Chevrolet Corvette Sting Ray 1966 : le meilleur cru ?

Par Patrice Vergès. A 25 ans, alors que ses copains roulaient en R8, Simca 1000 ou 2 CV, Jacky se baladait en Chevrolet Bel Air. Après avoir en avoir usé une bonne quinzaine, il est passé à la Chevrolet Corvette. Aujourd’hui, il roule dans sa cinquième Corvette, une Chevrolet Corvette Sting Ray 1966.

Ce passionné a possédé 63 VW Coccinelle, 15 Chevrolet Bel Air et 5 Corvette plus un grand nombre d'autres voitures notamment AC Cobra !

Ce passionné a possédé 63 VW Coccinelle, 15 Chevrolet Bel Air et 5 Corvette plus un grand nombre d’autres voitures notamment AC Cobra !

La Corvette type C2 produite de 1963 à 1967 est considérée comme la plus réussie de la lignée des 7 générations par de nombreux passionnés

La Corvette type C2 produite de 1963 à 1967 est considérée comme la plus réussie de la lignée des 7 générations par de nombreux passionnés

 » Pour moi, la Corvette, c’était la suite logique des Bel Air. Ce n’était pas en tant que voiture de collection mais pour rouler avec tous les jours. J’allais bosser avec à la revue Échappement. Je passais toute ma paye rien que dans le budget essence ! »

Amis de POA, Jacky n’est pas un inconnu pour vous. Il y a deux ans, nous vous avons présenté sa Ford GT40 suivi de son étonnant Hot-Rod l’année dernière. Jacky déteste rouler dans les voitures de monsieur tout le monde. Si POA avait existé avant, on aurait évoqué son ahurissante AC Cobra 427 7 litres. En 1974, sa première corvette fut une Sting Ray type C2 1963. La mythique « Split Window  » à double fenêtre arrière.  » Aujourd’hui, à cause de cette lunette arrière, elle se vend 150 000 dollars, le double du millésime 66 que je viens d’acquérir. Elle n’a été produite qu’un an car on n’y voyait rien en ville pour reculer à cause de la barre centrale. C’était très pénible. A l’époque, pour moi, ce n’était pas la plus belle et je préférais la première génération, notamment celle de 58/60 à double phares ! « 

Les puristes remarqueront que cette version small block est équipée d'un capot de 427 au dessin plus agressif !

Les puristes remarqueront que cette version small block est équipée d’un capot de 427 au dessin plus agressif !

Cinq Corvette

Voici pourquoi en 1980, il l’a remplace par une C1 1958 à injection Rochester. C’était la plus séduisante à ses yeux mais de conception plus ancienne, elle n’offrait pas la tenue de route de sa précédente C2 équipée d’un châssis plus sophistiqué à 4 à roues indépendantes. Il la revend pour un modèle C4 plus moderne de 1983 qu’il conserve deux ans avant de repasser à une Stingray 1978  » Pace Car » puis enfin à la Ford GT40.

L’éreintante gymnastique pour se glisser dans les 1,03 m de la GT40, n’est plus pour Jacky dont la toison a blanchi. La découverte récente de cette superbe Chevrolet Corvette Sting Ray 1966 (C2) d’un fascinant bleu métallisé (Nassau) le fit de nouveau plonger dans l’univers de la Corvette.

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« Aujourd’hui, avec le recul, je trouve que cette génération (1963/1967) est la plus belle. Par rapport à la 63 que j’ai possédée, la 1966 avait reçu un freinage plus puissant avec 4 freins à disques et une suspension modifiée. La mienne a été vendue neuve en France à cette époque et c’est très rare. Seulement une vingtaine de cette génération ont été vendues chez nous. J’ai retrouvé la liste de ses propriétaires successifs. Elle était alors blanche avant de changer trois fois encore de couleur. Elle est équipée de quelques options dont les échappements latéraux, la direction assistée et les glaces électriques. Surtout, elle est dans un excellent état où tout est d’origine ».

03 L'arrière tronqué s'inspirait de la poupe des ultimes C1 postérieures à 1960

L’arrière tronqué s’inspirait de la poupe des ultimes C1 postérieures à 1960

Le design allait se cacher jusqu'au dessin du bouchon de réservoir situé sous la lunette arrière

Le design allait se cacher jusqu’au dessin du bouchon de réservoir situé sous la lunette arrière

Les borborygmes brutal du gros V8

Comment résister au charme de la bête qui lâche un vigoureux grondement par ses pots latéraux qui ont été libérés de toutes chicanes. Sa sonorité qui anticipe sa vision détourne systématiquement le regard étonné des passants honnêtes. Imaginez ce que ce devait être il y a 50 ans, lorsque ce véhicule se pavanait avec ses râles graves au sein de la circulation !

