Les amis de l’Ami sont mes amis

Par Patrice Vergès. Fréderic aime autant les Citroën Ami 6 puisqu’il en compte quatre que les chats au nombre de neuf. Certaines sont en attente de restauration alors que la 1967 essayée laisse encore deviner sa couleur d’origine 53 ans après….

« J’aurais voulu être mécanicien de vieilles voitures » avoue Fréderic dont ce n’est pas du tout la profession. « J’aime les bicylindres car pour moi, ça me semble plus facile à réparer en essayant de faire tout moi-même aidé par mon ami Franck. Je n’ai pas d’affection particulière pour la 2 CV ni la Dyane ni l’Ami 8. Je préfère l’Ami 6 certainement pour sa ligne baroque, le magnifique dessin torturé de son capot, la forme de ses ailes avec une préférence pour la berline même si j’ai quatre breaks. Nous allons essayer aujourd’hui la 1967 dont la peinture d’origine est rouge Coraline. En revanche avec Franck, nous avons refait le moteur, la suspension et les freins, tu vas voir, elle marche très bien » rajoute-il certainement pour me rassurer face à mon air sceptique au vu de la robe fanée de sa voiture hésitant entre le mat et le brillant et le décoloré.

Si l’Ami 6 Break de Fréderic est en bon état mécanique, son rouge Coraline datant de 1967 en voit de toutes les couleurs.

Par sa meilleure praticité avec son hayon et sa forme moins torturée, le break a représenté la majorité des ventes de l’Ami 6 dès fin 1964

Voiture la plus vendue en France en 1966

Avant de monter dans son break Ami 6, bref retour sur l’histoire de cette berline dérivée de la 2 CV qui a vu le jour en avril 1961 et fut produite jusqu’en mars 1969. Dessinée par Flaminio Bertoni l’auteur de la DS, l’Ami 6 se distinguait par ses phares Cibié rectangulaire qui étaient une nouveauté en France et sa fameuse lunette arrière inversée sensée améliorer l’habitabilité à l’arrière et la laisser immaculée sous la pluie.

Citroën présenta l’Ami 6 comme une petite DS mais elle était plus proche de la 2 CV dont elle empruntait la plate-forme et le moteur poussé à 602 cm3 et 22 ch SAE. Si elle séduisit par son confort et son économie d’usage, elle désenchanta par le dessin de sa lunette arrière inversée, ses faibles performances (105 km/h) et son prix élevé équivalent à celui d’une Simca 1000.

Fin 1964 Citroën dévoila une version Break dont silhouette plus consensuelle lui fut préférée puisqu’elle représenta la majorité de ses ventes. Citroën l’améliora en augmentant notamment plusieurs fois sa puissance qui grimpa à 25 ch SAE en 1964 puis 28 ch fin 1967 et enfin 35 ch mi 1968 pratiquement avec un nouveau moteur de toujours 602 cm3 refroidi par air.

Poussé à 602 cm3, le flat-twin a vu sa puissance grimper de 22 ch à 35 ch de 1961 à 1968. On remarque les tambours à ailette en sortie de boîte

L’Ami 6 séduisit tant les Français qu’elle fut la voiture la plus vendue en France avec 180 000 unités en 1966. Lorsqu’elle fut arrêtée, elle avait été produite à plus d’un million d’exemplaires auxquels il faut rajouter 755 000 Ami 8 qui était une Ami 6 redessinée avec une ligne fast-back tandis que le break conservait le dessin de la précédente.Le millésime 1967 bénéficia d’une insonorisation améliorée, d’une calandre redessinée et d’un circuit électrique 12 volts plus quelques autres bricoles.

Une odeur si caractéristique

l’Ami 6 fut la première voiture française à offrir des phares rectangulaires

La version Club plus richement équipée ne se caractérisait pas ses doubles phares

Il y a plus de 40 ans que je n’étais pas monté dans une Ami 6 et j’ai eu du mal à m’inscrire à l’intérieur. Ce qui est étonnant aujourd’hui, c’est l’étroitesse de la caisse (1,52 m) et l’odeur très caractéristique de l’habitacle qui m’est brusquement revenue au nez des dizaines d’années après. Étrange.

l’Ami 6 reprenait le grand volant monobranche type DS et aussi les poignées de portes intérieures de l’ID

La commande de boîte est la même que celle de la 2 CV avec une grille qui ne s’oublie pas. Le démarreur est encore à tirette !

Fréderic prend le volant curieusement trop horizontal exigeant une position de conduite très particulière alors que tous les souvenirs se bousculent dans ma mémoire ; le hululement si particulier du démarreur identique à celui de la 2 CV comme le bourdonnement du petit flat-twin qui se fait volontiers entendre. En bon état mécanique, l’Ami 6 étonne par le moelleux de sa banquette, le dodelinement de sa suspension qui avale les bosse et la gite importante qu’elle prend en virage où l’on bascule sur le conducteur. Il fait une chaleur d’été en cette fin octobre et il fait vite très chaud à l’intérieur car les glaces seulement coulissantes aèrent mal l’habitacle.

Mon père en a eu une, mon grand-père aussi !

L’Ami 6, c’est comme la 2 CV, on ne reste jamais seul lorsqu’on s’arrête. On vous adresse des questions ou vous raconte qu’on en a possédé une dans sa jeunesse ou bien que c’était la voiture de son père ou son grand-père. En deux heures de temps, nous avons croisé pas moins de deux possesseurs d’Ami 8 !

