Souvenirs d’Autos (243) : Une Delahaye, ça vous marque à vie

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. L’excellent Georges Piat, Golden Member de POA, est de retour. Et je lui dis : « Merci pour ce moment… »

Été 83. je suis au Grand Prix de l’Âge d’Or, autodrome de Montlhéry. J’accompagne un carrossier, restaurateur d’automobiles. Il est venu concourir avec une magnifique Delahaye  MS135 coupé sport pour le compte d’un riche collectionneur. Ce dernier, qui n’a pas vu l’auto depuis sa restauration, est ébloui par la qualité du travail.

  • C’est  du niveau Lecoq ! lance-t-il.

On ne peut pas faire mieux comme compliment, Lecoq est considéré comme une sommité dans le monde de la carrosserie.

  • Les commissaires passent dans les allées, détaillant scrupuleusement chaque voiture. La Delahaye sera primée en fin de journée. Je fais de nombreuses photos au 85 mm, focale idéale pour ne pas déformer une auto. Mes images serviront à l’élaboration d’un catalogue. Mais le plus beau m’attend.

En fin de journée, nous ramenons la voiture en Vallée de Chevreuse. Je suis en place de gauche, le volant étant à droite comme à l’époque. Le démarreur lance le six cylindres qui rugit instantanément. Le bruit de l’embrayage me rappelle furieusement celui des vieux autobus parisiens. La comparaison fait bien rire mon chauffeur. La boîte Cotal électromagnétique semble un régal. En effet, il suffit de déplacer un petit joystick pour changer de vitesse.

  • La fine aiguille du compteur flirte maintenant avec les 80 km/h et le paysage défile au dessus des ailettes du capot. J’apprends d’ailleurs que ces dernières sont « repoussées » à la main. Et oui, nous circulons à bord d’une carrosserie signée Henri Chapron, quand même !

Cette voiture a une âme, elle vit. Et tout au long du parcours, les gens le ressentent bien, je ne compte plus les pouces en l’air et les appels de phares. On est dans une machine à remonter le temps et on est en… 1947.

  • Je n’ai jamais connu cela auparavant, c’est magique. Ah si une fois, je souviens, une Phantom VI au bord du Léman…

 Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos….  On adore ça chez POA !          Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

16 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (243) : Une Delahaye, ça vous marque à vie »

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  1. Mat Ador

    Le Delahaye présentée est de 1947, c’est écrit. Ces véritables orfèvres qui proposaient leurs belles carrosseries haute-couture sur la base d’un châssis ont disparus un peu plus tard, à l’aube des trente glorieuses.
    Depuis lors, les grands industriels du « prêt à conduire » automobile, n’ont eu de cesse de standardiser, partager, fusionner, réaliser des économies d’échelle pour quasiment aboutir à ne proposer aujourd’hui qu’une plateforme commune à l’ensemble de leur gamme (MQB pour VAG, TNGA pour Toyota…).
    Lorsque l’on compare les deux époques distantes de ¾ de siècle, on se demande ce que la démocratisation a apporté puisque on a toujours d’un côté une base et de l’autre les multiples variantes…
    A méditer.

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  2. MF67

    Quand même, je crois que l’on n’a jamais fait plus beau que ces carrosseries « haute-couture » des années 20-30, tuées par la nécessité de la production en grande série, et par la planification de la construction automobile de l’après-guerre.
    Seul Facel s’y est essayé ensuite, avec la réussite stylistique (mais pas économique…) que l’on connait !

