Souvenirs d’Autos (315) 🇫🇷 l’estafette et la 103

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Pierre est l’un des piliers de cette rubrique et là où il est très fort, c’est qu’il a toujours des photos garanties d’époque. Merci à lui pour sa fidélité et ses histoires nostalgiques (comme j’aime).

Ce début d’été 75, je mets à sac mon livret A pour acheter le 103 Peugeot que je lorgnais depuis de longs mois dans la boutique du marchand de cycle du village.

Mon frère, mes copains, les uns après les autres, tous achetèrent ce même cyclo les mois suivants.

Aujourd’hui je m’étonne encore de cet incroyable emballement.

Notre toute jeune bande venait de se former, et pendant trois années nous resterons inséparables. Désormais chaque samedi le village allait résonner du bruit de nos engins.

Ce soir-là, il est presque neuf heures, je pars rejoindre Eric, mon meilleur copain. Il m’attend déjà en bas de chez lui clope au bec et moteur au ralenti. Me voyant arriver, il se jette sur la selle et nous filons tous les deux au bout de sa rue, nous nous engageons ensuite à pleine allure sur la grand’ route en dessinant des S.

Cette grande route qui traverse notre village, conduit à Bourg en Bresse et plus loin encore.

Il n’y a pas de voitures à cette heure, nous sommes seuls.

La route est à nous.

Sans casque, nez dans le guidon, nous engageons aussitôt une course redoutable.

Nous approchons du large carrefour, imitant les motards nous virons pleine gauche en une courbe parfaite, nous grillons le feu en toute insouciance. Le bar est en vue.

Nous arrivons plein gaz. Freins serrés à bloc, nous effectuons un dérapage et nous nous rangeons entre les mob alignées sur le trottoir.

Nous sommes les derniers, nous entrons. Notre équipe bruyante et joyeuse est là au complet.

Béatrice, Catherine et Michèle nous rejoignent bientôt.

La fumée de nos clopes emplie le lieu.

À cet instant, par la grande baie du café, nous voyons arriver l’estafette bleue des gendarmes du village. Elle glisse silencieuse le long du trottoir puis stoppe là sous nos yeux.

Deux hommes en descendent, ajustent leur képi s’approchent de nos mobylettes, les observent un instant. L’un des hommes, un sergent, pousse alors la porte du bar, fait trois pas, nous toise et lâche d’un ton sec:

  • Les deux qui viennent d’arriver, suivez-moi dehors !

Le silence est alors absolu. Je fixe Eric, nous nous levons et emboîtons le pas de l’homme en uniforme venu nous interpeler, nos amis suivent la scène médusés.

Dehors un adjudant nous attend, il fait coulisser la porte du fourgon pour nous impressionner, il nous reconnait aussitôt, nous ne monterons pas. Il prononce notre nom à l’un et l’autre puis sans attendre, nous fait le long inventaire des infractions commises ce soir.

Nous écoutons, benêts, cheveux dans les yeux et cigarette à la main.

Les faits reprochés sont accablants, la situation est grave.

L’estafette était retirée dans la pénombre des maisons dominant la place à proximité du carrefour. Invisibles, les gendarmes ont eu à loisir d’observer notre équipée sauvage, notre grand manège sur la nationale à la nuit tombée.

Le procès dure de longues minutes et enfin cesse. L’adjudant termine en clamant qu’il n’y aura pas de sanction, par contre nos parents seront avisés.

Les gendarmes nous relâchent, nous pouvons disposer.

Plantés là sur le trottoir, humiliés, nous ne bougeons pas avant que l’estafette ne redémarre. Penauds, nous rejoignons notre bande.

Chambrés et chahutés, toute la soirée nous faisons face aux railleries des copains.

L’évènement anima un temps nos conversations. Puis d’autres belles aventures viendront s’ajouter au Souvenir de ce fameux soir ou les gendarmes du pays vinrent nous interpeller… pour un instant.

 

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.

On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…

Et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

27 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (315) 🇫🇷 l’estafette et la 103 »

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  1. Houncheringer

    Ah la 103!!! Toute une époque qui part de mes 13 ans à mes 18-19 ans. Des courses, des montages démontages, remontage, kit Malossi, Kit 90cc, kit emballage plus méchant, look Chopper, rabaissée ensuite, des dizaines passeront entre nos mains devenues expertes. Puis nous sommes passé à autre chose… la moto, l’automobile, le train aussi.

    Ces jeunes années restent gavées au fer rouge et je me rappelle des interventions de la gendarmerie… Ils n’étaient jamais là au bon moment…Hihi.

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  2. Stéphane CVS

    Merci pour cette belle histoire, cela me rappelle mon 103 MVL orange avec son variateur, les pièces de 02 francs pour faire le plein de mélange à la station Total (en prenant bien soin de lever le tuyau pour ne pas perdre une seule goute du précieux mélange). Par contre, il n’y a pas de grade de ´sergent’ dans la Gendarmerie …….

