Matra Rancho 🇫🇷 : Inventeur du SUV sans le savoir

Dévoilé en mars 1977, le Matra Rancho est considéré aujourd’hui, avec le Range Rover, comme l’un des premiers SUV de loisirs. Il innova surtout par son look de baroudeur symbolisant déjà l’envie de prendre les chemins de traverse de sa propre vie

Face à la chute des ventes du coupé sportif Bagheera, Philippe Guédon, l’ingénieur en chef de chez Matra eut l’idée de produire ce véhicule de loisir à partir de la Simca 1100, marque avec laquelle Matra était partenaire depuis 1970. Disposant d’un tout petit budget car Lagardère, le patron de Matra n’y croyait guère, Guédon fit un miracle. Hélas, il ne disposa pas de suffisamment d’argent pour développer une version à 4 roues motrices qui aurait été mieux en adéquation avec son look de baroudeur avaleur de chemins creux.

Avec son allure de baroudeur avaleur de piste, la Rancho rencontra un gros succès à la fin des années 70

Son toit surélevé, son arrière allongé offraient un bon volume intérieur. On pouvait dormir à bord !

Matra, connais pas !

Aujourd’hui le nom de Matra est bien oublié malgré un titre de champion du monde en Formule 1 et trois victoires mancelles. Avant d’aller essayer ce Rancho prêté par mes amis de Pyla Classic Cars, je me suis arrêté dans une concession discuter avec un jeune vendeur pourtant passionné de voitures. Il n’avait jamais entendu parler de Matra dont l’épopée ne dura, en fait, qu’une petite quinzaine d’année. Le temps est assassin !

Né sous le nom de Matra Simca, le Rancho fut renommé Talbot en 1979 lors du rachat par PSA. Nom dont les grosses lettres noires sur le capot manquent au Rancho 1981 dont nous prenons le volant. Ce baroudeur fut proposé en de nombreuses versions et série spéciales nommées X, Brousse, Midnigt, Grand-Raid équipé d’un treuil électrique et différentiel à glissement limité et pneus spécifiques pour améliorer ses aptitudes en tout chemin. Il exista aussi  en AS utilitaire à deux places seulement limitées par un long plan de charge de 2200 dm3, version que nous essayons aujourd’hui. Affichant 213 000 km au compteur, son moteur à été changé et il a bénéficié d’une bonne révision mécanique pour passer avec succès le contrôle technique. Quand ces lignes paraitront, il aura certainement été vendu autour de 8 000 euros car le Rancho suscite encore de l’intérêt auprès de jeunes passionnés séduits par son physique musclé.

 

Sa planche de bord était empruntée à la Simca 1100 avec une instrumentation succincte; La Rancho était équipé des sièges plus enveloppants de la Simca 1100 TI

Dérivé de la Simca 1100

Tous les Matraciens savent que la Rancho était extrapolé de la base roulante de Simca 1100 utilitaire VF2 qui arrivait de Poissy pour recevoir à Romorantin, une armature en acier à l’arrière habillée d’une cellule en résine de polyester. Quant au reste, c’était un cocktail entre diverses pièces Simca, avec les sièges de la 1100 TI et le 1440 cm3 de 80 ch de la Simca 1308. Sa suspension renforcée à barres de torsion légèrement surélevée à 21 cm, accueillait de grosses roues de 14 pouces chaussées de larges 185 et des freins de 1100 TI. Puis, il recevait un habillage de baroudeur sous la forme d’un épais bouclier avant, gros phares longue portée protégés par une grille, phares orientables d’ailes optionnels, massifs élargisseurs de roues et voies, protections latérales, visière de pare-brise., galerie de toit, etc. Coté CX, le rancho devait être pire qu’un contre torpilleur. Mais il dégageait une sacré allure !

Cette version utilitaire sans siège arrière offrait un large volume de chargement accessible par un hayon ouvrant en deux parties.

Sous le capot, on retrouvait le bloc 1440 cm3 de 80 ch emprunté à la Chrysler 1308

40 ans après

Je n’avais pas essayé le Rancho depuis sa sortie où j’avais titré mon article « Rancho Villa « . Victime d’un porte à faux arrière top important imposé par Guédon qui souhaitait qu’on puisse dormir à l’intérieur, surtout en charge, le Rancho délestait facilement des roues avant comme je l’avais remarqué lors d’un rallye tout terrain. D’où ce mauvais jeu de mot pour expliquer qu’il était plus à son aise en ville. Pas tout terrain mais un excellent tout chemin grâce à sa garde au sol élevée et sa suspension très efficace qui avalait les creux et les bosses.

