Une Delahaye Type 135 M se réveille 🇫🇷 après 56 ans de sommeil

POA a répondu à l’invitation de l’étude Le Floch pour venir assister en direct à « la sortie de grange » d’une Delahaye Type 135 M de 1949, carrossée par Henri Chapron,

qui n’avait pas vu le jour depuis 1965.

 

Emblématique de la production française

Entre 1935 et 1952, les Delahaye type 135 et ses différentes déclinaisons ont dominé le monde automobile aussi bien en sport qu’en luxe ou élégance. Avec ses nombreuses victoires dans les compétitions majeures, les versions sport/courses sont restées dans les annales comme une formidable réussite de Delahaye et de la France.

Habillé par les plus grands « couturiers d’automobiles », tels que Figoni et Falaschi, Chapron, Saoutchik, … le châssis Delahaye 135 est l’une des meilleures références en matière de carrosserie, de style et d’élégance. Ses nombreuses victoires en concours d’élégance peuvent en attester.

La Delahaye n°801114

est habillée d’une carrosserie signée Henri Chapron. Il s’agit d’un cabriolet deux portes quatre places. La capote est équipée de compas extérieurs qui permettent la position « Mylord » mi-ouverte avec les seules places avant découvertes. C’est un grand classique à l’élégance raffinée de ce carrossier de réputation mondiale.

La structure en bois servant d’ossature à la carrosserie apparaît saine tout comme la tôlerie qui la recouvre. La peinture a probablement été refaite vers la fin des années 50 ou au début des années 60 dans les standards de l’époque pour une voiture d’occasion.

Historiquement, elle mériterait sans doute d’être soignée et conservée. Les pièces chromées sont ternes et à astiquer mais paraissent être en bon état. La sellerie est d’origine en cuir havane. Elle présente une très belle patine et un rare état de conservation sans accrocs ni déchirures. A l’avant, si les dossiers sont séparés et basculant, l’assise est formée d’une seule banquette ce qui n’est pas très fréquent. À l’arrière, le dossier peut basculer vers le haut permettant d’emporter des objets assez longs. Les moquettes sont globalement bien conservées et d’origine.

La capote est doublée et présente relativement bien mais n’a pas été ouverte depuis très longtemps. Il faut noter qu’un couvre-capote est présent ainsi qu’un rare couvre-tonneau pour les places arrière.

Le tableau de bord en bois est complet de tous ses instruments avec compteur, compte-tours, montre, température et pression d’huile, niveau d’essence et ampèremètre qui sont installés sur une plaque métallique centrale. Une température d’eau conforme a été installée discrètement sans apparaître sur le tableau de bord.

63 495 km seulement

Le volant est le beau modèle à ressorts avec quatre branches. Affichant seulement 63 495 km, ce kilométrage est très probablement d’origine eu égard à l’état général de la voiture. A l’extérieur, une antenne télescopique pour un poste TSF est installée mais l’habitacle n’a apparemment pas reçu cet équipement.

Toute la partie électricité est bien d’origine et apparaît en bon état de conservation. Tous ces éléments importants montrent que la voiture a vécu avec de bons soins et que l’habitacle nécessitera peu de soins sinon un nettoyage et un entretien du cuir.

135 MS, le moteur le plus puissant

Notre Delahaye est équipée de luxueuses roues chromées à moyeux Rudge et rayons avec pneumatiques en 6,00×17. Les roues sont à refaire et les pneus sont à changer. La roue de secours est présente dans le coffre avec quelques outils dont la manivelle du moteur. Bien que la plaque du constructeur soit d’origine et indique le type 135 M, le moteur avec ses trois carburateurs et son collecteur spécial est du type 135 MS, le modèle sportif plus puissant.

Le bloc moteur n’a pas sa plaque d’identification, il n’est donc pas possible d’affirmer que ce moteur soit celui d’origine de la voiture. Un moteur n’est qu’un élément de la voiture qui peut être facilement changé en cas de problème. Si c’est le cas, ce changement a été fait durant la période normale de la vie de la voiture probablement vers 1956. Le moteur tourne à la manivelle et les compressions peuvent être déterminées.

