MG RV8 : On ne vit que deux fois

Par Patrice Vergès. En 1993, la marque Rover redonnait la vie à la MGB dont la fabrication s’était arrêtée en 1980, avec une version bien plus musclée animée par un gros V8 de près de 4 litres de cylindrée

Depuis la naissance en 1962 de la MGB, la marque avait déjà tenté de produire des versions plus puissantes. D’abord, sous le nom de MGC avec le 6 cylindres de 2,8 l de l’Austin Healey   puis en 1973 avec le gros V8 3,5 l du Range Rover. Hélas, dévoilé en pleine crise de l’énergie de 1974, le coupé GT V8 ne fut produit qu’à 2591 unités.

Au début des années 90, surfant sur la mode revival et la sortie prochaine d’une future MGF, Rover décidait de relancer une MGB modernisée construite par British Motors Héritage qui refabriquait ses caisse.  A l’époque, le constructeur expliqua que sous une silhouette quasi-identique, la nouvelle MG RV8 n’empruntait que 5% des pièces de l’ancienne.  Pas tout à fait vrai, à mon avis. Elle reprenait quand même pratiquement son châssis originel (essieu rigide à ressorts à lames) amélioré tout de même et une partie de sa carrosserie. Elle en conservait adroitement les mêmes portes, le petit pare-brise et quelques gimmick. Mais pour passer des roues plus épaisses, ses ailes s’étaient épanouies reliées par des jupes tandis que sa face avant avait été modernisée. Néanmoins, elle conservait la silhouette générale de sa glorieuse aînée.

3,9 l de 190 ch

Sous le capot désormais renflé, le constructeur avait fait de nouveau entrer au chausse pieds, le gros bloc V8 en alu, d’origine Buick GM, qui animait le Range. Depuis la MGB GT V8, il avait pris du coffre avec 3,9 l et de la puissance avec une cinquantaine de chevaux supplémentaires, soit 190 avec un couple maous-costaud ! Avec seulement 1100 kilos à traîner, ses 190 ch transformaient la MG en dragster avec le 0 à 100 km/h en moins de 6 secondes et 217 km/h en pointe. Mais pour vérifier qu’elle atteignait réellement cette allure, il ne fallait pas s’aimer !

Je me souviens avoir essayé celle de l’attaché de presse de Rover France. Coincé contre la porte, j’avais été subjugué par la merveilleuse sonorité rauque du V8 et son souffle, j’avais été décoiffé (j’avais encore de cheveux !) par ses accélérations. Mais au niveau qualités dynamiques, on sentait que, malgré les améliorations portées, le châssis ne suivait pas avec un train arrière qui avait du mal à passer autant de chevaux et qui ruait dès qu’on les sollicitait. C’est une voiture qu’il fallait dompter.

Une moto à 4 roues

Ce n’est pas l’avis de son propriétaire Thierry qui, en tant que motard possesseur de nombreuses motos puissantes, aime ce qui va vite et ne veut pas s’ennuyer au volant. Avec une VR8, on ne s’ennuie pas.  » C’est un pilotage qui me correspond, proche d’une moto par son esprit. Je rêvais d’avoir une voiture avec un V8 américain mais je ne voulais pas d’une Mustang. Trop commune. J’avais pensé à une TVR V8 quand j’ai trouvé fin 2019 ce modèle de 1995 immatriculé ce qui est rare puisque la VR8 n’a pas été vendue en France et j’ai craqué. De couleur Woodcote Green, elle n’avait que 18000 km d’origine et provenait du Japon où elle avait été vendue neuve. Elle totalise aujourd’hui 22 000 km, et la conduire n’est que du bonheur » avoue notre passionné qui expose souvent cette rareté lors des rassemblements du Sanguinet Véhicules d’Antan.

Moins de 2000 produites

La MG RV8 n’a pas connu le succès escompté car trop radicale et trop datée au plan dynamique. Seulement 1982 ont été fabriquées en 2 ans dont la majorité (1583) a été vendue au Japon. En France, deux ont été acquises à titre isolé par Rover France. Aujourd’hui, on en compte davantage conduite par une poignée de passionnés.  Vendue 26 000 livres en 1995, cette MGB se signalait par une présentation soignée avec de superbes sièges en cuir Connoly, loupe d’orme, etc. Elle empruntait pas mal d’accessoires au sein de la marque Rover et si elle avait conservé les poignées extérieures de la MGB, celles de l’intérieur son d’origine Jaguar. Une marque qu’affectionne Thierry passionné d’anglaise qui possède aussi une Panther Lima 2,3 l.  » Au volant, on pourrait s’imaginer conduire une petite Jaguar avec le cuir, la moquette et les boiseries. Son moteur est fabuleux, fiable et puissant et souple. En 5eme, il repart à 800 tr/mn dans un bruit merveilleux. C’est une voiture que j’ai envie de conserver sauf si je trouvais une Morgan V8 ou une Jaguar XK 120/150 à un prix bradé. Mais ne rêvons pas et au volant de la RV8, je prends du plaisir ! « .