Coté boulons rondelles, on rappelle que la Sting Ray de cette génération pouvait être mue par deux mécaniques au choix, tous deux des gros V8 culbuté en fonte qui ont animé pendant 40 ans toutes les Chevrolet. Un small block de 5,3 l proposé en plusieurs puissances notamment 300 chevaux comme celle de Jacky ou un Big Block de 7 litres de cylindrée délivrant jusqu’à 425 chevaux !

Dans cette version, le gros V8 de 5,3 l alimenté par un énorme carburateur à 4 corps développait 300 ch SAE. La version à injection en délivrait 360 !

Dans cette version, le gros V8 de 5,3 l alimenté par un énorme carburateur à 4 corps développait 300 ch SAE. La version à injection en délivrait 360 !

Rassurez vous, 300 chevaux, c’est déjà largement suffisant tant au niveau des accélérations d’autant que la sienne est équipée d’un pont court que de la consommation avec une vingtaine de litres aux 100. La Big 427, c’était un autre univers surtout au niveau de la conso (30 litres) et des performances avec 250 km/h. Mais les spécialistes de la Vette prétendent qu’elle était plus coton à conduire à cause du poids excessif du moteur sur le train avant. Déjà maîtriser une Corvette small block exige d’être aimable avec l’accélérateur !

Une Sting Ray n’est plus destinée à faire de la vitesse comme en 1966 où elle déboulait à 225 km avec des accélérations (zéro à 100 en 6 secondes) qui oubliaient tout le monde sur la route en plaquant ses occupants contre les dossiers plats comme des limandes. Justement, la passion de Bill Mitchell qui dirigeait le studio de design de GM, c’étaient les poissons notamment les requins. D’ailleurs, la silhouette de la Sting Ray qui signifie « raie à éperon » a donné naissance au prototype Mako Shark qui symbolisait un requin sur 4 roues.

la Vette en pleine accélération lâche un torrent de décibels à travers ses pots latéraux

la Vette en pleine accélération lâche un torrent de décibels à travers ses pots latéraux

Sublime bestialité

Par sa silhouette composées d’arrêtes tranchante, la Sting Ray transpire la bestialité par tous ses pores de plastique car comme toutes les Corvettes, elle est en fibre de verre. La C2 est considérée, aujourd’hui par les exégètes comme la plus réussie des 7 générations de Corvette produites en 63 ans. En 2016 où les voitures ont forci, avec ses 1,27 m de haut, la Sting Ray semble presque menue même si ses superbes jantes qui l’assoient bien sur le sol rappellent qu’il y a du monde sous le capot.

De nombreux chromes égaient l'habitacle. Les sièges manquent un peu de maintien quand le V8 se déchaîne

De nombreux chromes égaient l’habitacle. Les sièges manquent un peu de maintien quand le V8 se déchaîne

La planche de bord est un petit chef d'ouvre esthétique. La poignée de maintien est creusée dans le bossage de la visière du vide-poche

La planche de bord est un petit chef d’ouvre esthétique. La poignée de maintien est creusée dans le bossage de la visière du vide-poche

L’intérieur est aussi fascinant que l’extérieur, de la planche de bord à double bossage parsemée de nombreux cadrans et touches de chromes. Tout est dessiné pour le plaisir de l’œil, du levier de vitesse (boîte méca à 4 rapports), bouchon de réservoir, sigles, poignées de d’ouverture des déflecteurs. La seule déception viendrait que la Corvette était une voiture de grande série (27 720 produites en 1966) et n’offrait pas la finition au niveau de l’idée qu’on se fait de ce genre de voiture. Mais reste ce design à couper le souffle avec dans les oreilles le borborygme du V8 et qui nous emmène dans un violente poussé ininterrompue jusqu’au bout de nos rêves qui s’emmêlent… .

(Merci à Stève Morel pour ses photos)

Pas de couvercle de coffre pour la rigidité comme dans l'Opel GT, on glisse les bagages par la porte !

Pas de couvercle de coffre pour la rigidité comme dans l’Opel GT, on glisse les bagages par la porte !

