Souvenirs d’Autos (311) le Bull et le Panda 🐼

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire, que dis-je cette épopée, m’est envoyé par pli discret par un certain Jean-de-Nabucho-do-Nosor. Si l’un de vous le connait, merci de me faire signe…

« Il faut, autant qu’on peut, obliger tout le monde : On a parfois besoin d’un plus gros que soi ». Le plus célèbre disciple d’Esope de la France éternelle aurait sans doute goûté à mon allégorie si elle ne détrompait pas le rapport de force que lui-même établit jadis.

En ce bel après-midi de dimanche d’un rigoureux mois de janvier du milieu des années quatre-vingts, on décide de monter au chalet d’alpage pour vérifier si tout est en ordre. La journée est déjà bien avancée, dans quelques heures il fera nuit.

Passage aux stands pour changement de gommes sur le parcours : En effet au bout du lac la route n’est plus déneigée, il faut alors laisser l’auto, chausser les raquettes et terminer à pieds.

Loin des sentiers obliques, vêtu de probité candide et de lin blanc, je proposai à ma promise de nous y rendre à bord du jouet dont j’ai obtenu la garde pour le week-end ce qui chemin faisant d’une pierre deux coups, nous permettra de l’inaugurer en terrain hostile et voir ce qu’il a dans le slip.

Mon daron vient de s’offrir le dernier né des ursidés, un Panda 4×4 cubique et blanchot, à l’âme pure, légère et immaculée. Un vrai passe-montagne, un dahu fait pour le crapahut… Le regard inquiet, il a pris grand soin l’avant-veille de me glisser à l’oreille en m’en confiant les clefs : « Elle est neuve, je compte donc sur toi pour me la ramener entière, ne fais pas le con ! ».

La boîte à malices crabotée enjambe sans aucun mal le talus de neige durci formé par le chasse-neige pour bloquer l’accès et s’enfile dans le sous-bois à vive allure avec une aisance déconcertante. Peu lui chaut le bon mètre de neige tassée sous ses pneus.

Soudain, à l’orée d’une clairière orientée plein sud, c’est le coup de bambou, le comble pour un Panda. Les roues ne portent plus. En quelques fractions de secondes le tout-terrain s’enfonce et se vautre l’estomac contre le manteau neigeux.

Mes tentatives pour le libérer de sa gangue ramollie resteront vaines. Il faut me rendre à l’évidence, je ne suis qu’un aventurier en chocolat, un peu trop présomptueux. Nous voilà dans de beaux draps !

Mais il faut le dégager au plus vite, s’il passe la nuit dehors, les glaces auront tôt fait de mordre et de l’immobiliser pour de bon jusqu’aux entrailles. La météo qui s’annonce ne prévoit rien qui vaille pas plus que l’abadée mémorable que je vais essuyer si je ne ramène pas le bestiau au bureau lundi.

Le sauvetage ne peut attendre. Nous laissons donc la bête blessée et rebroussons chemin à pieds, enfin en rampant plus exactement, puisque nous avons de la neige jusqu’aux cuisses, les raquettes étant bien entendu restées en bas, au point de départ…

Nous reviendrons au crépuscule rougeoyant, à la vitesse du chameau dans un bruit de ferraille épouvantable à bord d’un vieux chenillard Continental à moteur Berliet, sorte de bulldozer fait tout d’acier plein monté sur chenilles, rejoindre le plantigrade planté jusqu’aux fondements qui en a pris pour son grade.

Dans l’obscurité enveloppante autour de nos lampes torches, une corde de trappeur le tirera bien vite de ce mauvais pas.

« Quelqu’un aurait-il jamais cru qu’un Panda d’un Bull eût affaire ?

Cependant il advint qu’au sortir des forêts, ce Panda fut pris dans la ouaffe,

Dont ses rugissements ne le purent défaire.

Sire Bull accourut, et fit tant par sa force, qu’une corde tendue emporta tout l’équipage.

Quand, force et rage font plus que patience et longueur de temps ».

Cette rubrique est aussi la vôtre ! Faites comme Jean-De-Nabucho-Do-Nosor et racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

17 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (311) le Bull et le Panda 🐼 »

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  1. Frédéric Lion

    En voyant cette histoire, je ne peux que rebondir sur l’actualité où le footballer Carrasco, qui pour se déplacer à Madrid (qui est sous la neige), a emprunté la Fiat Panda de son voisin car elle « roule bien dans la neige »…

    https://www.rtl.be/sport/football/football-etranger/insolite-yannick-carrasco-dans-une-fiat-panda-de-1980-a-cause-de-la-tempete-de-neige-a-madrid-video–1271551.aspx

    A croire qu’il a lu cette article!

