Ford Taunus 17M 🇺🇸 les hommes préfèrent les rondes

Par Patrice Vergès. Fin 1960, la nouvelle Taunus 17 M étonna par sa silhouette toutes en rondeurs qui lui valurent le surnom de « baignoire » qui s’éloignaient de celles carrées et acérées popularisées par Pininfarina

Pari osé par Ford mais pari gagné !   Par sa silhouette profilée toutes en courbes douces, la Ford Taunus P3 produite à Cologne séduisit immédiatement. Pininfarina avait lancé la mode des voitures aux angles vifs comme la 404, la Fiat 2100, l’Austin A60 et même l’Opel Rekord dont le défaut était de toutes se ressembler. Cette Taunus eut immédiatement un grand succès en prenant la tête des ventes de voitures étrangères en France en générant vite de longs délais de livraison.

Mécaniquement, cette propulsion de 1500/1700 cm3 n’offrait rien d’extraordinaire, étroitement dérivée de l’ancienne P2 née en 1957. Esthétiquement, par contre, elle innovait par son étonnante carrosserie passée en soufflerie. Elle avouait un CX très performant en 1960 de 0,39 contre 0,50 pour une 404 Peugeot. Elle étonnait aussi par ses phares de forme oblongue et sa vaste surface vitrée à double courbure : une première en Europe !  Autorisant des formes renflées, celle-ci permettaient d’offrir une habitabilité exceptionnelle surtout en largeur.

La Ford Taunus (nom d’un massif montagneux allemand) 1961 étonna par sa silhouette à contre courant de la mode (photos Xavier de Nombel)

Sa ligne toute en rotondités offrait une aérodynamique  rare à cette époque de mode aux lignes cubiques. Remarquez la vaste surface de son pare-brise  ( photo Xavier de Nombel)

L’utilisation des glaces latérales bombées s’intégraient mieux dans les flancs renflés (photos Xavier de Nombel)

« Je vais parfois travailler avec »

Laurent est bien connu du petit monde de la voiture ancienne puisqu’il assure de  nombreux passionnés au sein de Passion Assurances qu’il a créée en 2007. Assurer des anciennes, c’est bien mais rouler avec, c’est mieux. Il compte 6 voitures dont une Thunderbird 1964 et une Dodge 1948 et trois Taunus dont deux P3 plus une P5 20 MTS sans oublier deux Opel.

 » J’ai toujours aimé la 17 M dans laquelle j’avais roulé à l’âge de 8 ans aux places arrière car le père d’un copain en possédait une en 1968. En 1982, j’ai aperçu, le long du trottoir, une 17 M P3 pratiquement abandonnée qui allait partir à la casse. Je l’ai sauvée et roulé avec un peu de temps. Puis, plus tard, j’ai acheté un break 17 M 1500 Tournier avec lequel je vais parfois travailler. Mais, je la préférais en version 2 portes comme la 17 MTS 1963 dénichée dans LVA en 1989. Sauvée de la casse également, elle était en mauvais état et pourrie de partout. Je l’ai entièrement restaurée et ce ne fut pas facile car l’entrepôt des pièces détachées de la P3 à Cologne a brûlé en 1977 et on ne trouve plus de pièces. Bref, elle m’a coûté une petite fortune mais je l’aime ».

Ligne « coup de vent »

Sa ligne originale que Ford appelait  » Coup de Vent’ était signée par un Américain d’origine suédoise nommé Wesley P Dahiberg déjà auteur de la Ford Falcon américaine.  Pour le reste, la P3 était très conventionnelle. Son 4 cylindres tout en fonte développait une puissance banale. En 1700 cm3, 67 ch SAE contre 72 ch pour une 404 et 80 ch SAE pour une Fiat 1500.  Elle la compensait par son aérodynamique lui permettant d’atteindre les 140 km/h et son poids peu élevé.

Le reste était aussi conventionnel avec un essieu rigide à l’arrière un peu trop sautillant porté par des lames tandis que son freinage était à tambours. Au cours de ses 4 ans de vie, Ford ne cessa de l’améliorer en lui offrant des freins à disque à l’avant dès 1962 et en dévoilant une version plus rapide nommée TS comme celle de Laurent.