La boîte de vitesses est une Cotal électromagnétique à quatre rapports avec inverseur. Il faut souligner que la cloison pare feu dans la baie moteur porte un marquage d’origine à la peinture indiquant le numéro 801114 et que la zone comportant la batterie est recouverte par une rare toile en plastique. Ces deux détails sont d’origine mais ne se rencontrent quasiment jamais. L’historique de cette Delahaye est assez singulier.

La voiture qui date de 1949, fut immatriculée dans le département de l’Aube sous le numéro 1 H 10 au tout début de 1952. Au mieux, il peut s’agir d’une ré-immatriculation à titre gratuit dans la toute nouvelle série (à partir d’avril 1950) par le premier propriétaire. Le numéro 1 d’une série était souvent « réservé » à l’avance et ne se retrouvait que rarement par hasard sur un véhicule. Il eut été intéressant de connaître ce propriétaire mais hélas, les archives départementales nous ont confirmé que « conformément à la loi » les documents qui permettraient de remonter l’historique ont été détruits.

Après 1 H 10, notre Delahaye reçoit le numéro 3888 EU 75 qui est attribué le 7 mars 1956 au réputé garage France-Motor de Neuilly-sur-Seine. Ce garage était spécialisé depuis l’avant guerre dans les voitures américaines. Il s’agit peut-être d’une reprise sur l’achat d’une voiture américaine très en vogue à l’époque. Elle passe rapidement, le 7 juin 1956, chez un célèbre garage voisin, le garage Waller situé au 24 avenue de Villiers à Paris. C’est chez ce spécialiste des Delahaye que travaillait Jean-Pierre Bernard qui sera dix ans plus tard le fondateur du club Delahaye France. Est-ce le garage Waller qui installa le moteur 135 MS et repeint la voiture pour en faciliter la revente à la mi-1956 ?

C’est dans un box-garage au sous-sol de l’immeuble d’un de ses amis que Monsieur Pierre G. stationne sa voiture courant 1964 (ou au plus tard en 1965) à Boulogne-Billancourt tout près de Paris. Trop longue pour le box, la voiture fut « raccourcie » en démontant les pare-chocs qui n’ont pas été retrouvés. Cinquante-six ans plus tard, en avril 2021, cette Delahaye endormie sous sa bâche poussiéreuse a enfin revu la lumière du jour. Globalement la voiture est très saine que ce soit dessus, dedans ou dessous et sa mécanique bien préservée. Le stockage en sous-sol au sec a grandement contribué à ce rare état de conservation. Cette élégante Delahaye 135M cabriolet 3 positions par Chapron représente une découverte exceptionnelle aux portes de Paris, miraculeusement intouchée et préservée depuis plus de soixante-cinq ans. La découverte de cette belle Delahaye nous a procuré une intense émotion et c’est un grand honneur pour l’étude Le Floc’h de proposer aux amateurs une pièce aussi émouvante, une authentique « sortie de grange ».

Texte provenant du catalogue de vente Le Floch

L’avis des Petits Observateurs !

32 commentaires au sujet de « Une Delahaye Type 135 M se réveille 🇫🇷 après 56 ans de sommeil »

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  1. Ives

    Je trouve qu’il ne faudrait pas trop la restaurer et surtout ne pas essayer de la mettre dans un état proche du neuf comme on le voit trop souvent. Faire en sorte qu’elle fonctionne bien car une voiture doit être en (bon) état de rouler, peut-être revoir la peinture noire sur les ailes, pas très heureuse, qui ne doit pas être d’origine mais laisser la patine du temps qui contribue à son charme merveilleux.

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    1. Pascal DeVillers

      Bonjour,

      Je suis assez d’accord avec vous et en particulier sur le noir des ailes qui pour être seyant devrait être en noir brillant .

