Souvenirs d’autos (278) : Chazot, Castel, mon père et la Fiat 500

Par le Commandant Chatel. 1979. J’ai 20 ans et une belle Fiat 500 L (rouge, petit compteur rond et volant blanc). Un cadeau de ma mère qui me permet d’être libre comme l’air. Merci, Maman, je ne t’oublie pas.

 Nous sommes en juin ou juillet. Je sors de studio un peu tard et je ne sais pas pourquoi, il faut absolument que j’aille prendre un verre à l’Élysée-Matignon. Une boite où j’ai mes habitudes.

Donc, en sortant du studio d’enregistrement où je travaille, je me dirige grâce à ma chère Fiat 500, vers le rond-point des Champs-Élysées. Chez « M’as-tu vu » (le surnom que l’on donne à l’endroit) je tombe sur mon frère, Philippe, seul au bar.

On discute, on discute et là, on entend derrière nous :

  • Ouuuhhhh les frères Chatel !!!

C’est Jacques Chazot, ancien danseur devenu chorégraphe et personnage très mondain dînant chez Madame Pompidou, Françoise Sagan ou les Rothschild.

On prend un verre… on discute… et bien sûr, le sujet de notre père (François Chatel, pionnier de la télévision) vient sur le tapis.

  • Ohhh, affirme Jacques Chazot, j’aimerais tellement revoir ce cher François !!! Je l’adore !!

Moi, je sais qu’il y a eu un petit différend entre eux, mais Jacques et Philippe m’affirment que c’est « de l’histoire ancienne ».

Là, je ne sais pas trop comment on en arrive à cette idée idiote : On va dire à notre père qu’on veut l’inviter à dîner car une magnifique créature rêve de le rencontrer.

La date est prise chez Castel (à l’époque on enchaînait les grandes maisons).

Je repars dans ma Fiat 500 avec le sentiment que notre idée est géniale et qu’on va passer un vrai bon moment !

La semaine suivante, nous voilà mon père, Philippe et moi, chez Castel à attendre la « créature… », mais bien sûr, rien ne se passe comme prévu puisque le maître d’hôtel vient nous dire, la gueule enfarinée, « Monsieur Chazot aura 30 minutes de retard ! »

Mon père devient blanc et nous dit :

  • Je rêve, c’est une blague ? La créature c’est cet imbécile de Chazot !! Vous êtes gonflé quand même, je suis fâché à mort avec lui !!

Comme on ne sait pas pourquoi, il nous raconte que Jacqueline, ma mère, avait obtenu auprès de la direction de l’ORTF une émission pour Chazot dont il s’était empressé de l’écarter…

La plaie, visiblement, n’était pas refermée…

Je sens qu’on va passer une bonne soirée… car voilà Chazot qui arrive, impérial…

Pendant un moment, je dois dire que les choses se passent bien. Ça discute, ça rigole, ça va…

Puis, entre la poire et le fromage, tout dérape. Je fais une blague (ou un jeu de mot, je ne sais plus) et tout le monde rigole sauf Chazot.

Mon père ne fait ni une ni deux :

  • Il n’est pas drôle mon fils ? Tu ne peux rire qu’à tes propres blagues ? Tu n’as pas changé !Et ça dure pendant 10 mn. 30 ans de rancœur !

Chazot baisse le nez… je baisse le nez… Philippe baisse le nez…

Puis mon père se lève, en nous lâchant :

  • Merci pour la bonne soirée !

Chazot commande une bouteille de vodka… le temps passe, puis Philippe se tire prétextant que mon idée n’était finalement pas très bonne.

Enfin Chazot, défait à l’eau de feu (c’est comme ça qu’il appelait la vodka), se lève et disparait. Lui aussi, il trouve que mon idée n’était pas drôle.

Bref, il ne reste que moi et… l’addition qui représente un bon mois de salaire.

Après avoir payé d’un chèque en bois, je termine la vodka (finalement je l’ai payée). Quand je ressors de chez Castel, le jour se lève, il fait doux…

Je retrouve ma chère Fiat 500 avec un PV sur le parebrise…

Elle ne fait jamais d’histoire, ni de mauvaise blague, ni de crise de nerf… et elle n’est jamais de mauvaise foi.

je m’en moque… J’ouvre le toit ouvrant, les fenêtres et je rentre chez moi. Cette voiture est comme une partie de moi-même. Je m’adore et à son volant, j’oublie tout.

Je passe vite fait prendre une douche avant de repartir au boulot où je demande une… avance de salaire !

