Souvenirs d’Auto (256) : Galère enfumée au Maroc

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Merci à Gilles de nous faire partager ce « mauvais » moment….

C’était il y a tout juste 20 ans, j’en avais 26, célibataire, « noceur » et dans ma période « envie de découvrir le Monde »… Tout était prétexte, pour partir avec un bon copain, plutôt qu’en couple (j’avais raison, ce ne sont pas du tout les mêmes voyages….et en vieillissant, les occasions de partir en voyage avec son meilleur ami deviennent quasi impossibles)… Et je revenais d’une splendide expérience de 5 semaines à Bali avec mon meilleur ami… donc, ça me donnait des ailes pour recommencer.

Là, je pars avec un autre ami, moins proche, c’est surtout lui qui avait envie d’aller au Maroc, il me savait dispo, j’ai dit « pourquoi pas »… mais en fait, je n’étais pas si chaud…

Pour mon pote de l’occasion, les vacances rimaient pour lui OBLIGATOIREMENT avec « consommer les produits locaux »… Ça me mettait un stress, et ça me gonflait vraiment, car nous étions à l’étranger…. Refaire le remake bidon de « Midnight Express » ne m’enchantait pas du tout…

On passe les douanes sans heurts, on arrive chez le loueur le meilleur marché… On décide de prendre le minimum d’assurance, voire pas d’assurance du tout et la voiture la moins chère…(un hybride de Fiat Uno, en forme de poire…)

Bien entendu, on ne lit pas le contrat…

On signe, et on se fait la malle…. Pas fait 1 km, le freinage pas franchement top en arrivant au feu… La pédale inutile dans toute sa course, et le freinage qui arrive vaguement une fois le pied au plancher…

On se dit, optimistes: « on va s’y habituer »…

Eh ben, il nous aura pas fallu plus d’une heure pour connaitre les limites de cette voiture, et qu’on aurait mieux fait d’en choisir une autre.

On venait de visiter une plage sauvage non loin d’Agadir, et connaissant la route à l’aller, une loooooongue ligne droite, sur le retour je prends le volant, mon pote enfumant tout l’habitacle, je devais être sous effet malgré moi…

Je me dis « y’a personne, j’peux au moins aller à 100 »…. J’ai beau garder le volant bien droit… Elle tirait vers la droite… Et là!! Mon pote qui m’dit: « Attention, tu mords le bas côté »!!! Je rétablis le cap, et là je ne sais pas ce qu’il se passe !? mais la voiture se retrouve totalement à l’opposé, sur le côté gauche de la route !!

Voyant une voiture au loin dans le sens inverse… Là, je me dis « bon on arrête les c…. » et je freine!!! Et à ce moment là, les freins ne ralentissent pas et les roues se bloquent !

La voiture part en tête à queue, je sais maintenant ce que ça fait, quand on se trouve dos à la route et qu’on se retrouve de nouveau face, avec quasi le sourire aux lèvres, en pensant que tout va s’arrêter là et que c’était un mauvais moment à passer… Faut pas compter là-dessus, la voiture continue son embardée, suivi d’un second tête à queue… Là, je commence à me dire « c’est foutu… »

Moi, j’avais ma ceinture mon pote non….argh… Hormis l’impression, de refaire la scène de Michel Piccoli dans « Les choses de la vie », je n’avais plus le cœur à rire, la voiture finit par planter les deux roues coté gauche dans la terre meuble d’un champ en jachère…

Ce qui nous a sauvé inévitablement, je repense à l’unique arbre 100 mètres plus tôt qui nous aurait irrémédiablement tué…

Mais s’enchaîne un double tonneau, appareil photo et sacs à dos volant dans l’habitacle… Tout ça dure quelques secondes… Et c’est vrai: on a l’impression de tout vivre au ralenti…

La voiture s’arrête ENFIN !!!! Sur la tranche… Première fois que je sors par la fenêtre de la portière gauche comme si je sortais du toit ouvrant?!?

Hormis quelques égratignures…. On a RIEN?!?!

Je vois les villageois courir en panique, ils viennent à notre secours en pensant voir le pire…. Ils nous donnent de l’eau en s’occupant de nous comme de leurs propres enfants…

Un notable en Mercedes, avec 4 femmes à l’intérieur, s’occupe de tout, il appelle les secours avec son portable de l’époque, l’agence de location… leur met une pression telle, qu’on nous achemine une voiture nickel, et ça nous a couté tout juste la franchise… C’est à dire rien… Un truc comme 3500 francs… J’ai cru que ça allait me couter une voiture à rembourser, 50 ou 60.000frs de l’époque… 10000€ plus ou moins d’aujourd’hui… La voiture était ratatinée de partout

Je me suis senti très chanceux dans cette terrible mésaventure.. Il nous restait tout le sud marocain, on a parcouru 2 800kms la semaine qui a suivi, des routes de rêve, des paysages sublimes jusqu’à la vallée du Dadès pendant la floraison superbe des roseraies dont le parfum envoutant et quasi entêtant sous le ciel bleu…

S’égarer par bonheur dans le nord Atlas… Tout ça pour dire, que j’ai aimé ce pays comme jamais et les gens qui le peuplent.

Et j’adore avoir tort, et me rendre compte qu’il faut vraiment voir un pays, en profondeur dans son intégralité pour connaitre ses vraies facettes….

