Souvenirs d’Autos (273) : Panhard PL17 et folle jeunesse

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire, que dis-je ce « moment délicieux du passé m’est envoyé par Chapman, fidèle de POA et de Souvenir d’Auto. Au passage, je le remercie et je lui dis que j’aime beaucoup ses commentaires. Ça fait chaud au cœur.

 

C’est peu de dire que mes débuts automobiles furent placés sous le signe des véhicules les plus « en bout de course » qu’on puisse trouver. À l’époque le moindre tas de tôle sous la poussière au fond d’une grange allumait en moi l’envie irrépressible de lui redonner vie.

C’était comme une mission divine.

J’avais comme complice passif un ami d’enfance qui n’avait pas jugé bon de passer son permis de conduire et qui se laissait transporter par mes soins, en toute inconscience, dans les autos les plus improbables qui soient.

Nous étions en vacances dans la maison familiale dans le Bugey aux frontières de la Savoie. Pour tromper l’ennui, je parcourrais les petites annonces et rêvais sur des « occasions » dans mon budget… environ 500 francs ! Et il y en avait !! Si si !

Évidemment en ce tout début des eighties, dans ces prix-là, traînaient nombre de R5, Simca 1100, Renault 12 et autres 2CV percluses de rouille perforante dont le pédigrée par trop récent ne me faisait pas rêver.

Mon regard aiguisé par la passion tombait sur une Panhard PL17 Relmax  à moins de cinquante kilomètres de chez nous.

 

Après conversation téléphonique concluante avec le vendeur, ma mère nous emmène à Aix les Bains, nous lâche à l’entrée de la ville et repart tout de go, ne nous laissant d’autre choix que de conclure l’affaire, bonne ou mauvaise.

La rencontre avec la belle fût forcement concluante et, délesté de mes 500 francs, nous reprenions la route pour Belley.

L’affaire s’était conclue devant le Casino d’Aix les Bains (un vrai coup de roulette) et nous n’avions pas fait cent mètres qu’au premier virage la direction nous sembla terriblement floue. Je me rends compte en écrivant ces lignes que je n’avais même pas essayé l’auto… folle et heureuse jeunesse.

Un coup d’œil dans le rétro, j’aperçois le vendeur qui nous regarde partir et s’interroge de notre arrêt soudain. Bien honnête, il s’approche et devant mes explications et ma mine déconfite nous déclare, « j’ai dû oublier de fixer la direction ».

Le temps d’aller chercher ses outils et d’ouvrir l’immense capot intégral, il me fait placer les roues droites et resserre les quatre gros boulons derrière le petit moteur tout perdu.

Un peu surpris mais finalement rassuré par tant de décontraction et d’efficacité, nous reprenons la route, accélérant le rythme progressivement, le temps pour moi de découvrir l’auto et ses particularités, nous filons le long du lac du Bourget et les enfilades de virages ne sont qu’une formalité.

Cette voiture si légère est comme rivée à la route et malgré la très faible cylindrée, nous n’avons aucun mal à nous maintenir dans la circulation, plus virile à l’époque qu’aujourd’hui.

J’ai bien fait rire tout le monde avec cette bagnole de rêve, d’un bleu ciel tout délavé, qui filait bon train dans un vacarme de 2CV surexcitée. Elle était d’un confort et d’un espace intérieur plus qu’honorable. Elle marchait parfaitement et la boite de vitesse au volant se maniait du bout des doigts faisant mentir sa réputation de voiture fragile et délicate.

Je l’ai gardée moins d’un an, le temps de prendre quelques photos comiques presque toutes disparues et de rencontrer un vrai passionné de la marque, qui me la racheta pour la restaurer.

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

 

L’avis des Petits Observateurs !

23 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (273) : Panhard PL17 et folle jeunesse »

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  1. Alain

    Ahhhh les Panpan…

    Comme beaucoup l’évoquent effectivement, chez Panhard, « light is right ». Les lignes de carrosseries sont ce qu’elles sont et, pour moi, la PL17 n’est pas celle qui me fait le plus craquer. Dans les classiques hors voitures de courses, j’adore la Dyna X avec son côté petit bonbon façon Louis XV, la 24 (surtout la CT plus ramassée) avec sa ligne plus sportive et que dire de la Junior qui est magnifique avec ces aspect jouet à l’échelle 1.
    Mais toutes autant qu’elles soient, le bruit du moteur me casse tout de suite le charme… Ce n’est pas tant le fait du bicylindre (j’ai un peu d’expérience dans les 2CV et dérivés) mais ce côté métallique (je n’ai pas dit casserole) qui me gène…

    Belle histoire en tout cas et merci de nous en faire profiter.