Outre une présentation plus cossue, son moteur porté à 1758 cm3 annonçait 77 ch (145 km/h) et même 150 km/h en 1964 avec une puissance grimpant à 83 ch.  Son tarif compétitif guère supérieur à celui d’une française malgré les droits de douane, sa qualité de construction à l’allemande, son équipement particulièrement généreux et la douceur de son excellente boîte de vitesses ne furent pas étrangère au succès qu’elle suscita en Europe.

La planche de bord était aussi inédite que son extérieur en faisant appel à des cadrans ronds peu usités alors (photo Xavier de Nombel)

La version TS équipée de sièges avant séparés et d’un rangement central conservait son levier au volant (photo Xavier de Nombel)

Je revisite mon enfance

A cette époque, comme la maison mère US, les Ford produites en Europe autant à Dagenham qu’à Cologne changeaient de carrosserie tous les 4 ans seulement. Fin 1964, la P3 céda sa place à la P5 100 % inédite animée par des moteur 4 ou 6 cylindres en V. Sa silhouette s’inspirait de la ligne fluide de la P3 en plus tendue. Produite jusqu’à fin 1967, la P5 eut plus de succès encore puisqu’elle fut fabriquée à plus d’un millions d’unités contre 669 731 pour la P3.

60 ans après, c’est ce dernier modèle qui reste le plus fascinant par son esthétique à contre-courant de son époque.  C’est aussi l’avis de Laurent.  « Avec, je revisite mon enfance où elle me faisait rêver. J’aime la conduire sans dépasser 90 km/h et apprécie sa visibilité étonnante et sa superbe planche de bord et sa commande de boîte d’une grande douceur. Surtout, j’adore sa ligne. Quand je la gare, en partant, parfois je ne me retourne rien que pour la regarder. Elle est magnifique !  »

La Taunus 17 M fut la première à proposer des phares de forme oblongue avant l’Ami 6

La Taunus P3 lança la mode des pare-chocs dits « moustache » s’intégrant dans les ailes avant et arrière (photo Xavier de Nombel)

La P3 se signalait par une qualité de fabrication et équipement supérieur à celui des voitures françaises (photo Xavier de Nombel)

Le moteur de Laurent n’est pas n’est propre ! Il s’agit d’un 4 cylindres en ligne de 1758 cm3 tout en fonte avouant 77 ch SAE (70 DIN environ)

Laurent au volant d’une autre de ses voitures de collection : une Opel Rekord

Dans ses publicités, Ford insistait sur la meilleure habitabilité offerte par la 17 M grâce à ses flancs renflés

La P5 qui lui succéda conserva ses formes rondes mais en plus tendues

L’avis des Petits Observateurs !

20 commentaires au sujet de « Ford Taunus 17M 🇺🇸 les hommes préfèrent les rondes »

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  1. le bougre

    une excellente voiture cette Taunus.
    elle avait un look moderne, classe, et une qualité déjà supérieure aux faibles francaises ou italiennes qui peinaient déjà dans cette gamme de berline !
    C’etait le début de l’ouverture du marché, en ce début 1960, avec acces aux modeles étrangers, allemands particulièrement qui ont rélégués les modeles héxagonaux. ….et nous avaient ouverts à un choix élargi à l’achat

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  2. Neufcentdixespada

    Je fis un petit séjour aux environs de New york ,en 1997… on y voyait des Ford TauRus très très « bio design «  ,donc très rondes,dignes descendantes de cette jolie TauNUs (la troisième vitre laterale en version break valait le détour !)… hélas ,en bon français ,je dus me contenter d’une Mondeo Clipper… c’était quand même bien pour partir en vacances

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  3. Mat Ador

    A cause de ses Sinus Minus, l’atone Taunus manqua de Tonus en abordant le Decumanus de Tournus.
    Sans Revenus et sans Bonus, ce fût pour elle le Terminus. Elle l’eût dans l’Anus !
    🙂

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  4. François P

    À l’époque il y avait 2 clans, les pros Ford Allemandes et les pros Ford Anglaises. D’un côté les Ford Taurus et de l’autre les Ford Cortina,.. J’aimais bien la P5 surtout la 6 cylindres mais j’adorais la Cortina GTE, mais hélas mes finances ne le permettaient pas de concrétiser mes choix.
    Quelle époque !

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  5. Nabuchodonosor

    Savez-vous, Oncle Pat’ si c’était pour titiller Opel que Ford avait nommé ses autos du nom du massif du Hesse qui domine le Main, juste au-dessu de Rüsselsheim ?

