Souvenirs d’Auto (239) : Tu n’es pas mort patron ?

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette aventure palpitante et angoissante m’est envoyée par Alain que je remercie pour sa fidélité à cette chronique.

 1975.   J’ai 24 ans, jeune Architecte d’intérieur, je suis en mission pour 3 ans à Yamoussoukro (Côte d’Ivoire), salarié dans un bureau qui travaille pour les grands travaux qui préparent la visite du Président Giscard d’Estaing en janvier 1978.

Toute la ville est en effervescence, car on construit énormément et nous sommes plusieurs équipes de Français qui travaillent au Palais du Président Houphouët Boigny, la vie est réglée par l’avancement des travaux, les allers retours entre Abidjan et Yamoussoukro et les visites du Président sur ses chantiers où nous devons tous être présents…

  • Pendant quelques rares périodes de calme, nous en profitons pour aller visiter le pays.

Cette année là, aux alentours de Pâques, beaucoup de gens sont en vacances et mon ami Gérard qui peint des décors de faux marbre et de feuille d’or au Palais doit attendre du matériel de France pour continuer, il en profite pour aller se balader dans le Nord du pays avec sa copine, direction Bouna et le parc de la Comoé à environ 250 km de Ferkéssédougou c’est à dire au bout du monde!

  • A cette époque pas de téléphone portable bien sûr et souvent pas de téléphone tout court… seule “radio-trottoir” marche bien (le charme de l’Afrique).

Le point de rendez vous de tous les gens du bâtiment (entre autres locaux et expatriés) en ville est le motel AGIP (station service, garage, hôtel, restaurant) où le patron fait une délicieuse cuisine Française et sa femme, magnifique blonde, devenue une amie est notre grande sœur à tous.

  • Comme je suis bloqué dans l’attente du Président, j’y vais boire mon café et voir qui est resté là…

Grand accueil joyeux d’Yvon LB (l’ainé des entrepreneurs, en Côte d’ivoire depuis 30 ans) et de quelques autres têtes connues: “la radio de Ferké nous a appelée matin, ton ami Gérard à eu un accident, sa voiture est dans un fossé, il est à l’hôtel à Bouna et il t’attends pour que tu les ramènent!!!” (seul moyen de communication avec les villages du nord, 3 communications radios par jour!)

  • Grand moment d’interrogation, je ne suis là que depuis quelques mois et ne sais pas trop quoi faire! d’autant plus qu’après Ferké, 80 km de piste m’attendent…

Alain tu doit y aller, si le Président te demande on lui expliquera!!! part tôt demain matin et on vous attends dans 48 heures…

  • Je fais vérifier ma voiture (magnifique Toyota…. achetée d’occasion a Abidjan par mon boss), prépare mes bagages, me couche tôt pour un lever à 5 heures. Bouaké, Katiola, Ferké, plus de 300 km et au moins 6 heures de route plus les impondérables…

Je ne m’en sort pas mal et arrive a Ferké vers 13h, a moi la piste!

  • Les paysages du Nord sont fantastiques, ici c’est la savane arborée, grand soleil, le nuage de poussière derrière ma voiture lancée autour de 100km/h (il faut rouler au-dessus de 80 sur la piste si ont veux éviter l’effet “tôle ondulée” la bande son de Jonathan Livingstone le goëland (Neil Diamond) sur ma super cassette (cartouche), j’assure en réussissant à doubler quelques véhicules lents et puis enfin une Land Rover de la réserve qui me laisse passer gentiment en haut d’une petite côte…

La piste sinueuse se dévoile sur plusieurs kilomètres, pas un arbre, le paysage de latérite est magnifique, j’arrive dans moins d’une heure c’est sûr!!!, j’enfonce la pédale – 110, 120 – en pensant à ces pilotes du Bandama qui roulent sur ces pistes a plus de 130!!!, bon ça va quand même très vite et je lève le pied a cause d’une bosse, une grosse bosse, et là, je ne sais pas ce qui se passe, j’ai l’impression qu’un géant fâché me soulève brutalement l’auto par l’arrière et m’envoi valser dans le décor! je ne comprend rien, c’est juste violent, j’entend des craquements (les os de mon crâne surement), et tout s’arrête brutalement, j’ouvre les yeux, je ne vois que du rose, je suis sûrement mort!!!

  • mais même mort je dois m’extirper de cette voiture qui risque d’exploser, alors je défait ma ceinture, pousse violemment de l’épaule la porte et saute……pour me retrouver à plat ventre en train de manger la poussière!!!

