Souvenirs d’Autos (331) : la Jag et le plombier

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Merci à Alain, fidèle participant à cette rubrique, pour ce souvenir

C’était à l’époque de SOS 99 99, encore étudiants, mon copain Patrick R. me propose d’aller un prochain week-end du côté de Châteauroux voir dans une casse spécialisée dans les véhicules militaires de la dernière guerre qui vend des Harley, un modèle 1940 avec changement de vitesse à main ! Il projette d’en acheter une pour la restaurer.

Banco ! Un super prétexte pour aller faire un tour en dehors de Paris !!!

Rdv un samedi matin du côté de République avec son ami Philippe qui va nous emmener…

Philippe travaille, il « fait des affaires » et il est responsable d’équipe dans une nouvelle société de dépannage en vogue. Il nous attends au coin de la rue Meslay avec sa bagnole: une Jaguar mark II gris métallisé, sièges cuir rouge plus overdrive…

L’effet waouh n’existant pas encore à cette époque, plus raisonnables nous nous contentons de demander si cette vieille bagnole pas censée être une voiture de jeune va nous emmener et nous ramener sans encombres…

Heureusement, le prix de l’essence d’avant le premier choc pétrolier nous permis d’arriver à bon port sans trop de dommages financiers près de ce qui ressemblait à un terrain vague avec au centre un grand hangar agricole en tôles ondulées.

Après avoir découvert l’engin, c’est à dire d’un côté, caché sous les ronces un cadre rouillé, de l’autre au fond du hangar parmi des dizaines entassés là un moteur dans une caisse pleine d’huile et un gros carton plein de pièces détachées, Patrick à l’air content, il ne manque pas grand-chose, il deal son achat et programme un nouveau voyage ou nous ramènerons le tas de ferraille qui deviendra quelques mois plus tard une superbe moto Jaune et noire avec un gros dé comme pommeau de levier de vitesse très « West Coast » qu’il se fera voler peu de temps après…

Patrick m’initiait les week-end à la restauration, et je jetais mon dévolu sur un Vespa 125 que je tentais de repeindre en mauve métallisé, couleur très branchée en 1972…

Tout ça pour dire que notre « atelier » était installé dans un local derrière la porte Saint-Martin qui appartenait au père de Philippe qui devint vite un bon copain…

SOS 99 99 était une des premières sociétés de service créée à Paris, Philippe avait flairé le bon coup pour se faire de l’argent et avait sous ses ordres quelques plombiers et électriciens qui sillonnaient Paris avec leurs 2cv camionnettes blanches et rouges (celle qui nous permis d’aller récupérer la moto)…

Futurs Architectes, nous étions souvent sollicités par les parents des copains comme si nous étions de vrais professionnels : tu ne connais pas un peintre, un électricien, un plombier?

Justement, la mère de R. avait un gros dégât des eaux rue Erlanger où je lui envoyais Philippe qui géra très bien l’affaire avec son équipe.

Et quelque temps plus tard, avec un ton élégant, mais dubitatif :

– Merci de m’avoir envoyé ce si charmant garçon, mais Alain, dites-moi, votre ami plombier roule en Jaguar ?

Étudiants fauchés, nous nous déplacions généralement dans des 2CV ou des 4L ayant beaucoup vécu, alors bien sûr nous avons apprécié l’ambiance à bord de la Jag, les boiseries et le confort des sièges craquelés, mais avec l’angoisse de tomber en panne à n’importe quel moment!

 

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

9 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (331) : la Jag et le plombier »

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  1. Olivier

    Quelle chance d’avoir été un jeune adulte dans les années 70. On ne parlait pas encore de voitures de collection ni anciennes, mais de voitures d’occasion. Les voitures étaient dans leurs jus. Délicieusement patinées.
    Je me rappelle, enfant quand je passais en voiture avec mes parents Route de Collex à Collex-Bossy en Suisse, de toute une enfilade de Jaguars Type E, XJ6 et MK2…devant un garage de voitures d’occasions qui n’intéressaient plus grand monde. Avec la soudaine envolée des prix des voitures anciennes dans le milieu des années 80, elles ont vite disparues.

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    1. Alain L

      Et les « casses » de la N20 près de Monthélry étaient pleines d’américaines, et d’anglaises qui nous faisait rêver pour quand on allait chercher un rétroviseur ou une poignée de porte cassée, mais pas pour rouler avec!!!

  2. Chapman

    Merci Alain pour ce souvenir en Jag. J’étais encore enfant en 72 mais mon frère, plus âgé que moi avait un copain Suisse qui roulait en MkII. Non en fait c’est quelques années plus tard, en 76, pendant cet été si chaud. Sa voiture était exceptionnellement équipée d’une clim et ce qui m’avait le plus frappé, ce n’était ni les boiseries, ni le cuir mais le froid polaire qui régnait à bord.

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  3. Nabuchodonosor

    Allo ? S.O.S 99-99 ? Si les numéros d’urgences sont à l’honneur bien malgré eux ces temps-ci (sic), cela ne date toutefois pas d’hier. Les affaires sont les affaires et la Diane tôlée du plombier a précédé l’estafette du Samu. Attention les apparences peuvent être trompeuses. J’ai en effet connu nombres d’Architectes qui roulaient en 4L non par militantisme, n’en déplaise à Monsieur Belloni, mais par manque de moyens alors que dans le même temps je peux vous citer quelques plombiers de quartier capables de rouler en Jag’ la semaine et de se refaire cash toute la tuyauterie en or, robinet mélangeur compris…
    😉
    Monsieur Pierre le chante mieux que quiconque :

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    1. Chapman

      Tout à fait Nabu, je crois que je ne me risquerais pas à déterminer la profession de qui que ce soit au vu de sa voiture….. Trop aléatoire.

    2. Alain L

      Ah ah! bien vu la réflexion sur les conditions de vie des Architectes et assimilés, quand on considère comme moi que les honoraires aléatoires c’était le prix de la liberté!!! Jusqu’au jour où m’étonnant du prix que me demandait un pote avait qui j’avais prévu de faire un projet, sa réponse fut nette et me fit réfléchir durablement: « je ne peux quand même pas gagner moins d’argent qu’un Menuisier! »