Triumph TR6 1971 : tout pour la musique

Par Patrice Vergès. Dernière de la lignée de la dynastie des vraies TR nées dans les des années 50, La TR6 était l’ultime survivante du roadster britannique sportif offrant un maximum de sensations pour un prix minimum.

 Une TR6, c’était d’abord un bruit. Plutôt une musique. Plus précisément un chant.  Une chanson au spectre musical sans limite aux sons gras, presque mouillés qui laissaient entendre que l’injection Lucas n’était pas seulement destinée à économiser de l’essence mais surtout à copieusement nourrir les chevaux vapeur. Ce chant onctueux dont les tessitures variaient à chaque maniement du ferme levier de vitesses est un pur enchantement pour les oreilles surtout si, comme celle de Bernard, elle est équipée d’un overdrive électrique dont le nom de son inventeur est déjà un régal à prononcer : Laycock de Normanville.

Assis à ses cotés, mes oreilles se régalent de toutes les harmonies du gros du 6 cylindres en ligne de 2,5 l de cylindrée alimenté par injection expliquant ses initiale de PI (Pétrole Injection). Sur sa monture, il délivre encore 165 ch SAE soit 152 DIN,  puissance qui fut ramenée à 125 ch DIN sur les versions millésimées 73 pour des normes avouées de pollution et inavouables de robustesse.

 « C’était ma jeunesse ! »

 Comme tous les jeunes de sa génération, Bernard rêvait d’une TR4 ou TR6 sans les années 70. Il avait étanché son envie en roulant avec une sage berline Triumph 1300 d’occasion mais rien à voir avec la « furia » de la TR6 achetée, il y a peu, avec ses fils Manu et Raphael tout aussi passionnés que lui.  » C’est un modèle 1971 très sain et sans aucune corrosion, ce qui est rare. Il totalise 130 000 km d’origine avec beaucoup de chose refaites dont le moteur et récemment l’injection Lucas qui était le point faible de la voiture. Nous n’avons seulement revu que quelques détails de finition. J’adore sa ligne, son tableau de bord en bois et surtout son bruit fabuleux ».

Ce 6 cylindres de 2,5 l fut d’abord monté sur la TR5 1968 qui avait conservé la  robe de la TR4 4 cylindres. Triumph demanda au carrossier allemand Karmann de rajeunir esthétiquement à moindres frais la TR5 qui se mua en TR6 début 1969. Ce modèle survécut jusqu’en 1976 produite à moins de 95 000 exemplaires dont la majorité pour les Américains se contentant d’une version à carburateurs bien moins puissante de 104 ch SAE  plus fréquente en France que la version PI fabriquée à seulement 13912 unités. .

Vieux dessous

Sa silhouette modernisée avait conservé les vieux dessous issus de la lointaine TR2 des années 50 dont son châssis en forme de longeron renforcé par un croisillon. Ses roues indépendantes à l’arrière dont avait hérité la TR4 en 1965, n’en font pas pour autant une voiture confortable ni adhérente au sol !

Si la TR6 était loin d’être une nouvelle voiture, elle ne manquait pas d’arguments en particulier avec un excellent rapport prix-performances. En effet, plus que les 190 km/h des premières versions de 152 ch Din, ce sont ces accélérations qui faisaient la différence avec 30 secondes aux 1000 mètres départ arrêté et des reprises qui collaient au dossier surtout si l’on disposait de notre fameux overdrive électrique ajoutant trois rapports aux quatre d‘origine. Soit sept !

« C’est elle qui décide où elle va »

Bernard qui s’amuse en circuit au volant d’une Matra Djet et Lotus Europe, n’a pas la crainte de faire grimper les 6 cylindres dans les tours. Une TR6 pousse encore fort !

 » Elle a une tenue de route très vintage. Il faut toujours se montrer vigilant à son volant surtout sur mauvaise route où la direction se cherche un peu ! C’est elle qui décide où elle va. Il faut anticiper ! C’est une voiture qu’on craint et c’est pour cela qu’elle a autant de charme ».

En effet, le généreux et onctueux 6 cylindres qui enroulait en souplesse faisait oublier tous les faiblesses de cette sportive.

User sans abuser

Malgré sa sonorité magique, son moteur tout en fonte au dessin daté n’était pas exempt non plus de tout reproche, détestant les hauts régimes mais pas la boisson. A cause de sa calamiteuse injection Lucas sujette aux extinctions de voix quand elle avait un coup de chaud, il jouait parfois le monde du silence après un trop long feu rouge !

