Alpine en F1 🇫🇷 🏎 l’histoire bégaie !

Par Patrice Vergès. Luca de Meo, le patron de Renault a annoncé que l’écurie de Formule 1 Renault changera de nom en 2021 pour s’appeler Alpine ce qui est une bonne nouvelle pour la marque. Il y a déjà eu dans le passé une Alpine de Formule 1….  en 1968.   

 Cette année là, Alpine a le vent en poupe. La minuscule Berlinette A110 devient imbattable en rallye en remportant son premier titre national qui booste sa production de série. Dorénavant aidé par Renault qui lui offre son réseau et son nouveau pétrolier Elf, Alpine peut voir l’avenir avec optimisme. La marque de Dieppe est présente dans toutes les disciplines sportives ; rallyes et la piste avec la Formule 3 et Formule France après avoir été en Formule 2 et en prototypes avec l’A 210 animée par le 1300/1500 élaboré par Amédée Gordini. Un petit proto imbattable dans sa cylindrée. 

Alpine souhaite viser plus haut qu’une victoire de catégorie mais pour cela, il faut un moteur à la cylindrée plus ambitieuse. Grâce à l’aval de la Régie Renault, le « sorcier » Amédée Gordini développe enfin un moteur V8 de 3 litres de cylindrée composé deux bloc 4 cylindres 1500 accolés.  Un moteur léger et compact dont on attend beaucoup.  Néanmoins, dès fin 1967, lors de ses premiers essais dans le proto A211, il laisse deviner un manque de puissance avec seulement 300 ch annoncés.

Un moteur de Formule 1

Elf sponsor d’Alpine pousse la petite marque dieppoise à voir plus grand en s’attaquant à la Formule 1. Justement, depuis 1966, les monoplaces de GP sont animées par un moteur d’une cylindrée de 3 litres comme le V8 Gordini. Après tout, les Brabham ont remporté le championnat mondial en 1966 et 1967 avec un V8 Repco guère plus puissant (300 à 350 ch).  Pourquoi ne pas monter ce moteur d’abord destiné au futur proto A220 dans un châssis de monoplace songe-t-on chez Alpine. Son patron Jean Rédélé rêve de Formule 1 poussé par son pilote essayeur, le rapide Mauro Bianchi. Une initiative propre à Alpine et dont la Régie n’était pas partenaire comme pour les autres disciplines où les voitures s’appelaient désormais Alpine Renault voire parfois Renault Alpine….. 

Suspension révolutionnaire

Début 1968, le dessinateur maison Richard Bouleau commence la plancher sur une monoplace faisant appel à un châssis tubulaire conventionnel recouvert d’une carrosserie en composite. L’originalité se cache dans une suspension révolutionnaire pendulaire avec inter-réaction entre les trains qui fait que la voiture vire à plat en exploitant la surface maximum du pneu. Michelin qui croit au projet a développé des pneus spécifiques très performants pour cette voiture. Les premiers essais effectués en avril 1968 par Mauro Blanchi sur les pistes du manufacturier, montrent une tenue de route extraordinaire dont la vitesse de passage en virage compense le manque de puissance du moteur V8 Gordini. 

 J’ai eu la chance de rencontrer Richard Bouleau qui m’avait expliqué son fonctionnement et d’interviewer longuement Mauro Blanchi sur la genèse de cette  Alpine A350. Mauro dont le frère aîné Lucien s’est tué sur le circuit du Mans en 1969  et dont son petit-fils Jules a perdu la vie en Formule1 en 2015 après 34 GP. D’ailleurs, il y a quelques années, Mauro Bianchi avait, à son tour, inventé une suspension révolutionnaire dite « Contractive » que j’avais pu essayer à ses cotés. Époustouflant ! Hélas, face au surcoût, tous les constructeurs avaient refusé de la monter, arguant qu’une meilleure tenue de route n’était pas un argument commercial. 

Si l’Alpine A550 offre une tenue de route extraordinaire, son moteur ne l’est pas. Gordini s’est planté et sa puissance réelle est plus proche de 280 ch que des 310 annoncés. En plus, il manque de fiabilité, victime d’un couple maxi situé trop près du régime maximum. C’est déjà un moteur d’un autre temps face au nouveau Cosworth V8  DVF à injection de 420 ch monté sur la Lotus 49. 