      Pascal

    1. Pascal DeVillers

      Bonsoir,
      Moi je dirai que c’est plutôt votre humour qui a fait PCHITTTT…..
      Pascal

  2. Olivier

    Merci d’avoir partagé

    M ou MS ?
    Les 2 ont 3 carbus

    MS: Collecteur 6 échappement, 3 admissions alors que les M ont 6 admissions et 3 d’échappement (source Adatto, Delahaye Styling p159)

    d’après Artcurial vente 14 fév 2010 lot 57:
    Les nouvelles séries 3,5 litres (20 CV) reçoivent le suffixe M (modifié). Elles reçoivent deux types de moteur, le 135 M Compétition à culasse en fonte et le type 135 M Spécial ou MS à culasse en alliage léger, taux de compression 8,4 à 1, arbre à cames spécial et trois carburateurs verticaux.
    La puissance passe alors à 130 ch à 4 200 tr/mn. A noter qu’il s’agit de la seule version livrée d’origine avec des roues Rudge à fixation centrale.

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  3. Georges Piat

    En fait, ce genre d’auto demande une restauration très coûteuse, que ce soit en moteur, sellerie ou peinture.
    J’ai eu la grande joie de rouler en place passager (voir la rubrique « souvenirs d’auto ») d’un modèle très bien restauré. On est dans le magique, c’est sûr.
    En clair, l’auto est magnifique mais il faut vraiment avoir les moyens, j’ai vu les factures ! WAOUUUU…

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  4. Nabuchodonosor

    Une sortie de grange, mais après 56 ans c’est aussi et surtout une entrée en scène.
    J’ai envie de vous la faire façon Johnny. Allez, musique, guitares :

    ♪♫ De-la-haye…
    Tu brûles mon esprit
    Ton amour étrangle ma vie…
    Et l’enfer…
    Devient comme un espoir
    Car dans tes mains je meurs chaque soir…
    Oh je veux partager autre chose que l’amour de ton prix
    Et entendre la vie et ne plus m’essouffler sous tes cris..
    Wooh fini, fini pour moi…
    Je ne veux plus voir mon image dans tes yeux…

    Cinquante-six ans de chaînes sans voir le jour
    C’était ma peine forçat de l’amour
    Et bonne chance à celui qui veut ma place
    Cinquante-six ans de chaînes sans voir le jour
    C’était ma peine forçat de l’amour
    J’ai refusé.. Mourir d’amour enchaîné-héy… ♫ ♪
    😉

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  5. bill

    Merci POA de nous faire partager ces moments magiques.
    Autant de recueillement que Howard Carter découvrant la momie de Toutankhamon !!!
    Gare à la malédiction des profanateurs !!!!

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  6. Pierre_

    Un nouveau genre chez POA, un nouvelle angle, bien joué, c’est superbe. Une Delahaye les amis!
    Une si belle voiture sortie d’entre des murs en béton, elle et son propriétaire ont du s’égarer dans le temps, leur fabuleux voyage dans le futur qui fut stoppé là en 1965.
    Etrange, l’impression qui se dégage de cette émission. Confusion des époques.
    Des images qu’on aimerait voir plus souvent.
    Merci Président.

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  7. Lieutenant Columbo

    Ah, quel bonheur, merci POA !
    Enfin une auto plus rats que ma vieille 403.
    Je ne pensais pas que cela puisse exister…

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    1. Lieutenant Columbo

      … Sortie du garage sis au 94, Av Victor-Hugo à Boulogne-Billancourt.
      Ah, euh, je m’entraîne pour le SDA de demain matin…

    2. Thierry

      Vous pouvez ….. l’enquête dans le monde de la tauromachie était plus simple hier au soir soir TMC lieutenant !

  8. Thierry

    Les goûts de l’ancien propriétaire bof bof … cette peinture sur les ailes semble digne d’un tuning des années 80, quand on regarde comment cela aurait du être fait, c’est presque un crime.
    Au delà de la magie de sortir du garage comme ça (penser WD40 sur la grille, un plus pour les doigts !) c’est vrai que c’est atypique, un box en région parisienne et une histoire dont on connait pas tout. Ça ne me fait pas plus rêver qu’une belle DS qui se réveille dans une grange, mais c’est sympa comme aventure.

