Une Berlinette sous le soleil ☀️de Mexico🇲🇽

Par Patrice Vergès. La voiture jaune qui s’affiche sous vos yeux n’est pas une Alpine mais une Dinalpin fabriquée au Mexique entre 1964 et 1972 sous licence Alpine par Nacional Diesel (DINA), un fabricant de poids lourds. Laissez moi vous conter son histoire.

Cette Berlinette Alpine produite à Mexico en 1969 était très proche de celle fabriquée à Dieppe. Face au succès de sa petite sportive, Jean Rédelé avait vendu ses doits de licence de fabrication en Espagne avec Fasa, au Brésil chez Willis et même en Bulgarie. Elles se distinguaient des françaises par des motorisations différentes et quelques détails techniques. Par exemple, la DInalpin offrait une carrosserie en composite plus épaisse que les françaises ce qui devait accroître sa rigidité. Alors que les versions usine destinées à la course, bénéficiaient d’une carrosserie allégée dont le polyester pliaient sous le doigt. C’est d’ailleurs à ce détail qu’on reconnaissait une vraie usine car il y avait déjà beaucoup de contrefaçons. Un peu plus de 570 Berlinette Dinalpin auraient été fabriquées entre 1965 et 1974, date de la fin les accords avec Renault sur un total de 7176 produites jusqu’en 1977.

La nouvelle plus l’ancienne

Lorsque Jacques a acquis la nouvelle Berlinette A110, il a immédiatement songé à acquérir l’ancienne pour raccorder la filiation.  » Je ne sais pas comment elle est venue en France où je l’ai achetée en 2018. Au départ, comme sa plaque constructeur l’indique, c’était une 1100 cm3 à moteur R8 Major poussé à 66 chevaux. Mais au fil du temps, comme toutes les Berlinette en son temps, elle a subit quelques modifications destinées à améliorer ses performances et sa tenue de route. Mais je précise, que j’ai le moteur d’origine et je peux aussi la chausser de jantes étroites de 15 pouces comme à l’époque pour cette version ». Que les puristes se rassurent.

Son Alpine à troqué son petit 1108 cm3 contre un 1400 plus récent de Renault 5 Alpine légèrement préparé (deux carburateurs double corps de 40) qui, d’après son propriétaire, doit développer entre 100 et 105 ch DIN, puissance des 1300 S en 1969. Comme ces dernières, pour améliorer le refroidissement, le radiateur d’eau est passé de l’arrière à l’avant. Des jantes larges de 175X13 ont remplacé les frêles 145 X15 mais en conservant l’anachronique carrossage négatif à l’arrière dû à la suspension à essieu brisé au carrossage variable.   Le reste semble conforme à toutes les Berlinette qui étaient presque mon quotidien lorsque je travaillais pour le Magazine échappement où il n’était pas rare d’en compter une bonne vingtaine au départ d’un rallye et course de côte.

Magique

Une Alpine A 110 se regarde généralement de haut. En fait, les yeux ne voient d’elle d’abord que ses courbes rondes, les bulles des phares, son minuscule pavillon, son étroit pare-brise très pentu et sa vaste lunette arrière qui épouse intimement les arrondis de la custode. Des formes pures mais enveloppées qui laissent comprendre que cette petite voiture est destinée à glisser sans résistance dans l’air. Avec la fuite du temps, je trouve la Berlinette de plus en plus basse (1,13 m) et de plus en plus exigüe. Car si physiquement, elle n’a pas changé, moi si ! Mon dernier essai pour POA datait de 2017 au coté de Sylvain. Aussi physique pour entrer que s’en extraire. On ne sort pas d’une Alpine, on s’en expulse ! Même si la porte ne pèse rien, il y a ce damné passage de roues qui brise l’envolée de la rotation de la jambe gauche affaiblie par le courbage obligatoire de l’échine nécessaire pour passer le buste à travers l’orifice d’ouverture. En me voyant sortir, courbé, Jacques n’a pu s’empêcher de rire.

Ambiance course

Coincé dans mon siège baquet bloqué par l’arceau de sécurité dans ce minuscule habitacle, j’ai retrouvé toute l’ambiance sonore et olfactive (polyester) de cette légende sur roues.  » C’est une voiture mythique  » avoue Jacques, les yeux brillants de joie qui chauffe le petit 1400 qui aboie déjà fort dans l’habitacle secoué de vibrations ponctuées par l’aiguille du gros compte-tours.  » Je prends beaucoup de plaisir à la piloter et malgré son âge, dans son genre elle est aussi extraordinaire que la nouvelle. Elle se montre d’une étonnante maniabilité et pousse encore très fort. Il est vrai qu’elle ne pèse que 700 kilos ».

Jacques me fait une petite démo des accélérations de la Berline qui efface les virages avec gourmandise. D’ailleurs en Berlinette, on voyait le plus souvent la route par la glace latérale qu’à travers le minuscule pare-brise. Ambiance course ! Le pot Devil lâche un ouragan de décibels de concert avec la succion des deux imposants carburateurs  proches des oreilles. Par sa propension à survirer à cause de son rapport des masses mal équilibré, l’Alpine exigeait une longue accoutumance avant d’en tirer toute la quintessence. Beaucoup de grand noms s’y cassèrent les dents car elle demandait une technique de pilotage très particulière que possédaient les pilotes officiels d’Alpine, de véritables équilibristes, tels le regretté jean Claude Therier, Bernard Darniche et Jean Claude Andruet avec le titre de championne du monde des rallyes en 1973. Jacques a bien de la chance de posséder ces deux voitures plus proches l’une de l’autre que l’on imagine. L’héritière est digne de sa glorieuse aînée.

