Souvenirs d’Autos (113) : un grand moment de solitude en Kawasaki

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire m’a été envoyée par « Vince Marten », un Petit Observateur qui aime la moto… ce qui n’est pas interdit sur POA. Bien au contraire.

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C’est une petite anecdote, une leçon de vie ou comment une simple mécanique a quelque peu égratigné mon égo qui en avait certainement besoin. On est en 2000, à l’époque je lisais entre autre Moto Légende, j’étais fan de vielles bécanes et les productions du moment ne n’inspiraient guère. Je trouve pour pas cher une Kawasaki Z 1000 de 1978 préparée à la Joe Bar Team (selle mono avec dosseret, pot 4 en 1…).

Outre le fait de rouler avec, mon grand plaisir était de la démarrer au kick et ce, malgré la présence d’un démarreur électrique. C’est là, toute la différence entre un motard et un mec qui roule à moto…

Par une magnifique journée de juin, je pars me balader sur la côte d’Opale (Pas-de-Calais) avec un arrêt à Wissant. Je gare la belle sur la jetée, au plus près de la plage et je vais déguster une glace en terrasse.

Au moment de repartir, les gens remontaient de la plage, il y avait pas mal de monde sur la jetée, c’était le bon moment pour montrer à ce public improvisé ma grande maîtrise du kick et surtout ce que c’est qu’un vrai motard, à l’ancienne, viril et tout. Je m’y voyais déjà, la mer en toile de fond, le soleil rougeoyant, un homme, une moto, un destin…

Le cérémonial commence. Je met mon cuir, ajuste le bandana sur le visage (à la desperado), enfile le jet et les lunettes de soleil. 
J’enfourche la moto, debout sur les cales pied, contact, recherche du point de compression, et grand coup de kick accompagné du traditionnel coup de gaz… rien ! Normal, c’est une moto de rebelle, elle ne peut pas démarrer du premier coup.

Rekick… rerien… rekick… rerien… rekick… rerien… rekick…. rerien… rekick… toujours rien !

Les gens, intrigués par un grand échalas s’acharnant sur une moto d’un autre âge, s’avancent, certains m’encouragent « Vas y fiu, saque’n din » (ça parle encore cht’i à Wissant ) ce qui pourrait se traduire par « Courage et vaillance, fier chevalier des temps modernes, montre à cette mécanique récalcitrante la supériorité de l’homme sur la machine ».

La foule se fait plus importante et pas question de recourir au démarreur électrique. On a sa fierté ! 

En nage sous le cuir, ruisselant de sueur, soufflant comme un bœuf, je donne un dernier coup de kick et là, énorme déflagration dans l’échappement, gros nuage de fumée et applaudissements de la foule.

J’ai très vite mis les gaz et disparu dans les pétarades du 4 en ligne qui avait certes démarré, mais tournait sur 3 pattes, l’honneur était presque sauf.

« Qui fait le malin, tombe dans le ravin » cette moto a su me rappeler que point trop n’en faut et que si des ingénieurs avaient pris la peine de monter un démarreur électrique, ce n’était pas pour rien.

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Cette rubrique est désormais aussi la vôtre. Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps… Et si possible, joignez à votre histoire des photos. On adore ça chez POA ! Merci.

 

L’avis des Petits Observateurs !

14 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (113) : un grand moment de solitude en Kawasaki »

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  1. Piat Georges

    A ce fichu kick ! Que j’utilise toujours d’ailleurs car je n’ai pas de démarreur sur ma Yam SR400 !
    Je vois qu’on aime aussi la bécane dans cette rubrique, ça tombe bien, je roule depuis 73 !

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  2. Vince Marten

    Merci d’avoir osé publier cette histoire.
    J’espère seulement que la diffusion d’un article parlant de moto ne provoquera pas un mouvement de révolte du peuple POA, le vote d’une motion de censure contre le gouvernement ou pire encore, un putsch fomenter un groupuscule de guerrieros automobilistiques radicaux.
    Viva la revolucion

    Répondre
    1. Chapman

      Heureusement que vous n’avez pas eu droit au  » retour  » de kick flingant le tibia……. Enfin c’est une quat’ pat’……. C’est pas un 500XT non plus
      🙂

    2. Pierre

      Moi qui suis autant passionné par la moto que par le curling sur gazon, j’ai tout de même trouvé cette anecdote très amusante.
      Donc je pense qu’il n’y aura pas trop de révolte 😉

      Et sinon, je vais passer pour un ignare, mais pourquoi ne peut-on pas démarrer tout le temps au kick lorsqu’un démarreur électrique est présent ?

    3. Nabuchodonosor

      N’ayez aucun scrupules Vince, il y a très certainement plus d’un petit observateur qui a d’abord posé son cul sur une selle de bécane avant de s’avachir au fond d’un Connolly Bros…
      🙂
      J’ai moi-même dans le cuir noir de ma mythique combarde, essoré par le passé la poignée au premier bout droit venu et limé mes cale-pieds dans des pifs-pafs d’anthologie… et encore, sans attaquer vraiment (je dis ça sans me vanter, hein les mecs…), avant que sagesse et raison, portant toutes deux le doux prénom de ma femme, ne me ramènent sur quatre roues… Personne n’est parfait !
      Votre moment de solitude à cause d’un 4 en ligne récalcitrant, et ben ça m’cause grave dans l’cerveau et ça m’descend jusque dans la guibole qu’étais affectée au kickage de ma première brêle. Un scrongneugneu de flat-twin teuton au démarreur lunatique et dont le kick se manœuvrait latéralement, la bécane posée sur la centrale. Il me fallait alors peser de tous mon poids, le pied en équilibre sur un bout de métal cranté, pour faire descendre le bras qui s’effondrait alors par saccades. Tous les trois ou quatre coups, un retour de force d’un autre temps me renvoyait dans les vertèbres l’énorme compression du moulbif en me faisant valdinguer la botte. Bref, à chaque démarrage ça ressemblait à une sorte de partie de jambes en l’air avec moi-même. Et valait mieux pour mézigue que j’exécute ce pas de un hors affluence sous peine d’être assailli de mille conseils inutiles qui n’avaient d’autres effets que de me faire monter la moutarde par-dessus mon inusable mais fidèle Cromwell… Dans ce moments-là, j’contrôlais plus rien… Mais quand ça démarrait, putain que c’était bon !
      🙂
      Nabujoebar

    4. Vince Marten

      Démarrer une moto au kick revient à démarrer une voiture à la manivelle, c’est tout un art.
      Les coups de kick lancent le moteur de manière discontinu. Un allumage un peu faiblard, une rampe de carburation mal réglée et l’exercice se transforme vite en séance de training cardio très intense.
      Dans le cas présent, je penche pour un grand classique du non-démarrage à chaud des moteurs à carburateur : le vapor lock ou quand l’essence se vaporise trop tot et désamorce la carburation.
      Comme pour les voitures, l’arrivée du démarreur électrique fut un vrai progrès, M Chapman, l’a si justement précisé, certaine moto trainait une réputation de « briseuse de tibia ».

    5. Vince Marten

      Merci Nabu pour cette évocation émouvante de corps à corps épiques avec une fougueuse bavaroise, on sent la passion encore bien présente.

    6. Nabuchodonosor

      Vrai que j’ai pris mon pied avec cette bécane, mais à chaque démarrage elle lui en rappelait le coût, cette sal…iiivante bécane…
      Appels de phare et grand V à toi Vince.
      🙂