L’audace de l’Espace (épisode 1)

Par Patrice Vergès. Le Renault Espace fut une révolution car il bouleversa nos codes autour du déplacement automobile. L’arrivée d’un nouvel Espace, plus de 30 ans après sa naissance, est l’occasion rêvée de refaire un chemin à l’envers…

03 Renault-Espace_1_05La modularité de l’Espace fut l’un des ses gros arguments forts de vente. La voiture à vivre…

Cinq Kilomètres. Disons dix kilomètres ! En cet automne 1984, il fallait que le conducteur du nouvel Espace parcoure autour de dix kilomètres pour appréhender qu’il venait de pénétrer dans une autre dimension automobile. Aujourd’hui, il est facile de réécrire l’histoire de l’Espace et du monospace dont le concept ne se discute même plus puisqu’il s’est imposé. Pas fin 1984. Davantage que sa modularité tant vantée, c’était surtout sa conduite qui avait dérouté les premiers conducteurs. En fait, l’Espace provoquait une véritable confusion des sentiments et surtout redemandait un apprentissage psychologique. Depuis la naissance de l’automobile, la conduite d’un véhicule haut symbolisait celui d’un utilitaire. Dans les esprits d’alors, les voitures devaient être le plus basses possible, signe distinctif de leur vitesse. Un véhicule haut, était par définition, un utilitaire style « Moi, je travaille ! » avec un mégot maïs au coin de la lèvre.

01 1

La ressemblance entre l’Espace et le TGV symbole absolu de modernité en 1984 joua en faveur de ce monospace dont la vitesse, 170 km/h, étonna.

Le TGV de l’autoroute

Ce que percevait le conducteur de l’Espace fin 1984, c’était cette curieuse et étonnante impression de se situer au-dessus des autres voitures. Une position qui lui permettait de découvrir non seulement une autre vision de la route et surtout d’appréhender à l’avance les problèmes circulatoires. Ce qui était nouveau, par rapport à un fourgon qui offrait le même sentiment visuel, c’était celui de ne pas être un conducteur passif mais actif puisque l’Espace offrait des performances très élevées pour l’époque puisqu’il pouvait rouler à 170 km/h.

Une vitesse qui étonnait nombre de conducteurs usagers de l’A10 près de Romorantin, peu habitués à voir ce curieux TGV de l’autoroute débouler à de telles allures. Fait étonnant, c’est la position de conduite dominante et la vitesse qui ont d’abord interpellé les journalistes et automobilistes de fin 1984 plus que le concept révolutionnaire du véhicule. Il est vrai, qu’à l’époque, la culture vitesse était encore très efficiente en faisant partie de nos codes de vie automobile.

Famille, je vous aime !

02 rouge_Renault-Espace_1984_1600x1200_wallpaper_03Renault joua vite le concept de la famille. Pour la première fois des enfants avaient leurs aises dans un véhicule !

 Il fallait partir pour une balade avec sa petite famille pour se rendre compte que l’Espace était beaucoup plus qu’un monospace rapide. Jusqu’alors, au terme de certains voyage automobile en famille, il n’était pas rare de regretter de ne pas être resté célibataire ou de ne pas disposer de penthotal pour calmer ces chères têtes blondes gesticulant et hurlant coincées à l’arrière n’arrêtant pas de demander quand on allait arriver.

04 1984-88_Renault_Espace_06

Les premiers Espace empruntaient beaucoup aux Renault de série notamment la R18

Avec l’Espace, le conducteur avait découvert le plaisir de monter à bord de son véhicule sans avoir avoir à se plier en deux ni se dévisser les cervicales. Il avait appris que sa hauteur supérieure lui permettait d’être au-dessus des zones de chocs en cas d’accidents. Mais surtout, il avait découvert le silence en famille. En fait, les vacances commençaient au pied de son escalier. Non seulement, le volume de l’habitacle lui avait permis de ranger un nombre astronomique de valises et de paquets mais la modularité des sièges arrière avait autorisé à ses enfants de disposer d’un volume adapté à son gabarit. Pour la première fois, un enfant n’était plus coincé sur un siège, mais il disposait d’un lieu de vie personnel autorisant des mouvements voire des déplacements et la possibilité d’avoir une autre fonction intellectuelle grave à la tablette que celles de compter les moutons ou les voitures rouges. Si Florence Pernoux avait connu l’Espace, elle l’aurait certainement conseillé dans sa célèbre série de bouquins « j’élève mon enfant ! »

