Alfa Romeo Giulietta : SubliSSime SS

Par Patrice Vergès.L’Alfa Romeo Giulietta SS (Sprint Spéciale) avait été conçue plus particulièrement pour la course avec une aérodynamique très performante testée en soufflerie générant une étonnante silhouette fuselée.

Scaglione s’était inspiré des 3 prototypes aérodynamiques (BAT) qu’il avait conçus au milieu des années 50

 Réalisée sur un châssis de coupé Sprint raccourci, la SS se singularisait par son arrière tronqué inédit à cette époque

 Dévoilée en 1958, l’Alfa Giulietta 1300 Sprint Spéciale étonna par ses sensuelles rotondités

Cette photo prise en hauteur permet de mieux se rendre compte des courbes fluide de la SS au pavillon rétréci comparé à sa largeur de 1,66 m

 

 

Aujourd’hui, une SS est considérée comme une sculpture sur roues où chaque détail stylistique fascine l’œil. Elle avait été dessinée chez Bertone par le sulfureux Franco Scaglione qui était déjà l’auteur du coupé Giulietta Sprint Véloce et dont les œuvres maîtresse resteront la magistrale Alfa 33 Stradale sans oublier les prototypes BAT (Berlinetta Aerodinamica Tecnica) des années 50.

Lancée en 1958, dérivée du coupé Giulietta Sprint 1300, la SS se particularisait par sa silhouette profilée permettant une plus haute vitesse. Destinée à courir en catégorie Grand-Tourisme, elle se révéla encore trop lourde et trop encombrante. C’est surtout une version raccourcie et encore allégée de 90 kilos produite par son concurrent Zagato qu’elle connut une belle carrière sportive sous le sigle de SZ.

Des chevaux de feu !

Vous reconnaissez Zouhair qui vous a présenté il y a quelques mois son admirable Alfa Montréal ? Zouhair a un trèfle à 4 feuilles à la place du cœur mais aussi du plomb dans sa chaussure droite. Courant en circuit, il m’a fait une jolie démonstration de pilotage de sa SS. J’en suis sorti assez ému, car mon dernier essai de cette fusée sur 4 roues remontait à plus de 30 ans pour AutoHebdo. J’ai vite retrouvé mes repères dans cet habitacle étriqué fleurant l’odeur si caractéristique des Alfa de cette époque. C’est ahurissant comme file cette voiture qui avoue bientôt 60 ans avec Zouhair au volant qui arrive à en tirer la quintessence.

Dans l’habitacle, transpire un claquement sec dû autant à l’échappement qu’aux gros carburateurs Weber qui avalent goulument l’air. L’aiguille du compte-tours s’envole avec gourmandise à 6 000 tr/mn. Sa SS tient encore merveilleusement la route en virant comme toutes les Alfa Giulietta de la grande époque. Voir passer une Alfa Gulietta en courbe en se déhanchant avant de glisser des quatre roues était déjà un spectacle inoubliable.

Une fusée à 4 roues

Il faut préciser que le moteur de sa SS est passé entre les mains du le Dieu des préparateurs Italien qui s’appelait Virgilio Conrero surnommé « Le Magicien ». Il tirait déjà près de 125/130 chevaux du petit 1300 double arbre Alfa Romeo contre 90 pour la version de série. Ainsi, une SS pointait à 200 km/h ! Vous imaginez ce que représentait cette vitesse pour une une petite 1300 cm3 en1958 !

 » Je la possède depuis plus de 20 ans. C’est un modèle 1962, l’une des dernières 1300 produites Type 101. Elle avait participé à des compétitions et j’ai encore la facture de la préparation de Conrero qui était plus chère que le prix de la voiture à l’époque (environ 50 000 euros actuels). Elle a aussi une suspension durcie mais j’ai conservé le pont long normal. Entièrement restaurée, elle est très amusante à conduire en circuit et incroyablement performante. Un vrai régal au niveau du pilotage avec sa boite à 5 rapports et son freinage très endurant malgré les tambours. Et ensuite, elle est si belle. On dirait une fusée ! « 

Intérieur typique des Alfa des années 50 avec un superbe volant Nardi 3 branches et un compte-tours dont la zone rouge débute à 7 000 tr/mn !

Le superbe double arbre de 1300 cm3 de la Giulietta. Sur la berline TI, il délivrait 65 ch contre 90 sur la SS et près de 130 avec le moteur travaillé par « Il Mago »

1300 puis 1600 cm3

La carrosserie des premières SS à moteur 1300 cm3 90 ch comportait des panneaux en aluminium. Seulement 1100 furent construites par Bertone jusqu’en 1963 où elle prit le nom de Giulia SS en adoptant le 1600 cm3 de la berline en version 112 ch Din. Elle perdit son capot et sa malle en aluminium mais gagna des freins à disques plus endurants. Très typée piste, trop chère, trop en dehors des modes avec sa ligne fuselée la Giulia SS se vendit difficilement jusqu’à son arrêt en 1966 à moins de 1 400 exemplaires. Si la SS était une voiture chère en 1963 (environ 80/90 000 euros), inutile de vous dire qu’elle l’est encore davantage aujourd’hui surtout dans l’état de celle de Zouhair estimée à plus de 150 000 euros.