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  3. Nabuchodonosor

    Mon cher Georges,
    Etes-vous certain, avec le recul, d’avoir bien analysé ces gestes que vous nous décrivez comme acclamations?
    En 1983 déjà, les appels de phares des automobilistes comme les pouces en l’air dressés sur le bord de la route étaient monnaie courante mais je leur ai connu toutes autres significations…
    Plus jeune, j’ai du reste longtemps pratiqué l’un ou l’autre selon le véhicule dont je disposai alors. Par solidarité bagnolarde lorsque à bord d’une automobile je pouvais m’endormir le soir dans des draps, par nécessité lorsque, chaussé d’une simple paire de baskets, j’étais disons, un peu plus près de la paille que des étoiles…
    Rassurez-vous, si je vous titille c’est parce que je suis jaloux.
    Pas sûr que j’eus été capable de la moindre réaction si j’avais eu la chance en 1983 de croiser ce chef d’œuvre, j’allais dire de carrosserie française… Mais en l’occurrence je crois reconnaître l’œuvre du carrossier Argovien Langenthal, qui n’aurait dit-on, habillé que deux châssis de 135 MS et qui se destinaient d’abord à des cabriolets… En effet, Fritz Grogg s’était spécialisé dans les cabriolets, mais sur base de traction Citroën…
    Tout cela, pour vous dire que votre histoire est formidable, pour vous remercier de ce retour dans le temps et, pour rappeler aux plus jeunes que ce n’est pas le Doc’ ni Marty Mc Fly qui sont aux origines du Flux Capacitor ou Convecteur Spatio Temporel en français dans le texte; D’autres y avaient pensé avant.
    😉
    Appel de leds aujourd’hui, avec bien sûr, tous mes respects au Commandant.

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  4. Pierre_

    DeLahaye, grande marque de l’automobile française. Après avoir vu plusieurs modèles exposés à Lyon il y a 3 ans, je fus saisi par leur beauté incomparable, je découvrai véritablement la marque cette année là. Je me procurai par la suite le livre -Figoni&Delahaye (éditions etai)-. Une immense découverte.
    A la lecture de votre souvenir Georges je plonge à nouveau dans le bouquin, et la Belle 135 que vous évoquez me laisse sans voix. Vous ravivez je pense, le rêve de chacun de monter à bord un jour.
    Un grand plaisir. Merci.
    https://www.editions-etai.fr/marques-francaises/830-figoni-delahaye-la-haute-couture-automobile-9782726896761.html

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  5. Vincent

    C’est un choc esthétique comme je n’en pas eu depuis la première fois que j’ai vu une XK150, une Type E ou une Corniche (toutes trois dans leur version cabriolet), voitures qui m’ont marqué à vie. Cette Delahaye rejoint mon Panthéon automobile. Elles sont 4 désormais, aussi désirables qu’intouchables pour moi.

    A une Delahaye

    La rue assourdissante autour de moi hurlait.
    Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
    Une Delahaye passa, d’une roue fastueuse
    Soulevant, balançant l’échappement et l’aile;

    Agile et noble, avec sa mascotte de statue.
    Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
    Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
    La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

    Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
    Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
    Ne te verrai-je plus que dans l’éternité?

    Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
    Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
    O toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

    Adaptation paresseuse ..

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  6. Robinson

    Sublime auto, modèle unique, elle a probablement été re-carrosséebien après 1947 , son style n’ayant pas les traits de style des ateliers Chapron. Ses larges vitres de custode et sa lunette arrière bombée m’interrogent. Bien qu’elle existe, elle ressemble à un mélange Chapron-Franay-Figoni-Letourneur et Marchand et autres.

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  7. Ju44

    Quelle beauté… C’est remarquable. La ligne parfaite, qui ne dégage que du charme et une impression de perfection. Sublime…

    Une oeuvre d’art à ne pas stocker dans son garage, mais à exposer dans son salon !

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  8. chapman

    Quand on pense à ce savoir faire Français dans le haut de gamme, ces grandes marques disparues, assassinées par le système de taxes….. Je me demande parfois pourquoi cette haine du prestige ?
    Les derniers à avoir essayer c’est Facel Vega….
    Bon je vais chercher les kleenex.

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    1. Ju44

      Il y a eu les Monica et notamment la 560 également, des lignes somptueuses au début des années 70, avec des carrosseries à faire pâlir une Lamborghini Espada et des intérieurs digne de Bentley. Et en plus motorisée par un big block américain qui respirait la fiabilité… ça aurait dû être un succès fou!

    2. Robinson

      Face aux vieillissantes et coûteuses Delahaye, Delage et Bugatti 101, il y avait les américaines, Cadiilac, Lincoln et Chrysler, mieux équipées, plus puissantes et dotées de carrosseries plus modernes.

  9. Docteur_Oliv

    MAGNIFIQUE SUPERBE…
    Le 1er qui demande si ça se gare facilement ou Combien ça consomme est Dé-gra-dé
    Merci pour ces souvenirs qui égaillent nos journées moroses

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