Ma mémoire a retrouvé le bruit de distribution si particulier du 4 cylindres Simca et l’imprécision chronique de la commande de boîte de la 1100. Mais l’engin étonne encore par le confort de ses sièges, la vivacité de la mécanique, le moelleux de sa suspension à barres de torsion et l’intelligence de sa conception avec de nombreuses astuces. Il attire de nombreux regard étonné surtout de la jeunesse motorisée. C’est bon signe.

Le Rancho était équipé de roues de 14 pouces chaussés de pneus larges exigeant des élargisseurs d’aile en composite

La face avant devenait plus agressive avec son gros boucliers, ses grilles et phares additionnels

Transformer son conducteur en baroudeur

Peux coûteux à produire, le Rancho a rapporté beaucoup d’argent à Matra qui le reperdit avec la Murena qui fut un échec commercial avant d’en regagner davantage avec l’Espace en quittant le giron de PSA au profit de celui de Renault. Il a été fabriqué à 56 547 exemplaires jusqu’à fin 1983, chiffre qui en fait la Matra la plus produite sous son propre nom. D’ailleurs, à l’époque, la presse spécialisée fut unanime pour saluer ses qualités et il trouva son public. Ajoutez que le nom Matra était alors magique, synonyme de victoire au Mans. Rappelons que Claude Brasseur roulait avec un Rancho dans les deux films  » la Boum  » avec la jeune Sophie Marceau.

Le Rancho fut certainement l’inspirateur de l’envolée du 4X4 en France et l’envie de sortir du goudron avec le Paris-Dakar naissant. Se balader en Rancho donnait une image d’aventurier et de baroudeur à son conducteur généralement habillé d’une saharienne avec un chess blanc enroulé autour du cou. Époque où on pouvait encore se garer devant la terrasse d’un café et où l’auto était un signe extérieur de ce qu’on voulait être.

Comment reconnaitre une brave Simca 1100 utilitaire sous cette silhouette

Le Rancho était dérivé de la 1100 VF2

3 clés, une de contact, une de portes, une de hayon. C’est beaucoup !

L’avis des Petits Observateurs !

28 commentaires au sujet de « Matra Rancho 🇫🇷 : Inventeur du SUV sans le savoir »

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  1. Dododo

    Bonjour à tous,
    À l époque, mon père hésitait entre un Rancho et la Toyota tercel. ..Je m imaginait déjà faire les cons dans les chemins. ..
    Ma mère lui fera acheter une Talbot Horizon, faisant deux déçus.

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  2. Ju44

    C’est con à dire, mais greffez deux phares ronds à n’importe quelle charrette et elle devient tout de suite immensément attachante !

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  3. Chapman

    Toujours pour des raisons familiales, à part mon absolue dévotion à la déesse de Citroën de mon grand père, ma marque de coeur était Simca. La P60 était la voiture de mon papa quand j’étais enfant. Il abandonna dès 67 la marque à l’hirondelle pour une Ford anglaise, une Cortina GT du plus bel effet sur mes yeux encore fort influençable. Mais quand adulte je suis devenu, mes premières autos furent des Simca 1100. C’est peut de dire que je les ai adoré et qu’elles ont pardonné nombre de mes imprudents écarts de conduite. Percluses de défauts elles étaient indéfendables sur bien des points mais prenaient grand soin de leurs occupants. La Rancho de ce reportage était un graal pour un amateur de 1100. Pourtant le mirage hydraulique pris le pas sur la mode et j’abordais les eighties avec celle qui était devenue la voiture des mauvais garçons….. La délaissée et fort abordable Citroën DS.

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  4. Docteur_Oliv

    Voulant rebondir sur l’information essentielle à ma culture française concernant la longueur de la Baguette et les jeunes galantes, il me semble que la coupe de champagne épousait les formes d’une Marquise amie de LOUIS XIV.
    Tout ceci pour rappeler qu’un Nabuchodonosor est :
    Le nabuchodonosor est une bouteille en verre conçue pour contenir l’équivalent de vingt bouteilles de 75 cl, soit quinze litres.
    Imaginez la taille de la baguette….

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  5. David Paulet

    Mon père en a ut une que l’on a gardé pendant des années. Quelle fierté nous avion avec ma sœur quand il venait nous chercher à l’école. Il la vendue en même temps qu’une 205 qui sont toutes les deux parties à la casse car plus de 200 000 kms. Je note tout de même que la 205 était encore pimpante, par contre la rancho était au bout de sa vie, on voyait bien les différences de conception et donc de fiabilité entre les deux modèles. Mais effectivement, malgré tout ses défauts c’était une voiture attachante comme on en fait de moins en moins.

