Souvenirs d’Autos (166) : Jour de chance en Algérie

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Une nouvelle histoire envoyée par Pierre, fidèle Petit Observateur et gros contributeur de cette rubrique. Merci Pierre.

 

Cette année 1956 mon père est appelé sous les drapeaux. C’est à Coblence en Allemagne qu’il rejoint un contingent français. Il passe plusieurs mois de classe à ferrailler dans la campagne germanique. Mon père aime la mécanique auto, souvent au village il réparait la voiture des copains. À la caserne, il gagne un peu d’argent de poche en réparant les voitures de ses supérieurs.

Comme beaucoup de jeune français, il doit partir ensuite pour l’Algérie. Avant cela, une seule permission. Il revient à la ferme familiale pour quelques jours y revoir les siens. Permis acquis pendant les classes, il prend le volant de la Simca Aronde de son père pour rouler dans le pays, saluer les amis.

Il repart. De longues heures de train pour arriver à Marseille, puis embarquement paquetage sur l’épaule. Quelques jours en mer, direction l’Afrique du nord, le port d’Alger. C’est la première fois qu’il prend le bateau. En Algérie, l’armée est principalement dotée de véhicules américains de la Seconde Guerre mondiale. Ces véhicules, GMC 6×6, Dodge 4×4, Jeep Willys et Halftrack sont appréciés par les unités pour les sorties en tout-terrain.

Les véhicules français neufs adaptés au désert arriveront bientôt. Chaque jour, des patrouilles motorisées sont envoyées en reconnaissance. Les équipes de mécaniciens travaillent sans relâche à l’entretien des engins. Ce jour, mon père doit se joindre à la patrouille, et prendre le volant d’un GMC. Il roule en seconde position, derrière la Jeep Willys qui ouvre la piste.La colonne sort de la route pour s’engager sur la piste. Les véhicules sont secoués les hommes ont peine à se tenir. Mon père anxieux jette un coup d’œil sur sa montre. Ces missions sont toujours terriblement longues, parfois dangereuses.

Soudain une explosion, l’avant du GMC est soulevé de terre, mon père est projeté sur son coté gauche contre l’épaisse tôle par balles de la porte.

Son équipier à droite est projeté contre le toit du GMC. Il est inconscient et repose contre la porte du camion, bras droit blessé. Le GMC immobilisé vient de passer sur une mine, son train avant côté droit est disloqué. La colonne est stoppée net. Tous les véhicules s’organisent en défense, un infirmier accourt, les hommes se positionnent. Ce n’est pas une embuscade. Soulagement.

Demi-tour ordonné. Repli en bon ordre des Jeep et des blindés. Retour à la caserne pour soigner les blessés. Mon père et son équipier sortent vivants de ce piège. La robustesse du GMC 353 les a sauvés tous les deux. Une dépanneuse GMC lourde et ses mécaniciens iront chercher le camion le lendemain.

Deux années passent, puis c’est le retour au pays. Joie immense de retrouver les siens. Mon père n’a pas d’argent, il cherche un travail et sera mécanicien industriel en 1959.Quelques mois passent, il s’offre sa première voiture d’occasion. Une Citroën 4CV grise. C’est avec bonheur qu’il emmènera bientôt notre petite famille sur les routes du pays.

C’est le début d’une nouvelle histoire…

Cette rubrique est aussi la vôtre !

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos; On adore ça chez POA !Merci.

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

7 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (166) : Jour de chance en Algérie »

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  1. fifitroiscentquatre

    C’est vrai que ces clichés montrent que l’automobile fait partie intégrante de la vie des gens…
    Une petite erreur de frappe sans doute : on lit « Citroên 4 cv » au lieu de Renault, mais on aura tous corrigé de nous même…

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  2. Lenormand

    Tout cela paraît si loin et pourtant …
    J’ai dans des boites à chaussures de nombreuses photos semblables à celles montrées ici ; étonnant de constater les similitudes. Ce qui est émouvant c’est de voir ces jeunes gens, ces familles entières prendre la pose devant le véhicule familial. Pas certain qu’on en fasse autant aujourd’hui …
    Merci pour le partage.

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    1. Pierre_

      Merci de votre commentaire Georges.
      La suite est écrite. Je la partagerai bientôt avec les lecteurs de Souvenirs d’Auto.
      Cordialement

  3. Miata-Boy

    Tous les petits observateurs ayant, comme moi, un père envoyé en Algérie à cette époque-là auront les yeux humides en lisant ce Souvenir d’Auto.

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