Simca Vedette Régence V8, mieux qu’une Versailles !

Par Patrice Vergès.Étudiée aux USA chez Ford, cette voiture fut vendue en France sous la marque Simca Vedette de 1955 à 1957 dans trois finitions avant de donner le jour à l’Ariane

En rachetant Ford France fin 1954, Henry-Theodore Pigozzi, le patron de Simca cherchait surtout dans l’usine de Poissy de plus vastes locaux pour produire son Aronde. Dans le deal, il hérita de cette voiture étudiée par Ford USA proposée en trois finitions : la Trianon, la plus dépouillée, la Versailles mieux équipée et une  encore plus luxueuse baptisée Régence. Loïc possède une Régence de 1957 qui affiche seulement 48 800 km au compteur. Étonnant non ?

Dessinée aux USA, ce modèle propos en 3 versions séduisit par sa ligne de petite américaine et son moteur V8 unique en France

La Régence version haut de gamme se reconnaissait à sa peinture bicolore et et son traitement des flancs. Le modèle 1957 affichait des feux rouges étroitisés dits « Rubis »

Seulement 32 800 km

 C’est en 2009 qu’il a acheté cette Régence.  » C’était une première main et son propriétaire décédé ne l’utilisait que pour partir en vacances et ne roulait, avec, ni dans Paris ni sous la pluie. Après son décès, elle fut revendue mais quand je l’ai acquise, dans un état exceptionnel autant extérieur qu’intérieur, elle affichait seulement 32 800 kilomètres et était. Son propriétaire avait protégé les sièges et les contre-portes sous des housses en plastique transparentes.  Comme je suis maniaque, j’ai quand même refait la peinture dans mon atelier de carrosserie que j’avais alors, une peinture polie lustrée qui m’a demandé 40 heures de ponçage, refait le ciel de toit et les moquettes. Bien sûr, j’ai revu le refroidissement (radiateur), changé les freins et les amortisseurs mais le moteur n’a jamais été ouvert ».   64 ans après, sa voiture est encore plus belle que lorsqu’elle était sortie de la concession Simca.

 Déjà enfant, Loïc se passionnait pour l’automobile notamment les Simca. Son père roulait en Aronde et son cousin en Ariane, version à moteur d’Aronde. Mais son rêve, c’était la Versailles et ses dérivés à moteur Ford V8 croisée alors dans les rues de son enfance et dont la forme de petite américaine au bruit du V8 le fascinait.  » En 1982, j’ai commencé par une Simca Présidence conservée 10 ans que je regrette encore d’avoir vendue avant de découvrir cette Régence dans cet état exceptionnel ».

 

Planche de bord bicolore en métal. Sur le volant, à moyeu tulipé, un gros sigle V8 qui rappelait à son conducteur que la Régence n’était pas une voiture comme les autres

Comment imaginer que cette voiture est sortie d’usine il y a 64 ans. La Régence bénéficiait de sièges plus cossus et d’une moquette épaisse

Une petite américaine

 La Régence séduisit par sa silhouette moderne inspirée notamment de la Ford Fairlane US. En revanche sa mécanique était loin d’être moderne puisqu’elle reprenait l’ancien bloc V8 à soupapes latérales des précédentes Vedette et Matford.   À la fois sa meilleure qualité et aussi son plus gros défaut. Un moteur né aux USA en 1932 qui avait démocratisé le 8 cylindres en V. La Régence était la seule voiture de série française à proposer ce type de motorisation.  Bien retravaillé sur ce modèle, ce petit V8 de 2351 cm3 délivrait 80 ch SAE, une belle puissance en 1955 comparée aux 21 ch d’une 4 CV Renault. Il entraînait la Régence à plus de 140 km/h qui en faisait la voiture française la plus rapide de série avant que la DS pointe son capot.

Son V8 lui donnait une sonorité magique de papier de soie que l’on déchire et une certaine élasticité de fonctionnement que n’offraient pas un 4 cylindres, qui compensait une boîte de vitesses comptant 3 rapports seulement.

Le fameux V8 Aquilon. Né en 1932, ce 2,3 l avait bénéficié d’un profond rajeunissement sur ce modèle mais, hélas, avait conservé une boîte de vitesses à 3 rapports seulement

Tachymètre en cinémascope et 8 voyants pour contrôler la marche du V8. Du jamais vu sur les autres voitures françaises !

Radio de série !

Elle  affichait une présentation assez voyante avec généralement des peintures bicolores, des chromes, dorures et moulures supplémentaires, des pneus à flancs blancs mode venue des USA, enjoliveurs à faux rayons. L’habitacle était équipé de moquettes épaisse, de sièges mieux garnis, d’un coffre capitonné, il y avait même un allume cigare pour les passagers arrière et la radio de marque Simca était de série !.   Affichée à 1 100 000 anciens francs clés en main, son tarif n’était pas excessif identique à celui d’une DS dont elle était l’antithèse.

