Saga des Voitures de l’Année (première partie)

Par Patrice Vergès. Lors du prochain salon de Genève, le 2 mars 2015, 58 journalistes internationaux éliront la Voiture de l’Année 2015 qui succédera à la Peugeot 308 récompensée en 2014. Tout a commencé en 1963…..

001Depuis 2004 le logo de La Voiture de l’Année arbore une forme ronde

Le modèle primé sera seulement la 52e Voiture de l’Année. C’est à partir de 1975, que les organisateurs ont décidé que ce titre ne porterait plus l’année de la date de l’élection qui avait lieu au dernier trimestre mais celle de l’année suivante qui correspondait à la remise du prix et au millésime de l’auto. Ce qui explique qu’il n’y a pas eu de Voiture de l’Année 1975 contrairement à ce qui est dit aujourd’hui.

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La Rover 2000 a été la première élue. Née avec un 4 cylindres, elle a adopté un V8 3,5 l d’origine GM au cours de sa vie qui s’acheva en 1976 

Rover en 1963

C’est le rédacteur en chef du magazine hollandais Autovisie, Fred Van Der Vlugt qui eu l’idée de réunir dès 1962 un jury de journalistes indépendants pour élire la meilleure voiture de l’année.

En 1963, c’est la nouvelle Rover 2000 qui fut plébiscitée devant la Mercedes 600. Un bon choix car la Rover P6 innovait autant au plan technique qu’esthétique. Pour beaucoup d’observateurs, cette 2 litres faisait songer à la DS19 à cause des solutions sophistiquées employées au plan de sa structure semi-porteuse que de sa carrosserie.

A cette époque, le jury n’était composé que de 26 journalistes. L’élection de la voiture de l’Année 1963 n’eut pas une grande audience puisque le vainqueur reçut en guise de trophée un certificat expédié par la poste.

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A partir de 1966 fut crée un logo prenant la forme d’une couronne et d’un pignon

Le trophée de la Voiture de l’Année a changé plusieurs fois. Né sous la forme d’une couronne et d’un pignon en 1966, il a pris celle de six soupapes décorées aux couleurs des drapeaux des pays européens puis sept en 1989 avec l’ajout d’un nouveau pays avant l’actuel datant de 2004. Le nombre de journalistes par pays lié à la taille de celui-ci, est de six en France. Ils sont surnommés « Cotys » initiales de Car of the Year par la profession. Ces 58 journalistes peuvent essayer plus longuement dans les mois qui précédent le vote les voitures sélectionnées devant répondre à quelques critères notamment être vendues dans l’année dans tous les pays concernés à un minimum de 5000 exemplaires afin d’exclure les Supercars de rêve.

Un rôle positif sur les ventes ?

Ce titre joue encore un rôle plutôt positif sur les ventes pendant quelques mois à condition qu’il soit bien publicité à travers les articles et de la …publicité payée. Les constructeurs avouent qu’il a beaucoup moins d’impact qu’il y a une vingtaine d’années d’autant qu’il est concurrencé par d’autres titres nationaux. C’est toujours l’acheteur qui décide. Comme pour les critiques de cinéma, ce ne sont pas les journalistes qui décident d’un succès populaire mais le public. Beaucoup de films plébiscités à Cannes sont des bides commerciaux alors que d’autres vilipendés sont bien accueillis par les spectateurs. Les journalistes préfèrent souvent la technologie et l’originalité d’une voiture alors que les clients s’intéressent davantage à sa consommation, le tarif de l’assurance, la valeur de la reprise de leur ancien véhicule et la réduction qu’ils pourront obtenir sur le nouveau. Des critères très éloignés des idéaux des journalistes spécialisés, qui par leur fonction, sont rarement acheteurs d’automobiles neuves…… Si l’on ne peut pas reprocher aux journalistes d’être malhonnêtes, il faut remarquer qu’en bons patriotes, ils votent souvent pour une voiture de leur pays du moins quand il y en a une.

Cela dit, pour faire partie de cette organisation très fermée, il faut répondre à certains critères de publication et de compétence se soldant souvent par de nombreux avantages professionnels car les « Cotys » sont assez sollicités et choyés par les constructeurs sous forme de prêts de voitures à l’année et voyages de découverte du véhicule loin à l’étranger. De ce fait, ils sont parfois jalousés par la profession qui souhaiterait bénéficier des mêmes avantages. Un constructeur fréquemment récompensé était connu par son infinie largesse au niveau des prêts. Les « Coty » pouvaient vendre leur voiture personnelle car ils n’en avaient plus besoin.  Mais, il s’agit d’une vieille histoire….

Austin, Renault, Fiat

Il y aurait beaucoup à dire sur l’Austin 1800 récompensée en 1964 et traitée dans notre saga des voitures moches. Il s’agissait d’une grosse Mini étirée sur 4,17 m, ni très belle et ni très excitante et ni très fiable. Ce fut un échec commercial.