Je ne suis pas mort, je me relève pour constater le ridicule de la situation: je viens de faire un tonneau tout seul, et la Toyota à atterri sur ces roues, le nez dans le seul papayer du coin et je me trouves très con en constatant qu’une roue a l’air vraiment cassée et que je ne vais pas pouvoir repartir!!! Le temps de vérifier que je suis entier sous la couche de fine poussière rouge qui retombe et dont je suis maintenant vêtu, je vois la Land s’arrêter et son chauffeur Ivoirien courir vers moi en criant “patron tu n’est pas mort?”…

  • Une heure plus tard il me déposait a l’hôtel où mes amis furent si surpris de me voir dans cet état et ne croyais pas a mon histoire de tonneau…

Pour terminer cette histoire, nous avons tenté (et réussi) de la rendre crédible auprès du loueur de la voiture de Gérard (qui avait fait une sortie de route en voulant éviter un animal!) nous avons fait un constat amiable où tout était vrai à part les 80 kilomètres qui séparaient les voitures!!!

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA 

L’avis des Petits Observateurs !

15 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Auto (239) : Tu n’es pas mort patron ? »

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  1. chapman

    Toyota était déjà le roi de l’Afrique dans les seventies ? Je croyais Peugeot encore sur le trône à l’époque !
    J’ai un ami qui perdit sa jeune femme fraîchement épousée lors de son passage au Sénégal (si mes souvenirs sont bons) . Il y faisait son service obligatoire sous forme de coopération. Un accident de piste dont je n’ai jamais eu les détails, une collision avec un camion je crois….
    Les « bonnes étoiles » ont trop de travail pour sauver tout le monde.

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  2. Georges Piat

    J’ai déjà entendu ce genre d’accident, visiblement les voitures volent bien en Afrique !
    Merci pour l’histoire, on a bien le sentiment d’y être.

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    1. Alain L

      Sûrement a cause de cette expression locale polythéiste (avec l’accent) : « Dié est grrrand, seul lui connaît! »

      Alain L

  3. Nabuchodonosor

    Aaah, lascive et envoûtante Afrique. Votre histoire au demeurant très belle Alain, me rappelle cet autre univers de la route que je découvrais, jeune gazou, au Sénégal entre Saint-Louis et Ziguinchor. Ces taxis-brousse bondés, les gens, les enfants, les animaux sur la chaussée jusqu’à ces chauffeurs de camion-citernes percées, parfois allongés à même la voie pour réparer ou changer une roue. Et encore, de jour ça allait à peu près, mais la nuit tombée, c’était toujours le même topo. Personne n’avait de lampe et tout le monde était sur la route.
    Inconscience ou naïveté ? Le mystère pour moi reste entier.
    Faites-moi penser à en toucher deux mots au Commanche pour un prochain SDA.
    😉
    Avec mes respects du vendredi, pardi !

    Nabubissap

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    1. Alain L

      Merci de votre intérêt, en Côte d’ivoire les taxis-brousse déglingués avaient des noms peints à l’arrière: « s’en fout la mort, a la grâce de Dieu… » et les grumiers souvent dans le fossé!
      Les accidents n’étaient pas si fréquent que ça après tout, les esprits de la forêt devaient veiller…
      Salut du samedi
      Alain L

    2. Nabuchodonosor

      M’ENFIIIIN ?!?
      J’ai même pas commencé.
      … Pis d’abord Commandant, c’est d’la faute d’Alain… Na… Mmmhf, scrongneugneu… Un peu de la vôtre, donc…
      🙂

  4. Gran Turisto

    Les dieux sont tombés sur la Toyota…
    Ambiance de Bandama et de Françafrique, on y était presque… Je crois que j’ai même senti la voiture décoller…

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  5. Olivier

    Les dieux de l’Afrique était avec vous. Etant donné la sécurité passive des voitures de l’époque, vous auriez pu être sérieusement blessé.
    Rouler vite sur les pistes africaines. Cela doit être quelque chose quand-même. Les sensations, les paysages, l’atmosphère…

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    1. Alain L

      Le conseil des vieux briscards était: roule vite, si tu as un accident ici, la mort vaut mieux qu’un fauteuil roulant!!!.
      Ça faisait froid dans le dos, et puis, comme tout le monde on a appris…

      Alain L

  6. Pierre_

    Cette course automobile contre la montre pour aller au secours d’un ami au cœur de l’Afrique des années 70 aurait pu tourner au tragique. Bonsang quel Souvenir !
    Merci Alain pour votre récit.

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    1. Alain L

      Bizzarement, nous étions acclamés par les villageois qui trouvaient qu’on roulait « avion par terre », entre deux villages, de mes trois ans en C.I a cette époque personne n’est mort sur la route…

      Alain L

  7. Huiledecannes

    Moi aussi à 18 ans j’ai pensé à sortir de la voiture rapidement, avant qu’elle n’explose, après un tonneau à 40 à l’heure…
    Mais voilà dans la vraie vie la voiture n’explose pas !
    C… de séries américaines qui ont bercé notre enfance 🙂

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    1. Alain L

      Réflexe idiot je sais, et dans mon cas je me suis senti vraiment bête a plat ventre dans la poussière de latérite!!!
      Alain L