Souvenirs d’Auto (224) : une cravate, un héritage et une Bi-Turbo pour la vie

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Ce « moment de vie » m’a été envoyé par Christophe qui me dit « Félicitations pour les vidéos de POA, toujours intéressantes et qui renouvellent vraiment le genre de la vidéo automobile. Et avec j’espère, beaucoup de Maserati dans les mois à venir ! ». Le message est passé au Président et à toute l’équipe !

6 octobre 1984.

Je suis jeune étudiant tout juste arrivé à Paris, et je respire enfin, après deux années de classes préparatoires en province. C’est presque mon premier week-end dans la capitale. Cap sur la Porte de Versailles, où s’ouvre le Salon de l’Automobile. Renault présente la Super 5, dont une maquette géante surplombe tout le hall 1, et une belle Alliance décapotable, réservée au marché américain.

Chez Citroën, la nouveauté c’est une gamme sportive, avec une Visa GTI prototype, la BX 19 GT et la CX 25 GTI Turbo. Mais ce ne sont pas là les modèles qui m’intéressent.

De grands panneaux de bois signalent, de façon uniforme et un peu désuète, l’emplacement de chaque constructeur. Dans un coin, les panneaux plus serrés que les autres signalent des stands plus modestes: Saab, Lotus, Ferrari, De Tomaso, et enfin… stand C-142 le Graal tant espéré: Maserati !

Sans être un super fan (je suis à l’époque plus passionné d’aéronautique que d’automobile), je n’ai d’intérêt que pour deux marques de voitures : Panhard, dont la CT24 a marqué mon enfance, mais qui est depuis longtemps déjà disparue, et la marque au trident, dont je garde un souvenir ineffaçable : à l’âge de 8 ans, j’ai parcouru quelques kilomètres aux côtés d’un ami de mon grand-père, dans une Bora jaune vif.

Les Maserati des années 80 ont des lignes un peu moins tendues que celles de la décennie précédente, mais c’est néanmoins pour voir la Biturbo que je suis venu au Salon. J’ai mis une cravate, la seule que je possède, pour faire plus « sérieux », et j’arrive, bien décidé à rentrer sur le stand, dont l’accès n’est pas libre.

Je franchis le cordon de sécurité et commence la conversation avec le commercial qui vient à ma rencontre. J’improvise une histoire de petit héritage récent qui me donne les moyens de m’intéresser à la marque. C’est assez peu crédible, mais les temps sont durs pour la marque italienne, et les clients sans doute assez rares :  le vendeur me croit assez  pour me laisser m’installer derrière le volant d’une superbe Biturbo S, bicolore avec une belle nuance de brun Marrone Metallic.

À l’intérieur, le tableau de bord, le volant et les commandes rappellent fortement ceux des Fiat de l’époque, si ce n’est le cadran des vitesses gradué jusqu’à 240km/h. Mais les sièges moelleux garnis de velours Missoni et les boiseries du tableau de bord garantissent une atmosphère unique, à vrai dire un peu baroque. Comme il voit que je suis décidément intéressé, le vendeur me propose: « nous en avons une dehors, vous voulez l’essayer? » J’hésite. Il y a 220 chevaux à contrôler et mon permis de conduire a à peine plus d’un an. Et surtout, dehors il pleut à verse… Avec un peu de regret, je lui dit : « Non, mais je vais réfléchir…. »

Je quitte la Biturbo sans savoir que je ne vais plus prendre place à bord d’une Maserati pendant 32 ans… Jusqu’à un jour d’octobre 2016 où je m’assois dans une Quattroporte pour un rapide essai… avant de l’acheter, et d’accéder enfin au Graal automobile !

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !

Merci.

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Auto (224) : une cravate, un héritage et une Bi-Turbo pour la vie »

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  1. alain groizart

    Prenez du recul et regardez cette voiture …
    Quelle laideur, une sorte de sous Renault 9 (encore moins bien construite !), avec un intérieur fait de bric et surtout de broc , une fiabilité certainement pire que certaines réalisations de l’ex URSS.
    Pourquoi je vous dis ça ?
    Il se trouve que mon voisin (un gars formidable que j’embrasse 🙂 en a une, elle est garée dans la rue à Senlis depuis des plombes , je me suis proposé de l’aider à essayer de l’entretenir un minimum mais on a vite abandonné tellement la construction est LA-MEN-TABLE.
    Acier non protégé avec des corps creux partout, finition à hurler de rire tellement c’est se foutre de la gu**le du monde d’oser mettre un tel produit sur le marché, fiabilité (moteur/électricité) catastrophique et j’en passe.
    Cette bouse est une me**de, elle ne mérite aucune nostalgie sur les années 80.
    Allez hop, direct une compression de César, elle sera enfin utile à qq chose (servir de presse-livre) !

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  2. Pierre_

    Après l’obtention du précieux sésame (..et avec quel argument dite moi !) on imagine facilement la scène, la tension palpable lors de votre entrée sur le stand de la marque rêvée.
    Un grand souvenir sans aucun doute. Quant à ce jour d’octobre 2016… n’en parlons pas!

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  3. Alexandre Guirao

    Que de souvenirs vécu pour moi aussi. J ai encore quelques photos faites avec mon Kodak à rouleau en 1985 ou 86, avec une prédilection pour les stands Maserati et De Tomaso… j’avais donc 10 ans. J’ai acheté ma Biturbo 2.24v en 2001 pour une douzaine d’années et toutes sortes de souvenirs avec..Une épopée des routes glacées du Jura en hiver avec les skis en travers sur la malle arrière jusqu’aux cols Suisse-Italien. La tête médusée des douaniers à la même frontière : « Ma fuziona ancora questa macchina?… » incrédules de nous voir débouler en plein mois d’août à plus de 2000 m d’altitude. La seule voiture avec laquelle j’ai passé un contrôle technique pour terminer en panne à la fin : le contrôleur ahuri voiture ne redémarrant plus, aucune signe de vie electrique…encore une fantaisie du calculateur moteur quelque peu lunatique quand ce n’était pas le relai de démarreur qui jouait des claquettes. Mais à côté quel moteur ce V6, quel souffle et quel sonorité magnifique le long des parois rocheuses vitre ouverte…Une auto « tripale » qu’il faut découvrir et pardonner, à laquelle on doit tout simplement la survie de la marque Maserati.

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  4. chapman

    Merci Christophe pour cette histoire qui sent le vécu et même le ressenti 🙂

    Bravo pour le choix d’une Quattroporte. Elle est à mon goût la plus belle berline qui soit.

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  5. Georges Piat

    Merak, Khamsin, Ghibli, autant de noms qui font rêver…
    Il y a une belle Ghibli (pléonasme !) dans le film La Piscine, conduite par Maurice Ronet.

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