Souvenirs d’Autos (22) : Haut-le-coeur au Tour de Corse en Opel Kadett Maxi groupe 1

Par Thibault Chatel*. Cette histoire commence pendant le Tour de Corse 1978. Je travaille à Radio Monte Carlo (exactement dans un département qui s’appelle RMC Création) et nous faisons de la pub et des publi-reportages. Cette fois, un journaliste auto que j’aime bien, Jacques Jaubert, nous propose de faire un magazine « Dans les coulisses de… »

3 En course

 

Nous vendons l’idée à Esso, et notre premier événement devient « Dans les coulisses du Tour de Corse, avec Esso ». L’idée est simple, faire vivre aux auditeurs l’arrière boutique : À quoi sert un co-pilote ? Un commissaire de course ? C’est quoi une spéciale ? La liaison ? Pourquoi pilote et co-pilote utilisent de intercoms, etc.

En 1978, je « couvre » donc, avec Jacques Jaubert, le Tour de Corse, pour faire des enregistrements. Nous restons plusieurs jours à Quenza, à l’hôtel Sole e Monti, haut lieu du tour de Corse grâce à son patron, Félicien Balesi. Un type très sympathique, drôle et sacré bon cuisinier. Chez lui, nous voyons tous les équipages défiler : Bernard Darniche, Michèle Mouton, Jean-Pierre Nicolas (avec Jean Todt comme co-pilote !), Jean-Claude Andruet, Jean-Luc Thérier… Il y a des Porsche, des Lancia Stratos, des Fiat 131, des Ferrari…

Dans cette ambiance électrique, je deviens un peu fou… et je me rends compte à quel point j’aime l’automobile ! Je sympathise avec Félicien qui m’explique qu’il participe à beaucoup de Rallyes en tant que pilote. Je lui dis que si un jour il cherche un co-pilote, je suis son homme (mais sincèrement, je dis ça un peu comme ça, comme on lance une bouteille à la mer).

L’année suivante, il me passe un coup de fil : « Tu veux toujours être co-pilote ? Oui ? J’en cherche un pour le Rallye du Var ». Autant dire que j’accepte. Je m’occupe dare-dare de ma combinaison ignifugée obligatoire, de la visite médicale pour obtenir la licence et zou. Comble de l’excitation, Félicien me rappelle quelque temps avant la course en me disant « Comme tu viens en avion, atterrit à Montpellier et va chercher la voiture qui se trouve chez Alméras Frères ». Moi ? Aller chercher la voiture de course ? Bien sûr.

 

Je déboule là-bas et je découvre le monstre. Une Opel Kadett Maxi Groupe 1. Si ma mémoire est bonne, elle faisait 140 Cv et était montée avec une boite courte, idéale pour ce genre de rallye. Elle ne roulait pas très vite, en revanche, quand on démarrait, elle poussait comme un Boeing !

2 Au départ

Je monte dans le monstre, bien installé dans le siège baquet, je mets le harnais et je démarre. Bien sûr, je ne fais pas l’imbécile, Félicien m’a fait confiance. De Montpellier à Hyères d’où part le Rallye du Var, ça fait 250 kilomètres. Je les parcours normalement. En arrivant à l’hôtel, je ne sais pas encore que la course va se transformer en cauchemar…

 Nous faisons des reconnaissances (même si Félicien est déjà passé plusieurs fois) dans sa Renault 14. Ça se passe très bien… Mais le jour où la course démarre (le samedi vers 14h), je ne sais pas pourquoi, je ne me sens pas très bien. Le bruit, le casque intégral, l’intercom, l’arceau, le harnais… me rendent un peu claustrophobe. De jour, ça va encore, mais quand la nuit tombe, se rajoute la petite lumière de la baladeuse… Bref,  j’ai un mal au cœur horrible pendant les spéciales. Du coup, je balance les notes trop tôt ou trop tard. Je ne suis pas dans le rythme ! Et en prime, la voiture fonctionne mal. Elle a des ratés. Je suis tellement mal fichu que je me dis « eh bien, si Félicien sortait, la course s’arrêterait ! ». Quel bon co-pilote !

Vers minuit, nous stoppons à une assistance pour changer les pneus et sincèrement, je suis mourant, incapable de sortir de l’auto. Et là… Un ange surgit. C’est une femme. Elle a peut-être une quarantaine d’année. Elle me regarde en souriant et me dit : « Oh toi, tu n’es pas bien, prends ça ! » et elle me colle dans la bouche des pilules de Coculine. Je les prends sans trop y croire et pourtant quand on repart, je me sens mieux au bout de quelques kilomètres. La nuit est longue, puisqu’on ne s’arrête que deux ou trois heures pour se reposer, mais je retrouve ma santé et mon moral. Les soucis de l’auto sont réglés à une autre assistance par un génie de la mécanique !

Quand le jour se lève, j’ai une patate d’enfer, je fais enfin correctement mon travail en liaison et surtout dans les spéciales ou j’envoie à Félicien les notes comme il faut. La voiture marche du tonnerre. Félicien est en pleine forme et bondit de virage en virage ! Nous remontons au classement et finissons sans casse à une place honorable !…

 Je profite de cette « Carte Blanche » pour remercier Félicien qui m’a offert mon premier baquet… et aussi cette « belle inconnue dans la nuit » qui m’a sauvé avec la Coculine. Merci à vous deux.

Retrouvez tous les souvenirs d’auto de Thibault Chatel ici

*Je m’appelle Thibaut, je suis né en 1959. Il se trouve que j’ai toujours adoré les automobiles… Pourquoi ? Sans doute parce que j’aime l’idée de liberté. On monte dans sa voiture, on démarre, on s’en va ailleurs. Là où il fait beau, au bord de la mer, à la campagne… peu importe. Parfois, je repense à des histoires d’enfance, d’adolescence, de jeunesse et j’ai décidé de les livrer à P.O.A.

 

 

 

L’avis des Petits Observateurs !

5 commentaires au sujet de « Souvenirs d’Autos (22) : Haut-le-coeur au Tour de Corse en Opel Kadett Maxi groupe 1 »

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  1. Avgas

    La Coculine est un remèdes des copilotes pour éviter d’être malade. J’ai également adopté le coca-cola depuis que j’ai vu Luis Moya en boire au petit-déjeuner lors d’un Rallye du Portugal.

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  2. Fréour

    A la lecture le stress est monté d’un cran. Copilote ! Quel courage. C’est spontanément plus dur que d’être pilote tout court.
    Et une jolie histoire de plus. Un recueil !

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