleurant trop l’ADN des années 70 de la marque.

Par Monsieur Patrice Vergès

La Citroën Axel a vu le jour en France en juillet 1984. Ce modèle qui se glissait entre la LNA et la Visa était proposé à un prix hyper compétitif. Malgré cela ses ventes restèrent très modestes. Les raisons ? Sortez vos mouchoirs, car c’est une longue et triste histoire.

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La TRS à moteur GS de 1299 cm3 de 61 ch se distinguait par ses très belles jantes en alliage léger chaussées de Michelin TRX AS qui furent aussi un échec

Au début des années 70, Citroën travaillait sur le projet Y réalisé sur la base Fiat 127. Quand les deux firmes se séparèrent en 1973, le projet évolua vers une voiture 100 % Citroën destinée à remplacer l’Ami8. Sa silhouette à deux volumes reprenait les codes Citroën de l’époque. A savoir, un avant long et aérodynamique, des roues arrière couvertes comme celles de la DS et une poupe faisant songer à celle de la 2 CV avec un hayon se prolongeant très bas. Sous le capot plongeant, il était prévu de monter soit le bicylindre de l’Ami 8 soit le flat four refroidi par air de la GS. En 1974, l’arrivée aux manettes de Peugeot envoya ce projet aux oubliettes. Dans l’urgence Peugeot demanda une nouvelle étude à partir de la 104. L’équipe de Robert Opron et de Jean Giret reprit en partie le design de la Y pour la Visa dévoilée fin 1978 et déjà traité dans notre saga.

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L’arrière était moins réussi mais le hayon était de plain-pied

Accord avec la Roumanie

En 1976, lorsque Citroën passa un important accord avec la Roumanie portant sur la construction d’une usine à Olténie (d’où le nom Oltcit, contraction d’Olténie et de Citroën) on ressortit de la poussière le vieux projet Y. Mais la construction de l’usine pour laquelle on avait prévu une production de plus de 130 000 voitures par an prit beaucoup de retard à cause du dictateur Ceausescu qui changea volontairement plusieurs fois de sites. Les première Oltcit ne furent finalement livrées qu’en 1982. Mais il n’était pas question qu’elles soient distribuées chez nous.

Comme me l’avait expliqué un haut cadre supérieur aujourd’hui disparu, les Roumains étaient de très mauvais payeurs et Citroën n’eut que la solution de se faire rembourser en voitures. Voila pourquoi, la firme au double chevron la proposa chez nous uniquement en version 4 cylindres alors que l’Oltcit était vendue en bicylindre en Roumanie .Lorsqu’elle arriva en juillet 1984, l’Axel avouait 12 ans de retard autant dans sa silhouette faisant songer à une Visa 1978 première série que dans sa conception. Le service presse de Citroën qui était alors très compétent décida de la lancer d’une façon personnalisée préféré à une présentation plus classique partant du principe qu’a plusieurs (journalistes), l’intelligence se divise au profit de la connerie qui se multiplie.

01 Axel

La version basique à moteur GS de 1129 cm3 était vendue seulement 37 000 francs soit sensiblement le prix d’une R4TL

Plutôt bien

En juillet 1984, on me porta une Axel au sigle masqué en m’expliquant que c’était la nouvelle Citroën. A l’époque, une nouvelle Citroën détournait encore les regards. Pas l’Axel, voiture transparente. Je me suis pavané (fla-flap-flap) à son volant une quinzaine de jours et personne ne s’est retourné sur cette voiture qui semblait d’occasion. Certains plus observateurs crurent qu’il s’agissait d’une nouvelle Visa 2 portes.

On ne pouvait pas dire que c’était une mauvaise voiture. Son moteur 1300 cm3 de  GS de 61 ch ne marchait pas si mal, son originale suspension à barres de torsion était plutôt confortable et son freinage à 4 disques était puissant. Les satellites en forme d’oreillettes de sa planche de bord étaient pratiques et son volume habitable pas négligeable. A part son esthétique mollassonne franchement loupée à l’arrière mais plus agréable de profil et une propension à boire comme un charbonnier roumain, il n’y avait pas grand chose à jeter. D’autant qu’à ce prix (37 000 à 45 200 francs) c’était cadeau. Alors où est le blème ?

Plutôt mal

Las, il s’avéra vite que la voiture manquait de fiabilité à cause de sa construction pas assez maîtrisée. Les pneus roumains de la version basique éclataient, le moteur s’étouffait à cause de la position mal étudiée du carburateur, la peinture s’écaillait rapidement, les chromes rouillaient, les sièges s’affaissaient et le freinage exigeait un pied de plomb. Et si son moteur connu pour sa fiabilité atteignait 100 000 km sur certaines, sur d’autres, il fumait bleu dès 10 000 km à cause d’un manque de contrôle de qualité sur les chaînes. Avec des ventes qui s’écroulèrent vite et surtout de coûteuses garanties à appliquer, Citroën se retira de l’aventure Oltcit en 1988. Ce qui n’empêcha pas la marque roumaine de la produire jusqu’en 1996. Qui aurait pu imaginer alors qu’il y aurait, aujourd’hui, des passionnés de cette voiture qui échangent beaucoup sur internet ? A quand une vente d’Axel dans le cadre de Rétromobile par maître Poulain qui, avec son emphase habituelle, nous expliquera que c’est la voiture du siècle.

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 La version entreprise à TVA récupérable de 18% contre 33 % connut un relatif succès 

L’avis des Petits Observateurs !