Toutes les Berlinette n’étaient pas de couleur bleu, le jaune, l’orange et le rouge connaissaient un bon succès

L’arrière de la Berlinette avait été redessiné en 1963 lorsqu’elle adopta le moteur de la R8

L’habitacle est très exigu avec des passages de roues imposant une conduite très décentrée et des chaussures très fines

Belle instrumentation comprenant un manomètre d’huile. On reconnait le boitier de direction de la R8

Le 1400 cm3 d’origine R5 Alpine alimenté par deux gros carburateurs délivre autour de 100/105 ch d’après son propriétaire

Les deux écopes servaient à refroidir le moteur et alimenter d’air les carburateurs

le capot comprend le réservoir avant de 38 litres de la R8, la batterie et le radiateur avant. Pas de place pour la roue de secours !

La Berlinette empruntait de nombreuses pièces mécaniques et esthétiques à la R8 dont ses feux rouges. Le Devil en forme de mégaphone est tout sauf discret

Cette Alpine nous vient de Mexico !

On remarque le carrossage arrière fortement négatif

Jacques est doublement heureux en possédant les deux Berlinette

L’avis des Petits Observateurs !

9 commentaires au sujet de « Une Berlinette sous le soleil ☀️de Mexico🇲🇽 »

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  1. Myr Bruno

    Une bien belle auto !
    J’ai aussi une berlinette 1100 VA de 1968 et je suis étonné par les ouvertures au dessus du capot arrière qui pour moi sont arrivées plus tard… bidouille ou mexicains innovateurs ???
    Et puis… Monsieur Thérier s’appelait Jean-Luc…. pas Jean Claude ! 🙁

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  2. Luc

    J’ai eu le plaisir de rouler en Alpine 1500 ; la vraie 1500 française, avec son moteur de 1470 cc issu de la R16 qui développait 75 cv. Cette Berlinette, rare, à été construite à une quarantaine d’exemplaires dont une bonne moitié destinée à la gendarmerie. .. . Voiture rapide d’intervention (!), elle est équipée d »une boîte 4 vitesses longue comme un jour sans pain…
    Et oui, il fallait une bonne vitesse de pointe pour traquer le chauffard, déjà. Nous sommes en 1967 et cette petite auto de moins de 700 kg permettait de prendre pas loin de 200 km/h, le compteur lui affichant près de 220…
    J’avais 20 ans quand j’ai eu la chance de rouler avec cette merveille qui affichait pas loin de 100000 kms et avait pas loin de 10 ans ; oh bien sûr, ce n’était pas une 1300S ou 1600S qui me faisaient baver, mais j’ai piloté (une Alpine ne se conduit pas !) cette sympathique auto pendant des milliers de kilometres, la poussant dans ses derniers retranchements et elle m’a toujours été fidèle ; rarement en panne (oui bien sûr un planétaire de sortie de boîte), elle m’a toujours amené à bon port malgré quelques figures de style qu’elle a bien voulu me pardonner !
    Alors oui, sa 1ere Alpine, c’est comme le 1er Amour de sa vie : on ne l’oublie jamais.
    Merci Patrice, grâce à ces articles de nous replonger dans nos souvenirs…. si présents.

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    1. Patrice Verges

      Merci Luc pour ton commentaire très instructif qui fera plaisir aux « Alpinistes « . Cette voiture est magique. Si tu savais le nombre de personnes qui se sont arrêtées lorsqu’on prenait des photos et qui nous posaient des questions. la 1500 que tu as possédée était une version rarissime, ersatz de la future 1600 S. Encore merci pour ton témoignage et en espérant que tu puisse un jour en racheter une.

  3. Marc

    Une voiture qu’on n’en fera plus car la nouvelle A110 n’a plus son esprit, trop grosse, trop lourde, trop chère. Ses ventes ont d’ailleurs bien plongées ce qui prouve que les clients ne sont pas dupés

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  4. Nabuchodonosor

    ETS. R.D.L = Établissements Ré-Dé-Lé en Français dans le texte ?
    Je ne savais pas pour les nombreux avatars de notre célèbre Dieppoise.
    Merci Oncle Pat’, z’êtes Bat’.
    😉
    Nabu confiné mais moins con in fine

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  5. Nathan

    Pour moi, la plus belle voiture au monde devenue inaccessible au niveau de ses prix qui frôlent les 100 000 euros. Certainement que cette Berlinette est unique en France. En Europe, peut-être ?

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    1. JEAN-MICHEL KAGAN

      Très instructif, je ne savais pas qu’il y avait une Berlinette exotique.
      Je veux bien croire Patrice Vergès quand il parle de l’exiguïté de l’habitacle, je me souviens être monté dedans chez Renault quand j’avais 23 ans (et fidèle lecteur d’Échappement) et la corpulence d’un haricot vert et j avais été marqué par le fait d’être coincé entre le tunnel central et le passage de roue, je le croyais dans une F1. Je ne sais pas si aujourd’hui j’arriverai à en sortir si déjà j’arrivais à me confiner dedans.