Matra Murena 2.2 : Un goût d’inachevé

Par Patrice Vergès. Fin 1980, la Matra Murena succédait à la Bagheera dont elle reprenait le concept des trois places frontales. Pourtant, elle ne rencontra pas le même succès auprès des Matraciens que son aînée. Pourquoi ?    

La Murena couleur cannelle métallisée de Jean est l’une des dernière vendues en 1984 par le réseau Peugeot. De profil, on apprécie mieux la ligne en coin qui s’étire sur 4,07 m contre 1,22 m de haut seulement. On reconnait  les poignées d’origine Peugeot  

 Sur le papier, une Talbot Murena était supérieure à la Bagheera dont elle gommait les imperfections. Elle tenait encore mieux la route, apportait un plus large de choix de motorisations, offrait de meilleures performances et une boîte à 5 rapports, une silhouette jugée plus moderne, une meilleure résistance à la corrosion, un confort exceptionnel et toujours un prix raisonnable. Hélas, en 3 ans de production, seulement 10 680 furent construites contre 48 000 Bagheera.  Les raisons de son insuccès    sont nombreuses et, hélas, trop longues à analyser ici. Mauvais choix de motorisations, victime du véto de Renault qui lui refusa le nouveau moteur Douvrin de 110 ch, explosion des ventes des berlines GTI notamment la Golf aussi rapide, plus habitable et moins chère et enfin désintéressement de PSA et de son réseau de concessionnaires à l’égard de Matra marquant la fin de production de ce modèle fin 1983. Après une Murena 1,6 l 92 ch déjà traité par POA, voici le tour de la version plus musclée à moteur 2,2 l de 118 ch. 

Sous cet angle, on devine les imposantes sorties de la ligne complète Devil plus esthétiques et plus musicales que le pot transversal d’origine 

Depuis mai 1986

 Son propriétaire Jean raconte.  » Je m’étais assis dans une Murena neuve couleur cannelle métallisé lors d’un salon de l’auto régional fin 1983. Elle me plaisait par son nom qui me faisait rêver car synonyme de victoires au Mans, son allure, ses performances. En mai 1986, un particulier m’a vendue sa Murena à 21 000 km, c’était celle dans laquelle je m’étais assis en 1983 ! La première chose que j’ai faite a été de virer l’horrible volant contre une modèle en bois.  Pendant 6 ans elle a été ma voiture de tous les jours pour aller travailler. Elle m’a séduit par sa tenue de route, son confort bluffant, ses performances. En 1992, lorsque elle a eu 90 000 km, elle est devenue une voiture de collection uniquement pour les sorties. Aujourd’hui, elle totalise 130 000 km et tout est d’origine au niveau mécanique. En 35 ans, mes seuls frais ont été une ligne d’échappement complète Devil qui a changé son bruit et mieux habillé l’arrière et une peinture neuve en 1991 car le vernis était tout craquelé ». 

Au chapitre des qualités, Jean reste impressionné par la tenue de route, sa maniabilité et son confort étonnant qui lui permet d’avaler les ralentisseurs avec grâce.  Coté défaut, bien que passionné, il admet que la qualité de fabrication n’était pas sa meilleure qualité.  » C’est une voiture que je ne vendrai pas. Mon fils   qui a 23 ans, l’adore aussi.  J’ai aimé et j’aime toujours cette voiture ! « 

 

La Murena offrait 3 places de front et des sièges étonnement moelleux pour une sportive. Jean a remplacé le volant d’origine par un modèle en bois plus esthétique. 

 Le dossier central formait accoudoir trop haut placé lorsqu’on voyageait à deux

3 places de front

Comme la Bagheera, la Murena proposait 3 places de front. Une bonne idée même s’il était manifeste que celui assis au centre manquait un peu d’aise pour étendre ses coudes. Les sièges étaient étonnamment confortables pour une sportive en tenant bien le corps. Ses 3 places obligeaient à une certaine largeur (1,75 m) rare à cette époque. Basse (1,22 m), cette Matra manquait de garde au toit pour un grand gabarit.  Elle imposait une conduite couchée, les jambes et bras tendus qui a disparu sur nos voitures modernes et une visibilité assez médiocre due à l’inclinaison prononcée de ses surfaces vitrées. 

