Simca 1000 Spécial : La plus belle pour aller rouler

Par Patrice Vergès. Fabriquée à presque deux millions d’exemplaires en 17 années d’existence, la Simca 1000 a été la petite voiture populaire et sympathique des années 60 et 70. La Spécial est certainement l’une des plus excitantes.

Née fin 1961, la Simca 1000 adoptait une ligne cubique très à la mode alors en favorisant l’habitabilité. Le rétroviseur « Obus » était très à la mode ;

La Simca 1000 millésime 1969 adopta une nouvelle face avant (merci à Judith Pariente pour ses photos)

En 1969, la Simca 1000 qui fêtait son 8eme anniversaire avouait déjà des rides au coin de ses petits phares. Avec son moteur arrière, dessinée chez Fiat et inspirée par le modèle 600, la petite Simca était déjà d’un autre temps. D’autant que Simca n’avait pas fait grand chose pour améliorer ses défauts chroniques bien connus de ses utilisateurs.

Chrysler qui avait annexé Simca n’était pas très généreux mais accepta de dépenser quelques dollars pour améliorer plus sérieusement le millésime 1969 afin de relancer les ventes. Sa carrosserie carrée comme une brique adopta des phares d’un plus gros diamètre liés à une calandre plus généreuse et des feux carrés au lieu des ronds à l’arrière. Elle reçut enfin une direction à crémaillère plus précise que l’ancienne à galets et des doubles cardans à l’arrière pour limiter les variations de carrossage ainsi que des jantes de plus grand diamètre de 13 pouces au lieu de 12. Du coup, sa tenue de route assez critiquée s’en trouva bien améliorée.

A partir de 1969, des feux carrés remplacèrent les ronds. Le « Gradulux  » était un store de lunette arrière vendu en accessoire qui servait à masquer les appels de phare la nuit

Le grand luxe

Simca élargit la gamme autant vers le bas avec une version 4 CV de 777 cm3 et vers le haut avec une version Spécial 6 CV 1100 cm3 animée par la mécanique de la nouvelle Simca 1100. Du coup, avec 50 ch Din contre 40 pour la Simca 1000 normale, la 1000 spécial tutoya les 140 km/h dans une belle sonorité de la voiture sportive en empruntant son pot d’échappement au coupé 1200 S qu’on vous présentera un jour. Une jolie vitesse pour une petite familiale il y a 50 ans.

« On mangerait sur le moteur » C’est celui de la 1100 équipé d’une belle pipe d’échappement emprunté au coupé 1200 S. On devine la pipe d’admission Barraquet sous le filtre à air spécifique

La Spécial n’était pas non seulement plus rapide mais elle était plus luxueuse avec du (faux) bois sur sa planche de bord, une moquette épaisse, un volant sport également en bois mais vrai plastique (celui de la 1200 S), quelques chromes supplémentaires, un avertisseur à dépression, des phares longues portées, et de petits filets courant le long de sa carrosserie. De petits détails qui lui donnaient un petit air de voiture de luxe et surtout un charme fou.

Celle que POA vous dévoile aujourd’hui est encore plus neuve qu’une voiture neuve et certainement mieux peinte que lors de sa sortie par un artiste (Olivier Leymet). Achetée en mai 1969 par une dame qui l’a conservée pendant de très longues années, elle ne totalise que 60 000 km mais son propriétaire l’a entièrement fait restaurer après avoir mis sa caisse à nu. En plus de 40 ans de métier je n’ai jamais vu une voiture âgée de 50 ans dans un tel état de neuf.

La Spécial recevait en plus des phares longue portée montés devant la fausse calandre

Volant sport à branches à trous, faux bois, moquette rouge, sièges épais en Aéralon, levier de vitesses raccourci, la Spécial était un cocktail entre la sportivité et le luxe

Sept Simca 1000

Elle appartient à un passionné bien connu du petit monde de la voiture ancienne avec Hugues Chaussin journaliste auto spécialisé de grand talent. Après avoir débuté comme localier à la Dépêche du Midi, puis Échappement, Hugues a travaillé longtemps à LVA avant de rejoindre il y a quelques années le magazine Gazoline. Pour vous dire que des voitures anciennes il en a beaucoup essayées, et des belles, des puissantes et des chères.

