Simca CG 🇫🇷 Qui a dit que les petits bolides français étaient bleus ?

Par Patrice Vergès. Plus de 400 voitures produites, 32 victoires en rallye, la firme automobile CG née des initiales de Chappe et Gessalin n’aura vécu que sept étés. Née en 1966, la petite marque sportive française a cessé sa production en 1974 tuée par la première crise de l’énergie.

En version 1300, la CG a été produite entre fin 1972 et début 1974 à 95 exemplaires 

Vous remarquerez l’immatriculation qui n’est pas le fruit du hasard mais d’employés sympa à la préfecture

Fin 1986, pour le magazine AutoHebdo, j’essayai le Simca CG 1300 de Jean. 34 ans plus tard, pour POA, je les retrouve. Si nous avons changé, Jean et moi, ce n’est pas le cas de son minuscule coupé toujours aussi séduisant dans sa livrée orange vif.  » Je l’ai acheté en 1984 en état d’épave. Avec des amis nous l’avions entièrement restauré de A à Z. En 36 ans, j’ai du parcourir 40 000 km avec et je l’ai toujours bien entretenu. Il a aujourd’hui 106 000 km et il sort d’une révision de chez mes amis ACR de Contres qui ont magnifiquement réglé son moteur et son châssis. Il n’a jamais aussi bien marché ! « 

 Comme pour la Berlinette Alpine qui était sa grande concurrente, il faut montrer de la souplesse pour se glisser dans son petit cockpit. Depuis 1986, j’en ai perdue ! Ce poids plume de 725 kilos culmine à 1,18 m seulement pour prés de 4 mètres de long.  Assis presque couché dans le confortable et étroit baquet, bras et jambes tendus, je retrouve l’ambiance et le parfum et l’ambiance des sportives des seventies avec le petit 1300 qui jappe fort dans le dos par son échappement à double sorties. Mais au fait, c’est quoi une CG ? 

CG pour Chappe et Gessalin.

C’est en   1966 que les trois frères Chappe et Jean Gessalin décident se lancer dans la construction de leur propres voitures après en avoir réalisées beaucoup pour d’autres marques en matériau composite qu’ils maîtrisent bien. 

Le neveu d’Albert Chappe, Jean Gessalin qui a déjà dessiné notamment pour Alpine planche sur un joli petit cabriolet profilé. Plus élégante que sportive, sa silhouette en polyester cache un robuste châssis composé d’une poutre centrale bien rigidifiée. La CG reprend les dessous et la mécanique de la berline Simca 1000. Commercialisé dès le salon de Paris 1966, ce cabriolet séduit malgré ses performances timides (150 km/h) Heureusement, Simca dévoile son coupé 1200 S plus méchant. A Brie le Comte Robert où elles sont fabriquées, on saute à pieds joints sur sa mécanique plus musclée. 

La planche de bord comprenait une instrumentation complète pour suivre la vie du moteur. Le petit volant cuir est signé Momo 

Le moteur était celui de la Simca Rallye 2 monté en porte à faux. Un 1294 cm3 délivrant 82 ch (il existait un kit 95 ch) alimenté par deux carburateurs Solex

Fin 1968, apparaît la CG 1200 qui non seulement adopte ses trains roulants et surtout son 1200 cm3 de 80 ch. La CG 1200S pointe désormais son fin capot agrémenté de deux gros longue-portée à 175 km/h. Proposée en coupé (en fait un hard-top fixe), elle peut être enfin qualifiée de véritable sportive. En effet, grâce à son châssis hyper rigide, son poids hyper-léger, son aérodynamique, la CG est un régal à piloter sur routes sinueuses.

En 1972 Simca dévoile sa Rallye 2 1300 au moteur poussé à 82 ch qu’adopte la CG qui bénéficie d’un lifting : spoiler avant, ailes élégamment gonflées, nouveau profil plus anguleux des glaces latérales, arrière raccourci avec des feux horizontaux comme celle de Jean. L’avenir s’annonce prometteur pour la petite marque sportive.

 La première CG exposée au salon de Paris 1966 encore animée par le moteur de la Simca 1000 de 45 ch !

