Austin Healey Sprite MK3 1965 🇬🇧 « l’impression de rouler à 200 km/h »

Par Patrice Vergès. La Healey Sprite a été produite plus de 20 ans de 1958 à 1979 avec une cylindrée variant de 948 cm3 à 1500 cm3. Jean-Louis roule en version MK3 1100 de 1965

Dans cette rubrique, on insiste souvent sur la taille réduite des voitures du passé. La Sprite n’est pas menue, elle est minuscule avec 3,50 m de long, 1,10 m de haut décapotée et surtout 1,35 m en largeur contre, par exemple, 1,73 m pour une Clio actuelle. A deux, on ne se touche dans une Sprite, les corps se frottent, se caressent. Ça ne gênait pas Jean-Louis, puisque c’est la voiture avec laquelle il s’est marié avec Martine en 1978, utilisée également par leur fille Carole lors de son mariage en 2015. « Je l’ai achetée en avril 1978. Son vendeur avait déplacé notre rendez-vous la nuit. J’ai compris la raison en la voyant au jour le lendemain. Ses bas de caisse et ses ailes étaient percés ! « .

Née Frogeye, yeux de grenouille

Jean-Louis a fait refaire la carrosserie avec des éléments d’origine de bonne qualité à l’époque, réviser le petit 1100 qui ne tournait pas si mal, changé l’embrayage, le radiateur avant de la repeindre rouge Tartane Red. 40 ans après la fin de sa restauration en 1981, son Healey est toujours aussi séduisante.

Ce petit roadster est de la famille des Spridget, contraction de Sprite et Midget car produit dès 1961 sous deux marques différentes, Austin et MG se distinguant seulement par leur calandre. Née en 1958, la Sprite, petite sœur de la grosse Healey 6 cylindres, reprenait la mécanique de l’Austin A 35 poussée à 45 ch montée dans un châssis caisson en tôles soudées. Cette propulsion minimaliste se caractérisait esthétiquement par ses phares exorbités qui lui valurent le nom « d’yeux de grenouille » ou si préférez Frogeye en anglais bien plus cotée aujourd’hui que ses cadettes.

 MK3

Ce ne fut pas le cas à l’époque et qui explique qu’après 49 000 exemplaires produits, elle adopta en 1961 un avant et un arrière redessinés pour être vendue sous les deux marques différentes. L’arrière revu dans le style de la future MGB dont les reprenait les feux rouges, accueillit enfin un couvercle de malle refusé à la première frogeye.  Le type MK3 1964 de Jean-Louis avait déjà bénéficié de nombreuses améliorations destinées à l’embourgeoiser.  Ses sièges étaient mieux rembourrés, sa capote toujours à arceaux se voulait plus pratique, tandis que son moteur en grimpant à 1100 cm3 en 1962, développa la fabuleuse puissance de 59 ch contre 46 précédemment tandis que son essieu arrière toujours extrêmement rigide était mieux guidé. Enfin, luxe du luxe, en 1964, elle   avait enfin reçu des poignées extérieures de portes et des vitres descendantes plus pratiques que les panneaux amovibles. Pourquoi un tel luxe ? Pour riposter à sa dangereuse concurrence, la Triumph Spitifire plus moderne, plus rapide, mieux équipée.

Protocole pour descendre à bord

Jean-Louis mesure 1,68 m, pourtant un véritable protocole est indispensable pour descendre à bord.  » Il est préférable qu’elle soit décapotée, il faut d’abord glisser une jambe, se laisser tomber sur le siège, puis tirer son autre jambe avec le bras ».  Je n’ai pas conduite celle de Jean-Louis mais deux autres au cours de ma carrière de journaliste. J’ai le souvenir de la gymnastique que j’ai dû faire et surtout de ma ridicule position de conduite, les bras repliés contre le corps à cause du dossier trop vertical et du manque de recul du petit baquet.

En 1964, avec les roues à rayons, le chauffage, le couvre-tonneau optionnels, une Sprite approchait les 12 000 francs (moins de 20 000 euros d’après le tableau de l’inflation qui est archi-faux).  Une somme raisonnable pour une petite sportive anglaise bien que plus élevée que celle d’une Peugeot 404 dont elle avait à peine les performances.

L’impression de rouler à 200 km/h !

Il est vrai que son moteur à 3 paliers qui était le type A de la Mini mais monté en position longitudinale n’avouait que 59 ch. Ils l’entraînaient à 148 km/h avec de meilleures accélérations (37 secondes aux 1000 mètres) car elle n’avait que 750 kilos à tirer. Un poids plume. De toute façon à cette allure, avec le vent dans les cheveux, aussi prés du bitume, le bruit de la mécanique exacerbé par l’aspiration des deux carburateurs SU, ses passagers avaient l’impression de rouler à plus de 200 km/h.  Sa direction très directe et le petit levier de vitesses assez ferme et son essieu arrière survireur en faisaient une véritable petite sportive avec laquelle il fallait se battre.  Une vitesse qu’on ne pouvait pas tenir que sur bons revêtements car sa suspension arrière sautillante exigeait de lever prudemment le pied dès que la route se délitait.

