Une vie en 2CV

Par Patrice Vergès. François est tant amoureux de cette voiture qu’il va travailler en 2 CV, part en vacances en 2 CV, participe à des rallyes en 2 CV et rêve d’autres 2 CV ! Pour lui, c’est vraiment un art de vivre !

La 2 CV 1956 100 % d’origine de François cache bien ses 63 ans.

Lorsque je découvre François, il est occupé dans son garage à terminer la préparation de sa 2 CV de compétition au moteur 652 cm3 poussé à 50 ch (135 km/h !). A son volant, fin mars, il participera au rallye du Sultanat d’Oman réservé aux 2 CV. Au total, il en a possédé une bonne quinzaine et en compte encre cinq dans ses garages. Il utilise quotidiennement un modèle 1975 et parfois l’échange contre un de 1956 bien plus rare on imagine. Sur les 100 000 2 CV collectionnées en France, la majorité sont surtout des modèles des années 70/80.

La vision arrière d’une 2 CV à petite lunette sans porte-malle est très différente des plus modernes

13 années oubliée sous un chêne

Cette 2CV a été acquise il y a une quinzaine d’année.  » Elle était garée depuis 13 ans sous un chêne et des rongeurs s’étaient réfugiés dans ses gaines de chauffage. J’ai vidé dans le carburateur un peu d’essence apportée dans un bidon, branché une batterie neuve, et elle a démarré !  » explique François élevé au biberon de la 2 CV dans son enfance.  » Quand je suis né, mon père roulait en 2 CV et c’est à 15 jours que j’ai effectué mon premier voyage avec. Je me souviens, gamin assis à l’arrière, on voyait la route défiler à travers le plancher qui était un peu pourri ». C’était l’un des gros vices de la 2 CV dont les tôles minces du plancher se corrodaient très vite.

En 1937, le cahier des charges de la 2 CV consistait à transporter des œufs sans les casser dans un champ. Pari gagné avec la 1956 à la suspension hyper souple

Retour en février 1956, date de sortie de sa 2 CV qui souffle déjà ses huit bougies. Comme Citroën n’arrive pas en produire suffisamment (95 864 berlines cette année), l’offre est supérieure à la demande. Il faut patienter encore 18 mois pour rouler avec une neuve. D’où le peu d’effort du constructeur pour améliorer de ce modèle depuis 1948. Les améliorations se limitent en 1954 à un moteur poussé à 425 cm3 et 10 ch DIN (12 SAE) contre 375 cm3 ( 9 SAE) auparavant et un gris plus clair (AC 132 ). Il faudra attendre 1957 pour voir apparaître une grande lunette arrière, un porte-malle, quelques enjolivures sur la version AZL plus quelques bricoles notamment un dégivrage indispensable l’hiver. Et patienter jusqu’en 1962 pour qu’elle reçoive des essuie-glaces et une jauge à essence électriques.

Les garnitures de sièges ont été changées mais il s’agit des coloris d’origine.

Antoine Demetz, le grand spécialiste de la 2 CV et auteur de livres notamment sur cette voiture, remarquera que la peinture du volant n’est pas d’origine !

61000 km d’origine

« Ma 2 CV est d’origine, excepté les baguettes en alu de l’AZL rajouté par un précédent propriétaire qui a dû aussi la repeindre en son temps. J’ai changé les garnitures de sièges au dessin écossais et la capote conformes à l’origine, chaussé des Michelin X (125X400) d’époque. Je n’ai même pas refait le moteur qui tourne bien à 61 000 km certainement d’origine ». Comme on dit aujourd’hui pour faire collectionneur, elle est « matching numbers » !  » Évidemment, c’est une voiture que je désire conserver et je la restaurerai un jour mais en conservant un maximum de pièces d’origine » avoue François.

Le petit flat-twin de 425 cm3 laisse voir ses freins à tambours à ailettes en sortie de boîte

Nous allons nous balader tous les deux. Je sors d’une Mégane RS que Renault m’a prêtée une quinzaine de jours. Sans être fou du chrono, on s’habitue vite aux accélérations d’une voiture de 280 chevaux ! Dans l’étroit habitacle de la 2CV, j’ai l’impression que le paysage s’est arrêté autour de moi et presque l’envie de descendre en marche.

Au démarrage, les roues tournés, la 2 CV avance par bonds en secouant les bras de François qui a la banane. Sa 2 CV n’est pas équipé encore des cardans homocinétiques supprimant ces hoquets qui n’arriveront qu’en 1966.  » Rouler avec cette voiture aujourd’hui, exige beaucoup de prudence car elle n’est plus adaptée à la circulation moderne. En pointe, elle atteint 80 km/h mais ce sont ses accélérations qui sont très faibles. Je la prends parfois pour aller travailler quand il ne pleut pas. C’est incroyable le nombre de commentaires qu’elle suscite. Chaque fois, les gens me racontent leur vie et leur histoire autour de leur propre 2 CV « .