Plus de 40 ans après sa naissance, il est difficile de juger sa silhouette mais à cette époque, elle était considérée séduisante avec sa forme en coin signée Antoine Volanis générant un excellent CX de 0,32. En revanche, l’assemblage des panneaux de composite séparés par de nombreux joints trop visibles, prêtaient flanc à la critique de même que sa planche de bord jugée trop moderne ni très pratique  ainsi que son petit volant à méplat au contact désagréable.  Sorti assez enthousiasmé de son essai, j’avais conclu ainsi mon article qui avait provoqué l’irritation de certains collègues dont mon humour leur avait échappé.  » Si mes employeurs se décidaient enfin à me payer à ma juste valeur, il n’est pas dit une jour que je n’achète pas une Murena ». Hélas, mon statut de père de famille m’en empêcha.  

Monté en position centrale transversale, ce gros 4 cylindres de 2155 cm3 à un seul carburateur, délivre 118 ch. Son accessibilité mécanique est catastrophique  

Deux moteurs au choix

 Plus lourde de 50 kilos dans sa partie arrière, la 2.2 était animée par le gros 4 cylindres de 2,2 litres de la Tagora issu des Chrysler 180. Ses 118 ch DIN, contre 92 pour la version 1600, lui permettaient de frôler les 195 km/h avec une nervosité accrue. Sur le papier, il lui était supérieur. Mais dans la réalité, par son absence de sonorité voluptueuse et son manque d’allant pour grimper en régime, il n’offrait pas la sensualité ni l’agrément attendus sur une sportive. Heureusement, la Murena les compensait par une tenue de route exceptionnelle, un confort surprenant grâce à une suspension fort bien réalisée. Son vilain volant cachait une bonne direction précise et ses jolies jantes en alliage de série sur la 2.2 l chaussées de 185X14 devant contre 195 derrière, un freinage puissant confié à 4 disques.  

La 2.2 l était chaussée de jantes en alliage de série en 14 pouces avec des dimensions de pneus différentes à l’avant et l’arrière  

Le 142 ch arriva trop tard

Matra pleura auprès de PSA pour bénéficier d’un moteur plus puissant qui arriva, hélas, trop tard. D’abord, sous la forme d’un kit à faire monter par le réseau et enfin de série en 1983 sur la version S. Élaboré par Danielson, ce kit proposait une admission confiée à deux carburateur et un arbre à cames différent, le lourd 2.2 l grimpait de 118 ch à 142 ch. Puissance qui transfigurait la Murena S qui pointait son nez effilé à près de 210 km/h après avoir  englouti les 1000 mètres en 29,5 s, le tout dans une harmonie sonore enfin digne d’une voiture appelée Matra. Seulement 480 ont été produites et c’est bien dommage.  Si la  Murena était née avec cette mécanique, elle aurait eu une destinée toute autre. Avec des si….

Jean roule depuis 1986 avec sa Murena. La lunette arrière très inclinée offrait une mauvaise visibilité et se maculait assez vite. 

Phares sorties, elle perdait son charme et son aérodynamique. 

 

L’avis des Petits Observateurs !

18 commentaires au sujet de « Matra Murena 2.2 : Un goût d’inachevé »

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  1. Dubby Tatiff

    Il est certain que la Golf GTI et ses consœurs ont fait du mal à ce type de voitures. On pense également aux petites sportives anglaises qui ont disparues à peu près à la même époque et pour à peu près les mêmes raisons.

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  2. alfadeder

    En France, à force de faire du paupérisme social où la voiture de sport ou de luxe était une agression publique et la vitesse sur route un délit sinon un crime, on a réduit notre industrie automobile à ce qu’elle est aujourd’hui, pendant que nos voisins germaniques ont développé la leur pour en faire une machine industrielle conquérante et très fructueuse. Malheureusement, le nivellement par le bas n’a jamais été source de développement ! J’ai toujours aimé cette Murena et encore plus la marque Matra qui avait osé être ambitieuse grâce à Jean-Luc Lagardère.

