Saga des voitures moches (17) : Alfa Romeo SZ, délicieusement laide

Par Patrice Vergè. Moche ? Non. Ratée, originale, osée, informe, maladroite, provocante, dérangeante seraient un adjectif plus approprié pour qualifier cette Alfa Romeo qui a été un insuccès commercial autant pour son outrance stylistique que tarifaire.

01 1989_Alfa_Romeo_SZ_Sprint_Zagato_001_6973Le coupé SZ ES-30 ne fut livré qu’en rouge contrairement au cabriolet RZ (Roadster Zagato)

En 1989, La Ferrari F40 lança la mode des supercars produits en quantité limitée   afin de susciter un mouvement spéculatif parmi les propriétaires de F40 en général et ceux de Ferrari en particulier. Voyant qu’un marché de spéculateurs crédules était en train de naître, certains constructeurs se lancèrent dans ce créneau avec des modèles proposés à des prix surréalistes comme BMW dont la Z1 était trois fois plus chère qu’un cabriolet 320. Jaguar avait affichée sa XJ 220 au prix colossal d’un million d’euros actuels. Ceux qui espéraient spéculer dessus en furent pour leurs frais et 20 ans après, les plus chères sont proposées au tiers de leur prix d’achat. J’arrive à Alfa Romeo qui fit la même chose en présentant un coupé sur la base de la berline 75 V6 en spécifiant qui ne devait être fabriqué qu’à 1000 exemplaires numérotés. Signifiant, pressez vous, il n’y en aura pas pour tout le monde !

02 alfa-r_rz1Quelques-uns adorèrent, beaucoup détestèrent ce profil disons…bref !

Une merveilleuse laideur

Sa genèse fut assez longue et compliquée car beaucoup de personnes planchèrent sur son dessin. Le carrossier Zagato qui devait la construire, le centre de style Fiat avec notamment le français Robert Opron ainsi que celui d’Alfa Romeo. Tous devaient tous avoir une vision différente de ce coupé extrême. Il semble que le dessin initial assez pur se pollua au fil du temps et des contraintes.  Dévoilé au salon de Genève 1989, le coupé SZ (Sport Zagato) ne fut finalement vendu chez nous qu’en 1991 au prix astronomique de 420 000 francs (plus 120 000 euros 2014). Pour vous donner une idée, c’était trois fois le prix de la berline 75 América V6 3 litres dont il reprenait le châssis Transxale du modèle Evoluzione et la mécanique V6 légèrement affutée à 210 ch. Cela faisait cher le prix de l’exclusivité.

Sa massive silhouette ramassée sur 4,06 m était proche au plan du design de celle de la récente Aston Martin Volante signée Zagato. Le carrossier milanais s’était fait le spécialiste des lignes originales particulièrement par leur dessin du pavillon à double bulle. Quelquefois avec bonheur, quelquefois pas, en particulier avec L’Aston dont les acheteurs ne se bousculèrent pas (37 de construites).  Réalisée en partie en fibre de carbone et aluminium, la carrosserie  de l’Alfa manquait de grâce avec ses flancs très gras opposés à un pavillon écrasé et trop arrondi, un arrière mafflu et trop bref contrairement à avant effilé et disons le, réussi. On peut dire qu’elle était d’une merveilleuse laideur. Destinée à ne pas laisser indifférent, la SZ choqua et fut vite baptisée par la presse « le monstre ». Son esthétique dérangeante joua fort bien son rôle puisqu’elle dérangea pas mal d’acheteurs potentiel. Contrairement à ce qu’on imaginait les spéculateurs ne se ruèrent pas dessus. Pas de liste d’attente !

03 1989_Alfa_Romeo_SZ_Sprint_Zagato_008_6214La SZ était bâtie sur la plate forme de la 75 qui était issue de l’Alfetta des années 70

Un merveilleux bricolage

Le service de presse Alfa était dirigé par l’ancien rallyman Jacques Panciatici, le père de Nelson. Un garçon sympa et rusé qui m’autorisa à faire un bref petit tour autour des rues du vaste parking d’Alfa Romeo qui était situé le long du périphérique. J’ai encore le souvenir de la sonorité émouvante du V6, de l’habitabilité étriquée surtout en hauteur, de la suspension hyper-ferme à la garde au sol réglable et de la finition intérieure qui fleurait bon le bricolage. Je crois me rappeler qu’il m’avait avoué qu’ils n’arrivaient pas à la vendre. Cela dit, ce n’était pas une mauvaise voiture et ceux qui l’avaient essayée plus longuement avaient loué son excellente tenue de route et son efficacité mais avaient regretté que pour ce prix, elle ne soit pas plus puissante et n’offre pas des performances plus transcendantes (240 km/h). A ce prix, on pouvait acheter une BMW Série 6 ou une Ferrari 348 d’occasion dont la côte avait brusquement baissé quand la bulle spéculative s’effondra après que des gens eurent payé des 4 CV Renault l’équivalent de 25 000 euros !

04 Alfa_Romeo-RZ_1989_800x600_wallpaper_02De près la finition faisait un peu légère. C’était le lot de toutes les Alfa de l’époque

Après 1036 coupés plus 278 cabriolets produits en près de 3 ans, sa fabrication s’arrêta et entraîna la fin des activités de constructeur pour Zagato dont la Lancia Hyena n’était pas davantage réussie. La vieille société milanaise fondée en 1919 continue toujours ses activités de design vues sur une récente Aston Martin et la fabrication de produits industriels.  Aujourd’hui, le coupé SZ est recherché par les amateurs d’Alfa insolites à un prix qui se situe à sensiblement la moitié de ce qu’il coûtait alors, soit le quart en euros constants. Contrairement à une légende solide, excepté quelques cas bien précis, les voitures de série de collection rapportent moins que la pierre surtout si elle est au située bord de la mer qu’on voit danser le long des golfes clairs…

 

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

16 commentaires au sujet de « Saga des voitures moches (17) : Alfa Romeo SZ, délicieusement laide »

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  1. Jorge Martins

    Personnellement, j’adore ! Je me rappelle qu’à l’époque le propriétaire de la concession Alfa Romeo de ma ville était propriétaire d’un exemplaire et j’allais souvent la voir (touts les jours…) jusqu’au jour où il m’a gentiment laissé ouvrir la portière et m’asseoir… Un rêve. Ensuite il a eût l’extrême gentillesse de m’offrir un catalogue que je possède encore aujourd’hui en état neuf.

