Ford F-150 Raptor 🦖 espèce menacée ou menaçante ?

Par Patrice Vergès.  Le Pick-up Ford F-150 Raptor est une institution aux USA mais il n’est pas officiellement importé en France. Et pour cause, à mille lieues du politiquement correcte automobile, sa démesure gargantuesque provoquerait à coup sur une polémique hystérique  entre “pro” et “anti” de tous genre. 

Dire que le F-150 est massif est un euphémisme. A ses cotés, on se sent tout petit Son gabarit qui flirte avec les 6 m en double cabine n’est pas adapté à notre environnement 

Même loin, le Ford F-150 Raptor semble prés puisqu’il culmine à 1,92 m de haut, 2,02 m de large retros repliés et 5,86 m de long en double cabine comme celui que nous avons essayé. Marchepieds et poignée intérieure obligatoires pour l’escalader sans être sensible au vertige.  C’est haut !  Comparées à sa colossale calandre gravée en grosses lettres du nom du constructeur au cas où on l’oublie, celles des Audi et des BMW font un peu petits bras. 

Bras de suspension en alu, amortisseurs Fox à gaz adaptatifs à valves

Bestial

Bestial par sa mécanique puisque cet engin qui sort du département Ford Performance du constructeur à l’ovale bleu qui prépare quelques modèles sportifs de la marque notamment la Ford GT, est animé par le moteur Ecoboost civilisé de cette dernière. Un V6 essence tout en aluminium gavé par deux turbocompresseurs qui délivre l’honorable puissance de 452 ch à 5 000 tr/mn avec un couple de 590 Nm capable de grimper un mur sans élan comme un chat. 

Même quand on mesure 1,87 m, il est difficile de photographier le moteur reculé dans l’habitacle légèrement incliné. Préparé par Ford Performance, il développe 452 ch 

Cruel

Cruel aussi par son nom qui fait songer à celui de velociraptor, cruel petit dinosaure carnivore vivant il y a plus de 70 millions d’années qui se particularisait par la vitesse très élevée qu’il pouvait atteindre (75 km/h). Le Raptor va encore plus vite puisque qu’il peut en théorie atteindre 180 km/h, vitesse surréaliste eu égard à son gabarit.   

Raptor XIII ème du nom

Le F-150 est une institution aux USA où il est vendu depuis des décennies à des chiffres de production étonnants pour nous, Européens.   Nous essayons aujourd’hui la 13eme mouture née en 2014 et bien rajeunie en 2017 qui avait troqué son gros V8 de 6,2 l contre ce petit V6 plus léger, moins polluant et plus économique. Il avait été aussi allégé de 227 kilos comparé aux précédents puisqu’il avoue moins de 1700 kilos, ce qui est assez étonnant vu son gabarit. C’est le fait d’une carrosserie totalement en alliage d’aluminium et d’un châssis renforcé mais néanmoins allégé grâce à l’emploi de ce matériau plus léger. 

La massive planche de bord comprend une instrumentation très complète avec un repère sur le volant pour savoir où placer ses roues

Bras en aluminium coulé et amortisseurs à gaz pressurisé 

 Par rapport aux autres F150, le Raptor reçoit une suspension différente qui fait appel à des bras en aluminium coulé et des amortisseurs à gaz pressurisé Fox à valves adaptables selon le terrain. Grâce à important débattement, ils lui apportent un confort étonnant malgré un essieu tout ce qu’il y a de rigide à l’arrière guidé par des lames contre un train triangulé à l’avant. Jeremy, son propriétaire passionné de pick-up nous a fait passer le test du ralentisseur, le fameux coussin berlinois que ce gros bestiau absorbe avec indifférence d’autant que par sa largeur de 2 m, ses roues l’ignorent en le débordant. 

Marchepieds obligatoire pour grimper à bord. Seuils de porte signés Ford Performance, département sportif du constructeur américain 

Le siège arrière strapontin permet à ce double cabine d’être considéré comme un utilitaire

10 rapports, 6 modes de conduite & E85 compatible

Vu qu’il n’est pas vendu en France, Jeremy l’a acheté via un importateur qui l’a homologué en utilitaire bien que ce soit une double cabine car ses sièges arrière relevables sont considérés comme des strapontins. Il échappe donc à un malus démesuré et à la TVS puisqu’il l’utilise au quotidien pour son boulot et son important plateau bien protégé peut accueillir le matériel indispensable à son entreprise de froid. Il a choisi une version full option (jantes Beadlock noires, toit ouvrant, volant chauffant, etc) dont le prix TTC tourne autour de 100 000 euros. 

Son moteur a été adapté pour fonctionner à l’E85. On ne va pas vous faire croire que cet engin ne consomme rien mais comme la mécanique tourne en moyenne à 1 500 tr/mn grâce à la boîte de vitesses automatiques à 10 rapports qui choisit toujours le plus long en mode normal, il peut se contenter d’une grosse dizaine de litres aux 100. Chiffre que j’ai vu brièvement exploser sur l’affichage de la conso en mode sport en sollicitant davantage les 425 ch. Fort heureusement, pour son propriétaire, sa cartographie a été revue pour avaler du E85 à moins de 70 centimes d’euro  le litre. 

