Souvenirs d’Autos (325) 🇺🇸 le rêve américain pour 45 $

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Christophe is back. Après son souvenir en Mustang dans la baie de San Francisco (https://www.petites-observations-automobile.com/2021/01/souvenirs-dautos-311.html) le voilà qui nous revient avec une nouvelle histoire made in USA ! Merci pour sa fidélité.

 1988- Avec quelques potes, nous décidons de rendre visite pour les vacances de Pâques à un camarade étudiant à Berkeley, et d’en profiter pour faire un road-trip de rêve dans l’Ouest Américain.San Francisco, Los Angeles, Las Vegas, Grand Canyon, Monument Valley et Yosemite Park puis retour par Sacramento. 

3980 km en un peu plus d’une semaine ! On va voir de la route.

Première étape, le loueur de voiture, et comme nos billets d’avion ont déjà bien entamé nos finances, nous nous dirigeons vers Rent-A-Wreck (Louez-Une-Epave), société « soixante-huitarde » spécialisée dans la location à prix réduit de véhicules d’occasion.

Notre choix se porte sur une Ford Taurus 1986 beige, qui nous semble aujourd’hui bien ordinaire, mais qui à l’époque aux USA était vue comme un design « révolutionnaire », en rupture avec les énormes boîtes carrées des années 1970.

 

Plus que la forme qui nous importe peu, c’est son habitabilité de grosse berline américaine qui nous attire : idéale pour loger confortablement 5 français avec leurs bagages. Et aussi sa consommation annoncée comme faible = 12 litres aux cents ! Un point important vu le kilométrage à parcourir, même si le prix de l’essence d’alors fait aujourd’hui rêver :  0,87$ per gallon soit 19 centimes d’euros par litre.

Pour pouvoir boucler nos étapes dans les délais, nous renonçons aux routes touristiques et privilégions les Interstates, autoroutes américaines plutôt monotones, surtout quand arrive la longue traversée de désert avant d’atteindre La Vegas.

Seule la déclivité de la route amène un peu de diversité. Dans les parties en descente, nous voyons les gros semi-remorques Mack, Kenworth et Peterbilt nous doubler, et dans les montées, nous les doublons à notre tour, grâce à notre modeste 2,5 litres Ford de 90cv.

Enfin, pour rejoindre le Grand Canyon, nous quittons la I-40 pour un chemin plus bucolique. L’itinéraire se confond alors sur quelques km avec la « Route 66 », en un lieu où, des années plus tard, Pixar situera la ville de Radiator Springs.

Après des miles où nous n’avons pas vu âme-qui-vive, retentit soudain, au détour d’un des rares reliefs, le son strident d’une sirène. Un coup d’oeil dans le rétro me fait comprendre que je suis suivi par une voiture de police, tous gyrophares allumés, et j’ai bien l’impression que je suis non seulement suivi, mais poursuivi !

Je m’arrête sur le bas-côté sablonneux, dégageant un nuage de poussière qui recouvre un instant mon poursuivant, et je tends la main vers la poignée de la porte, m’apprêtant à descendre de voiture pour savoir ce qu’il en est.

« Ne sors pas, tu risques de te faire descendre ! » avertit mon camarade résident américain, et par conséquent habitué aux coutumes du pays.

« La règle, m’explique-t-il, c’est de rester dans le véhicule, les deux mains sur le volant. » J’obtempère donc et porte mon attention sur mon rétroviseur. J’y vois s’ouvrir derrière moi la portière du poursuivant, sur laquelle est écrit en orange vif « Coconico County – SHERIFF ». Un policier un peu corpulent apparait alors: pantalon brun, chemise beige, et surtout, ce drôle de chapeau appelé Campaign Hat, qu’on associe chez nous aux scouts ou à la police montée canadienne.

Quand il s’approche, je distingue l’étoile de shérif sur sa poitrine, ainsi qu’une double rangée de balles au ceinturon, qui doivent avoir été astiquées tant elles brillent au soleil.

Il tape à la vitre, j’ouvre et il me demande mon permis de conduite. « Ah Français?, me dit-il avec un accent prononcé, Speed Limit Trente-Cinq! Do you understand? ». Il me semblait bien que j’avais strictement respecté la limite de vitesse, mais peut-être mon pied avait-il retrouvé de lui-même une position trop longtemps pratiquée sur l’Interstate. Ou plus probablement, la pente assez prononcée à l’endroit où le shérif était en planque, sur un parcours par ailleurs plutôt plat, avait augmenté ma vitesse, opportunément pour les finances du comté de Coconico.

Mais je n’ai pas cherché à discuter, et j’ai payé l’amende de 45$. Après tout, entre la sirène, le gyrophare et le shérif, son étoile et ses balles qui brillaient au soleil, j’avais eu droit à une scène de road-movie aussi vraie que nature, et qui valait bien la somme demandée !

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Faites comme Christophe et racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.

On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…

Et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

L’avis des Petits Observateurs !

10 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (325) 🇺🇸 le rêve américain pour 45 $ »

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  1. Pierre_

    Même mésaventure mais 4 ans plutôt, en 84, et cela se passait en Pennsylvanie. Les gaillards étaient deux, tout de noir vêtu, leur auto était noir et blanc… aucun doute j’étais bien aux USA !
    Et là aussi un oeil dans le rétro pour apercevoir en retrait une main sur un colt, et l’autre homme de s’approcher doucement m’ordonnant de rester dans la voiture et de laisser les mains sur le volant, car j’avais voulu moi aussi sortir de la bagnole, ‘amusé’ de vivre le moment. _Ouais mais attention lapin, attention! M’ étais je dit bien après.
    L’ atmosphère s’est détendu quand ils ont vu mon permis français (excellent passeport je dois dire à l’époque).
    Je revois très bien l’instant, je ne reçus pas de pv je crois me rappeler.

