Renault 4 Super 1962 🇫🇷 Aussi rare qu’étonnante

Par Patrice Vergès. Produite à 8 135 000 exemplaires entre fin 1961 et 1994, la R4 n’est pas une voiture rare excepté cette version Super R1122 vendue uniquement en 1962 dans cette motorisation. 

Lorsque la Renault 4 est sortie en septembre 1961, ulcéré, le patron de Citroën songea à faire un procès à Renault pour plagia. Par sa philosophie, la Renault s’en inspirait étroitement en améliorant tous les défauts de la 2 CV déjà âgée de 13 ans. D’ailleurs, cette Renault obligea à la 2 CV figée à enfin évoluer à travers une version plus musclée et l’AZAM mieux habillée. La R4 était proposée en plusieurs finitions et motorisations. Un modèle dépouillé sans chromes à seulement deux glaces latérales avec deux mécaniques au choix à quatre cylindres dérivées de la 4 CV. Soit en 603 cm3 de 21 ch sous le nom de R3 (3 CV fiscaux) dont la fabrication fut rapidement arrêtée fin 1962 après 2 526 exemplaires, soit en 4 CV fiscaux de 747 cm3 de 26 ch SAE baptisée R4.

Une version plus luxueuse à 3 glaces latérales baptisée R 4 L pour limousine les complétait, elle même coiffée par un haut de gamme appelée Super dont le 747 cm3 était poussé à 32 ch SAE (110 km/h. Plus raffinée, elle se reconnaissait à ses double pare-chocs, ses sièges plus cossus et surtout son hayon différent s’ouvrant vers le bas et qui avait la particularité d’avoir une lunette arrière descendante. Fin 1963, après avoir remplacé son 750 cm3 par le 850 cm3 de la Dauphine, la Super perdit sa spécificité esthétique en adoptant le même hayon relevable en haut et pare-chocs que la version L.   Jusque là, c’est clair ?

 Lancée fin 1961, la R4 était proposée en trois versions et deux motorisations. La Super rouge Estérel qui illustre cet article était le haut de gamme

La Super 62/63 se caractérisait par son hayon différent de celui des autres versions

Les versions Super 62/63 offraient une lunette arrière descendante avant de revenir au classique hayon en 1964

Avec l’aide des copains de sa promo

La R4 Super de Pierre qui semble neuve a pourtant été acquise à l’état d’épave en 2009 près de Toulouse. Voiture abandonnée dans un pré depuis 20 ans et vandalisée. Avec l’aide de plusieurs copains de sa promo de l’école d’ingénieurs, ils l’ont transformée en voiture quasi-neuve en quatre ans en travaillant dessus le week-end et le soir après leurs cours en changeant et refaisant de nombreux éléments de carrosserie pourris et cherchant des pièces disparues spécifiques à ce millésime.  » Je possède deux autres R4, une L parmi les premiers 5000 exemplaires construits 1961 et aussi une L de 1966. En fait, j’ai découvert ce modèle lorsque, étudiant, on m’a donné une Renault 4 de 1966 à l’état d’épave que j’ai entièrement démontée et remontée. C’est une voiture très intelligente comme la Renault NN Torpédo  des années 20 que je possède également. Hélas, par manque de temps, je ne roule pas assez avec totalisant au maximum 1200 km par an. Je m’intéresse seulement aux premières versions des modèles comme ma 61 et 62, celles qui étaient le plus proche du travail des ingénieurs qui l’avaient conçue ».  Un garçon passionnant et passionné.

Première planche de bord ses R4 remplacée en 1967 par un ensemble plus esthétique. On remarque le levier de vitesses coulissant  style 2 CV également 

La R4 était mue par l’ancien moteur 3 paliers de la 4 CV qu’elle conserva jusqu’en 1986. Dans cette version Super en 747 cm3, il délivrait 32 ch SAE contre 26 pour la version L

 

De R4 à Renault 4

Rebaptisée Renault 4 en 1966 par la Régie, on continua à appeler 4L car nous l’avions adoptée sous ce nom. Elle faisait partie de la famille. C’était une voiture idéale pour le père de famille avec un volume habitacle conséquent et une grande malle accessible par un hayon inédit en 1961. Elle était étonnamment confortable avec sa suspension très souple à barres de torsion. Son vaillant petit moteur de 747 cm3 était increvable, économique (6 à 7 litres aux 100) et suffisamment performant avec ses 105 km/h qui lui permettait de doubler les 2 CV avec qui elle faisait la course sur la route. Excepté une finition médiocre, deux ou trois détails améliorables (3 rapports avec première non synchro), il n’y avait rien de bien méchant à lui reprocher. C’est qui explique son fabuleux succès puisque 36 mois après sa naissance, elle fêtait son premier million d’exemplaires et son deux millionième en 1969. Au fil des années, elle continua à bénéficier de d’améliorations qui la rendirent toujours attractive et de plus en plus jeune plus elle vieillissait à travers des séries spéciales (Savane et Sixties). Comme la 2 CV avec la Dyane, elle enterra la Renault 6 qui devait la remplacer.

