Souvenirs d’Autos (338) : tu la veux ma Bm !

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Merci à Frédéric de nous faire partager son quotidien dans les années 1994-1995. Il était alors vendeur auto à la concession BMW Hérault de Reims (à 23 ans, le plus jeune vendeur Bmw de France).

À cette période, nous étions trois vendeurs, le téléphone (fixe de la concession) sonne, je décroche et la personne m’informe qu’il souhaiterait essayer une 325i boite auto. A l’époque nous vendions beaucoup de 325TD et 325 TDS, donc je lui réponds que nous ne pouvions avoir toutes les versions et (à l’époque) peu de version automatique, mais qu’exceptionnellement nous avions une 325i occasion très récente disponible pour un essai, mais équipée en boite mécanique.

Le jour venu, à l’heure dite, la personne se présente à la concession. Je lui tends la main et rien ne se passe… le monsieur me regarde, je le regarde… il n’a pas de bras !

Je ne me démonte pas, et comme j’en avais l’habitude, avant de foncer vers l’auto, on s’assoie et on parle bagnole. Je sors la doc et pendant quelques minutes je parle de l’auto, des options et de son moteur et il me demande si je comprends maintenant son besoin de boite auto…

On descend voir la voiture, et comme il n’y a pas de boite auto (vous aviez compris), il me demande de prendre le volant et il sera passager.

Comme on le faisait à l’époque pour un essai client, nous sortions de Reims par Tinqueux et petit tour du circuit de Gueux, pas du tout un circuit mais seulement un tracé à la campagne avec une bonne ligne droite entre les illustres tribunes (non restaurées à l’époque), nous permettant une petite pointe… on n’avait pas peur à l’époque.

Mon passager non ému par la vitesse, déchausse son mocassin, pose un pied sur le tableau de bord, ouvre la boite à gant, ouvre le livret, sort le manuel, le pose sur le portillon de boite et commence à tourner les pages avec ses doigts de pieds… moi j’étais éberlué, si bien que j’ai du lever le pied car ma vitesse n’est plus compatible avec mes yeux posés sur ses pieds en action…

On rentre en concession, on retourne au bureau, et on parle du modèle avec ses options enfin je lui fais une offre associée.. moi toujours pro, conditionné par la vente, je vais au bout de la démarche.

On en reste là, on se lève commence à sortir de la concession et il monte dans son auto… une très belle NISSAN 200SX rouge, un modèle sport, rare à l’époque. Il démarre et s’en va… me laissant tout bête sur le trottoir.

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Ma première vente est arrivée seulement mon deuxième jour. Le matin, petite réunion d’équipe pour analyser les ventes de la veille et les projets futurs. Le téléphone sonne, mon chef décroche, un client au bout du fil, et il me propose de le prendre.

Un vieux monsieur me dit qu’il est déjà client et qu’il souhaite changer, et il me demande si je peux passer chez lui avec la « nouvelle » série 3. Je lui dit ok, je passerai le voir dans l’après-midi.

À l’époque les vendeurs se rendait régulièrement chez les clients, souvent le soir pour un essai ou une négo.

L’après-midi même, je prends la route pour une vingtaine de kilomètres et j’arrive avec une E36 chez ce monsieur. Son souci est qu’il a une E21, et souhaiterais vérifier que la E36 rentre bien dans son garage. Ni une, ni deux, il me confie les clefs de son auto, je la sors du garage et m’engage avec la E36 dans son garage. Petite manœuvre, et ça passe !

Le monsieur est content. On remonte dans son salon, et je lui propose une 320i 6 cylindres neuve. Sa E21, portant très belle mais ne valant rien (à l’époque …) je lui propose de l’offrir à quelqu’un de sa famille. Il est ok, et me demande un petit geste…

Je lui propose une remise de 3%… Il me dit ok, il signe tout le monde est content.

Le lendemain matin, j’arrive en réunion et pose mon bon de commande sur la table. Tout le monde me regarde…

  • Tu as vendu quoi ? une 320i .. pas mal !
  • Sans reprise ? c’est mieux !!!
  • Et t’as fait une remise de 3%..
  • Bravo gamin !!

Quelques semaines plus tard, le monsieur vient chercher son auto. Il est ravi ! et me glisse dans l’oreille :

  • Merci pour la remise, je n’en demandais pas tant.. l’autoradio cela aurait déjà était très gentil… nous étions tous les deux contents.

 

Un samedi, un client débarque en treillis de la tête au pied avec des bottes pleines de boue en descendant d’un vieux 4×4 un peu pourri.

Il rentre dans la concession, dispo, je vais vers lui et il me demande des renseignements pour une série 7. Même dans une ville riche comme Reims, on en vendait peu par an. Je l’engage à me suivre dans le bureau et s’engage un échange assez court sur les versions. Il me coupe et me demande de m’attarder sur une 730i (l’entrée de gamme) et me pose une question précise :

  • Peut-on l’avoir sans cuir ?
  • Mais monsieur dans la configuration France, c’est de série !
  • Oui mais je la veux sans cuir
  • Euh… je vais regarder.

Je consulte la liste des options, pas aussi nombreuses que chez Porsche et je vois une option gratuite : omission cuir.

  • Très bien, merci jeune homme, au revoir, en prenant la documentation et ma carte.