Et j’ai mis plus d’un an, avant de dire la vérité à mes parents, à mon père, que j’ai eu la chance d’éviter un arbre centenaire, et qu’ils auraient pu me perdre…

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos. On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

10 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Auto (256) : Galère enfumée au Maroc »

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  1. 24heures (X350)

    Il y a eu une double chance, au-delà de celle de l’arbre évité… C’est que le passager non ceinturé n’ait pas été éjecté pendant les tonneaux ce qui en général dans le meilleur des cas se traduit par de graves blessures, et souvent par le décès…

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  2. Nabuchodonosor

    Votre histoire plus que fumeuse Gilles, me renvoie au début des années 2000, lors de notre découverte du Maroc et traversées de l’Atlas du nord au sud entre Fès et Errachidia puis dans l’autre sens entre Ouarzazate et Marrakech par le Tizi N’Tichka sur des routes superbes, en 306 tri-corps de location. Me reviennent entre autres, les paysages somptueux des gorges du Todra et du Dadès et l’accueil des autochtones par le rituel du thé à la menthe.

    Mais aussi un lamentable plantage dans un banc de sable quelque part sur les dunes de l’Erg Chebbi à Merzouga au sud d’Erfoud ou de l’Erg Chegaga au sud de Zagora, je ne sais plus.

    Sur de ma conduite en toutes circonstances, et pour tout dire par peur de devoir lui refiler un gros bakchich, je n’avais pas laissé le soin au guide de prendre le volant. En retour et probablement pour m’en remercier, il nous fit passer par des pistes plus que douteuses jusqu’à l’abord de ce fameux fech-fech que je n’avais évidemment pas vu. A l’abord de celui-ci Il me fit stopper le véhicule et demanda à ma petite famille d’en descendre. Puis il me prodigua son bon conseil : « Ti mets la deuxième et ti roules gentiment sur le couple moteur sans accélérer, sans accélérer hein, Gazou… ».

    Je m’exécute et vois s’éloigner tous ce petit monde dans le rétroviseur non sans remarquer le sourire en coin de notre guide. Soudain je sens la bagnole doucement s’enfoncer dans le sable. Par réflexe j’ouvre en grand les gaz en jouant avec l’embrayage mais rien n’y fait, le moteur s’étouffe et la Peugeot se pose comme une fleur sur le sable me laissant là, comme un con. Bien entendu, il n’y a aucun autre véhicule à la ronde pour nous tirer de ce mauvais pas, nous ne sommes pas équipés de sangles et encore moins de plaques de désensablage…

    Le guide réapparait dans le rétroviseur, tout sourire… « Ti sors et ti me laisse faire, Gazou ».

    Il passe la première, ressort de la voiture, passe les deux bras par la vitre de portière ouverte, la main gauche tenant fermement le volant, la droite maniant la clef de contact. Et là je vois notre brave Peugeot, vide de tout occupant, s’ébrouer et avancer par saccades, le guide semblant marcher à ses côtés les avant-bras à travers la portière… Quelques poignées de secondes plus tard la guimbarde est à nouveau sur le sol dur. Grand moment de solitude devant ma femme et les enfants…

    De retour au campement le soir, je me verrai me délester du pourliche Royal tant attendu, sans toutefois un regard ni un remerciement pour la leçon… Enfin quoi, merde…
    Mes respects…
    😉

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    1. Nabuchodonosor

      3 jours de quoi ?
      … De souvenirs d’auto sauvages ???
      Je crois que je peux tenir 3 semaines sans m’arrêter, Commandant…
      Euh… A vos ordres, mon Commandant.
      😉
      2èmepompeaucul, Nabu

  3. Pierre_

    On est 2 potes, même passion, même envie
    Direction l’Afrique du nord, le désert
    On loue une caisse rincée, on la casse
    Retour au bled, toujours debout.
    Un souvenir rock’n’roll !

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  4. chapman

    J’ai fait Marrakech, Essaouira avec une Kia Picanto de location exsangue il y a une dizaine d’années. Mon grand père m’a appris la route en conduisant ( très vite ) comme si un éléphant pouvait apparaître au détour d’un virage. Ça m’a bien servi. Je n’ai pas vu d’éléphants mais des chameaux, des chèvres, des trous, des ânes des gendarmes marocains avec « les jumelles de Sarkozy  » . On était en juin, on a essuyé un orage comme ils n’en n’avaient pas vu depuis un siècle avec un cours d’eau qui s’est formé en travers de la route et qu’il a fallu franchir…..
    J’ai adoré mon séjour Marocain… Vraiment ! C’est un souvenir impérissable. Et la courageuse petite Kia nous a ramener à bon port.

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  5. Docteur_Oliv

    Je vois bien ton auto ! j’en ai laissé une sur la route d’Agadir à Marrakech dans une remorque agricole attelée à un Tracteur et arrêtée, sans lumière, à cheval sur le bas côté….
    La seule « adaptation » du loueur des pneus à profil Neige et dur comme du bois permettant un freinage limité….
    Heureusement que mon ami Gérald avait eu l’intelligence de mettre les cactus sur le plancher ! au départ ils étaient sur la plage AR !!

    PS : Bravo Renaud pour garder ta fille à cause de la Grève

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  6. Thierry

    J’en ai fait de la Uno poire en Tunisie avec 950.000 kms au compteur ! Toujours impressionné …
    En tout cas un excellent souvenir avec le recul nécessaire.

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