Souvenirs d’Autos (98) : la Rover et la baffe

Une rubrique pilotée par le Commandant Chatel. Ce souvenir m’a été envoyé par Renaud Roubaudi, créateur de POA. Je lui laisse la parole…

Nous sommes à la fin des années 70. J’ai une petite dizaine d’années. Mon père roule en Simca 1100 break vert pomme, intérieur skaï gris, dont le coté utilitaire me fait carrément honte. A la question des copains « Il roule en quoi ton père ? », je mens comme un arracheur de dents en citant les voitures de mon oncle.

Je sais, c’est bête, mais à dix ans…

Car mon oncle Martial, banquier d’affaires, aime les bagnoles. Il change fréquemment de modèle et après avoir possédé une Renault 16 et une Peugeot 505 TI, il a craqué pour une somptueuse Rover P6 V8 marron glacé, avec le toit vinyle noir et l’intérieur cuir tabac. Mon goût immodéré pour les belles anglaises vient de là.

1965-rover-p6-v8-3500

Il faut préciser que mon oncle possède un cheval et qu’il monte régulièrement dans les Yvelines. Pour se déplacer, il utilise un van 2 places accroché à la Rover. Je suis fasciné par cet attelage qui doit approcher les 10 mètres.

Un week­end, nous partons assister à un concours hippique avec mes cousins, Éléonore et Julien, 6 et 5 ans. Nullement intéressé par le saut d’obstacles, je passe l’après­midi à jouer « au conducteur » avec mes petits cousins dans la Rover.

De retour en fin de journée, nous sommes pris dans un embouteillage monstre sur une nationale près de Thoiry. Nous nous chamaillons à l’arrière. Mon oncle ne dit rien mais la tension monte. La conduite avec le van demande beaucoup d’attention.

Le temps passe.

Comme dans un mauvais film, un orage éclate et nous… crevons. Mon oncle gare la Rover sur le côté et descend courageusement sous l’averse pour mettre la roue de secours qui, ô luxe sublime, se trouve sur le coffre arrière. Mais changer la roue avec le van accroché à la voiture s’avère une opération délicate.

La pluie redouble.

Soudain, voulant faire le malin et pour faire rire ma cousine, je descends la vitre et du haut de mes dix ans, je dis ces mots restés célèbres dans la famille : « Dites donc mon brave, il y en a encore pour longtemps ? ».

Calmement, mon oncle pose le crique, se redresse à ma hauteur, s’essuie les mains avec un chiffon et me décoche une claque dont le bruit sec raisonne encore à mes oreilles.

Conscient que j’aurais mieux fait de la fermer, je remonte lentement le carreau, sans un mot, l’air de rien, devant mes cousins subitement tétanisés.

Quand mon oncle est remonté dans la voiture, plus personne n’a moufté jusqu’au retour. C’est un homme qui a toujours su se faire respecter.

Rover P6B (1)

PS : Je tiens à préciser que Martial est un fan de la première heure de POA qu’il suit quotidiennement et que ses encouragements répétés me vont droit au cœur. Je sais qu’il lira ces lignes et je l’en remercie.

Cette rubrique est désormais aussi la vôtre.

Racontez vos anecdotes au Commandant Chatel par mail (thibautchatel@icloud.com), il se chargera de les publier. N’oubliez pas que pour « Souvenirs d’Autos » nous cherchons de l’anecdote, de l’humain, de l’humour, de l’émotion.  On oublie un peu l’arbre à came et le Weber double-corps…  Et si possible, joignez à votre histoire des photos…. On adore ça chez POA !

Merci.

L’avis des Petits Observateurs !

17 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (98) : la Rover et la baffe »

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  1. poulou13

    Mon père avait un ami mécano qui travaillait chez Rover
    un jour , cet ami lui dit qu’il avait 2 Rover 2000 TC qui rentraient et que s’il était OK , il prenait le lot
    Mon père lui dit Banco et le voilà propriétaire d’une Rover 2000 TC lui qui venait d’une 404.
    C’était une voiture très belle avec 4 sièges semi baquet avec un intérieur cuir marron.
    c’était aussi une voiture puissante pour l’époque
    mais plein de petits problèmes
    il y a 15 ans , j’avais failli en acheter une mais le vendeur en voulait trop cher vu l’état pas très reluisant
    mais je trouvais et trouve toujours cette voiture très belle et classe

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    1. poulou13

      faut que je vous raconte aussi :
      Nous étions en Italie avec cette voiture assez puissante pour l’époque par rapport aux autres .
      il avait neigé et les bas cotés étaient encore enneigés
      Nous roulions assez vite et nous rattrapâmes une Fiat 500 avec 4 jeunes à bord et il était impossible de les doubler car eux aussi filaient fort
      nous les suivîmes assez longtemps
      puis une bonne ligne droite et nous voilà en train de doubler et nous étions à 140 , je me souviens .
      tout le monde soufflait et mon père était bien content
      nous arrivâmes dans un village avec une grande courbe pour le contourner
      devinez qui nous a repassé devant en étant passé DANS le village ?