La MG RV8  était esthétiquement très proche de son aînée née en 1962

Sous cet angle, on distingue mieux les ailes légèrement gonflées pour accueillir un train roulant plus épais

A la place du 4 cylindres de 1800 cm3, Rover avait fait entrer le gros V8 3,9 l de 190 ch alimenté par injection emprunté au Range

Volant à droite, petit volant (direction pas assistée), cuir et bois

 

La MG RV8 était chaussée de pneus bien plus larges que l’originale avec des 205X15 sur jantes BBS

Feux rouges originaux plus courts que les originaux à cause des boucliers mais le bouchon d’essence est resté à sa place

Boiserie, cuir Connoly, poignées de Jaguar, la VR8 jouait la classe

La V8 a conservé peu de choses de l’ancienne sauf quelques accessoires en particulier la grille de capot

Petit levier de vitesses (5 rapports), grand frein à main 

Thierry, ancien motard, passionné d’anglaises

La MGB GT V8 a été produite de 1973 à 1975 à 2591 exemplaires

La capote ne dénature pas la ligne

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « MG RV8 : On ne vit que deux fois »

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  1. Patier

    Bonjour à tous , je possède depuis 2017 une MGR V8 et doit malheureusement m’en séparer. L’ atelier Eric Pérou qui me l’a vendue a repris cette magnifique voiture qui est donc en vente. Si intéressé vous pouvez joindre l’atelier au 0247928989 situé à Louans près de Tours . Cordialement .

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  2. Jean-Michel KAGAN

    A l’époque où j’avais une Rover P6 3500 S, j’étais au Cub BCCRC (British Classic Cars & Rover Club) qui regroupait outre les Rover, les anglaises orphelines de club (Jensen, Daimler 250 etc…) nous avions un stand à Rétromobile et 2 ans avant sa commercialisation les organisateurs du club avait obtenu de Rover de présenter cette MG RV8 sur le stand. Je ne vous raconte pas le succès pendant 10 jours.

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    1. Thierry PAILLARD

      1982 véhicules produit de mars 93 à octobre 95. 1583 sont parties au Japon, on les reconnaît au fait qu’ils n’ont pas de phares antibrouillards, mais ils ont la clim qui ne sort qu’au tableau de bord et pas dur les jambes, ce qui serait sympa en été (un V8 aussi confiné, ça dégage de la chaleur) . Environs 3oo sont restées en Angleterre. Les quelques 95 restantes ont été réparties dans l’Europe dont 2 seulement en France. Les modeles européens n’ont normalement pas la clim mais des antibrouillards.
      Attention, les modèles japonais ont une radio japonaise qui n’utilise pas les mêmes fréquences qu’en Europe. Donc le poste MG est inutilisable en radio.

  3. Thierry PAILLARD

    Une super voiture très attachante. Le raffinement noble des anglaises avec un joli cœur de presque 4 litres en V8. Du couple, de la souplesse. Ce n’est pas une sportive, la tenue de route et le freinage e sont un peu juste pour ces prétentions, mais une bonne GT qui se pilote, d’où l’intérêt. Perso, je n’aime pas le parfait en voiture, on s’ennuie. Là, on s’associe avec la voiture, on apprend à la connaître on s’adapte et non l’inverse.

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  4. Christophe ESTERLE

    Merci Patrice pour ce bel article. La RV8 le mérite c’est une voiture fantastique et attachante, comfortable, luxueuse et rageuse a la fois. J’en possede une depuis 2012 et le plaisir est intact. Il y en a une 15aine en France avec dont groupe referencé au sein du MG Club France.

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    1. Patrice Verges

      Merci Christophe . Un essai complet de cette voiture sera publié en Juillet prochain dans le magazine Youngtimers où je conte tous les mois mes souvenirs dans la rubrique oncle Pat

  5. Chris

    J’ai possédé une MGB 1800 dans les années 80/90. Cette MG VR8 m’a fait rêver et j’ai tâché d’en acheter une. Mais c’était impossible à cette époque. car elle n’était pas au catalogue et absente en occasion Dommage.

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  6. Esterle

    Merci Patrice pour ce bel article ! La RV8 le mérite : c’est une voiture fantastique à la fois rustique et luxueuse, confortable et rageuse au besoin. J’en possède une depuis 2012 et le plaisir est intact. On compte une 15aine d’exemplaires en France avec un groupe au sein du MG Club France. Si le cœur vous en dit …

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  7. Chapman

    J’en ai vu une à Lyon lors d’un rétro mobile au parc Expo. Elle n’était pas exposée, c’était sur le parking qu’elle a attiré mon attention par un divin glou glou et cette si belle couleur verte BRG.
    On rêvait encore d’un avenir pour Rover….

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  8. Nabuchodonosor

    Quelle belle découverte ! C’est là que l’on mesure combien le cabinet de curiosité de ses désirs refoulés est pauvre des productions de la perfide Albion, si prolifique après-guerre en coupés et cabriolets en tous genres…
    Celle-ci hésite entre sport et raffinement. Elle a la taille d’un Roadster dans lequel on aurait fait rentrer au chausse-pieds les attributs nobles d’un Torpédo… Du coup, ça dégueule un peu. Comme le pied flasque d’une postulante qui aurait enfilé le soulier de verre de Cendrillon pour se rendre au bal des catherinettes, dans un ultime et fol espoir…
    Heureux soit aujourd’hui son Prince charmant.
    😉

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  9. Arnaud

    Une pépite ! effectivement car cette voiture est rarissime. Je ne sais pas si Rover n’a pas voulu la vendre en France où c’est parce qu’elle n’a pas trouvé ses acheteurs. A 26 000 livres, il y a 30 ans, c’était une sacrée somme. Bravo à son propriétaire !

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