Bruyante mais vivante

Redécouvrir une R4 nourrit des émotions car j’en ai possédé une et en ai conduite plusieurs. D’abord, il y a la sonorité sans pareille de sa mécanique, sorte de ronronnement tranquille de machine à coudre Singer. Qu’est ce qui a vieilli le plus dans une voiture âgée de 60 ans ? Eternel leitmotiv.  Certes, il y a la position de conduite, assis droit sur les sièges trop minces, ce curieux petit pare-brise plat mangé par le rétroviseur à la forme curieuse sur ce premier millésime, l’étroitesse de la voiture où les coudes se frottent, la légèreté des portes qui se ferment sans prévenir, la minceur du volant, l’entêtante odeur de caoutchouc.  A l’intérieur, on vit avec le moteur qui est monté presque dans l’habitacle. Ses tôles minces expliquant en partie ses 595 kilos, son absence d’insonorisation, son CX de boîte à chaussures génèrent de violents remous dés 90 km/h et quelques vibrations et résonances des barres de torsion en flexion. La R4 est incroyablement bruyante à l’intérieur mais aussi incroyablement vivante.

Aucune voiture actuelle ne propose autant de sensations et surtout affiche autant de personnalité qu’on retrouvait sur la 2 CV évidemment, la Citroën DS et aussi les Panhard et quelques autres comme une Porsche.  C’est certainement pour cette raison qu’elles sont les voitures les plus aimées et collectionnées.

Mille mercis à Hugues Chaussin, excellent journaliste au magazine Gazoline pour avoir déniché et photographié cet exemplaire unique.

Pierre est  un grand amoureux de la Renault dont il possède 3 exemplaires 

Les premières R3 et R4 avaient des pare-chocs tubulaires remplacés par des lames un peu plus tard. La Super avait des doubles pare-chocs

En bonne traction avant, la R4 offrait une excellente tenue de route et un confort moelleux dû à sa suspension par barres de torsion

R4 coté empattement long. Les premières L et Super avaient des feux rouges chromés, des enjoliveurs à ailettes et des glaces de custode qui s’entrebâillaient

Pour lutter contre la 2 CV très dépouillée à cette époque, les R3 et R4 étaient proposées dans une version déchromée se caractérisant par deux vitres latérales seulement

Sa R4 en 2009  achetée à l’état d’épave

L’avis des Petits Observateurs !

32 commentaires au sujet de « Renault 4 Super 1962 🇫🇷 Aussi rare qu’étonnante »

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  1. FRANCOIS

    Que de souvenirs à son volant…
    Mais contre toutes attentes, ce n’est pas en parcourant des kilomètres sur les routes .
    Non, je ne l’ai connu qu’au fond du jardin.
    Pourtant (parait-il) selon les dires de mon père, elle a roulé sa bosse avant d’en être recouverte. Elle a voyagé avant de me faire rêver à mon tour.
    Car moi monsieur, cette 4L était MA cabane. Celle où l’on construit des plans de bataille, celle qui peut un jour (en fonction du film de la veille) être un navire pirate et le lendemain une diligence ou encore un vaisseau.
    Que de souvenirs vous disais-je…

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  2. Lionel

    Des bons souvenirs avec une particularité : Lorsque nous roulions avec la lunette arrière baissée, celle-ci remontait légèrement sur chaque bosse. Il fallait donc s’arrêter pour baisser à nouveau la lunette. Il y a longtemps ….

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  3. Francois P

    Que de souvenirs en regardant cette auto, elle fait partie avec la 4CV et la Dedeuch des véhicules nous apprenions sauvagement a l’abri des regards les rudiments de la conduite d’une auto….Elle était très résistante aux outrages de nos méconnaissances mecaniques…..Vraiment une autre époque.
    Merci Maitre Patrice et bravo Pierre pour le travail réalisé ( toujours cette satané fuite au raccord du silencieux sous l’aile….)