Pourtant c’est la 1000 qu’il préfère  » Je ne suis pas de la génération de la 1000 ni de la Spécial puisque je n’étais pas né en 1969. Moi, c’est plutôt la génération 205 GTI. Mais j’ai toujours aimé la Simca 1000 dont j’ai eu 7 modèles notamment un coupé 1000. J’ai toujours une Rallye 3 qui est en restauration et cette 1000 Spécial que je possède depuis 10 ans. Cette version a un charme fou car elle est un cocktail entre la voiture bourgeoise et la sportive. D’ailleurs sa base servira à la Rallye qui arrivera en 1970″.

9 En 17 ans de vie, la Simca 1000 recevra plusieurs planche de bord. En 1966, elle adopta un compteur à défilement horizontal avant de revenir à des cadrans ronds plus sportifs un peu plus tard. Le compte-tours optionnel était monté au bas de la console

La Simca 1000 1969 avait chaussé des roues plus grandes de 13 pouces. Empruntées à la 1200 S, celles de la Spécial ont des trous pour améliorer le refroidissement des freins
Le coffre était assez petit mangé par la roue de secours et la batterie absente sur la photo

Embourgeoisée

Le millésime 1969 rajeuni a été bien accueilli puisque ont été produites à 146 000 unités contre 113 000 en 1968. Vendue 9 151 francs contre 8 140 francs pour la 1000 5 CV, la Spécial a séduit car il n’existait peu de petites voitures de luxe à cette époque en attirant 41 556 acheteurs. Ils louèrent sa tenue de route en grand progrès bien que restant une propulsion avec son lot de défaut (vent latéral, petit coffre), sa finition soignée mais critiquèrent son freinage à tambours devenu trop juste à cause de ses performances accrues. Le millésime 1970 adopta des freins à disque à l’avant mais perdit en gagnant 3 chevaux (53 DIN) sa belle sonorité de voiture de sport en adoptant un échappement à simple sortie.  » J’ai mis longtemps à retrouver un échappement de 1200 S  » m’explique Hugues qui me montre le moteur sur lequel on pourrait manger. « Il est équipé d’une pipe d’admission Alfred Barraquet (préparateur de Simca) qui accroit légèrement la puissance et de cales du même préparateur qui, en abaissant le moteur, améliorent le centre de gravité. La Spécial est vrai bonheur à conduire surtout sur les petites routes. C’est une voiture que je ne vendrai jamais ! « 

On met longtemps à devenir jeune

Mon oreille est étonné par la sonorité du petit 1100 qui aboie comme celui d’une voiture de sport tandis que mon dos l’est aussi par le moelleux des sièges généreux recouvert d’un élégant skaï noir aéré et que mes pieds n’osent salir la moquette rouge. Peugeot n’avait rien inventé avec la 205 GTI qui en avait une aussi. Une prochaine fois nous évoquerons sa Rallye 3 lorsque sa soigneuse restauration sera achevée. Une rarissime petite bombe (1003 exemplaires) de 1978 qui a achevé en beauté la saga des Simca 1000 qui a longtemps fait partie de notre univers. Née urbaine pour les quadras, la Simca 1000 a terminé sa longue vie sur les circuits à destination des pilotes en herbe. On met longtemps à devenir jeune….. .

Hugues Chaussin adore sa 1000 qu’il ne vendra jamais (photo Daniel Bovo)

L’avis des Petits Observateurs !

13 commentaires au sujet de « Simca 1000 Spécial : La plus belle pour aller rouler »

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  1. Daniel

    Mon père avait la même! Cette voiture c’est mon enfance en banlieue parisienne, jusqu’à 13 ans. Puis de retour en Italie, il a acheté une 127 Sport 70 hp avec laquelle je me suis beaucoup amusé à l’âge du permis. Super papier Mr. Vergès.

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  2. Hugues

    Bonjour,
    Thomas a évidemment raison, les premiers coupés 1200 S avaient un merveilleux volant en bois.
    D’accord aussi pour les XAS, que j’aurais bien montés si cela avait été possible. Plus généralement, trouver des 145 x 13 pour nos anciennes est problématique. Il n’existe que les CA67. Heureusement, ce sont d’excellents pneus à prix encore à peu près raisonnable.
    Petite correction : la caisse n’a pas été mise à nu. En revanche, elle a été marbrée pour corriger une mauvaise réparation précédente.
    Merci pour vos commentaires encourageants.