Voiture détruite

 Néanmoins chez Alpine, on y croit. La marque veut engager sa F1 au GP de France 1968 qui se dispute sur le circuit de Rouen. Monoplace pilotée par son pilote essayeur Mauro Bianchi qui rêve de faire son entrée en Formule 1 comme le pilote français Jo Schlesser, ce jour là, au volant d’une nouvelle Honda. Renault au courant de l’A550, sait que le V8 n’offre pas des performances suffisantes. Le constructeur a la crainte, si la voiture ne se qualifie pas, d’être ridicule face aux nouvelles Ferrari et Lotus 49. Il interdit non seulement à Alpine de l’engager mais exige sa destruction. Déjà, Jean Rédélé comprit qu’il n’était plus tout à fait le maître chez lui. Ce Grand Prix remporté  par le jeune Jacky Ickx sera marqué par la mort de Schlesser tandis que Mauro Bianchi gravement brûlé au 24 Heures du Mans 1968, abandonnera la course. Aujourd’hui, il ne reste de cette belle aventure que des photos de l’A550 prise devant l’usine et le regret d’avoir attendu 53 ans pour que le nom Alpine soit présent en Formule 1.  

 Il ne reste que quelques photos de l’Alpine A550 de Formule 1 qui a été détruite

1967, le temps des espérances avec Gordini qui montre son nouveau moteur V8 à Jean Rédélé

Jean Redélé au côté de son pilote essayeur, le rapide Mauro Bianchi qu’il avait débauché de chez Abarth 

Quand les Alpine gagnent, elles s’appellent désormais Renault Alpine et non plus … Alpine 

Ce moteur V8 animera sans grand succès le très beau prototype Alpine A220

Le V8 se caractérisait par sa compacité et sa  (trop grande) simplicité – On aperçoit sur cette photo, le dessin particulier des triangles de suspension 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Alpine en F1 🇫🇷 🏎 l’histoire bégaie ! »

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  1. Pierre_

    Cet article nous renvoie à un autre pan d’histoire de l’Auto dans une toute autre catégorie. Je l’ignorai.
    Étonnantes ces deux photos d’époque Patrice ou la Formule est sur un trottoir, semblant sortir des ateliers, et on aperçoit d’ailleurs en second plan des voitures de toute marque .
    Secret dhistoire sans doute… !

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  2. Houncheringer

    Eh oui, Alpine, Alpine-Renault si cette marque que j’adore a un beau palmarès, elle a rencontré quelques écueils. C’est la rançon d’un engagement passionné. Tous ceux qui participent à une compétition rencontrent des soucis techniques, humains, météo. Les échecs d’Alpine m’ont blessé car je ne savais pas que l’essentiel était la passion de courir. Et les victoires sont des bonus.
    Alpine nous a fait rêvé. Alpine a donné des victoires. Alpine est revenu. Je soutiendrai cette belle initiative jusqu’au bout. Point n’est besoin de dédaigner les concurrents, ils ont mon admiration de petit observateur Auto-moto-mobile.

    Alpine en F1, un bide… oui. pas au Monte-Carlo, au Mans. Elle est là aussi mon histoire, elles est Alpine. Qu’elles soit blanche bleue, rouge, jaune, l’A110 a bercé mon enfance et bouillir mon jeune cerveau.

    Plus tard, je suis re-monté dans une A110. Une 1600, rouge, à l’anneau des Rhin en Alsace. Un bonheur! C’était à l’occasion du téléton. Une belle occasion de vivre un rêve.Tout en glisse ds è espace compté. Ambiance course assurée.

    Observez encore et encore, pour nous!

    Auto-Moto-mobilement votre

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  3. John Steed

    C’est drôle, cette forme oblongue carrossée sur le devant jusqu’au moteur à l’arrière qui du coup se retrouve à l’air.
    Cela me fait penser à ces crevettes de bonnes tailles que l’on dénude de leur peau en la faisant coulisser, pour mieux croquer à pleines dents dedans…
    Désolé, cela n’a rien à voir avec l’automobile, j’ai, j’ai l’estomac qui gargouille, je vais aller me restaurer…
    Bon ap’

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  4. Frederic

    J’avais entendu parler de cette histoire sans y croire tout à fait, il y a tant de fausses histoires qui circulent. C’est intéressant et prouve la main mise de Renault sur Alpine et qui a entrainé la fin de la marque.

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  5. Francois P

    Je me souviens a l’époque d’avoir suivi plein d’espoir cet épisode d’Alpine, déjà passionné par les performances des voitures de la marque dans les différentes catégories ou elles participaient. Hélas la déception fut grande faute de véritable engagement de Renault et c’était aussi une époque ou techniquement l’amateurisme et le génie ne pouvaient plus lutter contre le professionnalisme grandissant et les puissances de l’argent qui commençaient a envahir les sports et plus particulièrement les sports mécaniques.
    Espérons que cette fois le succès sera au rendez vous….mais le changement de nom suffira t il ? j’en doute

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