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  4. Chapman

    J’aime beaucoup cette auto essentielle. Ce modèle particulier que j’ai vu en vrai à l’époque….. Jésus Marie Joseph…. Je suis un vieillard….. Était fort peu courant. Je crois même me souvenir en avoir vu un avec la décoration « parisienne » noire avec le cannage jaune sur les portières…?… Enfin je ne suis plus très sûr.
    Par contre pour avoir fréquenté ce type de hayon ( Aronde Châtelaine, P60 Ranch, Simca 1500 break et last but not least, une C3 Pluriel) je peux dire que le système a l’inconvénient de sur solliciter le dos lors des manipulations de charges lourdes genre, gros sacs de courses. Sinon pour le pic nique ou la partie de pêche c’est le top.

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  5. Alain

    Pierre est un ami de mon fils Pierre qui en possede une bleu ile de France qu il a restaure lui meme pendant plusieurs années .J’ai pu assiste a cette restauration et ensuite eu la chance de voyager dans cette Super lors du rassemblement du 4L international qui a ete prime par Renault Classic. Je confirme qu’elle est tres confortable et plaisante. Chapeau bas a ces deux jeunes passionnés. Patience ils ont encore des surprises a nous presenter. Juste une question de temps de restauration.

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    1. PhareOuest

      Bonsoir,
      je ne suis par sûr que l’orange DDE était dans le nuancier 62/63 ??? Fin des années 60 un voisin de mes parents avait la même en bleu clair, la lunette arrière descendante lui permettait de transporter son filet de pêche à la crevette. Malheureusement l’eau de mer n’ a pas mis longtemps à corroder et perforer le plancher, mais à l’époque ça ne l’empêchait pas de rouler.

    2. Girl51

      Bonjour,
      La photo est trompeuse,  ce n’est pas orange en vrai… c’est un rouge Esterelle. Conforme à l’origine 🙂

    3. Pierre_

      Mon père acheta une Quatrelle vers 1965, et je confirme, elle était orange.
      Nous l’avons gardée près de 5 ans.
      Sympathique auto, mais les sièges étaient inconfortables.

    4. Marchais

      Rouge Esterelle dites-vous…
      Esterelle, estrella, étoile en provençal…
      Camarade, l’Étoile du parti reluit !
      C’est la lutte finale…

  6. Mat Ador

    La 4 l c’est aussi la gazelle du désert, la formidable épopée des frères Marreau, Maîtres du Dakar au début des années 80, qui iront jusqu’à faire la pige à un certain Jacky Ickx accompagné de son non moins célèbre copilote : Claude Brasseur.
    Hommages à lui.
    🙂

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  7. Georges Piat

    Je ne connaissais pas cette version.
    La Renault 4 est une voiture très plaisante sur petit parcours. Quand je pense qu’elle remplaçait la Juva 4…

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    1. Nabuchodonosor

      Le second Ouah vient à la vue du sens d’ouverture du hayon.
      Observons les charnières, elles sont en bas. La partie inférieure pivote donc comme celle d’un Range Rover; La Classe à Billancourt.
      Mais j’ai bille en tête que c’est un peu court car la partie haute est fixe.
      Cela suppose d’abaisser d’abord la lunette vitrée avant que ne pivote la partie inférieure.
      😉
      Merci de confirmer Maître Verges.

    2. Mat Ador

      Bravo !
      Le pare-choc à double tubulures pivote également pour dégager l’ouverture du hayon.
      On comprend pourquoi ils finirent par abandonner le concept…

    3. Thierry

      Mince en lisant vos questions je m’aperçois que j’ai les réponses au fond de ma mémoire je suis donc ….. vieux !

  8. Thierry

    Mais Patrice le jour entre le capot et l’aile vous voulez que Fréour soit en réanimation pour Noël ???
    Trêve de plaisanterie c’est à son volant que j’ai passé mon permis en 78 avec un rétrogradage de la main gauche je ne vous dis que ça !!!!!

    Mais je l’ai eu …..

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    1. Neufcentdixespada

      Ce petit jour n’est qu’une prise d’air supplémentaire,presque parfaitement dissimulée ,permettant d’augmenter les flux d’aération de ce moteur surpuissant !

    2. Mat Ador

      Il se peut que les turbulences provoquées dans l’aile rééquilibrent dynamiquement l’auto compte-tenu de l’asymétrie du train arrière…
      🙂