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  3. Nabuchodonosor

    Très beau reportage et non moins superbe rénovation. Chapeau Messieurs.
    A l’inverse de Renault qui maitrisait cette architecture du tout à l’arrière, Simca se lançait dans la voiture populaire avec son parallélépipède qui connut néanmoins un certain succès.
    Attention, voiture survireuse !

    PS: Une pensée solidaire envers tous ceux qui préparent la Garden-party de dimanche.

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  4. Thomas LELARGE

    Très bel article et un grand bravo à Hugues pour son auto qui est magnifiquement restaurée jusqu’en dans les moindres détails, de la carrosserie jusqu’au pneus Pirelli Cinturato CA67, dommage que les XAS ne soient plus fabriqué en 145×13….
    Une petite correction, étant propriétaire d’un coupé Simca 1200S, je vous précise que les premiers millésimes de ce modèle possédaient bien un volant en vrai bois, mon coupé peut en attester.
    A ce propos celui-ci est à votre disposition si jamais vous souhaitez faire un article sur le seul coupé Bertone français (avec le coupé 1000).

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  5. Dubby Tatiff

    La voiture préférée des enfants qui dessinent leur première voiture. Du moins à mon époque.

    Une voiture très attachante.

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  6. Hugues

    Merci Patrice! Alors que je débutais dans le métier, tu grattais dans Auto Passion, une lecture à laquelle j’étais fidèle que qui m’aura souvent inspiré. Je suis sensible à tes compliments sur l’auto, même si je me suis bien gardé de faire avec toi le tour de ses défauts.
    A toutes fins utiles, je signale que ma 1000 S sera visible à la Nationale Simca, du 30 mai au 2 juin, à Mung-sur-Loire, près d’Orléans.
    Simc’amitiés,
    Hugues.

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  7. Neufcentdixespada

    La première voiture de mon père ,maitre d’école (comme on disait alors)dans la sarthe, bleu foncé à feux arrières ronds… j’étais trop jeune pour en avoir gardé des souvenirs autres que photographiques… ah si ,j’avais coincé très fort mon doigt dans la vitre ,tellement qu’elle ne voulait plus bouger , l’interventIon du medecin de campagne et d’ un voisin « qui connaissait la mécanique «  fut nécessaire ! Pour contrebalancer ce désagréable souvenir , un autre fut celui de rouler a allure plus que soutenue à marée basse SUR LES PLAGES de la magnifique baie de Douarnenez ( mon Dieu , de nos jours nous aurions fini au cachot pour crime de lèse environnement…),ceci quelques semaines avant de recevoir la bien plus moderne renault 16tl vert sapin( d’ou l’indifférence paternelle A la corrosion due a l’eau salée qui n’aurait pas manqué de se produire)…

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  8. Nathan

    La Spécial, c’est la plus belle des Simca 1000. Hugues a beaucoup de chance de posséder un tel petit bijou surtout dans cet état exceptionnel. Comme il est dit, elle semble neuve.

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  9. Docteur_Oliv

    Tout d’abord une question : l’architecture du GMP de la 1100 n’était pas transversal ?
    Dans la 1100 Spécial il y avait le même volant, J’avais soudé une plaque au centre pour le monter dans ma ….4L !
    Les Rétros obus comme sur la LOTUS de Jim CLARK ( Une pensée pou Niki LAUDA) plus tard on montera des Californian VITALONI comme sur la LIGIER de Jacques L.
    PIRELLI commercialise des Cinturato ?
    Pour la Vitesse, La R16 (grande Routière) pointait à 142 km/h en 66 avec le 1470 cm3

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    1. COLLOMP

      Bonjour,
      OUI Pirelli refabrique les Cinturato (2 générations disponibles) : ce sont les pneus radiaux des années 50-60-70. Les prix sont parfois stratosphériques : 1400€ les 4 pour une Porsche par ex.
      Ils vont même rssortir le Stella Bianca pour les modèles des années 30-40.