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    1. Nabuchodonosor

      Ah oui, exact.
      Le Pitaine Jean-Bedel avait offert des diamants à VGE. En retour, il lui fallait montrer la largesse d’esprit du peuple français, en couvrant par exemple Brejnev de cadeaux.
      Tradition bien française, Pompidou avait auparavant offert à Leonid illitch, rien de moins qu’une SM.
      Bonsoir, Madame, bonsoir Mademoiselle et bonsoir Monsieur.

  6. Docteur_Oliv

    @Nabuleplusfort !
    Le SUV ( Sport Utility Vehicle ) existait déjà à la fin des années 70 dans les textes des Règlements de l’ONU à GENEVE en particulier la Pollution / Conso (Règlement 5)
    Création des USA le représentant Américain nous a expliqué les F150 et autres Broncos.
    L’idée générale était d’avoir des Seuils Pollution moins stricts pour les véhicules de plus de 2.5 Tonnes

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    1. Nabuchodonosor

      Le plus fort, le plus fort, pas si vite…
      Un rapide coup d’œil sur le web nous montre que la Rancho aurait bel et bien été exporté en Allemagne. Elle était vendue équipée, avec porte-skis et chaines à neiges fournies, car elle arborait crânement sur ses flancs le nom de la station Suisse de Davos, célèbre non pas pour y réunir une fois l’an toutes les deux chevaux abandonnées par la famille De-Vos, mais plus modestement le gotha mondial des influenceurs économiques… L’histoire ne me dit toutefois pas si elle fût vendue en Suisse avec un lederhose et une chope de bière grâce au naming avec Garmisch-Partenkirchen…
      😉
      Y’a-t-il un oin-oin dans la salle ?

  7. Nabuchodonosor

    Désolé de chercher à vous reprendre mon cher Maître, mais il me semble un tantinet franco français d’attribuer à la Matra-Simca Rancho la paternité des SUV, ne serait-ce que pour la simple raison que ces trois lettres, très usitées aujourd’hui, sont la contraction de trois mots anglais (remercions au passage la pertinence de nos amis québécois pour l’avoir traduit en VUS), alors que le véhicule n’a jamais été vendu, sauf votre respect, à l’export… Dans ce contexte confiné, le terme de précurseur du Ludospace, duquel nous sommes les champions incontestés, serait un chouia moins inexact.

    Ceci dit cela n’enlève rien à la formidable attraction qu’exerçait ce véhicule particulièrement chiadé esthétiquement, sur les foules d’adolescents qui bavaient littéralement dessus, je suis là pour en témoigner. C’était simple, le Rancho, c’était déjà l’Amérique !

    Il faudrait aussi, lorsque l’occasion se présentera, rappelez aux plus jeunes d’entre nous, ce qu’étaient ces magnifiques modèles sportifs trois places frontales que furent en leur temps les Matra-Simca Bagheera puis Murena…

    En ces temps de choc pétrolier et de chasse anti gaspi, l’agence pour les économies d’énergies martelait le slogan VGE à la télé : « En France on n’a pas de pétrole, mais on a des idées ».
    … Et Raymond de troquer sa deux chevaux contre une deux bœufs, la célèbre deux bœufs du père Devos (Deux Veaux), et nous de passer à l’heure d’été.
    😉

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    1. Dubby Tatiff

      Renaud, ne vous laissez pas impressionner par l’Anti-France qui sournoisement tente de saper les fondements de la France éternelle que vous défendez ; pays à la vocation Christique qui a tout inventé, comme chacun le sait.
      Cadillac est un village français, le Hamburger est un avatar du Pan Bagnat, le Pan Cake n’est qu’une crête bretonne hypertrophiée, le SUV est une version amerloque du Rancho qui nous revient avec 20 ans de retard sur son précurseur et les SUV Coupé du triumvirat teuton ont copié l’Avantime.

      Gloire à Philippe Guédon ! Gloire au génie français !

    2. Nabuchodonosor

      … Et la baguette fut dimensionnée pour impressionner l’étranger au jupon de nos galantes.
      Ben voyons…

      Le gaulois est arrogant et râleur, c’est là son moindre défaut.

      Déversant à longueur de journée sa gerbe de fumier sur ce carrosse tout en rotondité : « Trop gros, trop lourd, trop polluant, trop m’as-tu-vu… Allez bouges ton char eh, patate… »

      Mais lorsque s’agit d’en revendiquer la paternité, se grattant la couenne sous le béret, la mémoire filiale lui revient, comme par félicité.

      Objectant une histoire fumeuse, et peu importe si le cours en est inversé, voilà notre coq courroucé prêt à se quereller. Jurant, crachant sur la tête des siens, que ce sont bien évidemment les autres qui ont pompés.

      Ce gallinacé, un jour je me l’offrirais dans une cocotte à feu doux mijoté.