Le mardi suivant, le téléphone sonne, c’était la réception qui me transmettait un client qui souhaitait me parler. Oui à l’époque pas de téléphone portable, ni de ligne fixe directe dans chaque bureau.

  • Bonjour monsieur, je suis le DAF de la Sté X (Directeur Administratif et Financier), samedi vous avez rencontré notre DG qui revenait de la chasse (ndlr : le 4×4, le treillis et la boue) et j’aurais besoin que vous adressiez une offre pour une 730i avec peinture métal et omission cuir. N’oubliez pas la remise !!
  • Euh… bien monsieur je vous faxe cela dans la journée !

Le lendemain je reçois l’engagement puis quelques jours plus tard en virement pour l’acompte, afin d’engager la commande. Donc 5 minutes dans mon bureau, 1 coup de téléphone, 1 échange de fax, 1 virement et la vente est pliée.

Quelques semaines plus tard, le client (cette fois en costume) vient récupérer sa série 7. Prise en main du véhicule, et j’ose la question, pourquoi cette configuration sans cuir ?

Le monsieur m’explique que dans le groupe qu’il dirige, tous les collaborateurs disposant d’un véhicule de fonction, ont un budget conséquent, donc de belles autos, mais que le cuir n’est réservé qu’au PDG !!!

 

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.

On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…

Et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

12 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (338) : tu la veux ma Bm ! »

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  1. Oliver

    Merci Frédéric pour ces charmants souvenirs.
    J’avais complètement oublié, mais c’est vrai que les vendeurs des années 80-90 venaient volontiers nous voir à domicile pour nous faire essayer une voiture. Ils avaient une attitude amicale et complice avec l’acheteur.
    Mention spéciale au concessionnaire Nissan et Mazda Parini si mes souvenirs sont bons de Roquebrune-Cap Martin.
    Dans les années 90, J’étais fou de la Mercedes 560 SE, rare dans cet empâtement court. Ce concessionnaire en entre une d’occasion. J’étais allé le voir avec un ami quelques jours avant, je le connaissais donc à peine. Mon ami lui indique mon adresse. Il vient chez moi avec la Mercedes.
    – Ma…Olivier, tu vas être content, j’ai une Mercedes extraordinaire, une 560 SE. Viens l’essayer. ( Pour les italiens, les voitures sont souvent extraordinaires )
    -Désolé, mais en ce moment je suis plutôt…fauché.
    – Ma! Et alors ! Je ne t’ai pas dit de l’acheter, mais de la conduire. Monte dedans !
    Et me voilà parti pour une petite balade avec un concessionnaire passionné et généreux. Merci Monsieur Parini.

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  2. Georges Piat

    Géniales les anecdotes, on en demande encore. Quand je vais dans ma concession BM, je me rends compte qu’il existe toutes sortes de clients. Du PDG Bouygues (son représentant) au plombier qui a réussi. Mais beaucoup de passionnés de longues dates. Les 2002 Tii et les coupés CS sont très présents dans les conversations.

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  3. Christian Alméras

    Un petit souvenir pour Frédéric, déjà raconté lors d’un SDA qui date de la même époque. Nous déjeunons, mon associé et moi avec un prospect. Mon associé veut faire un trait d’humour et pose une devinette  » Quelle est la différence entre une BMW et des hémorroïdes? » Aucune il n’y a que les trous du c.. qui en ont. Le prospect sourit à peine. Après le dejeuner nous le raccompagnons à sa voiture… une 525 TDS flambant neuve! Ce prospect n’est jamais devenu client fort logiquement!!!

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    1. Une autre époque...................

      Comme le dit Fréderic de nombreuses fois…….. »à l’époque ». Et oui, ces marques n’ont plus la meme
      clientèle et la blague sur les hémorroides ou du meme niveau, est sans doute un argument de vente quand
      sagit de fourgué une « Béheme » aujourd’hui!
      Ah, ma bonne dame, tout fou le camp …………………….

  4. Nabuchodonosor

    Un grand merci Frédéric de nous avoir fait partager quelques séquences la vie d’un vendeur auto.
    En voici une en retour d’un client, enfin d’un prospect. A la même époque, idiot consumériste bien dans le moule et désireux d’afficher ma réussite sociale, je me mets en quête de l’accès au premium, soit une Classe C, une Série 3 ou une A4… J’arrive dans une concession à l’hélice bavaroise avec ma vieille 309 diesel rouge partisan et là, le vendeur ne me calcule même pas et me toise du regard en me faisant comprendre qu’ici il n’y a rien au-dessous de 200k de Francs et que le standing BMW patati patala… A peu près même comédie chez Mercos, l’étoile vous comprenez… J’ai finalement signé chez Audi ce que je regretterais vite tant le SAV était déplorable… Depuis lors, je m’attache à ne jamais péter plus haut que mon cul.
    😉
    Mes respects au Comanche qui en ce moment, lutte contre les feux de forêt…

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  5. Christian Alméras

    J’aime beaucoup car j’ai eu limpression de regarder une vidéo tellement ces anecdotes sont bien relatées. J’ai failli vendre des voitures avant de choisir des études de pub, cela aurait été dans une concession Peugeot dont le directeur commercial s’appelait Robert Fiat… ca ne s’invente pas!

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