Moteur de Triumph Spitfire

La Sprite s’améliora au fil des années en recevant des mécaniques plus puissantes notamment celle de son ancienne concurrente la Spitfire faisant désormais partie du même groupe. En fin de vie, elle fut vitriolée par un groin en caoutchouc comme la MGB pour continuer à se vendre aux USA, un marché très porteur pour cette petite anglaise. Au total, 354 164 Spridget furent fabriquées ce qui n’est pas si mal pour une voiture aussi radicale

Trop petite pour être vu

 » Je l’utilise de moins en moins d’abord parce que j’ai d’autres voitures et ensuite par ce qu’elle est devenue dangereuse. Elle est si petite et si surtout basse qu’elle ne se voit plus entre deux hauts SUV dans la circulation  » déplore Jean-Louis qui rajoute.  » Nous ne la vendrons jamais d’autant qu’elle a plus une valeur sentimentale que pécuniaire (autour de 15 000 euros). Nous la possédons depuis 43 ans et c’est la voiture de notre vie ».

 En 1961, la Sprite désormais épaulée par une version MG a été redessinée dans un style proche de la future MGB

 L’arrière   offrait aussi un couvercle de malle refusé à la première version

Planche de bord très simplifiée comptant 4 compteurs Smiths. Les branches souples du volant atténuaient les vibrations remontant dans la colonne

1,35 m de large, vous enlevez le tunnel central d’où émerge le petit levier de vitesses, et vous imaginez le volume restant aux petits baquets d’origine

Ce moteur a fait le bonheur des Mini pendant plus de 30 ans en position transversale. En longitudinal, en 1100 cm3 alimenté par deux carburateurs, il donnait 59 ch SAE

Les roues fils étaient en option, comme le chauffage ou le tonneau-cover ou le volant bois

Le montage de la capote était une véritable cérémonie car auparavant, il fallait monter ses arceaux puis la capote. Une petite dizaine de minutes généralement sous la pluie !

Le sigle de la marque créée par Donald Headley  en 1952 reprenait  les ailes de celui d’Austin

 

La Healey et la Midget étaient équipées des feux rouges de la MGB qui semblaient beaucoup plus grands sur cette carrosserie plus compacte

 Jean-Louis possède cette voiture depuis 43 ans ! Lorsqu’on roulait seul, le montage du tonneau-cover réduisait les remous d’air en améliorant l’aérodynamique

La Frogeye née en 1958 a été surnommée ainsi à cause de ses yeux de grenouilles. Pas encore de glaces descendantes ni de couvercle de malle

L’avis des Petits Observateurs !

10 commentaires au sujet de « Austin Healey Sprite MK3 1965 🇬🇧 « l’impression de rouler à 200 km/h » »

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  1. alfadeder

    oui, mignonne mais une des représentantes (parmi tant d’autres) d’une industrie automobile anglaise dépassée déjà dans les années 60 : moteurs anémiques, fiabilité très douteuse, comportement routier archaïque sans parler pour les cabriolets des systèmes de capotes. Comparez un capotage-décapotage d’une anglaise et d’une italienne des années 60 par exemple. Alors oui, rouler sous la pluie décapoté a le charme……… de ne pas vouloir se tremper à rester immobile sous la pluie pendant de nombreuses minutes à tenter de manipuler des systèmes impossibles. sans rancune pour les amateurs d’anglaises.

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  2. Robert

    J’en ai possède une dans les années 70. Bons souvenirs d’une voiture vivante mais beaucoup de fuites d’huile. Très bel article de M. Verges

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  3. Martine

    Je me souviens avoir conduit une Sprite au début des années 80. Sa légéreté et sa maniabilité m’avaient surprise. Heureuse époque où, parents indignes, nous n’hésitions pas à installer, pour de courtes balades, nos deux enfants dans le petit logement se trouvant à l’arrière des sièges, le tout sous le regard complaisant de la maréchaussée!!!.. Impensable aujourd’hui.

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  4. jean-louis CHAPAT

    Un grand merci à POA ainsi qu’à Patrice pour cet excellent article sur ma petite Sprite que je prenais alors pour une « voiture de sport ». Mais hélas je me suis vite rendu à la réalité lorsque j’ai voulu rattraper cette paisible mamie roulant en Renault 5 TL. Ce n’était pas non plus une grande routière et au bout d’une centaine de kilomètres on est vite ivre de vent, de bruit et fatigué par les irréguralités de la route. Mais tout cela ne fait-il pas le charme de cette petite Sprite???

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  5. Pierre_

    Elle me faisait rêver lorsque je découvrai les sportives anglaises il n’y a pas dix.
    Chaque année il y a par ici a Nantua une magnifique expo ou tous les modeles british y sont représentés.
    Mon choix ira vers une MGB un jour le l’espère, moins radicale, comme il est écrit dans de nombreux articles.
    Mais l’essentiel est bien l’attachement et la passion que l’on porte à son ancienne, qu’importe les discours autour !
    Bravo Jean Louis pour cette superbe auto.

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  6. Dany

    Petite voiture sympa qui me faisait rêver quand j’étais très jeune. Plus tard, j’ai acheté une MGB qui avait sensiblement la même silhouette mais en plus gros. Heureusement, car je ne serai jamais rentré dans la Sprite

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  7. Chapman

    Lorsque j’étais en pension en Normandie dans les années 70, notre professeure d’art plastique roulait en Midget jaune orangé. Elle était un peu forte et semblait encastrée dans le minuscule habitacle.
    C’est cette année là que j’ai grandi d’un coup. Très vite je me suis rendu compte que mon gabarit ne me permettrait pas de conduire ce beau jouet.

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    1. Nabuchodonosor

      Ça me rappelle la fois où un copain à insisté pour qu’on aille faire du kayak ensemble.
      Au « ploc » que ça avait fait à l’embarquement, j’avais bien noté qu’il était un peu étroit pour ma taille.
      Heureux comme un jeune moussaillon je chavire au premier rapide et une fois sous l’eau je n’arrive plus à sortir du Kayak…
      Ce jour là j’ai compté les secondes… On ne m’y reprendra plus.
      😉