04 _1Voiture de l’année 1964, L’Austin ADO17 1800 a été un échec commercial à cause de sa silhouette de petit autobus et de sa mauvaise qualité de fabrication

05 IMG_1296 - copiel’Aubianchi Primula (ici en version coupé) méritait mieux que la 2e place en 1964

06 au5_images_1Par son originalité technique (moteur coulé en alu) et sa praticité (hayon), la R16 valait bien sa première place en 1965

En 1965, c’est la R16 signée Renault qui s’imposa. Un choix largement mérité car si la Renault était aussi innovatrice que l’anglaise, elle était autrement plus réussie au plan esthétique. Le titre de Voiture de l’Année commença à être connu et reconnu en s’élargissant dès 1966 à 45 membres et 12 pays qui choisirent la nouvelle Fiat 124. Fini le petit papier expédié par la poste, la cérémonie se déroula à Amsterdam à l’hôtel Hilton et c’est Giovanni Agnelli Himself qui reçut le prix prenant la forme d’un pignon sur une couronne. Les membres s’étaient certainement rendu compte que la victoire imméritée de l’Austin suivie de celle méritée de la Renault récompensait davantage l’originalité de la technologie toujours séduisante pour un journaliste que le produit par lui même. Voici pourquoi, le critère de rapport prix prestation fut rajouté aux autres. Et, c’est ce qui explique certainement la victoire de la Fiat 124 vendue à un tarif hyper compétitif.

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Nommée en 1966, la Fiat 124 était d’une architecture ultraconservatrice avec son moteur avant, sa transmission arrière, son essieu rigide 

Par rapport à ces aînées récompensées précédemment, la Fiat apparaissait d’une grande banalité faisant encore appel à la propulsion et à l’essieu rigide. Néanmoins, elle rencontra un succès extraordinaire, fabriquée dans de nombreux pays et produite plus de 30 ans sous le nom de Lada jusqu’aux portes de l’an 2000 à plus de 15 millions d’exemplaires !  La suite dans un prochain numéro, si vous le voulez bien…..

08En 1974, un nouveau logo vit le jour composé de 6 soupapes qui passèrent à 7 en 1989 avec l’arrivée de l’Espagne

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

10 commentaires au sujet de « Saga des Voitures de l’Année (première partie) »

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  1. Alain

    Parmi les 7 finalistes de 2015, il y a 2 françaises, ce qui augmente notoirement nos chance de gagner. Pour ma part, je voterai pour la nouvelle BMW traction avant qui est une grande nouveauté pour ce constructeur trop souvent oublié les années précédentes. J’ai repris la liste des 51 voitures nommées, et BMW a bizarrement peu gagné. Beaucoup moins bizarrement que Fiat comme vous le laissez entendre

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  2. Dan

    J’attends avec impatience comment vous allez vous en sortir avec des « voitures de l’année « qui ont été des bides. Comme vous dites, c’est un peu comme au Festival de Cannes, il y a un réel décalage entre les goûts des journalistes et les spectateurs qui sont des usagers dans ce cas. J’attends les Simca Talbot à ce sujet.

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  3. Xavier

    Vous parlez d’un constructeur qui était très généreux avec les journalistes. Un constructeur, qui comme par hasard, a été récompensé par de nombreux titres de Voiture de l’Année. Ne s’agirait-il pas de Fiat? La 124 d’une banalité affligeante ne méritait pas ce titre en 1966!

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  4. Daniel

    … »Si l’on ne peut pas reprocher aux journalistes d’être malhonnêtes, il faut remarquer qu’en bons patriotes, ils votent souvent pour une voiture de leur pays du moins quand il y en a une »…

    Oui enfin, exception faite des journalistes français, assez redoutables sur le dénigrement des marques nationales….
    Et souvent, avant même que le modèle n’est été entre leurs mains !

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  5. Teddy

    Article très intéressant et toujours aussi bien écrit. Le sujet est vaste et passionnant.
    Mais il est vrai que l’impact de ce titre semble de plus en plus faible. Peut-être est-ce du au fait que les voitures aient énormément progressé et qu’il est très dur pour un constructeur d’arriver sur le marché avec une véritable révolution?
    Toutes les nouveautés sont d’un bon niveau (assez bonne finition, toujours plus de technologie embarquée) et les différences avec les très bonnes sont de plus en plus subtiles.

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    1. Fréour

      Il y a beaucoup de vrai dans ce que tu dis Teddy.
      Merci Patrice, une vraie découverte cet historique de la Voiture de l’année ! Cédric

  6. pierre

    ce titre est devenu bien pâle au gré des ans,
    ……….je vais etre négatif, mais ……C’est plutot le titre de la marque « marketing » qu’on devrait décerner à la place…..ou comment les marques créent le contexte journalistique pour attirer ce titre…….non par les qualités intréséques des modéles décernés. (ça se vérifie depuis les dernières décennies, où rare sont les modéles dignes par leurs qualités mécaniques ou de construction de ce titre

    Pour moi, D’autres récompenses dans le monde automobile en début d’année sont souvent plus respectueuses des voitures présentées.

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  7. Jacques

    Je vous trouve un peu dur avec l’Austin 1800 qui était une voiture très intelligente et novatrice au plan de l’habitabilité. Mais je suis d’accord avec la Primula qui était la première à adopter la boîte séparée du moteur. Un système qui est devenu universel

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    1. Alain

      Le Titre de Voiture de l’année ne représente plus grand chose ce qui n’était pas le cas il y a 10 ou 20 ans. J’attends la suite de la saga car certaines Voitures de l’Année ont été des cuisants échecs commerciaux