Ferrari 512 TR quel beau derrière !

Par Patrice Vergès. Produite seulement deux années, entre 1992 et 1994, la Ferrari 512 TR se glissait entre la Testarossa qu’elle remplaçait en ne conservant plus que les initiales de son nom et la 512 M pour Modificata qui lui succéda

Philippe réveille devant moi le 12 cylindres boxer de sa Ferrari 512 TR.  Pendant que les 10 litres d’huile du moteur à carter sec montent doucement en température et que les 48 soupapes s’activent, je tourne autour. Sauf si on est très petit, avec 1,12 m de haut, une TR se regarde toujours de haut. C’est lorsqu’on se met à sa hauteur qu’on la découvre vraiment car on mesure mieux la beauté et la grâce de sa silhouette signée par l’équipe de designers de Pininfarina. Ainsi que sa bestialité que le maître carrossier avait pourtant gommée comparée à une Lambo plus extravagante. Pas de gros becquets, pas de prises goulues d’air ! En tournant autour, c’est moins l’avant assez épuré que sa colossale croupe callipyge qui interpelle davantage l’œil s’étirant sur presque 2 mètres de large. Le moteur est enfin chaud. Philippe fait grimper l’aiguille rouge orangé du compte-tours. Le 12 cylindres commence à miauler en brèves notes graves avant de tutoyer les aigües.  » J’ai un pot inox Fuschs qui donne une sonorité bien plus profonde » avoue son propriétaire.

C’est sous cet angle que la 512 TR est la plus impressionnante avec sa croupe qui frise les 2 mètres de large

 La 512 TR avait vu son bouclier avant redessiné dans l’esprit de la 348

« Je n’avais jamais conduit de Ferrari »

 Comme tous les jeunes de sa génération, Philippe était passionné par l’automobile et évidemment les Ferrari. « Quand j’en voyais une 308 ou une BB 512, je m’arrêtais pour l’admirer en me disant, peut être un jour, j’en aurais une ! Et puis en 2012, j’ai pu enfin m’acheter une Ferrari d’occasion. J’adorais la forme et surtout le cul de la Testarossa. Mais j’ai préféré la version TR qui est bien améliorée par rapport à cette dernière. Malgré quelques occasions, je n’avais jamais voulu conduire de Ferrari. Je voulais conduire uniquement la mienne ! J’ai acheté dans un garage à Mulhouse  cette TR 1993 première mains avec carnet d’entretien, ne totalisant que 28 000 km. Malgré ses presque 20 ans, elle était dans un état exceptionnel. En 10 ans, j’ai parcouru plus de 30 000 km sans aucun problème.  Ce qui coûte cher dans une Ferrari, c’est l’entretien avec des grosses différences de tarif selon la notoriété des garages. J’ai trouvé quelqu’un qui me l’entretient à un tarif raisonnable ».

 

Le 12 cylindres à plat  de 5 litres de cylindrée alimenté par injection avait vu sa puissance portée à 428 ch à 6750 tr/mn. Les couvre-culasses sont de couleur rouge afin de respecter son nom !

La TR avait vu sa planche de bord revue avec une nouvelle disposition des instruments. La finition n était pas sa plus grande qualité

De la Testarossa à la TR

Née début 1985, la Testarossa signifiant tête rouge, couleur qui caractérisait les couvre-culasse spécifiques de certaines Ferrari de compétition des années 50, avait connu un grand succès.  Les premiers modèles exigeaient 18 mois de délai de livraison ! Cette Ferrari qui reprenait sensiblement le boxer 12 cylindres de la précédente 512 BB toujours monté en position centrale arrière, innovait par sa technologie plus moderne comptant 48 soupapes, l’utilisation d’alliage léger, une carrosserie passée en soufflerie et le report à arrière des radiateur d’eau améliorant le confort thermique de l’habitacle et offrant un coffre à bagages à l’avant. Fin 1991, elle fut remplacée par la TR qui se signalait esthétiquement par un bouclier différent et surtout le montage de jantes de 18 pouces contre 16 auparavant. Le 5 litres 12 cylindres à plat tout en alliage léger légèrement abaissé avait gagné presque 40 chevaux, avouant 428 ch. Le freinage était bien amélioré confié à des disques plus massifs, l’adhérence avait été accrue par le montage de pneus plus épanouis (295 X18 à l’arrière) générant des voies élargies, la suspension désormais en alliage léger avait été durcie, la carrosserie en partie en acier avait été rigidifiée. De même la boîte de vitesses toujours à 5 rapports avait été améliorée, comme le refroidissement sans oublier l’aérodynamique en augmentant la déportance sur le train avant tandis que la direction était plus directe

 

La génération des 512 avait vu ses radiateurs repoussés à l’arrière afin d’améliorer le confort thermique de l’habitacle

La 512 avait été passée en soufflerie (CX de 0,36) d’où la forme spécifique des rétroviseurs très utiles vue la forme de la voiture

Validée par le Commendatore

Bref, sous une silhouette quasi identique, la TR allégée de 50 kilos était en net progrès comparée à la Testarossa comme le sera la M qui arrivera 2 ans plus tard. Soit un total de 7177 exemplaires trois versions confondues. Rappelons qu’avec la F40, la Testarossa est la dernière Ferrari avalisée par le Commendatore.

