Saga des voitures moches (10) : Fiat Multipla, à l’arrière des dauphins

 C’était le plus doué, le plus intelligent, le plus novateur, le plus pratique, le plus agréable à conduire des monospaces. Hélas, c’était aussi le plus laid !

Par Monsieur Patrice Vergès

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Le Multipla faisait songer à un dauphin et c’est certainement pour cette raison que sa carrosserie faisait flipper les gens

S’il a été présenté au salon 1996 en tant que concept-car, c’est seulement fin 1998 que le Fiat Multipla a été officiellement lancé. Sa silhouette originale suscita beaucoup de commentaires de la part de la presse spécialisée séduite par son concept novateur qui gomma son esthétique particulière. Presque dérangeante. Hélas, il n’en fut pas de même de la clientèle qui l’ignora systématiquement sans l’avoir essayé ni pu l’apprécier. Elle le rejeta pour sa silhouette de dauphin aux petits yeux écartés, son museau trop aplati, ses flancs trop bas et trop redressés, ses glaces trop hautes (1,79m) et trop verticales et son curieux bourrelet disgracieux sous le pare-brise séparant sa carrosserie en deux entités distinctes. Dommage. Car sous ce physique ingrat ce monospace cachait des trésors d’intelligence.

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Avec moins de 4 mètres de long, le Multipla offrait un volume intérieur record

Autant de fesses que de face

Construite selon une technique originale (Space Frame), grâce à son concept de trois sièges en ligne, il accueillait six vraies places et un coffre géant pour une longueur de moins de 4 mètres. Plus court qu’une Bravo ! Ces trois places de front imposaient seulement une grande largeur de presque 1,90 m qui donnait un rapport longueur- hauteur peu usité et choquant pour l’œil. D’autant que ce concept imposait des glaces latérales verticales pour accroitre l’habitabilité aux épaules ce qui rebuta encore plus, d’autant que par leur hauteur, elles ne pouvaient s’abaisser entièrement empêchant de conduire le coude à la portière. En fait l’engin était composé de deux niveaux. Les flancs et le pavillon au dessin antinomique nourrissaient le sentiment qu’ils avaient été dessinés par des designers différents et de surcroit fâchés. Ce concept repris par Honda sur la FR-V fut aussi un échec commercial.

Déroutant au plan esthétique autant de face que de fesses, le Multipla qui reprenait le nom du petit monospace dérivé de la Fiat 600 des années 50, innovait aussi au plan de la conduite. A cette époque du premier Scenic, les monospaces se vomissaient dans les virages où il fallait s’accrocher au volant. Grace à sa suspension ferme, ses voies hyper larges, sa direction directe, le Multipla offrait un plaisir de conduite rare, digne d’une voiture sportive et inconnue dans son segment. Tout était fait pour étonner l’œil, notamment une planche de bord hyper-novateur (trop !).et une visibilité à bord exceptionnelle dont la verticalité permettait à l’habitacle de rester au frais par temps chaud.

Faites les monter à l’arrière !

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Le concept des trois places imposait une largeur très élevée de 1,87 m

Ceux qui succombèrent à sa praticité furent plutôt contents de leur achat. A une réserve près. Sa fiabilité n’était pas extraordinaire et ses plastiques étaient de médiocre qualité. Je garde d’excellents souvenirs de ses essais même si je comprends que la dureté des sièges et de sa suspension aient pu rebuter quelques bons pères de famille. Moins que son plastique intérieur gris, dur et cassant qui faisait vraiment bas de gamme. J’avais pu consulter le livret donné aux vendeurs chez Fiat. Il était déconseillé de faire tourner les clients autour comme sur une voiture classique. Il était recommandé de  les faire rapidement entrer à l’arrière puis à l’avant pour leur montrer l’intelligence de son habitacle ainsi que sa modularité et apprécier le coffre variant de 430 à 1900 litres avec la possibilité de jouer avec la combinaison des 6 sièges indépendants. Tout ceci pour les conquérir avant qu’ils aient pu juger l’esthétique responsable de la majorité des non achats.

Las, malgré tout cela et un prix compétitif, seulement 200 000 furent fabriqués jusqu’en 1994 où il fut restylé. Allongé de 10 cm, malgré une face avant redessinée dans un style moins clivant, sa silhouette toujours trop cubique ne plut pas davantage aux acheteurs. Fiat prolongea sa vie jusqu’aux portes des années 2010 avant de le fourguer à Zotye qui poursuivit son montage en Chine. Ainsi s’achevait la triste histoire du Mutipla dont la 500 L Living est la descendante. Ne me faites pas dire ce que je ne veux pas dire…

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 Redessiné en 2004, dans un style moins clivant, il ne séduisit pas davantage les clients

L’avis des Petits Observateurs !

9 commentaires au sujet de « Saga des voitures moches (10) : Fiat Multipla, à l’arrière des dauphins »

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  1. Pierre

    J’attends toujours, comme le dit aussi un autre commentaire, un véhicule qui me donne autant de plaisir, de commodité et d’intelligence que mon Multipla et ses 300.000 km au compteur.

