Lancia Fulvia Rallye 1300 : un régal à piloter

Patrice Vergès. En 1972, le constructeur Lancia remporta le championnat du monde des marques en rallyes avec la Fulvia. POA vous invite à découvrir un coupé Fulvia préparé pour la course.

Enserré dans son baquet intégral, Christophe chauffe la mécanique avant de la faire grimper dans les tours. Le minuscule V4 couché à l’avant alimenté par des carburateurs deux fois plus gros que lui, brame déjà très fort avant d’aboyer autour de 5 000 tr/mn. « J’aurais préféré une version 1600 plus puissante que ma 1300 mais je n’aurais eu aucune chance contre les Porsche » explique-t-il. Christophe court en rallyes de régularité VHRS qui ne sont pas des promenades de santé dans le spéciales. L’année dernière, il avait fait découvrir aux lecteurs de POA sa Cortina Lotus revendue au profit de cette Lancia sur laquelle il ne tarit pas d’éloges.  » La Lotus qui était une propulsion n’était pas faite pour les rallyes, très délicate à piloter avec l’autobloquant et la faible adhérence de l’essieu arrière. Au contraire, la Lancia a une tenue de route extraordinaire, plus efficace et bien plus facile à conduire. Il suffit de bien tenir son volant qui est ferme et elle passe toute seule dans les virages comme accroché à la route à une vitesse impressionnante. Un vrai jouet ».

Le coupé Fulvia se distinguait par la fluidité de sa silhouette longue de 3,97 m

Cette version   course se distingue par son absence de pare-chocs comme la HF, ses élargisseurs d’ailes et ses jantes larges en alliage de 175X14

La reine des rallyes

On peut le croire puisque le coupé Lancia Fulvia a accroché un fabuleux palmarès en rallye entre 1967 et 1974 avant de laisser la place à la Stratos en remportant de nombreux rallyes du championnat du monde principalement avec Sandro Munari et Harry Kallstrom.

Pourtant au départ, cet élégant coupé dérivé de la Berline Fulvia n’avait que l’ambition de concurrencer le coupé Alfa Romeo Bertone 1300. Le miracle d’un châssis raccourci, d’un rapport des masses générant une formidable tenue de route de traction avant, incita Lancia à élaborer une version affutée et allégée (ouvrants en aluminium) baptisée HF pour Haute Fidélité qui atteignit gaillardement 160 chevaux en compétition en fin de carrière. Le coupé Fulvia compensait sa puissance qui n’était pas extraordinaire par sa grande maniabilité et son excellente tenue sur la neige.

Le petit V4 de 1298 cm3 à une seule culasse est incliné à 45 degrés vers la gauche. Les deux carburateurs Weber de 40 sont plus volumineux que lui.

Habitacle d’une voiture de course ; pédalier allégée, baquets, petit volant.

 

Autour de 115 ch en 1300

Malgré sa silhouette de HF (pas de pare-chocs) la Fulvia de Christophe n’en est pas une. C’est une 1300 Rallye S de 1970 première série (ancienne calandre) qui délivrait originellement 90 chevaux qui l’entraînaient à 170 km/h. Sa voiture a été préparée pour le rallye avec une suspension retravaillée (essieu rigide à l’arrière), caisse allégée au maximum (garnitures et sièges enlevés) et un moteur revu gavé par des Weber de 40 contre 35 de série qui doit livrer autour de 110/115 ch.

Serré dans mon baquet, encerclé de l’arceau cage, les pieds coincées par l’extincteur avec toute l’encombrante électronique moderne (tripmaster) du coéquipier face à moi, j’ai l’impression de participer à un rallye. D’autant que Christophe à choisi la route (peu pratiquée) qui lui sert à mettre au point sa voiture. Je peux vous assurer que la petit V4 clame fort ses notes graves et les accélérations sont vives grâce à la boîte très courte à 5 rapports à première inversée qui enchaîne les rapports à la vitesse de la lumière. Enfin presque. « Elle tire très court et elle est plus agréable en virage qu’en ligne droite mais c’est un vrai régal à piloter  » avoue notre pilote qui a prévu de l’engager dans plusieurs rallyes jusqu’à la fin de la saison.