Si la SS est un régal à piloter, elle est encore plus belle à admirer. Son profil fuselé étonne par ses longs portes à faux, l’inclinaison très prononcée de son pare-brise qui a équipé également les Matra Djet, de sa bulle arrière et de la troncature brutale de sa poupe qui dérouta à l’époque où la théorie de l’aérodynamicien Kamm était méconnue.

 Travail aérodynamique autour du passage des roues dont on devine à travers les fentes les tambours à refroidissement à ailettes à 3 mâchoires. Une exclusivité Alfa Romeo

 Long arrière fuselé à double feux rouges d’une rare élégance.

Pour faire le plein d’essence, il faut ouvrir la malle arrière où se cache le bouchon au coté de la batterie. Sous le capot on retrouve le fameux double arbre en alliage léger gavé par deux énormes Weber de 40 dont les cornets se cachent sous le repli de l’aile. On admire le saute-vent de capot chargé de protéger des moustiques le pare-brise et appuyer les essuie-glaces, les poignées de porte réduite à leur minimum. Enfin pour terminer puisqu’il est difficile de se rendre de la taille d’une voiture en photo, sachez que la SS est minuscule comparée à nos véhicules actuels et surtout très étroite surtout au niveau de l’habitacle.

Pesant 900 kilos malgré des pièces de carrosserie en aluminium et des poignées de portes réduite au minimum, la SS s’avéra trop lourde pour la compétition

Son pare-brise très incliné et enveloppant fut repris sur le Matra Djet. Le saute vent en plexiglas servait notamment à appuyer les essuies-glace sur le pare-brise trop cintré

 La maquette en soufflerie de la SS annonçait un CX de 0,28. De profil, on se rend compte de son profil très fuselé portant sa longueur à 4,12 m contre 1,24 m de haut

Zouhair nous avait déjà dévoilé sa Montréal. Bientôt il divulguera aux lecteurs de POA une autre italienne au nom de vent !

 

Pas question de la vendre pour Zouhair    » C’est la voiture préférée de ma femme ». Seule une Lancia Stratos le ferait changer d’avis et encore en insistant beaucoup !

Avant d’écrire cet article, j’ai relu celui datant de 1986 bien plus technique vu le support. J’avais écrit « Si j’avais des sous, je ferais des affaires et je paierais un type rien que pour rouler en SS devant moi ». 33 ans après, je rajouterai  » Bien entendu, je la piloterais également « .

En 1986, dans les colonnes du magazine AutoHebdo, j’avais essayé une Giulia SS 1600 déjà préparé délivrant 145 ch !

 

L’avis des Petits Observateurs !

6 commentaires au sujet de « Alfa Romeo Giulietta : SubliSSime SS »

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  1. Pierre_

    Superbe modèle. Minuscule côté habitacle, je mesure 1.80m, mais il est question d’auto de compétition, alors je valide la Belle. Qualité du trait de finition de carrosserie… le bon goût à l’italienne!
    Merci Patrice.

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  2. Christian

    C’est une Alfa totalement méconnue des Alfistes par son âge et sa rareté puisqu’elle était destinée surtout aux pilotes. Zouhair a bien de la chance d’avoir une voiture aussi belle dont la ligne fait songer à celle d’une fusée et qui semble marcher du feu de Dieu

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  3. Pascal DeVillers

    Bonsoir,
    Bien qu’amateur de la marque ALFA ROMÉO, je ne connaissais pas l’existence de cette Giullietta SS, merci Monsieur VERGES pour cette belle découverte.
    Un vrai petit chef d’oeuvre sur 4 roues comme la marque au Biscione sait souvent le faire, tout y est précieux et élégant.
    Une marque spécialiste de créations de belles incomprises en leur temps et qui deviennent des pépites les ans passants.
    Déjà à cette époque on trouvait la voiture trop lourde pour des performances somme toute fort honorables .
    C’est bizarre comme cette marque promène tout au long de son histoire de façon régulière une sorte de frustration bienveillante de la part de ses aficionados vis à vis des nouveaux modèles que l’on trouvés trop ci…,pas assez cela….
    Et poutant on attend toujours le nouveau modèle avec impatience.
    Merci POA d’entretenir cette ambiance de passionnés, je suis juste étonné qu’une telle présentation ne déclenche pas plus de commentaires, une vidéo aurait fait un malheur.
    Pascal

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  4. Dubby Tatiff

    Le bord roulé à l’arrière est vraiment étonnant. Même sur une Ferrari 250 GT Lusso, ils n’avaient pas poussé le soucis du détail aussi loin sur un arrière tronqué conçu dans le même esprit.

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  5. Georges Piat

    Oui mais là on est dans l’exceptionnel, on tutoie l’oeuvre d’art…
    Comme Pagani de nos jours avec ses pièces incroyables. (Je ne dis même plus « voiture » !)

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