Par sa garde au sol et son amortissement exceptionnel, le F-150 Raptor oublie les creux et les bosses

Peur de rien

Bien sûr, le V6 ne gronde pas comme le précédent V8 mais par ses deux grosses sorties d’échappement, il lâche tout de même un lourd un feulement sourd qui se fait plus présent quand on appuie sur la pédale de droite (réglage électrique du pédalier). Face à une massive planche de bord, bien assis sur les sièges cuir séparés par un énorme tunnel central qui fait qu’on est étrangement loin de son passager, quelles impressions ressent-on à cette hauteur inaccoutumée qui permet de dominer la route ?  

Sa largeur portée à 2,30 m avec les imposants rétroviseurs, oblige à avoir le gabarit dans l’œil surtout lorsqu’on croise une autre automobile sur routes étroites mais la position de conduite dominante permet de mieux appréhender l’autre.  Heureusement, il y a de l’espace dans la région où nous habitons. 

Énormes pneumatiques Goodrich de 315/70 X10 qui permettent de rouler quasi à plat

La fonction Baja qui déconnecte quelques fonctions permet d’utiliser au maximum ses 450 ch

Montagne sur roues

 Le Raptor  se caractérise par son étonnant confort en mode normal où il évolue en deux roues motrices en ignorant les bosses et les creux grâce à son prodigieux débattement de suspension. Tout est doux, tout est assistée, même trop notamment la direction qui gomme toutes sensations. Il compte 6 modes de conduite, de la normale, en passant par la route glissante où il se mue en 4 roues motrices puis, la neige, le sable, la roche par l’off-road jusqu’au mode baja pour rouler dans le désert. Là, l’engin devient nettement plus bestial avec des paramétrages différents de direction et une accélération plus vive. En rapports courts ou long évidemment.  Je ne l’ai pas eu l’occasion de crapahuter avec, mais les confrères qui l’ont fait lorsque Ford a présenté cette version en 2018 m’ont expliqué avoir été sidérés par les capacités de franchissement d’un tel engin qui avale tout dans une singulière indifférence.  

Par son gabarit hors norme, le Raptor n’est pas l’engin idéal pour rouler dans l’hexagone et encore moins pour se garer, bien que face à cette montagne sur roues, les automobilistes croisés affichent beaucoup d’humilité. C’est le parfum d’une certaine Amérique qui fait tout son charme. Pour ceux qui désirent un zeste de ce parfum, le Ford Ranger Limited double cabine diesel affiché à 33 660 euros, peut faire le job.

Jeremy aime ce qui est haut comme son Chevrolet Apache 3100 Napco (Northwestern Auto Parts Company) de fin 1955 à 4 roues motrices qui culmine à plus de 2 m du sol ! 

L’avis des Petits Observateurs !

13 commentaires au sujet de « Ford F-150 Raptor 🦖 espèce menacée ou menaçante ? »

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  1. CHaput

    Bonjour mon prénom est philippe
    Je ne comprendrais jamais la politique de notre pays . En quoi il est incorrect politiquement , écologiquement parlant ? On pourrait parler des camions routiers , des avions , des gros bateaux , des yachts des étrangersers qui polluent nos ports . Les camions qui pourraient circuler sur des wagons !!
    Et puis même si nous essayons de limiter la pollution nous en France, je ne pense pas que la pollution respecte les frontières !!!
    Tout ça c de la fumisterie et une question de taxations !
    La réflexion à ce sujet est lamentable , pensez à la limitation de vitesse . Quelle gouvernance mR l’ex premier ministre Philippe , quel cinéma pour contrarier le retour aux 90 km/heure
    Les feux au bois dans les cheminées ont bien faillit être interdits si les bobos de paris n’avaient pas protesté
    Alors pourquoi interdire ce type de véhicule !!!! Compte tenu du prix, on ne sera pas envahi de si tôt
    A quand la suppression des Porsche , des Ferrari , des grosses Mercedes , …….

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  2. John Steed

    Pourquoi donc ce type de véhicule serait nécessairement écologiquement et politiquement incorrect ?

    Une petite citadine électrique sans permis genre Ami pour ne pas la nommer ne rendra pas plus de services supplémentaires que n’offrirai un transport en commun existant en parallèle dans le grand Paris.

    Un F-150 ne rendrait pas plus de services supplémentaires que n’offrirai un transport en commun et une ligne de fret s’ils existaient tous deux en parallèle dans le grand Nord Canadien permettant d’acheminer hommes et matériel pour couper le bois nécessaire aux nouvelles constructions écologiques que tout le monde s’arrache aujourd’hui.

    Dans le premier cas le transport en commun étant préexistant à l’Ami, celle-ci propose donc une concurrence inutile écologiquement et politiquement.