C’est seulement en 1957 que la lunette arrière a été agrandie

Petit accessoire d’époque permettant de rouler les fenêtres entrebâillées

Sensations

Peu de voitures au monde provoquent autant de sensations sonores et physiques avec ses divers bruits si particuliers, sa suspension qui dodeline au fil des bosses, ses hoquets au démarrage, les vibrations de la tôlerie, son parfum intime si particulier de caoutchouc et d’huile chaude, ses sièges dans lesquels on s’enfonce, sa visibilité catastrophique, ses essuie-glaces endormis (sauf en descente), ses jours au bas des portes. Mais son capital sympathie est tel qu’on lui pardonne tout. On l’aimerait plus pour ses défaits que ses qualités !

Le câble du compteur servait à entraîner les essuies glaces asservis à la vitesse !

François rêve aussi en 2 CV «  Ce serait une version Dagonet qui était une 2 CV surbaissée des années 55 et aussi une réplique du fameux tank Barbot qui avait battu des records à Montlhéry en 1953″. En me quittant, il replonge dans les entrailles de sa 2 CV de course sous le regard amoureux de son épouse qui a la même passion chevillée au cœur et au corps. Françoise sera d’ailleurs sa coéquipière pendant près de 4000 km dont 80 % de piste de leur rallye au Sultanat d’Oman qui se situe, comme chacun sait (?) sous l’Arabie Saoudite.

François vu à travers les portes suicide, appelées ainsi car en cas de choc frontal, elles éjectaient leurs passagers. La loi les a interdites obligeant Citroën à les modifier en 1966

François rêve d’une réplique de la fameuse 2 CV Barbot qui a battu des records à Montlhéry fin 1953

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « Une vie en 2CV »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Pierre_

    Nous avons tant et tant à raconter sur cette Belle, que le récit de nos souvenirs pourraient emplir les plus grandes bibliothèques.
    Merci François.
    Merci Patrice.

    Répondre
  2. Francois

    Bonjour,
    Objectivement rouler avec ce genre de véhicule n’expose pas son conducteur a plus de danger car compte tenu des performances de l’auto, on adopte une conduite adaptée qui est loin de celle pratiquée avec les engins actuels. Il y a même des plaisirs que nos carrosses d’aujourd’hui ne procurent plus…En tous cas pas plus dangereux que les voiturettes sans permis, ou les 2 roues 125 lorsque toutes les bonnes conditions ne sont réunies… Rouler en anciennes genre 2CV ou 4 CV ou autres est une philosophie et un art de vivre particulièrement apaisant dans ce quotidien de la route de plus en plus déplaisant..
    Francois.
    PS sous la neige de ces derniers jours je me demande si rouler eu Dedeuch n’est pas plus sécuritaire…

    Répondre
    1. Nabuchodonosor

      François,
      J’adore les graduations portées sur le cadran du tachymètre, indiquant de façon précise lorsqu’il convient de passer… la 4ème surmultipliée…
      🙂
      Et merci pour cette belle découverte.

  3. jean-Chris

    C’est certain que dans la circulation actuelle c’est dangereux de rouler avec, et étant donné qu’il n’y a pas de ceintures de sécurité, en cas d’accident, c’est le « aie cockpit » ! (comme quoi ils étaient modernes à l’époque….)

    Répondre
  4. PhareOuest

    Honnêtement, vu la nervosité de la circulation actuelle, Il faut être un peu fou pour rouler aujourd’hui dans une 2CV avec un moteur d’une puissance de 10CV. Bien sûr elle inspire la sympathie, mais c’est surtout sa lenteur qui aiguise les impatiences. Il est certain que la conduite d’une AZL (L pour luxe…. oui, oui! ) est dépaysant, demande de l’entrainement, une grande vigilance et de l’anticipation suivant le relief de la route, mais également lors des freinages. C’est à coup sûr des sensations incomparables assurées

    Répondre
  5. Nabuchodonosor

    70 ans d’évolution automobile :
    – En 1950 la 2cv est conçue pour rouler dans les champs avec un panier d’œufs posé sur la banquette.
    – En 2020 il est conseillé de rouler écolo avec un œuf sous le pied.
    😉
    Allez, roule ma poule…

    Répondre
  6. de la part de Bernard Ody

    Du vécu : pour remplacer les tôles des planchers qui pourrissaient on volait des plaques publicitaires émaillées que l’on popait sur le châssis un peu plus complexe pour les dessous de pieds des places avants car la tôle était pliées et les plaques publicitaires épaisses ne voulaient pas se plier seul le chalumeau était efficace .

    J’avais un modèle 57 acheté en 69 avec le premier salaire de ma vie et un boulot étudiant de chauffeur poids lourd (il y a prescription :sans permis adéquat ).
    Elle était de couleur rouge Ferrari car le père d’un copain mécano à la caserne d’Aurillac nous avait filé de la peinture !

    Répondre
  7. Fils de Pub

    « Comme Citroën n’arrive pas en produire suffisamment (95 864 berlines cette année), l’offre est supérieure à la demande. »
    Ainsi donc Citroën avait un stock caché ?
    Non, bien-sûr il s’agit de lire que « la demande est supérieure à l’offre ».
    Aucun soucis Ontont Tap’
    😉

    Répondre