Souvenirs d’Auto (112) : Mon coeur bat la Chamade

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Cette histoire, un rien mélancolique, m’a été envoyée par le jeune Pierre (bien connu du groupe Facebook « AMIS DE POA »). Je le remercie et je le rassure, on est tous passés par des moments comme ça…

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Au début des années 90 mon père, grand amateur de berlines tri-corps devant l’éternel roule en Opel Kadett 4 portes 1.8i, vénérable berline noire. En 1992, il rencontre ma mère, et le mariage est dans les tuyaux. Alors, mon père se dit qu’il est temps d’envisager le remplacement de la Kadett qui commence à fatiguer,.

Depuis quelque temps, mon père lorgne sur un best-seller sorti quelques années auparavant : la Renault 19. Oui, mais vous l’aurez compris, pas n’importe laquelle, la Chamade, la version trois volumes de la gamme ! C’est donc courant 1993 qu’il tombe sur une très belle occasion, lors d’un salon à Lille : une R19 Chamade turboD, de 1991, peinture métallisée « gris tungstène » (sa fierté, la peinture métallisée… On en entendra parler tout au long de la carrière du véhicule…), avec des options la faisant presque passer pour le haut de gamme de l’époque : la TurboDX. Ex-voiture de médecin, première main, état impeccable, peu kilométrée… Il n’en fallait pas plus, mon père craque.

Et le voilà tout pimpant et fier, à bord de sa Chamade gris tungstène. Le mariage se fait en 1994 avec cette voiture, presque flambant neuve, et au top pour l’époque… Quelle classe !

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Je suis né en 1996, j’ai donc connu cette fameuse voiture depuis ma naissance. Puis en 1999, c’est au tour de ma sœur de venir au monde, aucun problème, à croire que mon père avait été visionnaire en achetant ce véhicule : une compacte à l’habitabilité d’une familiale !

En 2007, mon père obtient une belle mutation, nous quittons Rennes pour Poitiers. Ne me demandez pas pourquoi, mais Papa décrète que la R19 ne tiendra pas le trajet jusqu’à Poitiers, et qu’il est temps de s’en séparer. Malgré ma réprobation, et la fiabilité exemplaire de cette voiture, la décision est prise. Une voiture de service l’attend là-bas, la R19 ne servira à rien ! Bref c’est horrible.

Jusque-là, rien de très dramatique, revente classique, et puis s’en va.

Sauf que mon père dans un élan démesuré de générosité, décide de faire don de la Chamade à un voisin et copain, artiste en difficulté financière. Et ce, bien sûr, toujours malgré ma grande réprobation. (Je l’adorais cette voiture, sacrebleu !)

Nous nous installons à Poitiers, et revenons quelques temps plus tard passer des vacances. Premier réflexe du passionné de la Chamade que je suis, je m’empresse de demander des nouvelles de la Renault .

Et là, c’est le drame. Michel, un ami mécanicien, m’apprend que LA voiture n’est plus. En effet, le voisin à qui nous avions donné la R19, artiste jusqu’au bout, a totalement lésiné l’entretien.

La Chamade faisait un bruit atroce quelques mois auparavant, la courroie à changer, somme toute rien d’extraordinaire. Michel lui avait même proposé de ne lui faire payer que la pièce. « Non, pas le temps, on verra plus tard ».

Et plus tard, c’était trop tard, la superbe Chamade de mon papa, qui berça mon enfance, finit sa route dans un dernier couinement de courroie usée, dans les mains d’un sagouin sans cœur pour la chose automobile.

Moteur HS, voiture à la casse ! Autant dire que la suite du séjour breton fut bien triste pour moi, on avait massacré MA voiture, la plus belle voiture du monde, à mes jeunes yeux de pré-adolescent… J’en ai encore des crispations en écrivant ces lignes !

S’il m’est un jour donné l’occasion de retrouver une Chamade turbo diesel en bel état d’origine, je pense que ce sera un des plus beaux jours de ma vie.

 

Cette rubrique est désormais aussi la vôtre.Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion. On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps.Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA ! Merci.

L’avis des Petits Observateurs !

21 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Auto (112) : Mon coeur bat la Chamade »

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  1. Hugo

    C’est cette voiture qui parmis d’autres permet de faire des gravures avec les ongles sur les bacs de portières désintégrés par le temps.

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  2. San Francesco d'Assisi

    Jusque là je ne mesurai pas vraiment pourquoi les vendredis étaient bénis par les premiers Ministres; Maintenant je sais !
    🙂

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    1. San Francesco d'Assisi

      Pardon (Saint) Pierre si mes pensées étaient ailleurs, ce n’est pas que je ne voulais pas vous flatter mais je pensai au grand renoncement de n° 1 qui ravissait n° 2 en lui ouvrant les portes de la compétition.
      Ceci dit votre SDA est très émouvant…
      SFd’A, un peu faux-cul pour le coup !
      🙂

  3. Nabuchodonosor

    Bravo de nous exprimer tant d’amour pour votre auto, on sent votre cœur battre encore très fort pour cette auto ce qui montre que vous n’avez pas un cœur de pierre, Pierre.
    Il me semble bien qu’après des années de numérotation de ses voitures le nom de Chamade, qui devait être le porte drapeau de la qualité retrouvée, fut le premier octroyé par la Régie Nationale avant celui de Clio pour désigner un de ses modèles, en l’occurrence la version tricorps de la 19, ce, préparant la privatisation qui s’en suivra…
    On peut dire qu’à l’aune de ce modèle le cœur de Renault battit alors la Chamade pour tenter de renouer avec une partie de sa clientèle perdue.

