La Révolution Ami : tourner sur son orbite ou consensus boursier ?

Carte Blanche à Michaël Oualid à propos de la Citroën Ami.  L’ Ami est un merveilleux condensé de notre époque, des bonnes intentions de façade.Plusieurs indices me laissent à penser que Citroën n’y croit pas.  Par Michaël Oualid

Premièrement, l’apparente bonne idée de la symétrie des éléments de carrosserie, comme la Peugette de 1976, n’a d’intérêt que dans les petites séries pour amortir le coût des outillages. Dans le cas d’une production importante, l’usure des moules imposent d’en prévoir plusieurs exemplaires.

Ensuite le prix, somme toute élevé pour une microcar produite par un gros industriel, me fait aussi penser à une rentabilité calculée sur un volume relativement restreint. Evidemment 6.900 euros (sans enjoliveur, ni sticker ni rien), c’est beaucoup moins cher que les concurrentes sans permis fabriquées par des micro-constructeurs aux moyens infiniment plus limités. Mais il faut avoir en tête que les coûts de production d’une Logan étaient de seulement 3.200 euros (Auto-Journal).

Et puis, l’homologation en quadricycle, la cantonne évidemment à un marché extrêmement confiné, en particulier du fait de la limitation de ses usages. A la campagne, sa vitesse de pointe de 45 km/h, son absence de coffre et ses 2 places ne prennent pas en compte les besoins des utilisateurs pour accompagner ses enfants à l’école ou pour aller faire ses courses au supermarché à 10 ou 20 km. En ville, les trajets quotidiens pour se rendre à son travail, empruntent souvent des grands axes rapides qui eux aussi sont interdits aux voiturettes. 

La réelle bonne idée de ce lancement semble être de rentabiliser l’annonce faîte aux organismes boursiers que les gesticulations d’un constructeur, si elles ne sont pas la preuve de sa bonne santé, rassurent quand même sur le fait qu’il n’est pas encore mort. C’était auparavant le rôle alloué aux concept-cars et aux mobiliers vernis des shows internationaux, qui sont, étaient plutôt, des gouffres financiers sans espoir de retour sur investissement. Bien sûr, en terme de gesticulation de Bourse, cela n’arrive pas à la cheville du champion épileptique qu’est Elon Musk, avec sa voiture sur orbite, ses tunnels sans bout, ses bateaux sans voile et ses camions sans syndicaliste.

Ici, cette petite caisse à savon, jouera joliment son rôle auprès des traders (qui en offriront une trop cool à leur rejeton dés leur puberté), pendant que les quelques exemplaires vendus rentabiliseront cette opération de communication économique. Sans oublier un bienvenu clin d’oeil aguicheur aux wannabe sauveurs de la planète qui applaudiront à leurs fenêtres cette innovation de la mobilité du futur. Il faut bien trouver quelque chose à dire sur ce sujet brûlant pour faire oublier le fiasco annoncé, et les milliards d’argent public gaspillés, de la voiture autonome 5G.

Il ne reste donc à l’AMI que le marché du car sharing dans les grandes métropoles. Mais là aussi, sa limitation à 2m50 est inutilement contraignante. Car si un constructeur voulait dessiner une voiture réellement adaptée au car sharing qui ait du sens pour lui (le Boston Consulting Group prévoit 4,7 Milliards d’euros de chiffre d’affaire mondial de l’auto-partage pour 2021) comme pour les usagers, il ferait en sorte d’en faciliter tous les usages.

Un usager d’Auto-partage veut:

– une voiture tout de suite!

Donc il en faut beaucoup, c’est à dire la moins chère possible. 

– une voiture qui ne me prend pas la tête!

Une voiture visiblement solide pour inspirer confiance en toutes circonstances et suffisamment d’espace, pour y entasser indifféremment, des enfants, des étagères IKEA ou une année de papier toilette. 

– se sentir moderne et impliqué!

Une construction écologiquement durable (plus longtemps la voiture vivra, plus le constructeur verra ses commissions sur les usages s’amonceler)

Une application pour smartphone disponible avec la voiture permettrait à chaque propriétaire de cette voiture -particuliers, clubs de sport, écoles, entreprises, sociétés spécialisés…- de devenir provider de car sharing en définissant à sa guise ses tarifs et ses membres pour chacune des voitures. Le constructeur et, suivant les cas, les partenaires (assurance, énergie, parkings, supermarchés, tourisme, …) prendraient une micro-commission sur chaque transaction financière. C’est ainsi qu’Apple avec ses iPhone ou que Google avec son moteur de recherche, ont tricoté leur fortune.