  2. Chapman

    Une fille dont j’étais un peu amoureux en possédait une, en boîte auto…… Était ce la voiture, était ce la fille?
    En tous cas les deux sont indissociables de ma mémoire

    Répondre
  3. Commandant Chatel

    Je salue cette excellente initiative et j’invite les autres membres du gouvernement de POA à en faire autant ! À vos claviers, les ami(e)s. J’ajoute que le Secrétaire d’État aux Petits Observateurs, Fred Seyrat, s’est déjà acquitté de cette tache avec brio. À bon entendeur…

    Répondre
    1. Chapman

      Oserais je vous rappeler, cher commandant que, même si je ne fais pas partie du gouvernement, je suis un commentateur historique…… Enfin depuis longtemps déjà…… Et je vous ai fait parvenir une historiette que vous aviez jugé présentable dans notre échange de mail.
      Pas de copyright entre nous, vous pouvez publier
      🙂

  4. Nabuchodonosor

    Thibaut, Renaud,
    C’est dur de s’exprimer aujourd’hui tant nos pensées sont ailleurs…
    J’ai cependant été touché par cette histoire qui lève un peu le voile sur l’enfance de notre très cher Président. A peine plus âgé que vous Renaud, il me revient en mémoire une gentille histoire d’adolescent à propos de la Rover 3500 V8, la SD1 dont les courbes (sic) m’avaient, immédiatement et étrangement séduites, je m’explique :
    Mon frère et moi sommes en colo dans la station Valaisanne de Crans-Montana à l’hiver 76 ou 77, ou peut-être 78, je ne sais plus… Je me souviens qu’il neigeait à gros flocons. Filant par la fenêtre de la chambre, nous venions de nous carapater avec deux autres ados et alors que nous déambulions dans les ruelles enneigées en quête d’aventures, nous observâmes un brave petit vieux agenouillé sous sa magnifique Rover 3500 en train de monter ses chaînes, du moins d’essayer de le faire… Son crâne dégarni, ses tempes dégoulinantes de neige fondue et de sueur mêlée, ses lunettes embuées et son côté malhabile de banquier helvète, tenant la chaîne d’une main et se raccrochant à l’aile avant de l’autre, nous firent pitié et nous lui proposâmes notre aide spontanément. Le voilà qu’en se relevant il se fait aussi soudainement que copieusement engueuler par une forte voix féminine à l’accent slave prononcé, venant de derrière, du balcon situé au premier le désignant sans cesse par le sobriquet de « Bébé »… Sans mots dires, « Bébé », complètement détrempé, file droit dans l’immeuble pour se changer, nous laissant plantés là avec le jeu de chaînes déballé dans la neige et la Rover dont le V8 ronronne de son onctueux ralenti. Alors que nous en terminons avec l’accrochage des deux chaînes à l’arrière, propulsion oblige, l’un de nous ayant auparavant pris l’initiative de remuer le carrosse royal sur quelques mètres pour parfaire la tension, voilà que débarque devant nous, derrière un épais manteau de fourrure, sur d’énormes bottes à poils et sous une chapka coordonnée, une créature de rêve à la chevelure blonde sortie tout d’une bande dessinée… « Vous avez mérité petite récompense ! » nous lance notre Maria Sharapova d’un regard bleu complice. Mes camarades d’aventure et moi en restons bouche bée… Ce qui peut passer par la tête d’un ado dans ces moment-là est absolument fantastique de délire, fantasmagorique… Nous déglutissons.
    Mon histoire s’arrête là et en vous souhaitant une bonne soirée je vous laisse imaginer une suite plus romanesque que la boîte de chocolat que nous dûmes nous partager en nous re-racontant cette incroyable rencontre…

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    1. Thierry

      C’est fou des souvenirs comme ça … je vous envie d’avoir vécu des trucs comme ça,
      Je n’ai rien a raconter d’aussi amusant, et tout droit sorti d’un film.
      Bravo de nous donner un peu le sourire en ce triste week-end..

    2. FL

      – Que tu es mignon mon petit, tu mérites une récompense. Tu veux caresser mes saint-bernards?
      – Ah oui, j’veux bien madame, mais mon prénom c’est Thierry!

    3. Maître Capello

      Mais, dites nous Renaud, votre brave oncle Martial, n’avait-il pas un pied à terre en Suisse par hasard ?