    Si au milieu des années 60, Oncle Albert en possédait une dont il n’en était pas peu fier, Taunus résonne aujourd’hui en moi de somptueux paysages romantiques. Des ruelles colorées aux maisons à colombages de Königstein im Taunus en passant par le château de Friedrichshof à Kronberg aux rieslings de Rüdesheim que l’on déguste dans les Weinstuben et jusqu’aux cheveux de Lorelei emmêlés dans les méandres du Rhin au sud de Koblenz.

    « Lorelei, Lorelei
    Ne me lâche pas j’ai mon train qui déraille
    Lorelei, Lorelei
    Et je suis comme un cobaye qui a sniffé toute sa paille. »
    (H.F.Thiéfaine).

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  6. Alain L

    Ça c’était une super bagnole!!
    Du haut de nos 12 ans on y comprenait rien en mécanique mais on avait des yeux pour voir les différences entre ces voitures dessinées autrement comme aussi la Panhard 24 ct, et les 404 qui étaient plus fades à côté…
    Le parking des profs au lycée, était notre salon de l’auto, et cette Taunus façon coupé était pour nous – sans doute parce que plus rare – une voiture de sport qui imposait le respect à son heureux propriétaire…
    Nous étions prêts pour un avenir moderne et ces bagnoles nous faisait rêver…

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  7. Chapman

    Je viens de percuter pour la Ford Falcon. En effet il y a une vrai proximité de ligne. Si c’est le même dessinateur, tout s’explique.
    Merci de faire un peu d’histoire avec ce qui a fait notre quotidien dans notre enfance.
    Comme dit Thierry, il me semble que nous soyons nombreux à être d’un âge certain pour ne pas dire un certain âge.
    😉

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  8. Neufcentdixespada

    Il fut un temps où lesvoitures de gamme moyenne se declinaient en de nombreuses carrosseries, celle ci (et la version des années 70 encore plus) ne déroge pas à la règle : berline et break ,tous deux disponibles en deux et quatre portes, et un coupé fastback pour la génération suivante… tout le monde ne voulait pas d’un suv( de toutes façons ça n’existait pas).

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  9. Thierry

    Ah oui ma jeunesse également …. pouah ce ramassis de vieux sur POA aujourd’hui !!!
    Moi j’aimais bien cette ligne et son rare, pour l’époque, feu de recul, m’évoquait la lumière intérieure de la Renault 4 de mon grand père.

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  10. Georges Piat

    On en voyait pas mal au début des années 70. J’avais la même en Dinky, café métal intérieur rouge !
    Superbe, j’adore.

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  11. Pierre_

    Dans les années 70 le père d’un copain nous emportait chaque samedi en Taunus blanche vers les stades. Je me souviens très bien de cette Ford lourdes aux formes angulaires… elle était moche pour tout dire. La P3 présentée ici propose une esthétique toute différente, agréable.

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  12. Bonfils

    Merci à notre excellent Patrice pour ce portrait. La 17 m se porte bien et m’emmène au bureau quand il fait sec. Un vrai bonheur après 2 années d’immobilisation. Je me souviens de l’avoir trouvée dans une casse près de Roanne. Payée 1000 francs et ramenée à Paris dans la foulée, sans assurance ! On est parfois C quand on est jeune!

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  13. Antony

    C’était la voiture de mon père achetée d’occasion à la fin des années 60. Quel beau souvenir pour moi. C’était une version 4 portes et je me souviens qu’il y avait beaucoup de place à l’arrière pour ma sœur et moi. Elle était de la même couleur mais il s’agissait si ma mémoire est bonne, d’une version 1500 moins puissante. Mon père la remplaça par une Opel Rekord encore plus grosse en regrettant longtemps sa Taunus dont le moteur avait cassé. Celle du propriétaire est superbe

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  14. Galerneau

    La 17M P7 de mes parents de 71 a 74… l’oseur de la Craven A sans filtre de papa qui me mettait la gerbe…
    Je ne souviens encore de l’immat’ : 2204 FK 59
    Je retrouve en enfance…

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  15. Docteur_Oliv

    Sur la Photo N°2 on voit une silouhette un peu « dégoulinante » comme les dernières SCORPIO. dans ma jeunesse, cela ne m’avait pas frappé !
    Merci encore pour ce retour en arrière nous rapellant notre jeunesse

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