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    1. Pierre

      Merci Nabu pour ce gentil message.
      En effet c’était les balbutiements du retour des noms « propres » en lieu et place des placides et impersonnels chiffres, pour qualifier les modèles de la gamme… Ou les variantes…
      Cela contribuait au charme !

  4. Piat Georges

    Belle histoire mais c’est bien pour cela que je préfère ne pas connaître les propriétaires suivants des voitures que dont je me sépare !!

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  5. Chapman

    N’a t-elle pas existé en 16S cette chamade?
    Lors de sa présentation, j’avais trouvé la 19 épatante. Je me suis pourtant progressivement lassé de son design. L’intérieur semblait austère.
    Ça reste cependant une très bonne auto populaire.

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    1. Pierre

      Si, elle a existé en 16S !
      Ah, personnellement, je préfère la chamade à la normale… Et je ne me suis pas lassé de cette ligne… Mais comme il s’agit de la voiture de mon enfance, mon objectivité manque à l’appel ! 😉

  6. Ricky Bobby

    C’est rigolo cet engouement pour la Chamade.
    J’avais un collègue qui en avait une.
    Mais pour lui c’était plutôt la misère et la honte.
    Des qu’on lui demandait ce qu’il avait comme bagnole, il répondait une R19, et à la question de la version, suivait un silence et dans un soupir soufflait une Chamade.
    Dans la même veine, une connaissance possédait une 306 tricorps. A choisir, je prends la Chamade, la greffe du coffre est un peu mieux réussie.

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  7. Frankreich

    Je me souviens que la R19 dans la version turbo-d du père de Pierre était certainement l’une des toutes premières compactes diesel du marché à ne pas être qu’économique à l’usage, mais également plaisantes à conduire et dynamiques mécaniquement. La Golf GTD n’avait pas encore fait sa mue vers l’injection directe (le fameux TDI) et la puissance plus faible nuisait à l’agrément général.
    Un peu plus tard me semble-t-il, PSA lançait ses ZX et 306 turbo-d de puissance similaire (env 90ch) – toujours à injection indirecte – et les compactes françaises se situaient à la pointe de la performance et de l’agrément en diesel.
    Les HDI et Dci ont remplacé ces très bonnes versions des diesel français pour suivre la voie ouverte la Fiat et VW, avec des soucis de fiabilité les premières années.
    Cette R19 avait vraiment marqué des changements majeurs pour l’époque et j’en garde moi aussi un très bon souvenir.

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    1. Pierre

      Bien vu 😉
      Et en 2001, mes parents ont acheté une Focus Clipper TO (donc Ghia)… 1.8 TDDI 90 !
      Moteur également très marquant pour Ford puisque c’était dans les premiers blocs à injection directe et à turbo avec intercooler !
      Par contre Dieu que c’était bruyant…

  8. kris

    Cela me rappelle également une petite anecdote. C’était au début des années 2000. Nous possédions une R19 TXE de 1989 achetée aux enchères au prix d’une mobylette – bon sans compter le prix du moteur qu’il a fallut changer par la suite !! -. Donc alors que j’attendais chez Renault le changement de je ne sais plus quoi, je vois sur le pont une magnifique (!)… bon disons une rutilante chamade blanche dans un état proche…de la sortie usine. Je m’approche et interroge le mécano qui m’explique que son propriétaire âgé ne la sortait que par beau temps et uniquement pour faire le tout du pâté de maison !! Verdict au compteur : je crois me rappeler qu’elle n’avait même pas 10000 km !!!! Nous sommes au début des années 2000. Je me positionne au cas où. Le mécano s’empresse de me répondre que la liste d’attente est déjà bien longue, en gros tous les mécanos de cette concession importante sont sur le coup.
    J’ai toujours pensé que ce brave homme devait être sacrément bien accueilli à chaque visite au garage… Quel bande d’escrocs ! (rires)

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    1. Quentin

      Je me souviens avoir vécu peu ou proue la même chose avec la Renault 21 de mon paternel une 1.7 essence (si mes souvenirs sont bons). Un véritable déchirement lorsque j’ai appris sa mort (à environ 120 000 km) pour la même raison.

    2. Vincent

      Ah la 19 Turbo-D…mon père a eu la première de la Mayenne(au grand dam du concessionnaire qui l aurait bien gardé un peu dans sa boutique) a l époque en gris tungstène également,mais en version hayon.
      Voiture de fonction de son nouveau boulot, équipée illico d un radiotéléphone (Mossieur!!!) elle symbolisait une belle réussite a l époque.
      C’est la plus vieille voiture dont je me souviens avoir posé mes fessiers, et pareil dechirement lorsque je sus un jour que le fils du patron,qui l avait récupéré, n’avait pas trouvé mieux que de la finir sur une bordure de supermarché.
      Les Turbo-D 1ere phase avaient une différence par rapport au reste de la gamme: La calandre était celle des 16s et cabriolet ce qui leur donne plus d’allure.
      Merci pour le rappel de cet heureux souvenir

    3. Pierre

      Vincent, merci à toi pour ces précisions et cette belle réminiscence.
      Aaaah le radiocom 2000… la grande époque, nous n’avions pas cela dans la Chamade, mais mon Pater avait pour son travail un véhicule de service équipé d’un kit main-libres avec support téléphone le tout intégré au système audio du véhicule… Une rareté qui coûtait cher à l’époque !
      Bref, pour en revenir à la R19, je te remercie vivement de confirmer mon impression et mon souvenir : effectivement la calandre était différente des autres, elle avait aussi les pare-chocs « sport » même s’ils étaient non-peints, me semble-t’il.
      Aaaah la 19, une sacrée auto !