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  2. Germain

    C’est un ovni sur route !!, non elle n’est pas laide, elle est intemporelle caricaturale et bizarre çà oui….
    Sa plus grande qualité est de coller à la route, car développée par le service course de Lancia dirigé par giogio Pianta, combinés réglables, rotules uniball, autobloquant , etc…
    L’intérieur n’est pas baclé, seuls les assemblages sont moyens, le cuir est partout,
    Le dernier vrai moteur Alfa, le Busso aux envollées lyriques et mélodieuses!
    mais il faut de dépécher, sa côte explose….
    Amateurs de musique et d’engin extraterrestre cette rareté est faite pour vous!…..

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  3. fanch

    c’est une voiture, qui ne ressemblait, qui ne ressemble et qui ne ressemblera à aucune autre…moi même étant possesseur d’un des exemplaires …(rêve de gosse à 14 ans, j’en ai une depuis 10 ans et on est en 2017…) …et faut la voir en vrai et surtout la conduire…(que dis je…la dompter ou la piloter…). tout ça pour dire que c’est vraiment la dernière ALFA à l’ancienne, je ne dénigre pas les autres, loin de là, mais rien à voir…on parle de pure plaisir automobile…

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  4. AutoBlogs

    C’est vrai quand même qu’elle aurait pu être belle, mais que de profil elle ressemble à une opération de chirurgie esthétique qui aurait mal tourné.

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    1. Germain

      L’originalité à l’état pur, la rareté et surtout le plaisir du pilotage !
      Cette Diva n’a rien à faire dans cette rubrique…on dirait que le rédacteur n’a essayé qu’un proto mal fini, ce qui n’est pas le cas du modèle;
      Bénéficiant d’un chassis sophistiqué avec géométries de course elle a des qualités routières que peu d’autos de série ont.
      Pour l’esthétique on déteste ou on adore ,c’est une étude de style des plus interressante , la preuve en est sa côte est en train d’augmenter fortement.

  5. Dubby Tatiff

    Un sacré choc esthétique à sa sortie. Je m’en souviens bien. L’avant était fascinant de brutalité. On aurait dit un boxeur poids lourd qui serait passé par la case culturisme et anabolisant. Le front bas, les yeux mi-clos, la mâchoire carrée, le tout posé sur des épaules rectangulaires. Une sorte de préfiguration d’Iron Man en plus viril. Osons le dire, je trouvais cet avant très osé et franchement réussi. Malheureusement, le reste du dessin comportait son lot de maladresses.

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    1. lerv1

      L’ennui de la Pontiac c’est qu’elle n’a pas existé sur le marché Européen. Mais après tout, pourquoi pas?

    2. alfaborg

      @ Grégoire : Exactement ! La Pontiac Aztec est la voiture mythique (et hideuse) de Mister White. L’attention portée aux détails par Vince Gilligan se traduit aussi dans le choix des véhicules de la série qui jouent un rôle important : et Walter White se devait d’avoir une Pontiac Aztec !

  6. Frédéric à Montréal

    Quoi? Cette Alfa dans la catégorie des voitures comme, par exemple, la VW 411? Je dis NON!!!
    Par contre, merci pour cette chronique, forcément polémique mais toujours aussi intéressante!

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  7. Mat

    Choqué, tout simplement choqué de voir l’Alfa RZ apparaitre dans cette rubrique. Comme tout design sortant des standards, celui de la RZ ne laisse pas indéfférent, mais celà est très subjectif. Je la touve qu’elle est racée, charismatique, et que ceci dégage du charme.

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  8. Stéphane.nc

    Shocking!!!!! Une SZ dans la saga des voitures moches?

    OK j aime les Alfa! Mais j’assume ma subjectivité, cette voiture est superbe, courte racée et ….chante comme la Callas. J ai pu en conduire une en 1998 ( ca marque, je me rappelle la date) dans les vignobles dromois de Tain. Inoubliable. Et j’avais un GTV Pininfarina neuf de 1996 à l’époque. Quelle différence entre l équilibre de la SZ, rivée a la route et la traction un peu dépassée du GTV ( équipée du même V6 fabuleux mais coiffée d’´une culasse 24v avec ligne inox super sprint musicale et élégante, pas de Jacky tuning sur une diva)
    Je tiens d’ailleurs en ces temps de downsizing a faire vieux bagnolard , et l’éloge des  » grosses gamelles atmo » . Quand on a possede et joui d’un V6 Alfa et d’un 6 en ligne BMW (essence bien entendu, mes voitures ne boivent que cela) on trouve rapidement bien fade le reste de la production.
    Je m’énerve

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    1. circonspect

      Je me souviens qu’à sa sortie (en fait elle n’a été disponible que début des années 90) , il y a eu pas mel de tentatives de spéculations . Certains en avaient commandées plusieurs , et cherchaient (en vain) à les revendre à des tarifs déraisonnables . Ça n’a jamais pris , les vrais collectionneurs l’ont boudée dès sa naissance .

      C’est dommage , j’en ai vu une récemment dans garée dans une rue à paris , elle a quand même une sacrée gueule !…..