    Dans le second cas le F-150 étant préexistant aux lignes de transport, il serait donc inutile écologiquement et politiquement de songer à les réaliser.

    Je suis à disposition des contradicteurs.

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  3. Chapman

    Je reviens d’une visite à mon fils qui vit en Savoie dans la région du lac d’Aiguebelette, un petit village de moyenne altitude, desservi par de splendides routes typiquement de montagne, sinueuses, étroites et souvent aveugles….
    Ça ne va pas être simple. Enfin disons que tant qu’à faire, je préfère être au volant du monstre plutôt que de le croiser au volant d’une modeste et frêle européenne.

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  4. Francois P

    Politiquement et écologiquement c’est totalement incorrect mais j’adore ce Raptor et ce doit être plutôt agréable de manger du kilomètre dans toutes les conditions avec un petit air de Country, c’est un autre monde vraiment plus cool que les miettes que l’on nous autorise aujourd’hui.
    je constate que malgré les flots de haine que déverse la  » bien pensance  » pour ce genre de véhicules cela ne les gênent pas de profiter de ce genre d’engin quand l’occasion se présente….

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  5. Mat Ador

    C’est assez malin de la part de Ford de lui avoir choisi le nom d’un dinosaure.
    Si ce Raptor a survécu à la première extinction massive d’il y a 66 millions d’années il n’y a aucune raison qu’il ne survive pas au rétropédalage de l’homo sapiens qui, 2300 ans après Aristote, se rend compte que dans un monde fini il consomme plus que la terre ne peut produire…
    Rouler en Raptor devient alors une autre façon de survivre, sans courber l’échine…
    😉

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  6. Etienne

    Amusant comme cet essai vient démontrer ce que j expliquais sur l Explorer, sa fiscalité et le fait que certaines niches fiscales (l hybride rechargeable, ou le pick-up up à une epoque) destinent ces véhicules aux entreprises et artisans…

    La fiscalité française est délirante. D autant que chaque texte contient une faille qui permet de contourner la règle.

    En 2019 j ai visité un importateur de voitures US. Il suffit de monter dans un Ram ou un F150 pour voir les progrès réalisés par ces véhicules en finition, équipement et technologie.

    Le F150 2021 dispose d ailleurs d’un modèle hybride. Mais il maintient son V8 et les V6 ecoboost.

    Mais le plus sidérant c est de voir la multitude de modèles possibles avec son lot de calandres, de choix de cuirs, de couleurs…a une époque où certains constructeurs européens rationalisent au maximum leurs gammes en supprimant certaines versions de leurs catalogues.

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  7. Benoît

    Quel engin ! Ce n’est pas peut être pas politiquement correct mais il faut avouer que le Raptor donne l’envie d’être Américain. J’adore.

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  8. Mat Ador

    Grâce aux sièges magiques conservés sur la Jazz, Honda devrait lui aussi jouer la carte du véhicule utilitaire (V.U) permettant de le soustraire à quelques taxes bien de chez nous dont la TVA n’est pas des moindres…
    Le principe retenu jusqu’à présent est que si le véhicule est homologué V.U il est exempté de TVA (20%) pour les entreprises et n’est pas soumis au malus ni à la TVS.
    Reste à vérifier si ces deux derniers points restent applicables dans la cas d’un particulier achetant le véhicule en V.U.
    Tant qu’à faire j’invite Honda à placer les-dits sièges relevables sur tous leurs autres modèles, surtout les plus sportifs !
    Ça devient tellement rare de trouver une faille dans le broyeur fiscal qu’il serait con de ne pas en profiter.
    🙂
    A bon entendeur.

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    1. Philippe

      Si c est juste une histoire de siege on doit classer la nouvelle giulia GTAm en utilitaire. Ils ont enlevé la banquette 🙂

  9. Neufcentdixespada

    Pas un engin idéal pour rouler dans l’hexagone… mais reconnaissons lui quand même une qualité qui s’avère de plus en plus utile:la capacité à absorber ces p… de ralentisseurs qui prolifèrent en notre doux pays,au mépris de la loi,puisqu’il semble qu’un tiers de ceux ci soient non conformes. Et tant qu’à faire ,fallait essayer la version Shelby(750 cv,gloups!!)

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    1. theodoric

      Je surenchéris : j’ai quitté pour une semaine ma commune bretonne et revenant chez moi, voilà que je trouve 3 ralentisseurs dans la rue qui mène à mon domicile, déjà limitée à 30km/H (ce que j’accepte volontiers, les riverains méritent le calme). Ce serait déjà surprenant, mais les rond-points se multiplient aussi.
      La voiture et l’automobiliste (préjugé incapable de conduite civile) sont devenus soupçonnables, gênants, à limiter.
      C’est un mouvement de fond auquel on n’échappera pas. Finies les balades « sportives » et j’ai même revendu mon vieux coupé anglais, dont le châssis trop bas finissait par me torturer les lombaires sur ces bosses artificielles.