Les premières séries avaient un long levier de vitesse avec la première décalée

Superbe planche de bord en vrai bois remplacé par du faux sur la 3eme série ; Acqua, benzina, olio, un parfum d’Italie !

Une beauté raffinée

À l’oppose de la berline Fulvia lancée en 1963 qui était une mocheté, le coupé signé Piero Castagno affichait, au contraire, une beauté raffinée avec son long capot, son court pavillon lumineux aux montants aériens et son arrière tronqué finement ciselé. Quelle classe ! L’intérieur en avait tout autant avec son adorable planche de bord en bois vernis

Produite de 1965 à 1976 à près de 140 000 unités dont 5 265 HF, elle connut trois séries qui se distinguaient par des modifications esthétiques de la face avant jointes à une augmentation de la cylindré grimpant de 1216 cm3 80 ch (1091 cm3 pour la berline), puis 1298 cm3 et 90 ch jusqu’à 114 ch pour l’ultime HF 1600.

Christophe est passionné par la compétition automobile et possède aussi une MGB GT préparée.

Remarquez la fine découpe de la jupe arrière et l’élégance du dessin des feux rouges

le Suédois Harry Karllstrom a été sacré champion d’Europe des rallyes sur une Fulvia HF

En 2003, Lancia dévoila un concept-car Fulvia CC s’inspirant de sa glorieuse aînée. On évoqua sa commercialisation avant que Fiat abandonne ce projet. Aurait-il pu sauver la légendaire marque moribonde sacrifiée par Fiat ?

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Lancia Fulvia Rallye 1300 : un régal à piloter »

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  1. Jean-Mi78

    Voiture qui a beaucoup de charme, et la version rallye rouge avec ses jantes anodisées OR (ou peintes) devenues très à la mode au début des 70s.
    Petit ajout concernant ce moteur V4 qui était d’un dessin créé par Lancia lui-même vers 1919 (eh oui… le temps passe), et qui n’est pas un Vé classique avec 2 bancs de cylindres, mais plus un 4 cylindres en ligne avec cylindres décalés pour le rendre plus compact, ce qu’appellera quelques décennies plus tard VW sous le terme de VR (Vé en ligne) pour ses VR6. L’angle des cylindres était très fermé (~12.5°), et donc comme un moteur en ligne : 1 seule culasse, 1 côté froid (admission) et 1 côté chaud (échappement).
    J’avais un oncle garagiste qui était agent FIAT et Lancia, j’ai pu monter avec lui dans une version 1300 S (j’avais 11-12 ans à l’époque), ça poussait quand même, les voitures étaient légères en ce temps là .

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  2. Marc

    J’ai en souvenir les Lancia Fulvia au rallye de Monte Carlo avec le pilote italien Sandro Munari. Quel spectacle ! Munari ( Mounari en Italien) était extraordinaire sur la neige avec sa petite voiture rouge. Une bien belle auto dont les prix sont encore accessibles en collection sauf les vraies HF évidemment.

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  3. Nabuchodonosor

    Qui a maté son cul unique dans les annales des carrossiers piémontais ne peut oublier la frêle silhouette de cette Fulvia High Fidelity et sa croupe franche, à la coupe biaise, fuyante et offerte, qui fait que l’en tombe immédiatement amoureux au premier regard…
    😉
    Nabuinamorato di te.
    A Yolande… Et ses deux longues interminables et magnifiques jambes sous ton petit tailleur jupe courte noir strict.

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  4. Bertrand Girard

    Bonjour,
    J’ai une 1600 HH série 2 grosse caisse , voiture de famille celle de mon beau père. POA est passé devant à 1 mètre lors du sujet sur mon garagiste a Ambillou (37) . Elle est à vendre si cela intéresse… cause santé hélas . Je confirme que cela marche fort comme ma 205 GTI 115 en fait ex parc presse plutôt 125 ?

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  5. Thierry

    Bon … il faut croiser les doigts, faire brûler des cierges, amener des oeufs aux Clarisses, un jour viendra où il en sera fini des SUV et autres camionnettes qui envahissent les vitrines des concessionnaires ! Oui nous retrouverons ce type de lignes, cette finesse, cette légèreté qui manque tant !

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