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  3. Pierre_

    Merci les gars pour tous vos commentaires.
    Philippe carabine sur l’épaule était dans sa période James Dean. Le plus doué d’entre nous, alors au bahut à lyon il nous dégotait les meilleurs 33 tours à la fnac. J’apparais sur la 2ème photo, au centre, Eric est à ma gauche. La veste de treillis était un must. Ornée d’épingles ou décorée de badges et graffitis rock, nous sommes en 77, nous eûment quelques déboires avec les rugueux dans les bals de la région. La gendarmerie du village comptait quatre ou cinq hommes, nous les croisions chaque weekend. Aucun pv ne fût jamais dressé. Et pourtant !
    Et puis je termine, nos parents étaient là, formidables.

    Merci Commandant pour la parution de ce petit récit.

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  4. Neufcentdixespada

    Aïe…. j’avais une motobecane m 51 black ( et or … tres bling bling pour l’époque) et donc je ne faisais pas partie du club Peugeot (103… parce qu’il y avait aussi le 101 ultra basique ,le 102 avec son réservoir sous la selle qui lui faisait une drôle de gueule et le 104 qui faisait bourge ,limite papy). . Les possesseurs de 103 (sp surtout, on est au début des années 80… le must était le 103 land ,peinture kaki mat ) se gaussaient du trop gros pot d’échappement des 51… c’ était la guerre !!

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    1. Fils de Pub

      Sur le web je vous en ai déniché un magnifique mon Commandant, un 104 formule 3 avec une boite 3 vitesses :

  5. Chapman

    Ah Pierre, la 103 orange…. Qu’est ce qu’elle a pu me balader. On était jeune et large d’épaule, on attendait que la mort nous frôle….. Un peu de Lavilliers pour cette merveilleuse période de la vie. Mon petit souvenir perso de la 103 Peugeot, moi qui roulait en ville, c’est un copain d’école qui m’avait filé le tuyau. En tournant légèrement à droite le petit bec qui dépassait du pot d’échappement, on pouvait, à l’aide du talon du pied droit, appuyer sur le pot et ainsi augmenter la reprise en insistant pour obliger le variateur à « rétrograder »….. Enfin c’est l’impression que ça donnait.
    En tous cas, en enlevant les chicanes, ça petaradait mais ça filait plus vite qu’une bleue.
    Merci Pierre et bravo pour les photos. C’est ce qui manque le plus à mes années folles.

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  6. Mat Ador

    Superbes ces photos d’époque, vous êtes plus ordonné que le Commandant.
    Hum, qui tiens le fusil, c’est vous Pierre ?
    Et au fait que braconniez vous dans la Bresse ?
    Et ne me dites pas le Poulet…
    🙂

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  7. Thierry

    Punaise le blouson avec le drapeau allemand ! Ah mais c’est bien sûr.
    Jolie l’histoire, même si je ne vais pas trop la commenter j’étais M50 moa monsieur …

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  8. Georges Piat

    Génial ton souvenir Pierre. Cela me rappelle l’odeur du petit bar à côté de mon Lycée à Versailles. Un mélange bizarre croque monsieur / cigarette.
    En plus, comme dit le Commandant, tu as les photos d’époque !

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  9. COMMANDANT CHATEL

    Bonjour à tous,
    C’est un peu le désordre dans ma boite mail et je recherche des Petits Observateurs :

    Pierre, auteur de
    DRAME À LYON
    EN ROUTE POUR LE MATCH EN PEUGEOT 304
    LA 4CV DE LA LIBERTÉ

    Mike auteur de
    LA MYSTÉRIEUSE PORSCHE ROUGE

    Olivier auteur de
    LA WILLYS ET LES ÉCREVISSES

    Jean-Yves auteur de
    LE SYNDICALISTE, L’AMI 8 ET LES POMPES FRANCAISES

    Frédéric de Strasbourg, auteur de
    QUI A PIQUÉ LE CLK

    S’ils se reconnaissent, merci de me contacter :
    thibautchatel@icloud.com

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  10. Nabuchodonosor

    Le 103 orange. Une révolution par rapport à la bleue (motobécane) que pilotaient les vieux… Sans parler du Solex.
    Ça se conduisait dès 14 ans. Les mobs rangées dans le parc à vélo du lycée étaient donc celles des 4èmes, des 3èmes et de temps en temps d’un 5ème redoublant.
    A minima, on remplaçait la selle par une biplace, on perforait le pot d’échappement (ça gagnait rien en vitesse mais ça faisait un potin d’enfer), on supprimait les pédales et on resserrait les deux demi guidons. Les cheveux gominés, le portefeuille dans une poche arrière, le peigne dans l’autre du blue-jean clouté à pattes d’éph’ , on étaient fiers et on se faisaient respecter au flipper ou autour du baby.
    Merci Pierre de faire remonter tout ça.
    😉

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    1. Georges Piat

      Tu te souviens, on mettait un mouchoir dans les buts du baby pour jouer plus longtemps !
      Aujourd’hui, on mettrait un sopalin mais la boule passerait quand même. Tout fout le camp…

    2. Nabuchodonosor

      Georges : Je crois me souvenir qu’on parvenait à bloquer avec une cuiller à café modifiée la tirette de déverrouillage des balles. Grâce à cette manip’ faite évidemment dans le dos du taulier les balles redescendaient sans cesse jusqu’à la fenêtre de distribution… Qu’est-ce qu’on était cons.
      😉

  11. Laurent

    Est-ce que la bienveillance de ces gendarmes qui connaissaient l’importance de la prévention et des conseils par rapport à la bête sanction, a-t-elle été utile ?

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