Le vrai danger qu’il y a à rater une bonne idée, telle que la « frugalité » ici, ce serait d’installer l’impression inverse et fausse que ce serait une mauvaise idée, puisque « vous voyez bien, ça ne se vend pas. Les clients veulent des SUV. » 

SUV qui sont l’exemple même de la mauvaise idée des constructeurs pariant que la rentabilité serait uniquement dans « toujours plus de produit dans le produit », rengaine survendue par des investissements publicitaires pharaoniques, 1500€ en moyenne par voiture vendue (Auto-Plus). 

On en reparle…

Michaël Oualid, consultant indépendant, plaide pour un retour au bon sens automobile, ce qui implique un retour à la légèreté, au questionnement du superflu « technologique » et au rôle du marketing. 

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « La Révolution Ami : tourner sur son orbite ou consensus boursier ? »

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  1. Virois91

    Bonjour Mr Oualid,
    Si si , elle existe , celle que vous décrivez :
    => Renault Twingo ZE ?
    160 – 180kms d’autonomie,
    vitesse de pointe : +/- 135kms annoncés
    Une apparence et une construction « rassurante »,
    Dimensions plus « civiles » : 4 portes…. pas de coffre ou presque : mais c’est finalement le même que celui des versions thermiques : moteur boite AR oubien moteur convertisseur AR….
    Y à tout….. sauf le prix +21 k€ ??? , ah si , il y a une offre LOA inf à 90eur/mois tout de même)
    c’est finalement le prix de l’utilisabilité….. en attendant de voir à quel prix elle sera en occasion ?
    https://www.renault.fr/offres-vehicules-electriques.html

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  2. Francois P

    Globalement je partage le point de vue de M.Oualid. Ceci dit j’ose espérer que les « têtes pensantes » au sein des constructeurs ou de leurs consultants ont consciences des ces réalités et possèdent encore des capacités d’analyses en prise avec le terrain et les attentes des usagers. Mais je pense que le dictat des règlementations amplifié par l’idéologie bien pensante anti voiture ne permet pas la plupart du temps la réalisation totale et concrète de véhicules dont le bon sens est indiscutable. Aujourd’hui tout est histoire de com en pensant que nous sommes lobotomisés pour croire tout ce qu’on nous sert avec le sourire et le paillettes.

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  3. Lord Brett Sinclair

    Mon cher Michaël, mon inestimable Ami-chaël,

    Vous connaissez le couplet : Les Amis de mes Amis sont mes Amis.

    Seulement voilà, il se trouve que je roule en Aston et que ne suis pas très partageur.

    Il faut dire qu’avec quelques gadgets sensibles à bord, mieux vaut que mon bolide ne tombe pas entre de mauvaises mains.

    Déjà que je me méfie de mes Amis, comment vous dire quant aux Amis de mes Amis…
    Je n’incline donc naturellement pas à devenir l’Ami de l’Ami et encore moins l’Ami des Amis de l’Ami…

    Une révolution dites-vous ? Petite alors, on en a vite fait le tour.

    Mon auto doit être :
    – Un pur étalon digne de ma classe sociale.
    – Brillante comme mon sourire.
    – Un couteau Suisse pour parer à toutes les situations.
    – Un piège à jolies filles.
    – Plus belle et plus rapide que la Ferrari de Dany.
    – Et côté bourse, voyez avec mon secrétaire…
    🙂
    Amicalement Vôtre !

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  4. Georges Piat

    J’aime beaucoup cet article.
    Je m’aperçois aussi que la notion du beau semble avoir, aujourd’hui, complètement disparu.
    L’artistique, c’est dans les Musées ! On travaille pour les actionnaires maintenant.

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  5. Chapman

    En fait c’est un peu une voiture pour les enfants, pour accéder à la mobilité dans un confort accru par rapport à la mob ou le scooter. C’est vrai que ce n’est pas un très grand marché pour Citroen.
    Jean François à raison d’évoquer la Microlino qui semble une proposition à l’utilisation plus large.

