BMW 3.0 CSI 1972, Jamais 2 sans 3

Par Patrice Vergès. Une histoire pas banale. Patrick a acheté deux fois sa BMW 30 CSI 1972 ! La première fois en 1986 pour la revendre en 1992 et la seconde début 2018. Hélas, il va de nouveau être contraint à s’en défaire…. 

 Patrick a pratiquement fait toute sa carrière chez BMW France où il était entré en 1977. Puis, en 1983, il a été promu attaché de presse auto-moto de la marque jusqu’en 2018. Par son métier, il a évidemment eu le loisir de conduire pratiquement toutes les BMW pendant près de 4 décennies. 

45 litres aux 100 !

Il envoyait fort comme on dit dans le métier.  » J’avais apporté à un journaliste une moto BM sur une petite remorque tractée avec une 745 Turbo. Une berline qui marchait fort mais consommait pas mal aussi. Lorsque j’ai présenté mes notes de carburant, la comptabilité a calculé que j’avais consommé 45 litres aux 100. A l’époque, je marchais pas mal !  » 

Patrick marche encore fort ce qui lui a permis de participer 10 fois au Tour de France Historique au volant de diverses BMW dont une sublime réplique de 30 CSL Calder. En septembre prochain, on devrait le revoir au Tour au volant d’une Z8 toujours avec son vieil acolyte, Dominique Chapatte de Turbo. 

Venons-en à sa BMW 30 CSI 1972 achetée en 1986.  » J’aimais beaucoup sa silhouette très lumineuse et élégante, raffinée et pourtant sportive. Je l’ai achetée chez un concessionnaire BMW qui était collectionneur. Elle était dans un état exceptionnel affichant seulement 40 000 km. La conduire, n’était que du bonheur. 

Redessiné en 1968 lors du passage au moteur 6 cylindres, la face avant du coupé adoptait l’agressive calandre Shark Nose 

Si la face avant avait été redessinée lors du passage au 6 cylindres, la poupe était restée la même que sur la version 2 litres 4 cylindres née en 1966

De 4 à 6 cylindres

Ce coupé BMW a vu le jour en 1966 d’abord en motorisation 4 cylindres 2 litres proposée en carburateur ou en injection. Puis, en 1968, il a changé de catégorie en adoptant le 6 cylindres en ligne de 2,8 l de 170 ch de la berline 2800 E3. Moteur qui exigea une face avant allongée pour accueillir ce moteur plus imposant. En 1970, sa cylindrée grimpa à 3 litres et sa puissance à 180 ch sur la 30 CS puis à 200 ch en 1971 sur la CSI grâce à l’injection. 

Interminable 6 cylindres en ligne (M06) proposé en plusieurs cylindrées s’étageant de 2,5 l à 3,153 l. Avec l’injection Bosch, il développait 200 ch DIN sur la CSI

Cette puissance très respectable il y a 50 ans apportait des performances de haut niveau à cet imposant coupé avouant 4,66 m de long pour 1400 kilos en charge ce qui n’était pas rien à cette époque. Son poids trop élevé incita BMW à homologuer pour la compétition  la version CSL plus légère de 150 kilos dont la cylindrée fut portée à 3,1 et 206 ch en 1973. 

Feulement du 6 cylindres

Dans le discret feulement ouaté de ses 6 cylindres, la 30 CSI jouissait également de belles accélérations (1000 mètres en 28 secondes). Une puissance fort exploitable du moins dans le contexte des années 70, surtout sur le sec avec l’autobloquant optionnel, malgré une surface de pneumatiques (195/70×14) qui prête à sourire aujourd’hui. 

A fond de 4eme à 6 500 tours, la CSI pointait l’élégant haricot chromé de sa calandre noire à 220 km/h autorisant un honnête 200 de moyenne sur autoroute où la vitesse était libre jusqu’à début 1974. Son prix élevé limita sa production à 8 442 exemplaires seulement entre 1972 et 1976 sur un total de 30 000 toutes cylindrées 6 cylindres confondues. 

Le fameux retour de custode surnommé « le pli Hofmeister » nom du designer en chef de BMW au début des années 60, toujours le gimmick de la marque 

Cette vue permet de mieux appréhender l’étonnant visibilité du pavillon de ce coupé 

53 000 km d’origine 

Patrick goûta tout cela mais comme il disposait également d’une Mercedes SL Pagode très proche de la philosophie de la 30 CSI sans oublier ses voitures de fonction, il estima de pas rouler suffisamment avec. Il décida de la vendre et c’est BMW France qui lui acheta pour l’exposer dans le hall et dans diverses manifestations et essais pour les magazines.  