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

8 commentaires au sujet de « Souvenirs d’autos (278) : Chazot, Castel, mon père et la Fiat 500 »

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  1. Chapman

    Mmmm…. à la même époque j’étais sur la rive gauche, au crocodile, rue Royer Collard, au pub Saint Germain, quelquefois, et au Mayflower, plus souvent,vers la contrescarpe. On avait table ouverte au Volcan rue Descartes. J’avais ma fidèle DS à cinq cent francs avec laquelle j’ai fait les quatre cent coups, baladé du monde. (jusqu’à six, trois devant, trois derrière) et fini de drôles de soirées à Deauville. Pfiou, il va falloir que j’en cause un jour.

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  2. Alain L

    C’est incroyable et merveilleux (pour remplacer le sempiternel « merci Commandant ») comme une rubrique dépasse de très loin son titre, les souvenirs déclenchant de véritables histoires… et par association d’idées, celle là me fait penser à Offenbach et à la Périchole qui pourrait en être la bande son au re-montage: « il grandira car il est Espagnol! »… Paris a cette chose magnifique qu’on y grandit plus vite qu’ailleurs et quelques soit les conneries qu’on y a fait, la ville pardonne et les factures sont payées!!! (enfin étaient)… Quand à l’auto, c’est la mémoire de l’histoire.
    Donc Commandant je ne vous dis pas merci, mais encore!

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  3. Pierre_

    Notre première auto ‘est comme une partie de nous même’, en effet Commandant!
    C’est à mon père que je dois ma première. Ah ce beau samedi là.
    Et le mieux encore c’est quand je la fit découvrir aux copains.
    Cette petite Auto était rare dans notre landernau, pourtant un copain en posséda une quelque temps.
    Lors d’une soirée copieusement arrosée, en effet nous célébrions la fin des vendanges, c’est dire, dans le beaujolais.
    Nous mîmes la Petite italienne sur le flanc afin que notre ami ‘ému aux larmes’ ce jour, ne puisse reprendre la route.
    Un grand moment.
    Merci Commandant.

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  4. Boxster.boy.paris

    Comme j’aurais adoré avoir 20 ans et vivre à PARIS dans les années 80 ! J’en avais 10 – 12, vivais en province, dévorais les magazines sur papier glacé et rêvais de vivre à la capitale…

    Heureusement, je me suis bien rattrapé depuis !!!

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  5. Georges Piat

    J’adore cette ambiance « années fric ». Pendant ce temps là, avec un pote, nous allions au Club Écossais, rue de Ponthieu ou un truc comme ça. On y croisait, en entre autres, Thierry Le Luron en costard trois pièces. Toute une époque, merci Commandant !

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  6. Thierry

    Bouvard, Chazot, aujourd’hui c’est Ruquier et Bern, les émissions de télé de cette époque étaient magiques ! Merci Commandant de vos souvenirs délicieux.

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  7. Nabuchodonosor

    Jacques Chazot, je me souviens : Les tribulations de ses folles nuits parisiennes s’étalaient en long, en large, en travers et en couleur sur les pages 26×34 des Jours de France qui trainaient dans le salon et faisaient le ravissement de ma mère, Jacqueline (eh oui), qui se rêvait à la main d’un charmant cavalier au bal des débutantes… Fort heureusement nous vivions à la campagne, sans tortue, ni canaris, ni même une chatte.

    Le milieu mondain Parisien. Mon père, qui surveillait fréquemment ses arrières, n’en disait pas que du bien : « C’est un milieu d’initié remplis de cons et de trous du cul, où pour y entrer il convient de se faire introduire; ça explique qu’à la sortie tu te sentes souvent baisé ».

    La note vous parût certes salée mon Commandant, mais ce qui vous marqua hier produit aujourd’hui ce magnifique récit que vous nous offrez encore.
    Quelle générosité, merci !
    😉
    Nabuchodonosor, vieux grognard du régiment du Capitaine des Dragons.
    PS : Faites-moi penser à vous conter une histoire de stop et de Fiat 500 que j’ai dans la besace.

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    1. Nabuchodonosor

      Pompadour, Montespan, La Vallière et j’en passe, peu importe l’entregent de ce dandy désinvolte, lâcher ce terme bas le mot me dégoûte, j’suis désolé d’dire …culé.

      Mon Commandant : Aller danser à vingt berges, papillonner dans les gargotes de Saint-Germain, bouffer des salades, vous abreuver de jus de navets, de ramassis de carottes et vous carrer la douloureuse dans l’oignon… Il fallait qu’à la lune qui s’attriste, une aubergine finisse par apposer délicatement sur votre parebrise un joli papillon, ne serait-ce que pour contredanser…
      😉

      Nabu bis