 Le vélo lui dit merci

Comme les monospaces qui ont suivi, il a certainement favorisé l’usage du vélo puisqu’il permettait de les déplacer plus facilement et celui de partir en week-end sans rupture de nos modes de vivre. En effet, grâce à son volume intérieur, il a permis de pouvoir emmener avec nous les objets de la semaine dont nous nous privions en vacances ou en week end par manque de place. Jeux vidéo, vélos, planche à voile, rollers,

On n’imagine pas aujourd’hui le mal que s’est donné Philippe Guédon pour imposer le concept de l’Espace. L’idée lui en était venue lors d’un voyage aux Etats-Unis en 1979 où il avait pu conduire un van, sorte d’utilitaire à cabine avancé. Dès son retour, ses cadres et lui avaient planché sur ce type de véhicule adapté à nos goûts européens. Hélas, le prototype sur base de Simca 1308 n’avait guère séduit ses partenaires. Après avoir fait évoluer ce prototype, sa présentation ne bouleversa pas non plus autant Citroën que Peugeot à qui il fut présenté. Ce qui ne fut pas le cas de Renault qui s’enthousiasma sur le projet. Au cours de sa gestation celui évolua encore notamment au sujet du fond plat qui permit l’utilisation de sièges coulissants. Finalement, l’Espace fut dévoilé en juillet 1984 dans les sentiments mitigés évoqués plus haut. Le premier mois de production seulement 19 acheteurs se laissèrent tenter. Quelques mois furent nécessaires pour qu’il s’impose comme voiture à vivre. C’est pour une prochaine fois..

05 renault-espace-pgLa hauteur de ce monospace était considérée comme une sécurité supplémentaire en cas de choc par rapport à une voiture classique

L’avis des Petits Observateurs !

15 commentaires au sujet de « L’audace de l’Espace (épisode 1) »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

  1. Hugo

    Je vais acheter un espace turbo dx de 1988 et j’aimerai lui faire une cure de jouvence. Si quelqu’un connaît un amoureux nostalgique vers qui je pourrais me tourner…. une adresse, un pro ?

    Répondre
  2. Pierre

    Il faut reconnaître que la finition des premiers Espace était bâclée. il y avait des fuites d’eau à l’intérieur quand on le lavait au jet. Mais, on pouvait enfourner des tas d’affaires. J’aime bien la phrase  » pas de rupture sociale entre la maison et la voiture » C’est vrai, on pouvait emmener toutes ses affaires de la semaine en week-end ce qui n’était pas le cas avec une berline normale trop exiguë. Si ma mémoire est bonnes, toutes n’avaient pas les sièges modulables. c’était une option assez coûteuse je crois.

    Répondre
    1. Hugo

      Je me souviens assis sur la derniere rangée c’était horriblement tape cul et il a fallut attendre la 3 ème génération pour avoir un confort acceptable au dernier rang. Je n’ai presque jamais voyagé au dernier rang tellement je pleurais pour ne pas subir cette torture… Le 4 lui c’était parfait niveau confort. C’est cruel d’avoir créé des espace 3 et 4 mieux que la concurrence mais carrément pas fiables. C’est même honteux que l’espace 4 n’ai pas proposé une voiture sans histoire en fin de carrière. En 14 ans d’existence, la 4eme génération aurait due revoir mieux sa copie du 2.2 dci en mi carrière ou bien emprunter un moteur fiable à un autre constructeur.

  3. A.M

    Avec l’espace le slogan « des voitures a vivre » avait un sens. Le nouveau « passion for life » me parait moins evident, une passion pour la vie?…

    Répondre
  4. A.M

    Cette voiture a fait rever tous les gamins des annees 80,
    y compris, et peut etre surtout eux, les non « bagnolards » ceux qu’une 205 gti ou qu’une R5 gt.turbo laissait froid.

    Répondre
  5. Charles

    Renault a fait croire qu’il avait inventé le monospace. On oublie que Chrysler avait dévoilé le Voyager un an plus tôt! L’Espace se singularisait seulement par sa modularité supplémentaire. Le Voyageur offrait même des performances supérieures…

    Répondre
  6. 2rak

    c’est vrai qu’à l’époque, on rêvait des rares photos de vans aperçues dans autoverte/loisir. Ford essayait bien avec l’un ou autre transit dans des salons de faire accepter le concept en Europe mais cela ne prenait pas.
    puis, boum, le choc Espace et vw avec le transporter multivan. (et le mignon bedford transformé par Stylevan, une entreprise française) Et on pouvait enfin rouler « #vanlife » style en étant compris par ses collègues.

