Souvenirs d’Auto (310) 🇮🇹 La leçon de stop

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Le roi Nabu a encore frappé. On se prosterne devant lui et surtout on met un genou en terre devant le talent ! Ah ! le brave homme.

Nous sommes au milieu des seventies. Mon frangin et moi passons nos vacances d’été au nord-ouest de la Sardaigne, dans une vieille cité Catalane; Alghero. Rivière du corail.

Chaque jour est un peu plus chaud. Pour les balbuzards nocturnes prépubères que nous sommes, la seule activité diurne à peu près buvable est, la sieste.

À la pêche sur la passeggiata la veille au soir, nous avons hameçonné deux bombes Lombardes qui nous ont filé rencard pour le lendemain à la Bombarde.

Par cagne nous faisons nos pâtés sur le sable fin du Lido, accessible à deux pas de la citadelle. La Bombarde c’est déjà l’aventure, le large. Nichée au milieu des pins la plage est à la fois discrète et sauvage. Son sable blanc et ses eaux limpides se gagnent en empruntant la route en direction du Capo Caccia. Au bout de la longue ligne droite après Fertilia, il faut laisser la baie de Porto Conte pour bifurquer sur une piste en perpendiculaire, poussiéreuse et bordée de figuiers de Barbarie qui ne protègent nullement du soleil.

Frétillants aux aurores, notre instinct grégaire nous pousse à retrouver nos deux torpilles ritales rencontrées la veille. Sachant l’ardeur des artilleurs locaux, le temps nous est compté, il n’est pas question de traîner. Sans le sou, la solution qui tombe sous le sens, c’est l’auto-stop. Sur cette route littorale, la circulation reste soutenue et comme les Sardes, souvent seuls au volant, roulent nonchalamment le coude à la portière, cela ne devrait être que pure formalité.

L’agitation parkinsonienne jusqu’à la déraison de nos pouces le bras tendu à l’horizontale et nos sourires de godiches continentaux fraichement débarqués n’y feront rien. Nos tentatives se révèleront toutes infructueuses. Le Maure à quatre têtes ne connaissant visiblement pas l’art premier, quasi nuragique, de l’auto-partage, nous nous taperons entièrement les dix bornes du voyage à pinces, comme deux jeunes crevettes au teint rose, vêtus d’un simple slip de bain et d’une serviette nouée autour…

Entre-temps, le chaud Phébus avait entamé son travail de sape et nos épaules virées au rouge écrevisse bien avant de toucher au but.

Enfin la Bombarde. Nos naïades atomiques sont là, étendues sur le sable, alors que quelques snipers, musclés et bronzés, le doigt sur la gâchette, les mitraillent de leur baratin pantomime. La situation ne tourne guère à notre avantage. Bien que l’on en pince, inutile de livrer bataille au milieu de ce panier de crabes. Nous camperons en retrait, accroupis au bord de l’eau, recroquevillés sous nos serviettes comme deux Bernard l’Hermite sous leur coquille d’emprunt.

 

Nos efforts faits tantôt sous le cagnard n’en resteront néanmoins pas vains. Sentant notre désarroi et comprenant notre gêne, les deux sylphides volèrent enfin à notre secours. Obligeamment et patiemment elles videront le contenu de leurs cartouches de crème solaire sur nos dos meurtris, ce qui aura pour conséquence bénéfique immédiate de faire battre en retraite les Adonis. Un juste retour des choses en somme, que notre plan de bataille imparfait n’avait toutefois pas imaginé sous cet angle…

L’échine pétrie, nous boirons le calice jusqu’à la lie. Pétries de remords à leur tour, elles nous proposeront de rentrer en leur compagnie comme pénitence.

« Faremo autostop », lance alors la plus amazone sous nos regards médusés. Au premier doigt levé, voilà que déjà trois ou quatre Nuova Cinquecento qui maraudaient sous les pins, musique à fond, vitres et ciels de toit ouverts, s’arrêtent spontanément tout en se signalant de hâtifs coups de klaxons en guise d’accueil. Sans demander notre reste, nous nous engouffrâmes derrière nos sirènes de secours par la première portière entrouverte, retenue par un bellâtre complaisant, sûr de sa bonne charité. Nous ne ferons pas un seul mètre à pied.

Notre peine n’aura pas été perdue et la leçon retenue : Le stop est un art qui ne souffre l’impromptu.

À Tatou.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos….

On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

16 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Auto (310) 🇮🇹 La leçon de stop »

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Alain

    N’a bu l’histoire jusqu’au bout avec un plaisir immense !!!

    Merci beaucoup de ce partage ensoleillé durant notre froideur hivernale. Cela réchauffe le cœur et fait du bien au moral.

    Meilleurs Vœux à tous les bagnolards.

    Alain

    Répondre
  2. Jeremy Clarkson

    L’auto-Stop est l’ancêtre du covoiturage. Bien avant que l’on n’agite ses petits doigts sur le smartphone il était une façon de voyager à bon compte qui consistait à se placer sur le bord de la route et d’agiter son pouce dans la direction choisie. Il fallait y penser. Le revers de cette mobilité rudimentaire et à deux balles était qu’il fallait s’armey de patience car on ne pouvait pas savoir quand on allait arriver, avec qui ni dans quelle auto… C’était une forme de loterie.