En 1993, une 512 TR coûtait 1 250 000 francs clés en main plus une montagne d’options pas bradées soit sensiblement 300 000 euros d’après le calculateur d’inflation trop pessimiste.  C’est sensiblement ce que vaut une 812 Superfast d’aujourd’hui. Aujourd’hui, une TR s’échange entre 120 et 150 000 euros contre 270 000 euros pour l’ex de Johnny Hallyday vendue aux enchères fin 2020.

 .Virile

Philippe s’en contrefiche, car il ne s’imagine pas brader son rêve d’enfance.  » J’adore la piloter, j’adore son bruit de 12 cylindres et j’adore sa ligne. Ce qui a le plus vieilli, c’est la finition intérieure avec des accessoires Fiat comparée à celle des Ferrari plus modernes qui sont devenues parfaites. C’est encore une voiture virile à conduire par ses accélérations (1000 mètres en 23 s), sa vitesse de pointe (312 km/h), sa boite de vitesses dure surtout à froid et sa direction fatigante sur certains parcours car elle n’est pas assistée ! Mais lorsque je la voie garée devant le garage et que je mets en route les 12 cylindres, c’est du bonheur ».

On ne vous a pas tout dit, mais depuis cet achat, d’autres Ferrari plus récentes sont venues se joindre à la 512 R ce qui lui permet de comparer et de mieux mesurer le progrès des voiture au cheval cabré. Mais quand on aime, on ne compare pas et s’il fallait en vendre une, ce ne serait certainement pas la TR….

 

La fameuse grille Ferrari qui exige une poigne virile surtout quand la boîte est froide !

La 512 a été dessinée chez Pininfarina  tandis qu’elle a été produite et assemblée dans 3 usines différentes notamment Scaglietti 

 

La TR offrait des sièges à l’assise abaissée. Le frein à main est à gauche contre la porte

La visibilité arrière n’est pas le point fort de la 512 TR

La TR avait des phares occultables qui seront supprimés sur la version M modificata

Par ses 4 sorties, l’échappement en inox lâche une sonorité magique

Philippe a attendu d’avoir des cheveux blancs pour réaliser son rêve automobile

L’avis des Petits Observateurs !

8 commentaires au sujet de « Ferrari 512 TR quel beau derrière ! »

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  1. Dubby Tatiff

    Merci Patrice, votre article m’a donné l’occasion d’aller apprendre ce qu’est un carter sec.

    Une bien belle caisse dont les posters ornèrent en leur temps, pas mal de murs de chambres d’adolescents.

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  2. Nabuchodonosor

    Au milieu des années 80 sur l’autoroute blanche entre Genève et Chamonix, me dépasse à vive allure une Testarossa rouge qui se reconnaissait immédiatement à ses fanons de baleine peignés à l’horizontale… Bien que ma frêle monture ne soit pas de taille à lutter, je tente le coup et met le pied au plancher… J’arrive enfin péniblement à sa hauteur, certes la Ferrari avait ralenti nettement l’allure, et me penche pour faire un signe amical, comme entre bagnolards… Le brun frisé au volant me sourit et ré-accélère si fort que je ne le reverrai plus… Un peu plus tard je soumets l’aventure à la sagacité de mes camarades de foot qui me confirment tous en chœur qu’il ne pouvait s’agir que de Platoche. Le meneur de jeu des bleus jouait alors à la Juve et Gianni Agnelli la lui avait offerte… Je suis resté fier un bon bout de temps d’avoir pu croiser le fer avec ce demi-dieu…
    😉

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  3. Chris

    Excepté la TR de Johnny, avec un prix de vente moyen de 120 000 euros, je trouve que cette Ferrari est relativement accessible quand on sait qu’une belle Porsche 2,4 l S se vend sensiblement la même somme. Avec son 12 cylindres, ses 400 ch, ses 312 km/h, c’est une autre dimension. il n’est pas dit…..

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    1. SiL

      Atypique et intemporelle, une grande rupture de style par rapport aux autres Ferrari (la 348 était elle aussi en rupture), une des rares Ferrari avec des feux rectangulaires (sous les grilles noires en aluminium). Les photos lui rendent rarement grâce, en vrai elle est bestiale. Belle évolution de la Testarossa, cette TR a su garder l’élégance (que je ne trouve plus sur la M).
      M. Verges, merci pour cet article.