    Répondre
  7. William

    Une révolution, comme le fut après le Scénic ou la Twingo. Renault n’invente plus aucun segment aujourd’hui, et suit (tardivement) ses concurrents… Captur ? Le Juke l’a précédé (même le Mokka). Kadjar ? Hmm.
    Allez, on peut dire que le développement de l’électrique a été très important chez Renault, beaucoup plus que chez les autres constructeurs généralistes.

    Impatient de découvrir ce nouvel Espace dans POA, et le Kadjar en vrai.

    Répondre
  8. Jean

    Pour la première fois; les enfants étaient bien à l’arrière d’une voiture. ils pouvaient bouger et de déplacer car les ceintures de sécurité n’étaient pas encore obligatoires. On pouvait aussi pique niquer à l’intérieur lorsqu’il pleuvait. C’était une révolution…

    Répondre
  9. Romain_T

    Avec tous les monospaces et SUVs qui roulent aujourd’hui, Lotus pourrait peut-être adopter un nouvel angle marketing. « Elise, un véhicule sûr : en cas de choc frontal, le conducteur est *sous* le point d’impact ».
    (Mauvais) Blague à part, quand j’étais gamin, abonné à la banquette arrière de la BX paternelle, ce visuel de l’intérieur de l’Espace, configuré comme un salon, me faisait bien envie.

    Répondre
  10. Pierre

    C’est vrai, comme le dit si bien l’auteur du commentaire précédent, c’est la visibilité qui m’avait étonné dans l’Espace et aussi la position de conduite. A cette époque, les voitures étaient bien plus basses qu’aujourd’hui. Dominer la route était une sécurité supplémentaire surtout en cas de choc frontal comme le raconte votre article. Le conducteur était au dessus du point d’impact..

    Répondre
  11. Daniel

    Je suis allé chez Renault Champ-Elysées pour enfin découvrir en « vrai » ce nouvel espace…et bien je dit bravo à Renault ! une réussite, la ligne extérieure paraissait plate, banale sur les photos, ressemblant trop au captur, en réel, cette voiture à de la gueule une originalité propre et l’intérieur aussi est superbe, sobre et classe sans bling bling, la console centrale magnifique. j’imagine que pour les pro-allemand, quelques dixième de millimètres manqueront aux ajustements de plastique pour accéder à la fameuse qualité perçue si chère aux marketeurs et autres journalistes trop habitué à conduire des voitures à 200.000 €. Tiens je me rends compte que j’ai pas fait attention si il y avait du plastique moussé ?! Ah quel imbécile, je fais jamais attention à ce détail…
    Un regret tout de même, le brillant sur la console, peut-être qu’il existera une finition mate à sa sortie.
    J’attends avec impatience l’essais de POA, avec bien entendu la comparaison avec audi du PM
    Mais au fait c’est quand cet essais, Renaud, y serez-vous invité ?

    Répondre
  12. Pierre

    TGV de la route ….il y a d’ailleurs une photo Espace/TGV qu’avait prise R. Sejourné pour une couverture de magazine qui refletait bien cette idee du voyage rapide tout confort .

    Perso. Ma premiere impression avec les vehicules d’essai du Salon 1984 fut la visibilité incroyable dans ce vehicule
    , on etait pas habitué à tant de clarté avec les vitrages des voitures concurrentes.

    Répondre
  13. Serge

    C’est vrai, aujourd’hui, on est si habitué à croiser des monospaces et des Espace, qu’on a oublié comme ce type de véhicule haut a pu étonner à l’époque. Voire dérouter. Ce petit rappel en arrière nous fait du bien.

    Répondre
  14. Stéphane.nc

    Que de souvenirs.
    L’époque (il y a eu ensuite Scenic) où Renault créait de nouveaux marchés plutôt que de courir (comme PSA) derrière les SUV, les Hybrides…
    Avec l’Espace Quadra, impérial à la montagne, Renault faisait à l’époque bien mieux que nombre de SUV actuels.

    Répondre