    Un souvenir en réveille un autre.
    Merci Christophe, Come back any time!

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  2. Ju44

    Ça me rappelle mon premier jour en Grèce… Après trois jours de voyage j’y arrive par la route et comme un touriste modèle je respecte le code de la route, enfin celui appris en France. Tout ça pendant que les quidams locaux, visiblement peu concernés, dépassent sur les lignes blanche, grille les feux rouges, les lignes de Stop et n’hésitent pas à prendre les sens interdits à rebrousse poil…

    Après une grosse cinquantaine de kilomètres à jouer les citoyens du premier rang et à me faire dépasser dans tous les sens, la lassitude me gagnant je décide de laisser s’exprimer les chevaux de ma monture, une vaillante suédoise équipée d’un turbo, et je me prête au jeu faisant à loisir hurler les pneus sur le bitume chaud au moindre virage… Jusqu’à une ligne droite agrémentée d’une double ligne blanche sur laquelle se traînait au loin un tracteur suivi d’une file de voitures. Évidemment l’idée de squatter la voie de gauche à vive allure pour se retrouver premier de file et laisser le tracteur et toute sa suite dans le rétro m’a chatouillé… D’autant plus que la puissance étant là, la ligne d’horizon étant vide, pourquoi se priver?! C’est ainsi que j’ai remonté la file par la gauche et qu’au bout de la ligne droite j’ai vu un local de l’étape au costume typique, planté au milieu de la chaussée, me demander à grands signes de me garer sur le bas côté… Après une courte discussion, des regards assassins, et une bref tentative de justification sur le style de conduite locale et mon ignorance des us et coutumes grecs en matière de conduite, j’ai eu l’honneur de me voir remettre l’oscar : un double feuillet carbone coloré, rédigé en grec, et à la valeur d’environ 50€ à inscrire en pertes… Et à payer de surcroît exclusivement en préfecture, mais ça ce fut une autre aventure !

    Sois dit en passant ce n’était pas volé, et c’est même franchement raisonnable pour une ligne blanche doublée d’un bel excès de vitesse.
    La leçon à retenir, c’est pas forcément de respecter le code de la route, c’est surtout de suivre les locaux… Et quand pour une fois ils respectent les règles, rien ne sert d’improviser et de se faire remarquer !

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    1. Pardid02

      J’ai eu une expérience similaire , il y a une dizaine d’années. Si ce n’est que je n’ai pas dérogé à mon mode de conduite respectueux, mon épouse étant enceinte. Par contre je me suis fais « menacer «  à grands coups d’avertisseur sonore, de gestes évocateurs ainsi que de manœuvres aléatoires, des pires conséquences par les chauffeurs locaux.

  3. Chapman

    Le radar en bas d’une descente…. Ben voyons…. Comme ça c’est plus sûr. Cette taxe est internationale décidément! C’est la taxe sur la descente.
    Merci pour ce petit bout de route 66

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  4. CBi

    Merci mon commandant pour cette nouvelle publication.
    Comme le temps passe,… plus d’ailleurs que vous ne semblez le réaliser, puisque cette séquence des Souvenirs d’Autos est bel-et-bien la 325ème, et pas la 235ème comme le titre l’indique par erreur !

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  5. Lieutenant Columbo

    A parcourir tous ces miles aux quatre coins du monde je comprends mieux, M’sieur, pourquoi vous êtes si fortiche à reconnaître les stations services le dimanche matin de très bonne heure… Vous m’épaterez toujours M’sieur.

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  6. Phil Verce

    Faut pas rigoler avec les sheriffs américains.
    Je n’ai pas eu ce genre de mésaventure mais je me suis fait une grosse frayeur il y a une trentaine d’années en revenant de Death Valley vers Las Vegas. Nous étions quatre dans une Cadillac DeVille de location et nous étions très en retard à un rendez-vous prévu le soir à Vegas. La nuit était tombée, j’étais au volant, et pour rattraper un peu le temps perdu (oui c’était idiot) j’avais un peu outrepassé la limitation de vitesse. J’avais dépassé allègrement les 95 miles/h (pas loin de 160km/h) quand je vois arriver en face une voiture de police gyrophares allumés. Je pile et mes passagers arrière se retrouvent propulsés dans les appuie-tête des sièges avant ! Belle frayeur pour eux, et pour moi aussi l’espace d’un instant je me voyais déjà en cellule ! La voiture de police poursuivit son chemin et de toutes façons le terre-plein étai tellement large sur l’interstate dans cette zone qu’il était peu probable qu’ils aient pu constater un grand excès de vitesse. Et le retard ne fut finalement pas rattrapé.

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  7. Nabuchodonosor

    Ah elle est magnifique celle-là Christophe, voilà donc votre septième, félicitations.
    On navigue avec bonheur entre le Duel de Steven Spielberg et le Bagdad Café de Percy Adlon.
    Ne manque que le milkshake et le popcorn pour en être.
    45 USD à diviser par 5 cela reste très raisonnable pour une séance de Drive-In au grand air.
    Avez-vous été généreux sur le tips ?
    😉

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