Les jantes sont en alliage léger et la largeur des pneus fait sourire aujourd'hui par rapport à ce qui se fait

Les jantes sont en alliage léger et la largeur des pneus fait sourire aujourd’hui par rapport à ce qui se fait

L’avis des Petits Observateurs !

17 commentaires au sujet de « Chevrolet Corvette Sting Ray 1966 : le meilleur cru ? »

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  1. Olivier Decarre

    Très belle en effet.
    Juste une remarque sur le titre. Beaucoup de mes confrères journalistes font cette erreur, mais on ne parle pas de cru au sujet d’une année. On parle de millésime. Le cru désigne un terroir.

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  2. Claude

    Superbe ! Quelle ligne. C’est bien la plus belle. je sais qu’il y avait de grosses différences entre la puissance Din et SAE, mais la Sting Ray était l’une des voitures les plus rapides au monde à cette époque avec l’Aston et la Ferrari 250 GT. Pour un prix bien plus raisonnable aujourd’hui. Combien ça peut coûter ?

    Répondre
    1. Nabuchodonosor

      Cette bagnole respire à donf’ la liberté des sixties par tous les pores de sa fibre de verre, un block unlimited, des exhausts berloziens, une ligne bestiale à tomber par terre, un nom bestial, je suis complètement sous le charme…
      J’applaudis des deux mains, cette voiture là, Jacky, elle est terrible, mieux, je lui bisse à la raie !
      🙂

    2. Mat Ador

      Stingray, ça doit être à cause de son cul en forme de raie (sans jeu de mots, Messieurs) et de cette Split Window qu’elle possédait du moins dans sa première version, dont le montant central formait une queue prolongée d’un aiguillon similaire à celle de la raie Pastenague… Mais en fait, de profil, la bête ressemble furieusement à un squale; Quelle gueule, j’adore !
      Merci Larry (Shinoda)*, merci Jacky et merci Patrice…

      * Stang + Vette = Respect

  3. Patrick

    Mon rêve ! je n’ai pas les moyens d’acheter une C2 de cette année mais on peut accéder à une Corvette C3 de la fin des années 70 pour des sommes encore raisonnables ( 20 000 euros) . l’année prochaine, peut être si j’arrive à convaincre mon épouse. Ce Jacky a bien de la chance

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    1. Outdoor74

      Tiens, tiens… J’ai regardé récemment les annonces du Good Corner, et je constatais qu’une C3 avec pare-chocs chromés et boite mécanique me semblait un bon compromis exception / prestation / budget.
      Cette Sting-Ray est superbe et elle a une boite mécanique ! Même si elles sont « raccord », je n’ai jamais aimé les jantes « turbine ». Mais c’est l’époque qui voulait ça.
      Les images sont très belles, pourtant pas facile en plein soleil.
      Bon. Un petit café, une page POA, un peu de rêve américain et hop, au boulot !

    2. Lieutenant Columbo

      Ouaip, Jacky a l’air d’un très chouette type, mais un peu bedonnant quand-même… Je préfère quand les ricaines vintages sont présentées par Madame Le Ministre de la féminité tout de cuir vêtu… Yeeaaaah, Rock’n roll…

  4. Chapman

    C’est aussi ma favorite, en coupé plutôt que cabriolet…..boat tail et split window obligé.
    Ce bleu lui va très très bien, je ne l’avais jamais vu de cette couleur. On le trouve plus classiquement en gris acier et c’est déjà très chouette!

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  5. Fab

    C’est toujours impressionnant, d’annoncer les chevaux SAE des américaines de l’époque, mais le passage au banc fait mal. Et ce, d’autant que les américains avaient une conception très libérale et optimiste de la norme. On trouve parfois l’équivalence 425 ch SAE = 330 ch DIN, par exemple. Aïe…

    Tout cela n’enlève rien à la splendeur de cette Corvette !

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    1. Dubby Tatiff

      L’association spontanée avec les sportives européennes est bien vue. Cette Stingray est la plus européenne (la seule ? ) des Muscle Cars.

      Bon d’accord, elle est en plastique et ne fait donc pas appel au noble talent des artisans carrossiers formant les panneaux de tôle d’un œil expert et d’une main assurée. Pardon, mais posséder une ancienne en Superleggera ou bien dessinée par Pininfarina, ca vous pose un Homme ! Mais bon, avec Alpine nous sommes un peu mal placés pour critiquer la Stingray … 😉

      Dubby Tatiff (snob, mais d’un snob … mais qui fantasme sur les courbes des Cobra 427)