    Dans le cas d’espèce, les fins tireurs que croient être devenus les frères Nabiu, sont persuadés d’avoir coché les deux numéros gagnants. Oui mais voilà, s’il leur reste une chance au grattage et une au tirage, le gros lot ne se décroche jamais comme ça d’un coup d’un seul, il se mérite. Frétillants aux aurores voilà qu’ils étaient roussis à midi et qu’ils vont se cramer pour le retour…

    Ils se voyaient déjà prendre leur pied sur la plage mais c’est la leçon de stop qui a fini par leur faire les pieds… Ils voulaient réussir un coup d’éclats, ils reviendront avec des coups de soleil.

    Mais ne tirons pas de conclusions hâtives de cette charmante histoire qui les aura à n’en pas doutey vaccinés de se promener à pied. C’est peut-être grâce à ça qu’ils ont attrapés le virus qui fera d’eux, une fois arrivés à l’âge adulte, de véritables bagnolards…

    Ha, Ha, Ha., Ha, Ha…

    Répondre
  3. Neufcentdixespada

    Mais Enfin ! Maître Nabu ,j’ai quasiment la même histoire ,mais en inversant le timing! … et c’est parti pour le sda sauvage; 1983 ,en vacances un peu ennuyeuses chez ma grand mère à Pont Aven,je décide de séjourner chez mon cousin de Quimper ,il est vrai un peu porté sur « la chose «  , comme on disait alors. Je rejoins la capitale de Cornouaille sur mon beau « velo de course » et mon cher cousin,du haut de ses quinze ans, m’annonce tout de go: «  demain ,on va voir mes copines à Sainte Marine «  (en face de Benodet),et « on va en auto-stop ,tu verras c’est marrant,mais on se rapprochera de la grande route en bécane pour gagner du temps. »… bon ,pour faire court: aller ,genial,pris en même pas cinq minutes par un type un Jaguar XJ ( si ,si!) qui détourna sa destination pour nous amener directement au café du rendez-vous avec les copines ,malgré le péage à acquitter pour le pont de Benodet qui n’était pas gratuit à l’époque… retour : beaucoup ,beaucoup moins glorieux ,embarqués en deuche après une bonne heure de marche, et je passe presque sous silence la constatation de la perte des clés de l’antivol de nos vélocipèdes une fois ceux ci en vue…

    Répondre
    1. Docteur_Oliv

      @910 Espada
      mon cousin de Quimper ,il est vrai un peu porté sur « la chose « , comme on disait alors…Heu : Espada ça veut pas dire épée ???
      ça me rapelle que Art the Dart fût un immense pilote US qui vint en Europe pour les courses de 750

  4. Nabuchodonosor

    Merci mon Commandant d’avoir publié mon SDA pour Noël, c’est un très joli cadeau.

    Pour répondre collégialement à mes camarades de classe je dirais que si localement ils conservent in dialecte issu des conquêtes d’Aragon, les Sardes d’aujourd’hui parlent très bien l’italien avec la bouche et les mains… En revanche sur la plage, les demoiselles sardes demeurent assez farouches et ne parlent jamais à l’étranger, pris au sens familial du terme bien-sûr, d’ailleurs elles ne parlent pas ou alors entre-elles.

    Je ne me souviens pas spécialement du retour à cinq en cinquecento, du reste je suppose que notre préoccupation première était d’éviter tous contacts douloureux à l’endroit de nos coups de soleil. Nous comprîmes plus tard que les deux continentales, nous voyant inoffensifs, s’étaient servies de nous deux comme protection, afin d’éviter l’assaut incessant des mâles locaux qui leur tournaient autour comme des mouches pensant flairer l’affaire. Pour notre part nous n’avions passé aucuns accords à ce sujet et n’avons rien conclu du tout à la suite… Au risque de vous décevoir de suite il n’y aura pas, à moins que vous insistiez auquel cas je pourrais toujours vous causer de l’évolution chromatique de nos frêles peaux d’ados ou de la technique constructive de nos pâtés de sable… Mais entre nous, quel intérêt ?

    Bonnes fêtes de fin d’année à tous.
    😉

    Répondre
    1. John Steed

      Permettez que je m’inscrive en faux !
      Sans souvenirs dans la Cinquecento, il n’y a pas de SDA qui vaille.
      Na !

    2. Thierry

      Assis devant le 42ème téléfilm de Noël au décor New Yorkais, ce petit coup de soleil Italien au parfum de dolce vita est des plus agréable.
      J’aime bien ce type d’histoire, merci Nabu.

      Bon je retourne dans l’ambiance de Noël …

  5. Chapman

    Dites moi Cher Nabu, cinq dans une cinquecento, même Nuova, ça créé des rapprochements qui rappellent les sardines dans leurs boîtes ! Tout enduits de crème, dans compter la transpiration, peau contre peau, maillots contre maillots…. Racontez nous la suite.

    Répondre
  6. Mat Ador

    Una bella storia.
    See, sex and sun, le soleil au zénith.
    Un beau cadeau du Commandant signé de la fine plume de la petite observation. Rrrrr… Roulements de tambours : il signore Nabu.
    Noyeux Joël à t’chips’ tous…

    Répondre
  7. Pierre_

    Rayban, sable fin et nanas ‘fatales’ pour ce Souvenir.
    Mais ou sont mes tongues bordel… et mon berliz italien aussi tient ?
    Merci ami Nabu.
    Buon natale a tutti !

    Répondre
  8. Docteur_Oliv

    Et encore une page culturelle !
    Les Lombardes qui vont à la Bombarde, parlent « italien ».
    Des natives d’Alghero auraient parlé Catalan, ce qui explique la qualification de Cité Catalane dans l’introduction.

    Répondre
  9. Sebring

    Quelle merveille. A quand un recueil des meilleurs souvenirs d’autos? Edité par notre Commandant et préfacé par notre Nabu. Ça aurait de la gueule, non?

    Répondre