L’odyssée des Espace (épisode 2)

Par Patrice Vergès. En attendant de prendre le volant de la 5e génération de l’Espace, retour sur les 4 précédentes essayées au fil des années. Tout a commencé en avril 1984…

A - copieQuatre générations d’Espace en 30 ans

Nous n’avions pas bien senti l’Espace lors de son lancement. Ce qui nous avait le plus bluffés c’était sa vitesse de pointe qui frisait les 180 km/h. Performance alors déroutante pour une fourgonnette à cabine avancée. Ce type de véhicule existait déjà et on les appelait les vans comme le Toyota Lite-Ace et la Nissan Vanette. Ces fourgonnettes « d’instituteurs campeurs » faisant appel à la propulsion offraient des performances réduites (110 km/h) largement suffisantes au vu de leurs qualités dynamiques  des plus médiocres.  J’ai donné…

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 Renault communiqua sur les valeurs de la famille et de l’invitation au voyage et aux loisirs

Mu par un 2 litres essence de 110 ch, l’Espace TSE allait non seulement très vite mais avait une tenue de route digne de celle d’une berline Renault. Nous passâmes un peu à coté de sa modularité (un mot qu’on ne connaissait pas) mais comprimes qu’on pouvait la transformer autant en salon roulant que garage à vélos qui n’étaient pas encore revenus à la mode. Nous n’imaginions pas que l’automobile allait évoluer autour de nouvelles philosophies et modes de consommation notamment la mise en avant des valeurs de la famille et de l’enfant. Il faut dire que nous étions en pleine génération GTI et on se fichait un peu du confort des gamins coincés aux places arrière.

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 Sur la version la plus coûteuse, les sièges en pivotant le transformaient en salle de réunion ou salon de repos

Qualité médiocre

Au coté d’un employé de Matra qui reconstruit aujourd’hui des prototypes Matra du Mans à un million d’euros, j’avais pu visiter l’usine de Romorantin où était fabriqué l’Espace. La qualité n’était tout de même pas là. De nombreuses voitures terminées devaient repartir à la retouche à cause du polyester se gondolant sur les portes.  Si on observait de profil sa vaste surface vitrée, on se rendait compte que le vitrage faisait songer à des vagues.

L’Espace était loin d’être bradé, vendu à un tarif équivalent à celui d’une R25 ce qui donnait matière à réflexion lorsqu’on observait les deux véhicules l’un à coté de l’autre. Et, je peux vous dire que les Renault de ces années là, n’étaient pas des…. Audi.  L’Espace empruntait beaucoup d’accessoires à la R9/R11 notamment son chauffage sous dimensionné par rapport à l’habitacle et à la surface vitrée. Par très grand froid hivernal, j’avais été contraint de m’arrêter car la ventilation n’arrivait pas dégivrer complément le vaste pare-brise qui gelait. L’été, l’Espace se transformait en étuve ce que n’appréciait pas le tableau de bord qui se gondolait de rire. La qualité des peinture n’était pas géniale non plus et beaucoup de rossignols se faisaient entendre sur routes délitées. Mais, c’était un ilot de défauts dans un océan de qualités.

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  L’Espace pouvait accueillir jusqu’à 7 passagers malgré sa faible longueur de 4,25 m seulement

Trop petit diesel

Le diesel ne fut pas étranger à son succès. Las, Renault ne disposa longtemps que d’un trop petit diesel de 2,1 l  turbocompressé de 88 ch (celui de la R18 GTD). Il l’anima pendant près de 10 ans et ce fut le plus gros reproche qu’on adressa à la version diesel sous motorisée.   Il manqua de plus en plus de puissance au fur et à mesure de la sortie de nouveaux diesels et surtout par rapport au volume et au poids de ce monospace qui ne fit que s’accroître.

Le succès de l’Espace fut perçu plus grand qu’il ne l’était réellement car la petite firme Matra ne pouvait pas suivre la demande. Renault joua habilement dessus sur ce décalage en laissant croire qu’il était plus désiré qu’il ne l’était réellement. La production put néanmoins grimper de 100 véhicules par jour à plus de 200 quand Alpine en produisit également. D’occasion, à la fin des années 80, hyper recherchés surtout en diesel, ils se vendaient à des prix surréalistes. La demande était plus forte que l’offre.  Les garagistes VO ne passaient même pas en annonce un Espace d’occasion pour conserver leur ligne de téléphone libre pour vendre les autres voitures !

Apparue début 1988, la phase II était reconnaissable à sa nouvelle face avant et son hayon redessiné. Elle adoptait un train avant plus précis (celui de la R25), une finition améliorée et des sièges plus accueillants empruntés à la R21 et une modularité supérieure. L’injection portant sa puissance à 120 ch accroissait encore ses performances (180 km/h) tandis que l’intéressante version Quadra offrait 4 roues motrices pour les amateurs de sport d’hiver en famille.

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 Début 1988, la phase II affichait une nouvel avant (calandre et bouclier) et la possibilité de compter 4 roues motrices.

A la fin des années 80, en France, l’Espace ne fut plus seul dans son segment puisque d’autres constructeurs proposèrent des modèles concurrents notamment Toyota dont l’original Prévia fut un échec et surtout le Chrysler Voyager sans oublier le Nissan Prairie. Mais aucun n’offrait la praticité du Renault iconisé qui donna le jour au mot monospace qui n’existait pas. La suite au prochain numéro…

 

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

3 commentaires au sujet de « L’odyssée des Espace (épisode 2) »

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  1. Jean

    C’est vrai que la finition des premiers Espace n’était pas top. Sur le mien, la peinture était fanée au bout de deux ans et les sièges s’étaient avachis. Mais question moteur, c’était du solide. A 200 000 km, son diesel que je ménageais pas marchait mieux que quand il était neuf..

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  2. Stéphane.nc

    Merci pour cet article. A l’époque j’étais derrière a dire « quand est ce qu’on arrive? »
    C’est vrai que le vroom vroom était encore à la mode, les appels de phares rageurs sur autoroute. Les papas en compétition des la sortie du péage. 😉
    Dans la presse auto n’importe quelle bagnole était jugée comme si elle était inscrite aux 24:00 ou au Monte Carlo (quoique certains de vos collègues Patrice n’ont à ce jour semble t’il pas évolué , ce qui est quelque peu hors saison)
    Et mis à part les très rares propriétaires de 4×4 à l’époque (ahhh les premiers kilomètres en Range du papa d’un copain pour aller au collège. je m’en rappelle!) personne ne voyait la route d’en haut.

    Désormais avec une berline « normale » on ne voit plus grand chose derrière les monospaces et les SUV.

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  3. Frankreich

    Merci pour ce passionnant billet. L’Espace reste l’une des histoires auto les plus passionnantes.
    Deux éléments me frappent particulièrement :
    1. la première mesurait 4,25m quand la dernière mesure près de 4,9m. Pourtant la dernière présente une habilité et une modularité en retrait
    2. La première s’est rapidement vue dotée de 4RM ce qui demeure impossible depuis la fin de la 2e génération

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