    Alain

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  2. Docteur_Oliv

    Au début des années 60 notre voisin en avait une Version RELMAX sans que j’ai jamais su ce que cela signifiait… juste c’était « Haut de Gamme »
    La place à l’AR était phénoménale, comparé à la 403 ou la R16.
    Juste que le bruit du moteur ne me semblait pas terrible.
    La femme de ce voisin travaillait chez CITROEN, c’était l’époque où il changeait de voiture tous les 6 mois et en achetait une autre déjà réservée !
    Un peu plus tard ça nous a permis d’admirer une CX au Vert improbable.

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  3. caouine

    Je suis moi aussi tombé dans la voiture ancienne avec une Panhard, une pl17. C’ était en 84, j’ avais 22 ans, et j’y suis encore ! je confirme que la 24 est aussi un phénomène, et que la db hbr 5 est juste formidable. Rouler avec l’une ou l’ autre est une fête , parfois agrémentée de surprises !

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  4. Neufcentdixespada

    Il eut fallut tester les aptitudes du bolide dans le col du chat,côté aix!! Bon ,entre vous,Nabuchodonosor et JF Bertrand,on est dans un coin hautement poesque,retrouvez vous au sommet d’un col (bientôt,bientôt…) pour nous faire partager un moment que je pense être d’anthologie…

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    1. Chapman

      J’étais rentré par Chindrieux, Chanaz, Massigneu de Rives. Cette auto était un régal en virage, rivée à la route malgré ses pneus étroits, preuve d’une très bonne conception.
      Je vois que nous aimons nous pays hein ?

  5. Lieutenant Columbo

    Entre la 403 de Pierre et la PL17 de Chapman on n’est pas rendu M’sieurs Dames. Je suis curieux de savoir quelle sera la prochaine antiquité mise à l’honneur dans SDA.
    J’ai un bon paquet d’histoire croustillantes à vous raconter mais j’arrive plus à mettre la main sur les photos et ma femme ne se souvient plus où elles sont rangées.
    Fait pas bon vieillir, hein M’sieurs Dames…

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  6. Georges Piat

    Présentée comme cela, cette brave auto peut faire sourire mais on a oublié que cette PL17 était très en avance sur son temps, un peu comme la DS à l’époque. Confort, fiabilité, consommation très basse, etc.
    Sympa l’anecdote !

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  7. chapman

    Merci à tous pour vos commentaires et salut spécial au Commandant Chatel qui devrait recevoir sous peu une ou deux autres anecdotes. Confinés nous sommes, du temps nous avons.

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  8. Pierre_

    Je désespèrais de ne pas avoir à lire un jour l’un de vos nouveaux Souvenirs Chapman. Pourtant dans vos nombreux commentaires on y lit souvent des bribes, des débuts.
    Alors pensez si je suis heureux aujourd’hui de lire ce récit.
    Voiture drôle et improbable (vous le dite) cette panhard. Pour une de vos premières autos, c’est du lourd !
    Il faudra un jour nous parler des autres… et surtout ajoutez y d’aussi bonnes photos.
    Merci pour cette belle histoire.

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    1. chapman

      Les vôtres me comblent régulièrement. Merci de votre soutien. J’en ai de très nombreux, rarement photographiés mais….j’en ai un ou deux sous le coude que je fais parvenir au plus vite au Commandant Chatel . Ce confinement nous laisse bien du loisir à fouiller notre mémoire, notre grenier et tapoter nos claviers.

  9. Mat Ador

    Et oui Chapman, une auto c’est un peu comme un peuple confiné, sans direction précise, ça file droit dans le mur.

    Un de mes oncles en possédait une. Mes souvenirs se voilent si bien que je ne sais plus s’il s’agissait d’une 17PL ou de sa mère la Dyna Z. Même faciès de batracien et petits yeux ronds globuleux mais la Z, elle te tire carrément la langue…

    Comme il y avait des inconditionnels pour Citroën, il y avait les inconditionnels Panhard-Levassor. Me reviennent quelques discussions entre fins connaisseurs au coin du feu. Je n’étais alors pas bien grand mais comprenais qu’il s’agissait avant tout de bagnoles d’ingénieurs, qu’elles étaient défendues par des passionnés et qu’à la fin, Cognac avalé, mégot écrasé dans le cendrier, chacun resterait dans son camp.

    Mais pour tout dire, du haut de mes trois pommes, je l’a trouvais particulièrement laide cette auto.
    Le temps a passé, mon regard n’a pas changé.
    Ingénieurs, peut-être. Désigneurs, comme un vieil oncle dirait du côté d’Arcachon, certainement pas.

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    1. chapman

      Moche, la PL 17 ….il y a un consensus là dessus. Son ancêtre la Dina 54, je suis moins d’accord mais bien sur les goûts et les couleurs ne se discutent pas ici. Elles avaient tout de même en plus de leur légèreté un Cx tout à fait exceptionnel pour l’époque qui contribuait à leur économie d’usage. Je ne sais pas si les « designeurs » avaient droit au chapitre chez Panpan, mais les ingénieurs oui!