En 1955, Simca en vendit 42 349 (trois versions confondues) puis 44 836 en 1956 avant que les ventes s’écroulent à 17 875 unités en 1957. Que c’était-il passé ?  Le gouvernement français avait instauré une vignette « pour les vieux », très lourde pour ses 13 CV fiscaux. Comme un malheur n’arrive jamais seul, suite à la fermeture du canal de Suez, le carburant rationné vit ses prix exploser n’aidant guère une voiture consommant une moyenne de 12 à 13 litres aux 100. Habile, Simca en dériva une nouvelle version qui troqua son gourmand V8 de 2, 3 l contre le petit 4 cylindres 1300 de l’Aronde. Avec des performances réduites (120 km/h) et une consommation bien inférieure (9 litres aux 100) sous le nom d’Ariane, ce modèle connut une belle deuxième vie, produit à 162 000 exemplaires jusqu’en 1963.

 

Les passagers arrière bénéficient d’un allume cigare et d’un éclairage spécifique

La Régence lança en France la mode des petites roues de 13 pouces générant un freinage médiocre. Les enjoliveurs imitant les roues à rayons sont signés du R de Robergel   

Jamais je ne la vendrai !

  » Hélas, vu les circonstances, je ne parcours que 1500 à 2000 km par an à son volant pour quelques sorties entre passionnés. Mais chaque fois que je la prends, c’est du bonheur. C’est un régal à conduire avec le bruit velouté de son V8 américain. Au ralenti, on ne l’entend pas tant qu’il est silencieux, très souple, il repart sur un filet de gaz. Elle ne chauffe pas et contrairement à la légende, si on ne dépasse 100 km, sa consommation tourne autour 11/12 litres aux 100.   J’adore sa ligne de voiture américaine et sa finition exceptionnelle et son équipement rare pour l’époque. Même la radio de série à lampes marche toujours. C’est une voiture que je ne vendrai jamais ! « . On le comprend aisément.

La radio à lampes badgée Simca (Arel) était de série. Elle fonctionne toujours

Loïc devant sa petite merveille

L’avis des Petits Observateurs !

13 commentaires au sujet de « Simca Vedette Régence V8, mieux qu’une Versailles ! »

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  1. Thierry B.

    Souvenir impérissable d’une virée dans les gorges du Verdon avec une Chambord en 1967 : les épingles à cheveu nous ont donné des sueurs froides, surtout quand l’étroitesse de l’une d’entre-elles a obligé mon père à manœuvrer d’avant en arrière pour ne pas mettre une roue dans le vide…et nous avec. Il a toujours dit depuis que la boîte trois vitesses et la souplesse du moteur qui n’avait pas calé nous avaient sauvé la vie !

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  2. Chapman

    Oncle Pat, pouvez vous me confirmer que certains modèles étaient équipés de la boîte Cotal ? ( À quatre rapports du coup)
    Mon papa roulait Aronde dans ces années là et on croisait essentiellement des Arianes au milieu des sixties. Pour le mini bagnolard que j’étais déjà, l’Aronde était plus moderne.

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    1. Patrice Verges

      Bonjour Chapman
      A ma connaissance, seuls les modèles antérieurs Vedette avaient en option la fameuse boîte Cotal électromagnétique qui offrait 4 rapports AV et AR. Une boîte qui avait le défaut de coûter une petite fortune. Je pense qu’elle n’a pas été proposée sur la Versailles. En revanche, la Chambord qui lui a succédée pouvait avec l’option Rushmatic proposait une sorte d’overdrive qui en faisait presque une boite à 4 rapports sans en avoir toutes ses qualités. Dommage que Pigozzi n’ait pas voulu investir dans une boite de vitesses plus moderne qui aurait amélioré les performances de ces très belle voitures.

    2. Chapman

      Merci. Oui j’étais sûr pour les Ford Vedette mais beaucoup moins pour les Simca. Dommage en effet, une quatrième vitesse aurait transfiguré cette belle auto.

  3. Francois P

    Un de mes cousins travaillant à Poissy a possédé une Présidence et j’adorais rêver à l’arrière lors de rares ballades bercé par le doux ronron du moteur. Par contre je n’aimais pas la roue sur coffre.
    Aujourd’hui on redécouvre cette auto qui compte tenu des moyens mis à l’époque était plutôt reussie

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  4. Dubby Tatiff

    Je connaissais cette voiture car ma mère m’en avait parlé et puis je crois bien avoir parcouru quelques centaines de kilomètres imaginaires à son volant dans une casse automobile sauvage lorsque j’étais enfant.

    En revanche, ma mère ne m’avait parlé que de la Versailles comme étant la version HdG. Au prochain diner de famille, je vais – fourbement – lui parler de cette version.

    Hin, hin, hin …

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  5. Nabuchodonosor

    J’avais la même en cabriolet mais elle ne brillait pas autant.
    A la place du plancher, deux pédales montées sur vilebrequin.
    Elle était écolo avant l’heure et c’était moi la vedette !
    Ça remonte un peu, j’avais encore du lait derrières les oreilles…
    😉

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    1. Fils de Pub

      Vilo transversal mais moulin longitudinal suralimenté à la Blédine, lait Guigoz et pots Gerber…