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  2. Valero

    Ah j’oubliais de parler du style ! C’est sur que la Multipla ne reprenait aucun code stylistique de son époque, moi-même je trouvais à sa sortie que … bof. Mais la Fiat Punto TD70 que j’ai eue de 1994 à 2006 (320 000km) m’a fait comprendre une chose en matière de voiture : il y a les outils et il y a les jouets. Les premiers sont ce dont a réellement besoin 90% du public et les deuxièmes sont ce que se payent les grands patrons, les traders, les stars du cinéma, les footballeurs, etc, enfin vous voyez de qui je parle. Malheureusement, pour vendre leur production, les fabricants ont toujours choisi de faire croire aux uns qu’ils pourraient un peu ressembler aux autres plus argentés et de là est née cette culture de la voiture considérée moins comme un objet utilitaire que comme un symbole de statut social (avéré ou pas), et plus aujourd’hui que jamais. Alors fatalement la Multipla ne pouvait qu’être qualifiée de « moche » par un public conditionné à ces valeurs. Moi je trouve ma Multipla « belle » parce qu’elle me permet de voyager, d’aller voir ma famille et mes amis, de faire tout ce que j’ai besoin de faire, sans attendre. Et quand j’aurais les moyens de m’offrir un jouet à quatre roues, ce sera une Triumph TR4.

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  3. Valero

    « C’était le plus doué, le plus intelligent, le plus novateur, le plus pratique, le plus agréable à conduire des monospaces. » Je confirme à 200% et ajoute qu’il n’y a jamais eu d’autre voiture de conception plus intelligente et rationnelle ! Je possède ce véhicule depuis 2006 et si la motivation de départ était de pouvoir transporter une famille de 4 personnes et un couple de grand-parents, sans être serrés et confortablement, des dizaines d’autres usages m’ont été possibles grâce à la modularité de l’espace arrière. En enlevant 1, 2 ou 3 sièges on n’est jamais en manque d’espace pour emmener avec soi toutes les affaires des vacances voire plus, des vélos, une machine à laver, du bois de chauffage et même de dormir dedans à 1 ou 2 (pas trop grands quand même !). Et avec son moteur turbo-diesel de 110CV le plaisir de conduite est bien présent ! Avec près de 300 000km aujourd’hui et malgré quelques remplacements précoces (embrayage, alternateur, bras de suspension avant), la fiabilité a été au rendez-vous pour moi. Les seuls défauts étant effectivement les plastiques qui se décomposent littéralement (et collent !) et une planche de bord idiote avec son revêtement en tissu et surtout son compteur de vitesse désaxé, une dangereuse aberration partagée avec d’autres marques à l’époque. Merci pour l’appréciation de la Multipla et pour ce site !

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  4. Marc

    Le multipla a très bien marché en Italie par contre, y’a même eu un effet de mode Multipla.

    Et faut également savoir qu’un constructeur chinois à racheter les plans et la voiture s’appelle : Langyue.

    SInon moi j’aime l’intérieur, et que je conduit je ne me vois de l’extérieur de ma voiture 🙂

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  5. Guillaume Darding

    Pour ma part, je trouve toujours cette voiture aussi laide même après les années. Le restylage est peut-être encore pire en essayant de camoufler la structure particulière du Multipla.
    Néanmoins, tout n’est pas à jeter, loin de là, et l’architecture 6 places est une idée intéressante et je me demande si on serait capable de refaire la même chose aujourd’hui avec l’évolution des normes et notamment l’implantation d’un airbag pour protéger le passager central.
    Et qui n’a pas rêver d’un constructeur qui utiliserait la même disposition avec un poste de conduite central comme dans une certaine… McLaren F1!

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  6. Adrien Malbosc

    Toujours emballé par les papiers de Monsieur Vergès, qui détonent complètement dans un univers journalistique souvent stéréotypé. La Multipla est une auto très attachante. Nous en parlions avec Renaud lors de la traversée de Paris : c’est comme çà que l’automobile progresse ! A force d’essais, de tentatives, d’expérimentations, de prises de risques.

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    1. François Go

      Au risque de vous déplaire à tous, mon opinion sur le Multipla est à l’opposé de la vôtre. J’ai eu le coup de foudre pour le concept car, j’ai acheté le modèle dès qu’il est sorti. Qu’un constructeur généraliste aille au bout d’une vraie cohérence en termes de design sans se mettre à genoux devant les censeurs du marketing, c’est rarissime et louable. Soit, le Multipla est mal fabriqué, mal fini. Mais je n’ai jamais eu d’auto polyvalente plus attachante, plus sympa, plus agréable à vivre. La nôtre est usée jusqu’à la corde et nous attendons qu’un constructeur sorte quelque chose de moins insipide que les modèles contemporains. Avec un peu de personnalité, quoi ! Pas un jouet avec des chromes en plastique. Un truc conçu, pensé, dessiné, abouti dans l’idée, pas corrompu par des contraintes industrielles discutables… Connaissez-vous un animal plus attachant que le dauphin ? Plus intelligent ? J’aime le nôtre sous tous les angles. Son restyling fut une vraie trahison, comme les généralistes sont capables d’en commettre.

    2. Renaud Roubaudi

      Merci François pour votre témoignage. Mais si vous lisez entre les lignes, l’auteur, Patrice Verges, met en avant toutes qualités de cette voiture au physique « particulier ».