      Bon, assez causé. Marcel, alors elle vient cette tournée ?
      😉

    3. Jean Baluchon

      Les Matra Simca Rancho (1977 -1 979) et Talbot Matra Rancho (1980 – 1984) se vendaient très bien à l’export et plus de la moitié de la production partait en : Grande-Bretagne et Irlande (en conduite à droite), aux Pays-Bas, en Belgique, Allemagne, Autriche, Suisse, Italie, sans oublier les pays nordiques : Suède, Norvège, Finlande et Danemark….
      Production totale : 56457 exemplaires dans ne nombreuses versions : « Base », « X », « AS », « Grand-Raid », « Découvrable », « Loisir », « Midnight », « Davos », « PMR »…ainsi que des véhicules spéciaux pour GDF (détection des fuites de gaz), Pompiers, Gendarmerie, france-telecom, etc.
      Une Rancho a même participé au premier Rallye Paris – Dakar en 1979.
      Pour évoquer les trois clés, comme beaucoup de voitures des années 80, une pour le neiman, une pour les portes et le hayon et une autre pour le bouchon d’essence antivol.

      Beaucoup d’autres infos sur cette Matra sur les sites suivants :
      http://www.matra-passion.com/
      http://matra.rancho.free.fr/
      https://matra-rancho-1977-84.monsite-orange.fr/

      Club Matra Passion France

    4. Nabuchodonosor

      Merci d’éclairer notre lanterne, je savais que quelque chose clochait dans mes propos, mais je ne savais Pâquoi !
      😉
      Nab Urbi et Orbi

    5. Robin

      Alors pour ce qui concerne l’Allemagne, elle a bien ete exportee : 30 exemplaires a priori dument homologues de plusieurs versions, meme la X (!!), qui passent au Tuv, et dont ils restent une poignee devenue collectors chez eux.

      C’est rare evidemment et ca tape dans l’oeil des Allemands qui trouvent cela tres « exotique » (concept, finition, puissance, etc…).

  8. Paul

    Super souvenir que ce Rancho, enfant j’habitais à Poissy, donc on en voyait évidemment beaucoup. J’adorais cette auto au grand dam de mon père, alors cadre supérieur chez Simca-Talbot qui ne se serais jamais vu au volant d’un engin aussi rustre, Jolie consolation pour Noël, j’eu un magnifique set Joustra, les plus anciens se souviendront de cette marque de jouets français, Une Matra Rancho radiocommandé tractant un bateau, comble de l’ingéniosité le récepteur pouvait se démonter après avoir ouvert le coffre de la Rancho, pour se fixer au bateau.

    Mais la fiabilité aléatoire du jouet eu raison du bateau qui après un ultime tourbillon coula dans le lac d’Annecy.

    Anecdote authentique

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  9. Boxster.boy.paris

    C’est tout con, mais j’ai rêvé de cette voiture quand j’étais enfant… On a eu deux Simca 1100, c’est déjà ça !!
    😉

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  10. Georges Piat

    Elle n’était pas donné la Rancho, surtout pour un moteur aussi faiblard. Sans parler de la sensibilité au vent latéral.
    Je me souviens bien de cette voiture à sa sortie. On l’a remarquait avec son style très novateur et ses couleurs assez flashy pour l’époque.
    En « SUV sans le savoir », on a peut-être aussi le véhicule de loisirs Lamborghini Cheetah…

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  11. Docteur_Oliv

    Je commence par les 3 clés : Tellement peu d’argent chez « PSA » que le père d’un copain avit Des clés simca, Pentastar et autres pour sa 308 GT pourtant achetée neuve !
    Super décalé avec ses « GROS » pneus de 185 ( 155 sur une R16 TX ) mais c’est sur que SI elle avait eu une version 4×4 , le monde en eut été changé…
    Le Président est trop gentil : le bruit inimitable du moteur… on s’en rendait encore plus quand on avait 2 309 une avec le XU et l’autre avec le CHRYSLER finalement bien solide

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    1. Dubby Tatiff

      Il y avait également les clés Chrysler avec un embout en caoutchouc siglé de leur logo. Lorsque l’on retirait l’embout, on retrouvait une clé avec dessus l’hirondelle de Simca emboutie.

      Finalement moins grave que Aston Matin et ses clés Ford (ou Volvo, je ne sais plus).

  12. De Wispelaere

    Mr. Guedon a beaucoup profité de son séjour chez Chrysler…Quant aux pionniers du suv ce sont Chevrolet et Jeep .
    Pour le monospace, c’est Chrysler …
    Amitiés

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  13. Thierry

    La voiture des bobos avant l’heure … C’est vrai qu’il fallait comprendre à la fois le concept, et à la fois pourquoi il se vendait ?

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