Les dernières versions avaient reçu un arrière tronqué avec des feux rouges de Simca 1100. L’échappement lâche une belle sonorité

Fin de CG

Suite à la brève guerre du Kippour en octobre 1973, les producteurs de l’OPEP provoquent un embargo sur le pétrole. En décembre 1973, suite à cet embargo le carburant est rationné, la vitesse est « provisoirement » limitée et surtout le sport automobile est interdit. L’Automobile s’écroule ! Toutes les marques de voitures sportives sont évidemment très touchées par ces mesures particulièrement par la limitation de la vitesse. CG est frappé de plein fouet ! 

Du jour au lendemain, m’avait raconté Albert Chappe, disparu en mars 2010 à 96 ans, les commandes se brusquement arrêtées et les caisses des voitures se sont empilées dans l’usine ! A 60 ans, le cœur brisé, il décide d’arrêter proprement ses activités en vendant les dernières voitures stockées. En mai 1974, la dernière des CG construite sort des locaux de Brie-Comte Robert. La fin brutale d’une aventure au goût d’inachevé qui risque de renaître un jour puisque depuis 5 ans Didier Malga et son fils Louis-Paul rêvent de lui redonner la vie. Son châssis terminé animé par un moteur Peugeot 1,6 l de 225 ch n’attend plus que sa carrosserie néo-retro. 

Le coffre avant est bien occupé avec le radiateur d’eau, la roue de secours chaussée d’un 165 X13

Les CG étaient construites rue du Coq Gaulois qui devint le logo de la marque dessiné par Albert Uderzo

Piqué Simca

 Conduire un CG est un régal car avec moins de 750 kilos, il s’enroule dans les virages avec une gourmandise jamais rassasiée.  À l’époque, ses 180 km/h et ses 32 secondes aux 1000 étaient des performances exceptionnelles. La grosse critique portait sur sa boîte de vitesse de Rallye 2  à 4 rapports seulement contre 5 pour sa concurrente la Berline 1300 85. Vendue 29 000 francs en 1973 (autour de 30/35 000 euros), ces voitures s’adressaient à une clientèle très étroite qui explique que la limitation de vitesses leur a été fatale. Dommage car c’était une voiture très attachante que Jean conservera jusqu’au bout du bout.  » Enfant, j’ai toujours roulé dans les Simca familiale. Évidemment ma première voiture fut un Simca. À 22 ans en 1977, j’ai acheté ma première Simca Rallye 2 neuve puis en 1984, cette CG de 73 qui est une des dernières construites. Je possède aussi une Matra Murena 2,2 l et une Simca Rallye 3 également restaurée (1001 seulement de construites).  Il faudra que tu viennes la ressayer « .  Promis Jean. ….

Jean roule depuis 1984 avec cette CG de fin 1973 qu’il avait faite entièrement restaurer 

 Si la fabrication était soignée, la présentation et l’équipement était succincts   avec des glaces coulissante 

Mon essai du magazine AutoHebdo datant de fin 1986 ! Le titre était en forme de clin d’œil aux Alpine 

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « Simca CG 🇫🇷 Qui a dit que les petits bolides français étaient bleus ? »

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  1. Mat Ador

    Cher Michael,

    Tout comme vous j’ai pensé que l’AMI passait à côté de son but et qu’elle avait été lancée non pour rassurer les marchés habitués au parquets vernis des salons, mais pour bassement capter le marché de niche des constructeurs de voiturettes, marché toutefois en devenir semble-t-il puisqu’il autorise leurs utilisateurs, à échapper à quasiment toutes les règles liberticides et autocides édictées…

    Outre son mode de financement révolutionnaire que vous préconisez, la voiturette idéale que vous décrivez, existe. Elle roule depuis plus de 50 ans en Suisse dans la station valaisanne de Zermatt.

    Elle est électrique, avec des performances modestes sans doutes liées à la taille de la cité, légère car tout en aluminium, donc durable, et extrêmement pratique puisque dans un volume réduit, l’hôtelier qui viens vous accueillir à la gare peu y charger toute votre famille avec skis et bagages.

    Elle est construite et réparée par des artisans locaux, ce qui, mis à part les ingrédients industriels quelle contient, permet à toute une micro-économie locale, d’exister et d’en tirer une source non négligeable de profit.

    Equussement vôtre.

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  2. Docteur_Oliv

    @Pascal : 4 feux ronds, c’est 2 fois trop en termes de poids pour une voiture de course.
    Même remarque pour les glaces coulissantes Style 4 L ce qui en plus permet un style de porte qui n’a pas besoin de prendre en compte la « Machinerie »
    Hier j’ai vu une émission de FFSA TV sur le Championnat de France Montagne 2019. De superbes autos ( Barquettes) mais surtout : CG, SCORA, Jidé… elles vont encore très bien et les supensions font bien le Job.