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    1. charles

      excellent analyse que je partage totalement, et le courage de la dire, face a la bienpensance des idéologie de gauches et de leur terrorisme intellectuel!

    2. Phil Verce

      Tout à fait d’accord. Et cette mentalité n’est pas que l’apanage des pouvoirs publics dont l’autophobie depuis 50 ans a massacré notre industrie automobile. La jalousie congénitale qui confine parfois à la haine des belles voitures est très répandue en France. Il n’y a qu’à voir le nombre de belles carrosseries sauvagement rayées.

    3. Vincent

      Hélas ! Notre état est spécialiste du tirage dans le pied.

      Notons que nos constructeurs nationaux en deviennent frileux et timorés…

  3. Christian Alméras

    La Bagheera comme la Murena ont été victimes de leur motorisation, de leur finition et surtout du manque total d’ambition de leurs producteurs… comme beaucoup trop de voitures françaises!

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    1. Hbourj

      A l’époque les marques et réseaux étaient très conservateurs. Les Peugeotistes et Matra ou Simca c’étaient des cultures complètement différentes. Aussi les marques Simca et Matra, il ne fallait surtout pas les valoriser.
      Avec un écusson Peugeot, ils en auraient vendu 4 fois plus. Dommage.

  4. Chotard

    C’est assez étonnant, la réaction du réseau qui se permet de ne pas vouloir vendre cette voiture. Je serais un ponte de PSA, j’irais gueuler un bon coup.
    J’avais eu la même réaction lors de la sortie de la 607: le patron d’une concession parisienne me dît, tout de go: « Quelle idée de faire des grosses bagnoles ! Il n’y a pas de place pour le luxe en France ». Mercedes et autres apprécieront….
    Concernant la Murena, sa ligne n’a pas vieilli d’un pouce. A part le tableau de bord, elle est encore très actuelle.

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  5. Georgelin

    J’ai eu une version 2.2l, c’était un moteur un peu laborieux. elle a fini dans un fossé
    J’ai depuis une 2.2S. La différence de puissance est faible, 24 cv en plus, mais le comportement moteur transfiguré ! La montée dans les tours n’est plus celle d’un moteur utilitaire comme sur la version standard ! Un pur bonheur !

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  6. Guy Daniel

    Je posse une murena 2.2 au canada.je suis le seul a rouler avec une Talbot matra 2.2 en ameriquest du nord.
    J adore cette voiture.
    Comme je suis meccano a la retraite je fais presque tout l entretien sur la voiture. Ma murena a 167000 km et roule comme une neuve.

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  7. Chapman

    Elle me faisait de l’oeil cette Murena à l’époque et on en trouvait à des prix très acceptables mais je n’ai jamais pu me faire aux trois places de front. Ceci dit ça reste une auto très attachante.

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  8. charles

    Superbe voiture originale, un rétrofit lui irait sans doute à ravir! (étant donné que le moteur n’est le point fort de l’auto, les qualités du chassis seraient sans ancun doute transfiguré avec ce couple maximum à tous les régilmes)

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  9. Francois P

    Superbe auto a la tenue de route complètement délirante entre des mains expertes.
    Au début des années 80 en revenant d’Arpajon vers Montlhery nous fumes dépassés sur la N20 par une Murena menée a une vitesse hallucinante. Arrivés a Linas, a l’entrée du circuit quelle ne fut pas notre surprise de voir la Matra entrevue quelques instant plus tôt, et plus encore en reconnaissant a son volant un des maitres de l’asphalte: Monsieur JP Beltoise lui même. Un peu intimidés nous sommes venu lui parler, de voitures et de conduite naturellement et c’est avec une grande gentillesse et beaucoup de pédagogie qu’il nous offrit a chacun un tour de circuit a ses cotés. Apres cette expérience vous savez qu’il faut rester humble sur la route. Cela reste pour moi une souvenir absolument fabuleux même si je n’ai jamais conduit cette fabuleuse Murena
    .

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  10. ANDRE DEWAEL

    Deux imprécisions dans ce bel article : le moteur initialement prévu (2 L Douvrin) développait 120 ch (et non 110) et la « préparation 142 » n’est pas l’œuvre de Danielson mais du BE de Matra Automobile (Michel Bardot).

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