8 commentaires au sujet de « La saga des voitures moches (11) / Citroën Axel »

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  1. WOEFFLER Jean-Christophe

    J’ai eu le bonheur, oui le BONHEUR d’en conduire une (12 TRS) pendant 18 ans, 180000km : je m’en suis séparé par nécessité (famille qui s’est agrandie et manque de place pour la garer), sinon je l’aurais gardée ! Je l’ai confié à un collectionneur pour qu’elle soit préservée car elle le méritait !!! Je l’ai trouvée très fiable, maniable, d’une tenue de route irréprochable même en charge et avec remorque. Contrairement à ce que j’ai pu lire, elle freinait très bien (4 disques et ventilés à l’avant), le carburateur Weber ne m’a jamais posé de soucis,.. Avec un entretien régulier « maison » à la périodicité du constructeur (bien que je ne sois pas mécano) et un traitement anti-corrosion à ses 3 ans, la rouille n’a commencé à grignoter la carrosserie (uniquement sur les portières) qu’au bout de 15 ans. Seul bémol, les roues en alliage étaient très chouettes mais les pneus 165 TRX AS coûtaient la planète et je les avaient remplacées par des roues en tôle d’une 11 R. L’équipement de série était plus que correct. Après, l’esthétique est une question de goût et un véhicule est avant tout fait pour se déplacer et rendre service ! Moi je la trouvais mignonne et son Cx était très honorable surtout pour la 12 TRS … Et si l’on parle « image » on peut aussi parler « son », celui de son « 4 à plat » était très agréable même à régime élevé. L’isolation de l’habitacle était très correcte. Côté consommation les 12 TRS avec le 1299 cc Eco et boite 5 de la GSA n’était pas si énorme dès lors que l’on avait pas le pied trop lourd afin d’éviter de réveiller le 2e corps du carbu (sous les 3500 tours environ)! Une moyenne de 7 à 7,5 l/100 n’était pas si élevée et on gagnait beaucoup en entretien de l’autre côté: grâce au refroidissement par air, pas de liquide, pas de pompe, pas de vidange, pas de surchauffe même en utilisation très sévère… Je suis certain qu’avec une injection électronique, elle aurait consommé encore moins. Il me semble avoir vu quelque part qu’un bon mécano avait fait cela sur une GSA, donc c’est possible ! Donc au final, j’aimais beaucoup !!!

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  2. François

    Eh bien moi, je roule en Axel et j’aime ça.

    Je cherchais une voiture ancienne qui soit à la fois originale, discrète et pratique. Originale, elle l’est certainement par sa naissance franco-roumaine et sa ligne typiquement Citroën, déjà un peu dépassée dans les années 80. Discrète, sans doute, car elle suscite tout au plus une vague curiosité, ce qui est rassurant quand on doit la laisser seule la nuit sur un parking. Pratique, résolument, car une fois la banquette rabattue, elle charge sans problème un petit meuble, des outils, des pots de peinture et tout ce qu’il faut pour partir en vacances.

    Sa tenue de route est effectivement irréprochable, et les fameux satellites sont un plaisir à manœuvrer.
    Bref, j’en suis ravi, et si ce n’était sa consommation effectivement élevée (mais qui n’est pas due aux Roumains) et la fiabilité de certaines pièces roumaines faciles à remplacer (comme son carbu Carfil), je n’ai qu’à me féliciter de cet achat.

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  3. Dubby Tatiff

    Je me souviens parfaitement de cette Axel que j’ai conduit à l’époque. Une entreprise dans laquelle je travaillais en avait acheté quelques unes comme véhicules de services. En lisant l’article, je réalise rétrospectivement qu’ils avaient dû avoir un bon prix !
    J’en conserve le souvenir de commodo assez étranges et dont on ne comprenait pas bien comment ils fonctionnaient ; du genre à devoir tourner une molette situé en dessous d’un satellite du volant pour actionner les clignotants ! Je me souviens également d’une tenue de route époustouflante. Impossible (époque et envie d’expérimenter de la jeunesse aidants) de la faire sortir de route ou de la faire déraper.

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  4. Jimmy B

    Article très bien écrit mais qui comporte pas mal d’erreurs :
    – Les moteurs n’étaient pas ceux de la GS mais de la GSA. Le 1299 cm3 de l’Axel développait 61 ch contre 65 ch pour la GSA.
    – L’Axel 11 R rouge est bien mue par un moteur 1129 cm3 57 ch, mais ce n’est pas la version basique. Le modèle de base était l’Axel. La gamme était constituée des Axel, Axel 11 R, Axel 12 TRS, Axel Entreprise et Axel 12 TRS Entreprise.
    – Lors de sa sortie en Roumanie en 1982 il était bien question qu’elles soient exportées vers la France quelques années plus tard, ce qui fut le cas à partir de 1984. Tous les articles de présentation de l’Oltcit dans la presse automobile du début des années 80 le disent.
    – La commercialisation en France n’a pas cessé en 1988 mais en 1990, L’Axel est bien présente dans les brochures des gammes Citroën années-modèles 1989 et 1990, ainsi que dans les tarifs.
    – Les Axel vendues en France n’ont jamais eu de pneus roumains. Ils étaient remplacés par des Michelin (sauf la roue de secours qui conservait son pneu Victoria roumain) dès leur arrivée dans l’hexagone lors de leur remise à niveau à Aulnay-sous-Bois.

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    1. Fréour

      Un délice à lire ! Et une histoire que j’ignorais : se faire payer en Axel ! Merci Patrice.