La TR6 était une vraie sportive de l’ancienne génération comme on les aimait dans les années 50 exigeant un subtil cocktail de conduite virile dont il fallait user sans abuser. Ce roadster avait un charme fou que l’on ne retrouve plus sur les voitures modernes trop parfaites. Je me demande si on n’aimait pas davantage la TR6 pour ses vices que pour ses vertus !

 

Par rapport aux TR4/TR5, la TR6 avait vu son avant et arrière redessinés dans un style plus moderne

A partir de 1970, la poupe des TR6 était peinte en noir car elle se maculait vite à cause des rejets (gaz et huile) des deux généreuses sorties d’échappement

La TR6 avait repris la planche en bois vernis des modèles précédents. On perçoit mieux l’étroitesse de l’habitable

Kyrielles de petits manos Smiths cerclés de noir. Court levier à la commande ferme. L’overdrive est à gauche du volant

Malgré leur confort, les sièges ne masquent pas la fermeté de la suspension arrière

L’injection Lucas avait donné une nouvelle jeunesse au vieux 6 cylindres en ligne de 2,5 l tout en fonte au vilebrequin à 4 paliers datant des années 50

C’était la mode des rétroviseurs aérodynamique dits obus comme ceux des  Formule 1 de l’époque

Les jantes en rayons étaient optionnelles comme l’overdrive. Bernard l’a chaussée de 165X15 de même profil qu’à l’époque

Bernard  a réalisé un des rêves de sa jeunesse avec sa TR6

Les feux rouges débordants élargissaient visuellement une carrosserie jugée trop étroite

 

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Triumph TR6 1971 : tout pour la musique »

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  1. ChAP

    J’ai une TR6 CF de 1974, c’est à dire une américaine avec 2 carbus + 1 culasse « sport ». Jamais restaurée, elle est dans son jus mais elle vieillit bien. C’est vrai qu’elle est un peu turbulente mais si on la conduit comme une propulsion doit l’être, elle n’est pas vicieuse. Il faut être vigilant et bien analyser son comportement. Je l’ai depuis 10 ans maintenant et une fois bien réglée, c’est une auto qui est très attachante malgré les pannes et la consommation gargantuesque… Une vraie anglaise !

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  2. Patrice Verges

    Merci de votre commentaire François. Bien que la TR7 ne fut pas une  » vraie » TR, cela ne m’a pas empêché de faire un beau tête à queue sur le mouillé à son volant. L’adhérence de l’essieu arrière n’était pas sa plus grande qualité !

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  3. Chapman

    Mais oui bien sûr, les défauts, c’est ça qui est bien. Quand on réussi à dompter la bête, on se sent tellement bien.
    Ouuuh, à bas la norme et son corollaire, l’aseptisation !!!

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  4. Guy Dhotel

    Le souvenir le plus marquant est effectivement une ligne droite : en 73, sortie d’Amiens et gaz avec le 6 cylindres. La route est droite, bombée et bosselée, cernée de platanes. 4e, la mélodie disparaît dans les tourbillons d’air et les grincements et craquements. Passer l’overdrive en 4 e demandait du courage , les raisonnables diront de l’inconscience. Pourtant force est de constater qu’on en revenait vivants et loquaces: qui sur le pont rigide, qui sur le châssis souple… Cette TR 6 ( ou 5) faisait parler d’elle, et pas seulement pour sa jolie robe.

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    1. Patrice Verges

      Très flatté d’avoir un commentaire de Guy Dhotel qui joue à merveille avec les mots puisqu’il est devenu écrivain et vient de publier  » Un été brûlant ». Auparavant, jusqu’à cette date maudite du 9 septembre 1973, Guy jouait à merveille du volant d’une voiture de course. Volant Shell 1971, il aurait pu accéder à la Formule 1 avec davantage de chance. Après la F3 monoplace il a piloté des BBM proto notamment à moteur Cosworth jusqu’à ce jour maudit qui l’a marqué dans sa chair et contraint à arrêter le sport auto. Lisez ses livres, son écriture est flamboyante. Respect

  5. François P

    Je partage tout à fait: on aimait la TR6 plus pour ses vices que ses vertus. J’ai parcouru quelques centaines de kilomètres à son volant c’était plaisant et attachant loin des deplaçoires asseptisés que l’on nous vante aujourd’hui. Personnellement j’ai plus d’affinités avec la TR4A, sans doute parce que je n’ai pas été à la hauteur pour « dompter » la dernière de la lignée des vraies TR (la 7 n’a plus rien à voir.,)

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