Quand on aime les Ami 6, on ne compte pas. Deux autre Ami 6 l’attendent

Fréderic est en train d’achever de restaurer une Ami 6 1968 qui ne roule pas encore mais qui est esthétiquement beaucoup plus attirante que la 67 au niveau de la carrosserie repeinte.  » C’est la version luxe Club qui possède quatre phares, des baguettes latérales et des enjoliveurs de jantes et des sièges séparés et des accoudoirs. Elle a un moteur pas d’origine poussé à 35 ch (125 km/h) avec un carburateur double-corps mais bien plus fragile d’après les spécialistes ».

Après celle-ci, deux autres l’attendent au fond du jardin. En attendant, Fréderic sort sa voiture le dimanche pour aller se balader ou aux réunions du club dont il fait partie. S’il dénichait une belle berline Ami 6, je ne vous étonnerai pas en vous avouant qu’il se laisserait certainement tenter de même que s’il trouvait un chat abandonné, il viendrait sûrement tenir compagnie aux neuf autres !l

Lancée en avril 1961, la ligne originale de l’Ami 6 à la lunette inversée ne fit pas l’unanimité

L’avis des Petits Observateurs !

11 commentaires au sujet de « Les amis de l’Ami sont mes amis »

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  1. chapman

    Elle faisait tellement plus cossue que la deux chevaux. On l’imaginait bien plus solide. Gros travail sur la qualité perçue que l’on ne nommait sûrement pas ainsi à l’époque. Le coup des éléments identiques aux DS et ID, c’était risqué.
    Mon truc favori sur les citrons de la grande époque c’est le gros voyant rouge conique. Celui là je l’encadrerais volontier pour le mettre dans mon salon…. Bon ok chéri, dans mon bureau….

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  2. Pierre_

    En version break il y en avait deux dans la famille. Bon souvenir.
    Nous partions à la pêche avec mon père et mon oncle, parfois on coupait par les champs, grand moment.
    Une Voiture qui gigottait tout le temps. Une auto à ressorts très marrante.
    Quant à la berline, non, vraiment.. non!

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  3. Dubby Tatiff

    On aimerait au sujet de la berline, citer Francis Bacon et sa fameuse phrase : « Toute beauté remarquable à quelques bizarreries dans ses proportions. »

    Mais non, ça ne fonctionne pas 🙂

    Elle est moche et on l’aime parce qu’elle est moche. C’est ainsi.

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  4. Nabuchodonosor

    Malgré leur profil dynamique les montants de portes ne feraient pas un pli aujourd’hui au test du retournement…
    Je me souviens, gamin, en avoir vu une sur le toit, toit qui s’était aplatit et emboutit dans la ceinture de caisse au millimètre de sorte qu’il ne restait qu’une boite rectangulaire presque parfaite. Les montants s’étaient repliés à l’unisson et avaient totalement disparu. Ce n’était pas l’œuvre de César mais le minot s’en inspira certainement à l’époque.
    En revanche on ne m’a jamais conté ce qu’il était advenu des amis de l’Ami à l’issue de leur tonneau…

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  5. Georges Piat

    Ah, l’Ami 6 ! De bons souvenirs et un confort incroyable. Tu arrives sur un chemin de terre et tu ne sens rien du tout.
    On ne l’a pas gardée très longtemps car mon père a eu peur pour sa petite famille. On a reçu une arrivée de fonds et le break Volvo était bien plus sécurisant (on dit « secure » maintenant !).
    Un petit bruit de moteur qui ronronnait, comme ma BM flat d’aujourd’hui !

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    1. Georges Piat

      PS : je crois bien que Citroën avait pompé le coup de la lunette arrière sur la Ford Anglia… Si ma mémoire est bonne.

  6. Neufcentdixespada

    Lointains souvenirs de celle que l’on nommait la trois chevaux…le copain Jean -Mich de mon oncle en avait une ,un break vert sapin,sans banquette arrière,pour pouvoir enfourner le plus de chargement possible et si le besoin de transporter un gamin ou deux se faisait sentir ,on se glissait dans la « soute » au milieu d ‘un capharnaüm de pieces de bobinages electriques,de bois coupé etc etc … et il n’était pas rare de rouler le hayon ouvert ,dans les chemins cornouaillais , si la longueur de la cargaison ajoutée a la présence des marmots l’imposait… autre temps(Pardon,.souvenirs pirates ,commandant Chatel!!)

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  7. Thierry

    Mon papa avait la même qu’au dessus, berline blanc crème modèle 1966, sièges rouges foncés, j’ai encore la plaque en mémoire : 676-JC-03.
    Le soir de l’achat il a crevé en roulant sur une fleur en plastique, avec une tige en métal, qui est venue percer le Michelin sur le flanc !
    Les dimanches il sortait la banquette dans un champ, et pendant que nous jouions aux boules, ou au ballon, maman assise lisait son « Jour de France ».
    Que de souvenirs …
    Après la 6 il commanda rapidement une Ami-8 pour avoir la dernière évolution.
    Autant avec l’Ami-6 il eut quelques soucis de fonctionnement, de crevaison ou d’accrochage, autant la 8 tourna comme une horloge !

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  8. Serge

    Beaucoup de souvenirs de mon enfance me sont revenus en lisant cet article. Mon père en avait une de la même couleur mais en berline. Une voiture que je détestais et qui me donnait envie de vomir en virage !

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