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    1. Fils de Pub

      Les enfants et ceux qui y retournent, les dépossédés du permis et ceux qui ne peuvent l’obtenir, mais aussi pas mal d’autres laissés pour compte.
      Il s’agit d’un marché sous évalué du au fait de prix dissuasif des voiturettes actuelles.
      Reste à savoir comment peut-on autoriser en masse des autos n’ayant pas subies de crash-tests conduites par des automobilistes n’ayant pas fait preuve de leur compétences à partager la route… Pour moi c’est inconciliable.

  6. Mat Ador

    Cher Michael,

    Tout comme vous j’ai pensé que l’AMI passait à côté de son but et qu’elle avait été lancée non pour rassurer les marchés habitués au parquets vernis des salons, mais pour bassement capter le marché de niche des constructeurs de voiturettes, marché toutefois en devenir semble-t-il puisqu’il autorise leurs utilisateurs, à échapper à quasiment toutes les règles liberticides et autocides édictées…

    Outre son mode de financement révolutionnaire que vous préconisez, la voiturette idéale que vous décrivez, existe. Elle roule depuis plus de 50 ans en Suisse dans la station valaisanne de Zermatt.

    Elle est électrique, avec des performances modestes sans doutes liées à la taille de la cité, légère car tout en aluminium, donc durable, et extrêmement pratique puisque dans un volume réduit, l’hôtelier qui viens vous accueillir à la gare peu y charger toute votre famille avec skis et bagages.

    Elle est construite et réparée par des artisans locaux, ce qui, mis à part les ingrédients industriels quelle contient, permet à toute une micro-économie locale, d’exister et d’en tirer une source non négligeable de profit.

    Reste qu’il apparait difficile aujourd’hui de faire se côtoyer sur un réseau interurbain dense, ses voiturettes avec l’ensemble des matériels roulants notamment les poids-lourds et autocars…

    Equussement vôtre.

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    1. Michael OUALID

      Cher Mat,
      Il est vrai que les Suisses ont su préservé leur bon sens dans plusieurs domaines. A l’occasion du projet « mindset » de voiture électrique que nous avions tenté de développer à Lucerne en 2008, j’avais eu l’occasion de conduire une Twike locale, un petit œuf mi-pedale mi-électrique très amusant.
      Sans oublier, bien sûr les magnifiques Monteverdi.

    2. Mat Ador

      Ce petit engin 3 roues innovant comme nombre de ses congénères est un démonstrateur, non un outil polyvalent autorisant le transport de personnes, de marchandises ou des deux. Rien de probant pour une production de masse, tirer profit d’économies d’échelle et restituer un produit abordable mais en raison d’un évident manque de marché.
      Voyez Michaël la plaquette Stimbo, la polyvalence et l’intelligence des engins Valaisans.
      https://stimbo.ch

  7. Jean-François BERTRAND

    Comme toujours fine analyse du Professeur Oualid !!!

    Même si je trouve l’objet intéressant, je ne comprenais pas pourquoi il n’y avait pas une version plus extra urbaine ( au moins 90 km/h) car la demande à mon avis serait aussi forte que pour la version actuelle comme si, à la campagne on n’aurait pas besoin d’un véhicule minimaliste pour les trajets quotidiens alors qu’il y a moins d’offre de transport en commun qu’en grande métropole, pas ou peu de possibilité de les effectuer en vélo électrique à cause des distances, de la topographie où alors vous arrivez au taf rincé… Au propre comme au figuré les jour de pluie…
    Maintenant je comprends mieux….
    Et pour ce qui est du prix / marges sachant en plus qu’elle est fabriqué au Maroc… En plus du fait que niveau circuit court (surtout que le marché est avant tout européen) etc etc… le prix est « un peu  » excessif à mon gout.
    Quelque part la Microlino, qui sera fabriquée en Europe, offrant un coffre, 125 km d’autonomie mini ou 200 maxi, 90 km/h en pointe à 12000 euros me semble plus honnête (et bien plus polyvalente) dans la démarche surtout qu’elle émane d’un petit constructeur qui débute sur ce marché.

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  8. Pascal

    La publicité sur la Jeep en famille était osée car c’était une voiture dangereuse, voire le nombre de GI’s qui se sont tués à son bord, bref j’aimerai une R 4 moderne sans fioriture, sans gadget. On nous abreuve de voitures avec de multiples fonctions, on nous met des radars, des ralentisseurs partout et pourtant le chiffre de mortalité ne baisse pas en rapport, sauf si on nous sert le confinement comme bienfait, alors revenons à des voitures simples mais pratiques, comme on a su les faire à une époque. bonne journée.

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