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  3. Pascal

    Elle est bien jolie cette CG, je regrette que les feux arrière soient repris de la 1100, 4 feux ronds des 1000 lui auraient donné un air de Ferrari, je comprends pas le prix en euros, est ce la valeur actuelle par rapport au prix d’achat en francs ? bonne journée.

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    1. Patrice Verges

      Le prix en euros est calculé à partir du tableau de l’ inflations qu’on trouve sur Internet avec transformation Francs-euros. 35000 correspond donc à ce que coutait, en théorie, une CG à l’époque. Hélas, c’est plus compliqué car il faut rajouter que d’après l’iNSEE le pouvoir d’achat des Français a augmenté de 1 à 2 % par an selon les sources, soit depuis 1974 46 à 92 % de pouvoir d’achat accru ce qui n’a rien a voir avec l’inflation. Ce qui signifie qu’une CG coûtait en fait bien plus de 35 000 euros. Chercher une équivalence avec le smig de l’époque est certainement plus juste et dans ce cas on arrive à ses sommes souvent supérieures. Contrairement à une légende fausse, les voitures étaient plus chères avant.

  4. Caillat

    Oui oui je me rappel bien de cette pub… moi j’avais tout simplement une 1000 que j’avais monté un moteur de 1200 S la galère mais se qu’elle avançait bien et glissait à merveille du pure bonheur….

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  5. PhareOuest

    Vraiment très belle. Fin des année 70 un copain faisait des courses de côte dans le var avec une Simca CG. Je sais qu’il la vendu au début des années 80 pour achetrer une barquette, serait ce la même….???

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  6. Malga

    Bonjour à tous !
    Merci pour vos commentaires et votre fidélité !
    Effectivement , depuis 2015 , notre trio composé de Bernard Chappe , Jean Gessalin et moi même , travaillons sur l’idée et les conditions d’une relance , modeste , de la production ,,,,
    Vous imaginez les discutions passionnées que cette idée semblant folle au départ , a généré !
    Malgré un très bon départ avec le soutien de Michel Hommell , Albert Uderzo et Michelin , la disparition accidentelle de Bernard Chappe nous a abasourdis . Il a fallu digérer son départ puis nous reconcentrer pour trouver les ressources de la relance . Aujourd’hui nous y sommes …Avec l’arrivée de Louis Paul dans l aventure et la présence de Jean Gessalin solide comme un roc , la motivation est revenue ,,, comme jamais !
    La relance de la communication , des contacts , et des partenaires est en plein « boum »’’´!!!
    Nous savons que vous êtes encore là , derrière nous ,,,,,n’hésitez pas à nous renouveler votre intérêt pour le projet et votre soutien par mail
    didiermalgapro@orange.fr

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  7. Roger

    Quand on roulait en Rallye 2 comme moi, on rêvait obligatoirement d’une CG qui pour moi, était une Alpine en mieux. Dommage que la marque se soit arrêtée même si j’ai bien lu, il y a un projet qui est en cours !

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  8. Thierry

    Magnifique ce orange qui lui donne des allures de jouet beau à croquer !
    Merci Patrice pour ces histoires de bagnolards comme on aime !
    J’espère que dans 30 ans on ne dira pas « regardez cette marque elle a été arrêté en 2021 après la crise du Covid ! »

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  9. Pierre_

    Un bel article sur la Saga de ce beau brin d’Auto.
    Article au travers du quel on devine l’audace et la passion des créateurs C et G mises dans ce grand projet.
    Le choc pétrolier brisa l’élan on l’imagine, de bien de nos artisans-entrepreneurs français, aussi modestes soient ils, désireux de produire des autos de compétition.

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  10. Docteur_Oliv

    Effectivemen,t TRES méconnue cette voiture. LE Pilote CG Bernard FIORENTINO mais aussi quelqu’un qui aura une trajectoire plus brillante Gérard LAROUSSE
    Pour le Orange, d’accord pour une 2002 mais pas dutout pour la R16 TS (eh Oui, il y en a encore qui peuvent lire les « petites lignes »
    Un superbe Orange comme le « Orange Tonic » de ma Mégane qui s’est évaporée il y a quelques nuits…
    Les feux AR 1ère version de SIMCA 1100 étaient bien maigrelets sur une SIMCA 1100, ici ils sont juste parfaits !

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