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  2. Nabuchodonosor

    Sur la neige, je recommande la monte de 4 pneus adaptés et si vous vivez dans une région où elle tombe fréquemment, l’usage d’un véhicule à 4 roues motrices est vivement conseillé.
    Mais quand la chaussée est recouverte de plus d’un mètre de neige, mon conseil est de ne pas utiliser d’auto.
    😉

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  3. Thierry

    La neige est d’actualité,
    d’ailleurs sur Twitter ce matin une vidéo fait la buzz, avec dans les rues de Madrid, un SUV qui ne bouge quasi plus, laissant des traces zigzagantes sur le sol, et que l’on voit se faire humilier par une petite renault 4 qui passe lentement mais surement devant lui.

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  4. Neufcentdixespada

    Je me souviendrai longtemps de n’avoir pu distancer un artiste du virage en épingle ,valdôtain ,en panda rouge dans la descente du col du petit saint Bernard côté français,malgré mon véhicule trois fois plus puissant,au moins … chapeau signor

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  5. Nabuchodonosor

    L’incoiffable, l’inchauffable, le chantefable, l’affable, pire, l’ineffable Nabu s’est mis à table pour livrer de sa plume corrosive sur SDA une fable dépoussiérée tirée du bestiaire mécanisé des cochers contemporains, et ce faisant se prenant le contrepied dans les engrenages huilés de notre moraliste national préféré, celui dont on retient les apologues dès notre sevrage, sur les bancs de maternelle.
    Oser se frotter au Gentilhomme de La Fontaine, au Fabuliste, à l’Académicien ; Oh, l’affabulateur fabuleux, Il ne doute de rien.
    Qu’on l’arrête, c’est un Savoisien !
    😉

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    1. Pierre_

      Seulement quelques travaux d’intérêt commun pour SdA pour ce tout petit lèse. Le Commandant devrait se charger des formalités.

      Mon père avait une Panda, le modèle le plus simple. Elle lui rendit tout les services que l’on connait lorsqu’on habite à la campagne, qu’on aime bricoler et qu’on aime la pèche à la ligne. Un garage au village et un entretien régulier permirent de garder l’auto longtemps. Il s’en est séparée il y a deux ans à peine.

    2. COMMANDANT CHATEL

      Rien à voir, mais j’ai longtemps roulé en Panda à Paris (celle avec le double toit ouvrant en toile).
      J’étais le roi du monde avec cette petite auto…
      C’était… il y a 30 ans.
      Glurp !

  6. Mat Ador

    Sans Panda plantée dans la neige en plein hiver, le chenillard ne servirait à rien…
    Votre morale vaut bien l’originale.

    Expérience faite, lorsque les roues ne portent plus, le véhicule peut, si la couche de neige est suffisante, s’enfoncer jusqu’au ventre qui devient à l’insu de son plein gré, porteur. Les roues tournent alors dans le vide. Avec le jeu des différentiels, sur une deux roues motrices, une seule roue motrice délestée suffit donc à planter le véhicule… Sur un 4×4 sans blocages de différentiels il en faut deux, une sur chaque pont.

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  7. Pierre_

    Monsieur, ce matin au Cercle à Chamouni nous faisons lecture du récit fabuleux de votre voyage dans la Savoy.
    Vous mentionnez que votre voiture fut prise dans les glaces. Nous en sommes désolés et fort attristés.
    Alors si vous le permettez Monsieur, nous vous suggérons de mander audience au près de la Présidence de l’Observatoire des Attelages. Sise à Paris place St. Georges, vous y rencontrerez la bas les meilleurs conseillés pour vos prochains voyages. Voyages Monsieur, dont nous en attendrons la narration avec la plus vive impatience.

    Monsieur Paccard et Monsieur Balmat.

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  8. Chapman

    Planter une Panda 4×4 !…. Ça devait vraiment être compliqué parce que sa réputation est en or massif auprès des montagnards de tous poils. Il est heureux que le chenillard soit parvenu à tout remettre en ordre. Par expérience je sais qu’on peut planter aussi un engin équipé de chenilles.
    Merci pour cette histoire édifiante si bien narrée.

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