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  9. Mat Ador

    Châssis Delahaye, 10, rue du Banquier.
    Le décor est planté, la mise à prix est fixée, les enchères peuvent débuter.

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  10. aZ3man

    Toute ma reconnaissance à Maxence, à l’étude Le Floch et bien sûr à POA pour nous avoir fait partager cet instant, rare.
    J’ai des étoiles plein les yeux…
    MERCI MERCI MERCI !

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  11. Pardid02

    J’ai très mal dormis. Cette découverte, au petit matin, m’a emplit d’une joie ineffable.
    Un conte de fée automobile.

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  12. Chapman

    Mon amour de la chose automobile trouve ici toute sa justification. Au delà du plaisir de rouler, au delà du plaisir de posséder, le plaisir absolu de la découverte, la renaissance d’une auto, l’exhumation d’une histoire. Ces étiquettes de vidange restées là pour dire au monde d’après que, bien sûr, à l’époque on pouvait faire cinq mille bornes pendant les vacances avec une auto certes d’après guerre mais de conception bien antérieure.
    J’ai tout de suite reconnu le petit, très petit levier de vitesse Cotal, souvent monté dans les voitures de l’époque.
    Si un sachant pouvait nous rafraîchir la mémoire sur les principes de fonctionnement de la boîte à présélection Cotal, je serais aux anges.
    Merci Renaud. Épisode historique qui laisse imaginer tout ce que les parkings souterrains de la capitale ont encore à dévoiler.

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    1. Dubby Tatiff

      Le levier de la boîte Cotal qui était surnommé « le moutardier », car il rappelait les petits flacons emplis de moutarde dans lesquels sont fichés une petite cuillère de bois.

    2. Jean-François BERTRAND

      Le rêve de tout amateur d’ancienne !
      La découverte improbable d’une petite merveille endormie dans un lieu qui l’est tout autant.
      Cette carrosserie est magnifique, avec des proportions parfaite, quelle élégance !

  13. Pascal DeVillers

    Bonsoir,
    Les mots me manque; c’est trop beau.
    Elle pourrait être pensionnaire du château des 200 belles endormies.
    Dommage pour cette princesse qu’aucun prince charmant dans l’assitence ne l’ait embrassé. pour la réveillée sous nos yeux et nos oreilles.
    Je présume que prince Renaud ferru d’information a été mis au courant de ce collectif bien pensant voulant faire modifier certains passages de la belle au bois dromant et par là même n’a pas voulu s’atirer les foudres d’internautes intégristes.
    J’aurai aimé l’entendre sous son long capot, mais je sais qu’elle doit d’abord passer en salle de réveil pour retrouver son souffle après cette longue hibernation.
    Pascal

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    1. Pascal DeVillers

      Bonsoir,
      Je n’avais pas fait attention au départ mais la photo de la vignette de la vidéo me fait penser à un gros coléoptère aux ailes ouvertes comme un scarabée bicolore.
      Pascal

  14. Nabuchodonosor

    Par-delà cette merveilleuse découverte qui date du temps de la splendeur automobile de la France, aaaah la France éteeernelle, on comprend que, ayant convoqué le meilleur du blog auto, le métier de commissaire-priseur évolue. La crise sanitaire est aussi passée par là.
    A quand des ventes autour de la Place Saint-Georges ?
    Adjugé au marteau !
    😉
    PS : Mandorle de l’italien mandorla = amande.
    PPS : Le christ représenté l’est non pas dans une mandorla mais dans une Vesica Piscis (vessie de poisson), désignant l’intersection du monde matériel et du monde divin.

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  15. Lacigogne

    Avant, on parlait de sortie de grange. Maintenant, on parle de sortie de Box. Les choses évoluent, les granges de nos petits châteaux de province se sont vidées au profit des parkings souterrains de région parisienne et c’est là qu’on les retrouve quelques années plus tard. Il y en aura de plus en plus, c’est le principe des vases communicants.

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  16. Jean-Michel KAGAN

    Très beau reportage. J’espère qu’elle ne partira pas dans un musée ou une collection statique, maintenant qu’elle a revu le jour. Elle est faite pour rouler au soleil.

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