 » C’est amusant, mais je l’ai davantage conduite lorsqu’elle ne m’a plus appartenue et même participé 2 fois avec au Tour Auto. BMW l’a particulièrement bien entretenue et soigneusement révisée. Toute la face avant a été changée, les suspensions et les freins ont été refaits. Aujourd’hui, elle n’affiche que 53 000 km d’origine. Quand j’ai quitté BMW, j’ai pensé que plus personne n’allait s’en occuper car, hélas, peu s’intéressent aux anciennes. J’ai demandé à la racheter ce qui a été compliqué car elle faisait partie du patrimoine BMW qui l’a faite expertiser avant de me la revendre avec un sacré paquet de factures.  Chez BMW, on ne lésinait pas ! ».

Très beaux sièges cuir optionnels, finition de grande qualité. Les glaces arrière étaient électriques tandis que celles d’avant étaient manuelles !  (Photo Nico Delpierre)

Magnifique planche de bord en bois. Patrick a monté un volant bois au diamètre plus réduit que celui d’origine

Compte-tours de série. 42 000 km d’origine sur ce compteur qui a été longtemps démonté pour être révisé

Boiserie sur les contre-portes. Les déflecteurs s’ouvrent avec une petite molette

Jamais deux sans trois ?

 Il est troublant d’observer la personnalité des habitacles des années 70 par rapport à ce qui se fait aujourd’hui où toutes les planches de bord semblent sortir du même moule. Avec ses siéges généreux mais fermes, ses nombreuses touches de chrome et de bois, quelques petits gadgets comme les molettes de commandes de déflecteurs, sa platine centrale de lèves glace, la couleur déjà orangée de son éclairage, la forme ciselée de ses accoudoirs, la 30 CSI offre un délicieux raffinement et une réelle beauté esthétique qu’on ne retrouve pas systématiquement dans les modèles plus récent où le faire-savoir à souvent remplacé le savoir-faire.

« C’est incroyable comme cette voiture est encore actuelle malgré ses presque 50 ans. Elle est confortable, sûre, agréable à conduire, freine bien avec les plaquettes tendres, accélère fort avec ses 200 ch avec toujours le bruit fabuleux de 6 cylindres. Et puis, elle est toujours belle » avoue Patrick, le regard amoureux mais voilé de tristesse aussi. Pourquoi ?  Il comptait évidemment la conserver pour rouler avec la retraite mais un lourd investissement immobilier le contraint à s’en séparer, la mort dans l’âme et c’est certainement le concessionnaire Toulouse BMW  Pelras qui va lui acheter. 

Il n’est pas interdit de penser qu’il puisse la racheter un jour pour la 3eme fois….

La version CSL de Groupe 2 dont le 3,5 l qui frisait les 450 ch en 1975 lui permettait de frôler les 300 km/h

Votre serviteur a commis un livre sur les principales BMW sportives dont la 30 CSI  illustrées par Nicolas Delpierre 

L’avis des Petits Observateurs !

8 commentaires au sujet de « BMW 3.0 CSI 1972, Jamais 2 sans 3 »

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  1. Neufcentdixespada

    Dans le petit village côtier sud breton où je travaille ,il en était une ,bleu pétrole, qui sortait essentiellement les samedis… je ne vois plus cette élégante depuis quelques années, j’espère qu’elle a été vendue plutôt que détruite. Une autre élégante ,de même couleur ( Pagode 280 sl de 1966) nous a aussi quittés pour la Riviera ,ou ses chromes se piqueront peut-être moins… bref ,comme un sentiment d’uniformité et de morosité automobiles qui me gagne

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    1. Henri

      +1…
      BMW est entré dans une forme de décadence du point de vue du style et du design. Jamais prétentieuse, sportive, les BMW actuelles sont devenues tape à l’oeil et disons le , assez vulgaires… tout particulièrement les modèles 6 et 7, sans parler des montres X5 et au delà.

  2. Touringske

    Sauf erreur de ma part (je ne suis pas retourné vérfier dans les archives du site de POA), l’intérêt des photos qui illustrent les essais de Patrice Vergès n’a jamais été spécifiquement souligné. Or, la qualité de l’illustration me ravit chaque fois et apporte à la lecture des articles un plaisir supplémentaire. Donc, bravo -aussi- pour les photos et merci !

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  3. Chapman

    Mon beau frère en posséda une vers la fin des années 80….. Une 28CS, une deux litres huit quoi. J’étais très séduit par la ligne de cette auto en particulier et par les BMW des années 70 en général. Il y avait une finesse et une élégance dans le dessin qui s’est perdue petit à petit pour plus d’agressivité et de suggestion.
    On nous dit que c’est ce que le public demande.

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    1. Christian Alméras

      Il est vrai que c’est ce que le public demande, appuyé par de multiples normes qui n’existaient pas dans les années 70… et c’est bien dommage. Heureusement on peut encore croiser de temps en temps de belles autos de cette période et merci à ceux qui les possèdent et les entretiennent!