  10. Nabuchodonosor

    Avec ou sans direction, en choisissant une PL17 pour première monture, vous confortiez sans le savoir, votre célèbre maxime qui plus tard sera inscrite dans l’Albâtre de Nottingham, Chapman : « Light is Right » !
    😉

    La mauvaise foi n’ayant pas de frontière, il y aura bien un apôtre pour me rétorquer que la formule appartient au peuple de France et qu’elle doit lui revenir, Colin l’ayant auparavant emprunté, comme un soleil dans le gris du ciel, à notre Michel Delpech National… Qu’importe !

    Mes respects distanciés, mon Commandant.

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    1. chapman

      C’est vrai que la légèreté de ces autos leur offrait les performances que leurs moteurs, un peu juste il faut le dire, ne leur permettait pas. Un ami collectionneur de cette vénérable marque, celui là même qui me racheta l’auto, possédait des versions course , à carrosserie polyester, dotés de compresseurs qui faisaient grimper les puissances au delà des 70 cv.
      Aux courses de l’âge d’or à Montlhery, il se classait toujours bien et faisait la nique à des blasons plus prestigieux et des cylindrées plus conséquentes.
      La légèreté donne une aisance et une finesse de conduite incomparable. C’est bien tonton Colin qui a raison.

  11. Jean-François Bertrand

    Mon cher Chapman, étant natif d’Ambérieu en Bugey et remontant régulièrement dans notre beau Bugey, et que j’ai cru comprendre que vous se vissez toujours en cette contrée, il va falloir que l’on trouve un moment pour parler bagnoles… Et anglaises plus particulièrement !
    A bon entendeur !
    Pour ce qui est de la pl17, j’ai toujours aimé ses formes futuristes d’un autre âge, je me serais bien vu aller en cours à Carriat avec un tel équipage !

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    1. Vigne

      Panhard, véritable génie avant l heure, voiture légère, petit moteur ultra performant, malheureusement la marque ne disposait pas à l’époque des composants suffisant fiables pour des mécaniques aussi poussées. Mon père en avait une, avec laquelle nous traversions la France, compte tenu de la qualité du réseau routier routier à l.epoque, ce n’etait pas une mince affaire (années 60-65) il l’a revendue rapidement car elle manquait de fiabilité. Citroën qui a racheté Panhard n’a pas su en profiter…si on pouvait refaire l’histoire, Panhard aurait pu devenir ce que Audi est de nos jours pour le groupe VAG

    2. Chapman

      #Jean François Bertrand. Nous sommes quelques uns de l’Ain…. Enfin pour être honnête je suis né à Paris mais j’ai passé la totalité de mes vacances scolaires chez ma grand mère à Belley et suis installé dans ce département dans la région de Bourg en Bresse depuis 1984.
      Je suis bien loin de mes folies automobiles d’antan, folie que mon mariage et l’arrivée de mes enfants a gentiment guéri.
      Maintenant que mes enfants sont grands, je dépense mes sous dans des activités aéronautiques mais je sais que quand j’arrêterai de voler, je m’achèterai un tacot de rêve et je parcourerai le pays avec d’autres passionnés pour échanger, discuter, se chamailler.
      Un jour viendra.

    3. chapman

      #Vigne
      D’accord avec vous pour une branche prestige, ou peut être sport de Citroën. La 24 aurait pu avoir un meilleur avenir. Son avance stylistique et ses a priori techniques la plaçait tout à fait au niveau technologique de Citroën……C’est peut-être pour ça que……

  12. olivier

    Très jolie histoire comme je les aime. Vous avez failli vous tuer ! Heureusement qu’à l’époque il y avait moins de circulation.
    Vous auriez dû pousser jusqu’au Pays de Gex. Pour le même prix vous auriez pu avoir deux. Un ami à mon père avait une Panhard 24 CT et une PL 17. Elles étaient en parfait état de fonctionnement, à part les carrosseries qui étaient dans leur jus. Elles sont restées pendant des années dans le jardin sans qu’ils s’en servent vraiment. A la fin des années 80 elles ont finies je crois, hélas à la casse d’Ornex.

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    1. Chapman

      Non cher Olivier, pas me tuer, juste mourir de honte devant mon copain auprès de qui je passais pour un amateur éclairé voir instruit de la chose mécanique. La direction a tout de suite donné des signes de flou, avant que nous ne prenions la moindre vitesse.
      Je suis désolé pour les deux Panhards abandonnées à leur triste sort. Une 24, surtout une CT, c’est quand même quelque chose. Parmi les autos qui me combleraient dans mes vieux jours, elle est assez haut dans la liste.